Tu n’as jamais pris de cours de comédie, comment es-tu devenu comédien ?

David Baiot : J’avais une copine assistante de directrice de casting, elle avait vu passer un casting pour le rôle d’un black de 25 ans, de bonne famille, qui a fait des études et m’a dit « je te vois bien dans le personnage ». Du coup j’ai passé les essais pour Seconde Chance et  ça l’a fait. Quand elle m’a annoncé que j’ai été pris, je n’y croyais pas, d’habitude il y a ce qu’on nomme « call back » ou on rappelle les comédiens mais là ça n’a même pas été le cas. À ce moment là j’ai un peu flippé, j’avais peur de passer pour un usurpateur, j’avais peur de prendre la place de quelqu’un d’autre aussi.

 

Ton personnage compte plus de 120 000 « fans » sur facebook et toi tu en as 30 000 rien que pour toi, tu le vis bien ?

Djawad est  le personnage préféré des français sur les réseaux sociaux. Et sinon pour être totalement exact mon compte officiel en compte 8000, le compte avec 30 000 fans, ce n’est pas moi. J’ai demandé  à la personne qui le tient que nous le fassions ensemble mais il ne m’a jamais répondu.

 

Et le site avec 8000 fans c’est toi qui t’en occupes donc ?

Oui, les fautes d’orthographe sont bien de moi (rires). J’essaie de m’en occuper directement mais j’ai du mal à mettre à jour mes actus.

 

Ca se passe comment de se dire qu’on a 8000 fans ? On te sollicite beaucoup dans la rue ?

Ah ca oui ! C’est quotidien, entre 5 et 10 personnes qui m’arrêtent chaque jour dans la rue. Mais ils ne connaissent pas mon nom, ils m’appellent par le nom de mon personnage, Djawad. J’essaie de prendre du temps pour eux, mais parfois c’est compliqué. Il n’y a pas de profil type parmi mes fans, ça peut être une grand-mère, comme des petits jeunes, des mères de famille, des enfants.

 

 

Tu te fais draguer ?  

Non pas du tout, je pensais que ca aiderait en fait mais non pas forcément (rires), je crois en réalité que les gens ont peur. Ils pensent qu’on est intouchables, ils viennent juste nous voir car ils veulent savoir ce qui va se passer dans l’épisode d’après.

 

Ca fait quatre ans, tu es toujours content où tu voudrais que ton personnage, Djawad, évolue ?

Je suis content car mon personnage inspire les auteurs, à chaque fois que je reviens c’est pour une intrigue bien particulière. Et je joue avec tous les personnages du Mistral (le quartier fictionnel dans lequel se trouvent tous les personnages) donc c’est cool et dès qu’un nouveau personnage arrive, va savoir pourquoi mais c’est toujours Djawad qui les introduit donc je joue vraiment avec tout le monde et ça c’est cool.

 

Tu veux continuer dans Plus belle la vie ?

On verra. Ca dépend de mes opportunités. Mais ce qui est bien avec Plus belle la vie c’est  que si je trouve quelque chose à côté on peut me « mettre de côté » pendant quelques temps. Il y a deux ans je suis parti pendant six mois pour un projet sur Arte, et la prod de Plus Belle la vie m’a rétintégré à la fin de celui-ci. Ceci dit, c’est plutôt facile j’ai un contrat à la semaine.

 

 

Ça veut dire qu’on peut te virer du jour au lendemain ?

Oui, si le personnage ne plait plus, c’est au revoir dans la seconde.  

 

Il y a des études qui sont faites autour des personnages ?

Oui, tout a fait. C’est très gros en termes de production et d’équipe tu sais, il y a 250 personnes qui travaillent sur Plus belle la vie, dont une cinquantaine d’auteurs. On est à peu près 25 comédiens, c’est une grosse machine.

On a des auteurs qui sont rattachés à nos personnages. On peut discuter avec eux de ce qui fonctionne, on discute avec les chefs de projet qui travaillent avec leurs équivalents sur France 3, des personnes qui ont les chiffres de manière quasi instantanée. Par exemple en ce moment je suis coach sportif et les gens pensent que le personnage de Djawad se mistrallise, qu’il se lisse. Or, il ne faut pas oublier qu’à la base c’est un escroc, une petite frappe de banlieue. Même moi je trouvais que ça devenait un peu plan-plan, du coup j’en ai parlé avec les chefs de projet et ils vont essayer de redonner une dynamique à Djawad tout en le laissant être coach sportif mais en installant à nouveau quelques magouilles de sa part.

