Tes premières impressions quand tu es arrivé à la Gare du Nord ?
Michou : Quand je suis arrivé à la Gare du Nord, c'est pas ce qu'il y a de plus joli, j'ai monté la rue de Dunkerque et je me suis retrouvé évidemment Place Blanche, en plein Montmartre. C'est pour ça que je suis si fidèle à ce village, qui m'a adopté d'une façon extraordinaire. J'adore Montmartre et pour rien au monde je ne voudrais habiter ailleurs. Je crois que je suis un peu la muse de Montmartre.


C'était quoi ton premier job ?
J'ai fait un peu tous les métiers, j'ai été plongeur dans un restaurant sympathique. J'ai eu de la chance un jour dans cette rue des Abbesses, où c'était encore le vrai Montmartre, cette rue où vous êtes là maintenant avec moi. Avant, il y avait des petits baladeurs, des marchands de quatre saisons, maintenant, il n'y a plus tout ce bonheur que j'ai connu. Et j'ai fait une rencontre un jour comme ça, une dame fort sympathique qui me dit : "écoutez je suis gérante d'un restaurant à côté, rue des Martyrs, venez me voir". J'y suis allé, c'était vraiment un hall de gare. Et puis elle était définitivement malade, elle m'a proposé de reprendre la gérance. J'ai donc repris la gérance.

 

Donc tu n'arrivais pas pour t'installer ?
Pas du tout, je suis venu avec un copain et il s'avérait que j'ai fait une rencontre qui m'a présentée une des ses amies qui avait un restaurant, elle cherchait un petit commis pour laver les verres, et je l'amusais. Elle m'a dit "moi, je vous reprends demain", alors je suis parti à Amiens prendre ma valise et je suis revenu ici - et voilà. J'étais courageux.

 

Quand es-tu devenu Michou ?
Le restaurant s'appelait d'abord "Madame Untel". Ensuite j'étais fier de pouvoir mettre mon nom dans la rue ; sur le chemin pour aller au Sacré-Coeur, il faut passer devant !

 


Comment est-ce que tout a commencé ?
Alors cette maison, je l'ai pris en gérance, et de 56 à 60, je recevais tout ce qu'il y avait à Pigalle à l'époque. Puis en 60, il y a eu un déclic. On est trois copains, on s'est promis de faire une soirée et de se déguiser, et on s'est déguisés. Y avait Eugène, on avait chacun un nom de bataille : Eugène c'était La Grande Eugène, Lucien, c'était Phosphatine, et moi Miss Glassex. On a fait un show d'une demi-heure, parce qu'à l'époque, au bout d'une demi-heure, il fallait payer la SACEM - et j'avais pas de fric !
Il y avait un grand journaliste, Monsieur Edgar Schneider qui était là et qui a écrit le lendemain "Quand Paris se travestit ". Évidemment, ça a tout déclenché. De trois malheureuses michettes au départ, il y en a une vingtaine maintenant.

 

 

Tu t'étais mis en France Gall ou en Brigitte Bardot ?
(À ce moment-là son téléphone sonne, Michou décroche. C'est Mick Micheyl qui l'appelle. Michou reprend la conversation.)
Il s'est avéré qu'après, le succès est venu. L'article de presse était vraiment dithyrambique. Après Jean-Claude Brialy, tous les grands sont venus. "Michou, c'est extraordinaire ce que tu fais ! Il n'y aucune vulgarité chez toi".


Avant chez Michou, on allait où pour s'encanailler ?
On s'encanaille pas chez Michou ! C'est un endroit très sérieux, il y a 3/4 d'hétéros chez Michou. On peut même venir avec ses enfants, il y a des gens célèbres qui sont venus fêter l'anniversaire de leurs enfants, il ne se passe rien, y a pas de mauvaises... J'ai eu la chance d'avoir des collaborateurs avec qui on a bien tenu la maison, et maintenant cette maison je pense qu'elle est célèbre, à Montmartre, ou ailleurs, aux Champs-Élysées. "T'as vu c'est Michou !" Il y a au moins 30 ou 40 photos par jour, et je m'habille discrètement, toujours en bleu. Ça reste entre nous, j'ai dû faire une rencontre y a quelques années, j'ai dû me laisser aller avec un Schtroumpf, ou peut-être avec Gargamel. (Rires)


Donc tu n'as jamais vu de Touareg, c'est une légende pour berner les journalistes ?
Maintenant, les Touaregs ne sont plus à la mode, je préfère les Schtroumpfs.

