J’ai lu à propos de ta musique qu'elle est "un mélange organique et synthétique". Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? 

James Mathé (Barbarossa) : D’une manière générale, je nourris une immense passion pour la nature, la mer et la montagne, mais je vis à Londres depuis que je suis né. J’aime la saleté et la folie de la ville, et sa réalité aussi ; je pense que tout ça se reflète dans ma musique, qui est un mélange de l'ensemble. Je ne pourrais pas me contenter uniquement de faire de la musique épurée, car cela ne correspondrait pas à ma conception du monde. J’aime écrire de belles mélodies pour ensuite les «salir» avec des instrumentations, notamment électroniques... c’est nécessaire pour moi.

 

Je dirais simplement que ta musique est très émotionnelle, tu confirmes ?

Tout à fait, quand j’écris ces chansons, elles viennent d’ailleurs, il s'agit d'émotions brutes et pures.

 

Quel est ton parcours musical ? 

J’ai appris le piano à 8 ans avec le classique. Dès mon plus jeune âge, j’étais intéressé par les mélodies et la guitare, et puis mon inclinaison pour ces choses-là s’est développée avec l’âge. Quand j’ai eu 20 ans, j’ai réalisé que j’avais peut-être la possibilité d’écrire quelque chose en mesure de plaire à un certain public. J’écoutais beaucoup de musique, Simon and Garfunkel, Nick Drake, ce genre de choses. On peut dire que Barbarossa est né en même temps que mon apprentissage de la guitare acoustique. Mais j’avais aussi d'autres envies, j’ai voulu ajouter des synthés à ma musique, une touche électronique... Cet album représente on ne peut plus fidèlement mon identité en tant qu’artiste et musicien.

 

 

Plusieurs musiciens m’ont dit qu’ils trouvent que Londres est une ville compétitive. Qu'en penses-tu ? 

Effectivement, il y a plein de groupes à Londres, mais la vie en général est compétitive, et ce dans n’importe quel secteur. Il y aura toujours quelqu’un qui voudra ton job à toi, alors suis simplement ta propre voie et donne-toi les moyens de faire ce que tu veux faire. Je ne crois pas que la compétitivité soit en elle-même quelque chose de négatif, je la perçois plutôt positivement : comme il y a plein de groupes, cette situation peut, tout au contraire, se révéler inspirante. Il faut juste laisser l’égo de côté. 

 

Dans quel quartier de Londres as-tu grandi ? 

Dans la banlieue de Londres, vraiment tout au bout de la ville.

 

Du coup, quand tu étais ado, tu sortais avec tes potes «à la capitale» ?

(Rires) Exactement ! Oui, je faisais beaucoup de skate et le week-end, on allait avec mes amis sur la rive sud de la Tamise pour skater. Aujourd’hui quand je vais du côté de la South Bank, je reste bloqué pendant de longues minutes à observer les skateurs. 

 

 

Tu en fais toujours ? 

Je m’y suis remis, je ne suis pas intéressé par les rampes, je veux juste faire du skate pour me déplacer mais je crois que je préfère les petits skates en plastique que fabrique la marque Penny, les roues sont un peu plus grosses, il y a une meilleure adhérence. J’ai tourné avec Junip cette année, et José Gonzalez s’est fait offrir ce petit skate, j’ai pu l’essayer, c’est cool. 

 

Ta musique me fait penser à des artistes comme Rhye et Inc. Aujourd’hui - et ce notamment dans le rap et le R’n’B avec des artistes comme ceux que je viens de citer ou tels que Drake ou Kendrick Lamar - les hommes ne semblent plus vraiment effrayés à l'idée de montrer leurs sentiments et leurs émotions. Selon toi, cela témoigne-t-il d'une véritable évolution dans ce milieu, ou est-ce qu'en fait ça a toujours été comme ça ?

Moi en tout cas, j’ai toujours eu ce tempérament, j’ai réalisé très jeune que je suis vraiment nul pour mentir. Si je suis de mauvaise humeur ou si j’aime quelque chose, tu t'en rendras très vite compte quoi qu’il arrive. J’aime les gens qui donnent leur opinion et montrent leurs émotions, qui n’ont pas peur du regard des autres ou de ce qu’on peut penser d’eux. Pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas montrer leurs émotions ? C’est débile. Je pense qu’il y a dix ans, agir de la sorte aurait pu être perçu comme une faiblesse, mais plus maintenant. Je pense que c’est tout simplement dangereux de tout emmagasiner et de ne pas s’exprimer librement. D’ailleurs, on voit bien ce que ça donne en Angleterre, les gens sont dans la retenue toute la semaine, et le week-end ça explose à cause de l’alcool - et ça se termine souvent avec des violences.

 

Est-ce que tu apprécies et connais le travail de Rhye

Oui, j’ai beaucoup écouté leur album Woman ; le mec de mon label m’avait dit que c’était l’album de l’année, donc je l’ai écouté. Personnellement, j’aurais sans doute rajouté quelques touches électroniques par-dessus, mais le songwriting reste excellent et le chanteur a une très belle voix. 

 

 

Qu’est-ce qui t’a inspiré pour ton album Bloodlines ?

J'ai tenté de ne rien écouter pendant l’enregistrement du disque afin de ne pas être influencé de quelque manière que ce soit... mais je dois dire qu'au moment où j'ai composé l’album, j’étais obsédé par In Rainbows de Radiohead.

 

On dirait qu’il y a une sorte de consensus en Angleterre à propos de Radiohead... et d’ailleurs, quelles étaient tes idoles quand tu étais jeune ? 

Stevie Wonder fut toujours une idole pour moi, mais Prince et Michael Jackson aussi, j’écoutais beaucoup de soul. Il n’y a pas longtemps, je ré-écoutais Al Green : c‘est juste bouleversant, cette musique est si puissante, je l'ai dans le sang je crois.

 

As-tu des amis musiciens, fais-tu partie d’un milieu musical spécifique ? 

Non, je ne fais pas partie d’une "scène" mais je fréquente pas mal Francois de François and the Atlas Mountains, c’est un très bon ami à moi. D’ailleurs, l’un de mes albums préférés de l'année est celui de Petit Fantôme. Il est absolument génial, je l’écoutais encore aujourd’hui. Si je fais partie d’une scène en tant que telle, alors c’est une scène française ! (Rires)

 

 

Que dis-tu aux gens qui disent que les roux n’ont pas d’âme ? 

Je leur conseillerais d’écouter mon album.

 

Bravo, c’était la meilleure réponse possible. 

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte SoundCloud de Barbarossa.
++ Sorti le 4 août dernier chez Memphis Industries, Bloodlines est disponible en France depuis le 9 septembre.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photo : David Fairweather.