 

Comment s’est passé le casting pour Plus Belle la vie ?

Au début je devais jouer mon grand frère qui est un avocat, Sébastien. Je me retrouve dans les fameux « call back » (les deuxièmes essais) et je vois que les deux autres comédiens sélectionnés ont entre 38 et 42 ans. Je me suis vraiment demandé ce que je foutais là . Finalement ils ne m’ont pas pris mais ils m’ont rappelé pour jouer le petit frère. À la base le rôle était prévu pour deux semaines, ca fait quatre ans que je joue dans la série. (sourire)

 

Tu fais donc partie des stars de la série ?

Disons que je fais partie des personnages masculins préférés.

 

Et ça en est où avec Estelle (la petite amie de Djawad dans la série), c'est fini ?

Pas du tout, au contraire ! Elle a son institut de beauté et Djwad a sa salle de sport, on travaille dans les mêmes locaux . On joue les concierges, on se raconte tout ce qui se passe dans le quartier, dans le bar du mistral, etc.

 

 

Je t’ai déjà croisé avec des membres du casting de Plus Belle la vie ? Vous êtes donc amis dans la « vraie vie » ?

Sur cette  serie il n’y a pas de star, la star c’est le programme. Du coup, personne se la raconte. Comme nous sommes amenés à nous voir souvent, des liens d’amitié se créent. On va boire des coups ensemble régulièrement, on dîne ensemble, on va chez les uns et les autres. Il y a plutôt une bonne ambiance, même avec les techniciens, la prod.

 

Tu gagnes bien ta vie ?

Oui bien sûr. Je suis pas intermittent du spectacle, je suis un fonctionnaire du spectacle, j'ai de la chance que ça soit régulier. Oui je gagne bien ma vie, je ne demande plus rien à mes parents, je paie mes impôts, je ne me plains de rien.

A un moment donné certains acteurs s’étaient plaint de manière assez virulente sur leur salaire qu’ils estimaient ne pas être assez élevé...

C’est sûr qu’on est pas payés comme Véronique Genest ou Mimi Mathy quoi ! Ce sont les personnes les mieux payées du PAF. Mais on veut toujours mieux et plus, c’est la nature humaine, moi je ne rentre pas dedans, l’argent c’est mon agent qui s’en charge.

 

Tu as d’autres projets ?

J’ai deux jours de tournage sur un film, c’est mon premier long, je suis très content ! C’est un film de Benjamin Guedj avec Charlotte Lebon et Baptiste Lecaplain. Et après je pars en Tunisie pour un court métrage pendant une semaine.

 

Qu’en est-il de ta participation à la série d’Arte Ainsi soient-ils ?

Écoute il y a eu du nouveau, mon personnage se barre à la fin de la première saison mais finalement les auteurs ont pensé que c’était pas mal de le faire revenir donc j’ai quelques jours de tournage.

 

Tu es un miraculé en fait, les personnages que tu interprètes ont une durée de vie initiale de quelques semaines et finalement ils restent bien plus longtemps.

Oui, j’adore l’idée ! (rires)

Il y a plein de personnes, certes un peu snob, qui trouvent Plus Belle la vie cheap et populo, tu n’as pas peur que ça te desserve ?

Non car je vais te dire la vérité, j’arrive au moment même ou les noirs commencent à plaire en France donc les gens me repèrent bien plus facilement, car nous sommes encore peu. Pour l’instant ça se passe bien, j’espère que ça va continuer comme ça. Il n’y a pas beaucoup de blacks ni de rôles pour les blacks donc c’est vite vu.

 

Ça veut dire quoi un rôle pour les blacks ?