 


De combien de costumes disposes-tu ?
Je ne sais pas, une vingtaine de vestes. Il y a une très belle émission qui est passée à la télévision l'autre jour, sur Montmartre. On y voyait toute ma penderie ! On n'y voyait que du bleu. Je ne mets jamais le costume en entier, j'ai peur de faire un peu Monsieur Loyal.


De la même maison ?
Oui, mais je ne citerai pas de nom surtout ! Sinon le tailleur ne pourra plus faire les miens.


Qui étaient les habitués du cabaret à l'époque ?
Écoutez, si vous venez un jour au cabaret, vous verrez un très beau petit musée. Toutes les plus grandes stars sont venus chez moi, de Lauren Bacall à Romy Schneider, Sophia Lauren, Nana Mouskouri. Toute l'entrée de mon cabaret, c'est mon musée. Mais je vous invite à venir me voir.

 


Comment as-tu rencontré Dalida ?
Dalida était une fille sensible. Elle avait beaucoup, beaucoup d'humour. On s'est croisés chez moi, j'étais fier de voir arriver Dalida. J'habitais Montmartre, elle habitait Montmartre. Dalida, c'est l'idole des idoles ! L'idole des Montmartrois, elle a sa maison juste à côté d'ailleurs. J'ai plein de photos avec Dalida. Orlando est parfois vexé parce qu'on lui dit "Vous n'êtes pas Michou ? Le frère de Dalida ?". (Rires)


Quelles étaient les années les plus folles à Montmartre ?
Pour moi, c'est les années 60. C'est à ce moment qu'est arrivée toute la nouvelle génération: les Claude François, les Sheila, tous les copains. Je suis un grand fan de Johnny Hallyday aussi, Jojo !

 


Et après, c'était moins drôle?
Après, comme j'étais très médiatique, y a eu le Paris parisianiste. Tout le monde voulait voir ça. Maintenant, il y a du monde tous les soirs. On a eu plein de vedettes ces derniers temps. Maintenant, je suis fier quand on me dit "Michou, chez toi, c'est une institution " je suis heureux. Je me compare maintenant au Crazy Horse Saloon. Alors je disais l'autre jour à mes amis "c'est gentil de me dire ça, mais chez moi les michettes, les danseuses, y a beaucoup de surprises sous la robe". (Rires)


Combien y a-t-il de michettes dans le cabaret ?
Écoutez, maintenant, une partie du personnel - les garçons - fait le service avec des faux-cils, du maquillage... ils sont très élégants, ils stoppent le service et vont rejoindre les autres. Il y a 22 prestations en tout.

 


Tu as connu combien de michettes ?
Il y a le serveur fidèle, j'en ai une qui m'a quittée avant hier, elle est partie à la retraite. Je suis très malheureux aussi car Thierry, mon barman qui est avec moi depuis 37 ans, me quitte bientôt. Il faut renouveler, mais ça va être très difficile parce qu'il n y'a plus cette copinerie qu'on avait avant. Maintenant on me dit "y a ceci, y a machin"…mais j'ai trois nouveaux qui sont extraordinaires. Ils sont avec moi depuis six mois, des garçons solides.


Elles ont toutes des pseudos ?
Il y a Tita.. elle est partie en retraite aussi, il y a Duduche, Hortensia. Toutes ces michettes là sont en retraite. Fernand est toujours là, il fait une grande Mireille Mathieu, Céline quand elle arrive, plus vraie que nature, et Patrica Kaas aussi, et puis il y a Nolwenn Le Roy la tête de gondole. Au musée Grévin, il y a quelques mois, il y avait la statue de Nolwenn Le Roy ; on est arrivés avant elle, il y avait la presse et le lendemain, ils l'ont pris pour elle ! (Rires)  Ils l'ont photographié, même costume, même gueule. Je la mets en bretonne, en Bigouden.