Disons que les blacks sont forcément un peu relégués aux rôles de cailleras, de petite frappe, de sans-papiers, de mec qui n’a pas fait d’études, c’est compliqué. Mais je suis content car mon rôle dans le film est celui d’un mec qui est prof de philo. Mais par exemple sur Seconde Chance j’avais le rôle d’un contrôleur de gestion donc on peut pas dire que j’ai été stigmatisé non plus.  Dans PBLV je joue un mec des cités qui fait des magouilles mais je n’ai pas cette image là donc ça ne m’inquiète pas. Moi j’aimerais bien jouer un médecin, un toxicomane, un avocat en plaidoirie. Je ne veux pas conforter les gens qui pensent que toutes les cailleras sont noires.

 

Tu fais attention à ton image publique donc ?

Oui disons que je me retrouve pas déchiré en soirées. Quand j’embrasse quelqu’un dans la rue je fais attention. Il faut dire que Djawad plait beaucoup aux jeunes filles donc c’est délicat.

 

Tu es tenu par la prod à être officiellement célibataire comme des membres de boys band ?

Non non non ils s’en foutent totalement, on vit nos vies comme on l’entend.

 

Y-a-t-il des coucheries au sein du casting ?

Moi perso j’ai jamais couché avec qui que ce soit, je suis encore vierge (rires). Non, mais oui bien sûr que c’est arrivé, mais comme partout j’imagine. Il y a des couples qui se sont d’ailleurs formés et qui sont toujours ensemble aujourd’hui.

 

Tu es toi même fan de séries ?

Oui, je mate Game of Thrones que je trouve absolument démentiel, ça déchire tout.

 

Ta famille est fière de toi ?

Oui ils sont contents même si ils savent que c’est précaire et que ça peut s’arrêter du jour au lendemain. Ils n’arrêtent pas de me demander des cartes postales dédicacées pour leurs amis.

 

Comment se passe la vie en PACA ?

C’est cool, surtout l’été, quand t’as fini de bosser tu peux aller à la plage. Par contre niveau culturel t’as pas grand chose à faire. T’as aussi vite fait le tour des bars et des restos. Mais bon t’as la mer, il fait beau tout le temps et ça, ça change quand même la donne.

 

Et le Marseillais tu l’affectionnes ?

Oui ils sont cools, surtout avec nous ils sont super détente, ils ont toujours la bonne blague. Tous les jours tu peux être sûre que j’apprends du nouveau vocabulaire de là-bas.

 

Comme quoi par exemple ?

Pour dire d’un mec qu’il se la raconte, tu dis « Tête qu’il a » ou « Figure » (rires).
« Y’a dégun », ça veut dire qu’il y a rien.

 

Pour les fans marseillais(es), où croiser David Baiot à Marseille ?  

Au Longchamp Palace, un bar que j’affectionne particulièrement parce qu’il est tenu par des amis. Ça cartonne et c’est boulevard Longchamp. J’aime bien aussi les Demoiselles du 5, c’est des copines. J’ai découvert un nouveau lieu qui s’appelle L’Uppercut, c’est encore en travaux, ça va être un endroit culturel basé sur la musique, ca va être cool je pense .

En restaurant, il y a en un que j’adore c’est La Cantinetta Cours Julien.

 

Une bonne adresse de bouillabaisse ?

Chez Dédé !

 

Tu as appris de tes partenaires à l’écran ? Il est cool Roland (Marci, tenancier du bar le Mistral) ?

Oui il est sympa, il est très méticuleux, il ne disposera jamais son torchon au hasard.  J'ai appris avec Sylvie Flepp qui joue Mirta, qu’il faut articuler (rires). Sinon il y en a un qui  m’impressionne beaucoup, c’est le docteur Leserman, Virgile Bayle, c’est vraiment un super comédien. Il m’a appris un truc : si tu ne sens pas  ton partenaire à l’écran et bien tu es obligé de sauver ta peau. Car ton personnage doit être nickel et tu te dois de l’incarner à fond. Moi je m’éclate à jouer avec Élodie qui joue Estelle, il y a un vrai feeling, on partage pas mal de choses.

(Un passant l’interrompt pour lui dire bonjour.)

Tu vois toute la journée c’est ça, les gens qui t’arrêtent en criant « plus belle la vie » comme si moi je croisais le postier et que je lui criais « poste poste !! »

 

Comment se passent les journées de tournage ?

Ça dépend tu peux avoir une séquence dans la journée donc bosser une heure ou bien huit séquences et donc bosser toute la journée. Par exemple demain j’ai deux séquences dans la journée, mercredi j’en ai 7 et vendredi j’en ai deux, c’est hyper aléatoire.

 

Qui est ton acteur préféré ?

J’aimais bien Al Pacino, Harrison Ford, et Denzel Washington m’a toujours impressionné par son calme. Chez les français, j’adore Simon Abkarian, et Tahar Rahim, qui est une vraie révélation.  

 

Tes meilleurs souvenirs sur ces quatre ans de PBLV ?

Cet été mon personnage était malade, il avait une malformation cardiaque et ne s’en était jamais rendu compte. Du coup il a eu affaire au milieu hospitalier, les galères, les attentes, les diagnostics qui ne sont pas bons. C’était une intrigue cool.

 

Du coup il a demandé conseil au Docteur Leserman ?

Estelle a demandé conseil au docteur Leserman car elle était flippée. Mais Djawad a passé un mois et demi à l’hôpital, avec des voisins de chambre inhabituels dont l’un d’eux qui était facho mais qui a fini par bien s’entendre avec lui. Il y en a un autre qui est mort dans ses bras. Je suis passé par une grande palette d’émotions, ça m’a fait plaisir.

 

C’est assez fascinant dans Plus belle la vie absolument tous les sujets de société sont passés en revue : la crise, l'adoption, l’homosexualité, le gaz de schiste, les couples mixtes. Tout le monde dit que grâce à Plus belle la vie les grands parents acceptent mieux l’homosexulaité grâce au personnage gay de Thomas Marci…

Oui c’est assez génial ce que la série provoque, les gens comprennent aussi qu’un noir peut sortir avec une blanche, qu’une arabe peut sortir avec un feuj et qu’il n’y a aucun problème à ça.

 

La question du mariage gay a beaucoup été évoquée dans la série, tu en penses quoi ?

Je trouve ça super cool, même mon personnage qui est une petite frappe de banlieue, accepte hyper bien le mariage de Thomas son pote avec Gabriel, parce que ce sont ses amis tout simplement. Je suis très content qu’on en parle, mais en même temps c’est normal de le faire je pense.

 

Avez-vous eu des retours négatifs sur tout ce que vous évoquez dans la série?

Oui il y a certaines personnes que ça dérange. La prod ne nous dit pas tout et nous protège vachement sauf quand c’est vraiment grave.

 

C’est-à-dire ?

Il y a déjà eu des comédiennes qui ont reçu des lettres de menaces parce qu’elles ont embrassé un personnage qui s’appelle Abdel ou bien parce qu’elles m’ont embrassé moi. Mais je crois que c’est normal, Plus belle la vie est un feuilleton extrêmement populaire, il est regardé par toute sorte de personnes dont des personnes capables de faire ça. Il y aussi des gens lettrés qui trouvent que ca reflète parfaitement la société, d’autres pensent au contraire que c’est une téléréalité et que Djawad existe vraiment. Y’a un petit jeune l’autre fois qui m’a demandé si je voulais faire Les Anges de la téléréalité après Plus Belle la vie, j’ai halluciné. Comme on fait partie du quotidien des gens ils pensent limite qu’on est leurs potes, donc ils me tutoient beaucoup par exemple.

 

C’est quelque chose qui t’énerve ?

Parfois oui, on me demande aussi comment va telle ou telle actrice, ou est-ce que Ninon est « bonne », des choses de ce registre tu vois. Après il y a même des mecs qui sortent de prison qui m’écrivent et qui me disent « respect mec, tu déchires ». Il y a aussi des grands mères que tu croises dans la rue et qui te tirent la peau de la joue en mode « c’est pas bien ce que tu as fait ». (rires). 

 

Ah bah tiens c'est drôle, retourne toi ! 

(A ce moment là passe alors dans la rue Montorgueil où nous faisons l'interview,  Alexandre Fabre, l'acteur qui joue le rôle de Charles Frémont LE méchant de la série. Nous avons pu immortaliser cette rencontre fortuite au sommet, NDLR)

 

Propos recueillis par Sarah Dahan // Crédit photos noir et blanc : Vincent Thomas