 


Les Bigoudens et la Bretagne, ça te parle ?
J'ai un compagnon qui est breton, mais j'y vais assez rarement. J'ai un ami aussi qui avait un restaurant à Tréguier - mon ami Louis, qui est cuisinier chez moi maintenant, un chef qui a plusieurs macarons Michelin. J'aime beaucoup la Bretagne, vers Perros-Guirec, Trébeurden, j'aime beaucoup les plages. La première plage où je suis allé avec ma grand-mère, la seule femme que j'ai adoré, j'avais 16 ou 17 ans, c'était au Tréport, dans la baie de Somme, la côte d'Opale. Je me souviens d'avoir le cul sur les galets - c'est le cas de le dire, il n'y avait que ça ! Mais à la plage, j'ai pris deux fois un ballon sur la gueule !


Quel est le meilleur champagne selon toi ?
Je ne mentionne pas de marque ! Tous mes amis sont dans le champagne, si je donne une marque ce n'est pas gentil de ma part, celui qui a des belles bulles dans un grand verre à ballon, c'est le secret de ma jouvence. On m'a dit de boire modérément mais je ne bois qu'une vingtaine de coupes par jour, et je viens de fêter mes 82 ans !  

 


Et c'est toujours le même coiffeur pour ton brushing ?
Je ne sortirai jamais à déjeuner au cabaret sans avoir un merveilleux brushing. Je fais rigoler mes amis, ils me disent "Michou, si on te passe la main dans les cheveux, on se casse un ongle !". (Rires)


Effectivement, il est impeccable.
Vous n'allez pas me draguer quand même !


En tant que Ministre de la Nuit de la République de Montmartre, c'est quoi ton emploi du temps ?
Oui, ministre des insomniaques ! Le soir avec tous les amis, on boit du champagne ensemble, avec ceux qui ne dorment pas. Les autres, c'est des somnifères ! (Rires)


Que penses-tu d'une rue Michou ici ?
Écoutez, au moins une petite impasse, ça sera un beau cadeau que Montmartre m'aura donné, mais je ne serai pas là pour le voir.


Et depuis combien de temps invites-tu les personnes âgées ?
Depuis 40 ans. J'ai perdu ma grand-mère, la seule femme que j'ai adoré, qui m'a élevée. Elle est morte en 57, et moi j'ai ouvert en 56, donc je n'avais pas d'argent pour lui faire des cadeaux. Du coup, tous les mois j'organise un déjeuner. C'est un hommage à ma petite grand-mère, Élise. Je n'ai aucune subvention, aucun fournisseur, je le fais avec mon budget. Je tiens à le préciser !


Du coup, toutes les petites mamies viennent ?
Oui, je fais travailler les coiffeurs du quartier, elles font une mise en pli pour venir me voir et d'ailleurs, le président Chirac m'a remis la Légion d'Honneur.

 


Et qu'est-ce que c'est ça ? (Michou arbore une broche en or sur sa veste bleue)
Ça, c'est très drôle ! C'est une broche d'Olympiades. Regardez, il n'y a que des garçons, on a l'impression qu'ils font une partouze. (Rires) Ils sont magnifiques.


Est-ce que tu chantes, pour toi ou dans le cabaret ?
Je fais rigoler les mamies quand je chante. Il y a 55 ans, un des amis m'a écrit une chanson, sur la nappe comme ça. Il a fait cette chanson chez Michou. Et tous les soirs quand je présente le spectacle, je la chante. Il y a 55 ans, je ne la chantais pas très bien, et encore moins bien maintenant. Soyez indulgent !

 


Est-ce qu'il y a des chansons que tu préfères ?
Moi, je suis Michou, mon cheval de bataille à l'époque. J'aime bien Fofolle aussi. Jean-Jacques Debout avait composé une très belle chanson, La rue des Martyrs. Alain Turban a aussi fait de belles chansons pour mes 80 ans.

 


Et tu as fait un beau titre avec André Verchuren il y a quelques années, non ?
C'est une chanson de grande fête, comme Patrick Sébastien.

Tu joues de l'accordéon ?
Non, maintenant, c'est uniquement les fesses que j'ai en accordéon ! (Rires)


Et la Vachalcade ?
C'était extraordinaire, on a fait tout Montmartre dans une superbe décapotable bleue - ceci pour vous dire que j'adore Montmartre. Montmartre est un merveilleux village, merci, merci Montmartre !


Un petit mot pour les lecteurs de Brain ?
Aux lecteurs, aux lectrices, et avec le cri du coeur, je dis Youuuuuupiiiiiiiiiiii !!!

 

 

++ Le site du cabaret Chez Michou.

 

 

Maxime Lancien // Crédit Photos : Angeli.