Vous avez déclaré que pour cet album, le processus créatif s’est révélé très douloureux. Comment est-ce que tout cela s’est «débloqué» ?

Rostam Batmanglij : A vrai dire, ce n’était pas vraiment l’angoisse de la page blanche, on avait déjà pas mal de chansons qu’on avait écrites et qu’on aimait bien, mais il manquait ce petit quelque chose en plus qui ferait que la chanson prendrait une autre dimension. On trouvait nos chansons cools mais pas géniales, on a donc fait preuve de patience et on a beaucoup travaillé, il n’y a pas eu de «révélation» à proprement parler. Donc en fait oui, dans un sens, la réalisation de cet album s’est révélée frustrante à certains moments.

 

Alors c’est quoi une chanson «géniale» selon vous ?

Rostam : Hum, c’est une bonne question. Il n’y a pas vraiment de définition, c’est juste qu’on le sent et qu’on le sait. Attention, je parle d’une chanson géniale pour Vampire Weekend, pas pour les autres. Chacun place son curseur là où il le souhaite.

 

Quand j’ai écouté l’album, j’ai eu le sentiment que vous avez refusé de faire un album pop au sens traditionnel du terme avec des chansons «couplet-refrain-couplet». Les chansons commencent de manière assez classiques quand soudain, un élément inattendu vient bouleverser le morceau. Pourquoi cela ?

Chris Tomson : Oui je vois ce que tu veux dire, on voulait expérimenter avec la structure des chansons d’une manière assez inédite. Mais après, je trouve qu’il ya des choses sur cet album qui sont plus pop que jamais, du moins du point de vue de Vampire Weekend à propos de Vampire Weekend !

 

 

C’est difficile pour vous de parler de votre musique ?

Rostam : Non, à vrai dire j’ai étudié la musique à la fac, donc je peux parfaitement parler de musique, mais plus de manière théorique (rires). En fait je ne sais pas si parler de ma musique sert véritablement à quelque chose, mon conseil serait juste de l’écouter.

 

Si je devais mettre un mot sur l’album, je dirais «hystérique», est-ce que la prise de stupéfiants a été importante pendant l’écriture ?

Rostam : Non, pas vraiment… ( Il part en fou rire).

 

Je pense notamment à une chanson qui s’appelle Worship You, qui ressemble à un western mais en version totalement speed, vous êtes d’accord avec moi ?

Rostam : (rires) oui !

 

Quelle envie prédominait pour cet album ?

Rostam : D'une manière générale, on prend du plaisir en surprenant les gens musicalement. Le plus important pour nous est que nous soyons enthousiastes et excités par notre musique.

Chris : On a besoin d’être hyper-confiants par rapport à notre musique avant de sortir quoi que ce soit. On a  besoin d’être séduits, tu vois.

 

Vous avez enregistré cet album à Martha’s Vineyard, ça ne va pas vous aider à vous débarrasser de votre image preppy, non ?

Chris : On a composé là-bas, mais on a enregistré à Los Angeles et à New-York. Nous étions chez un ami qui avait deux petits cottages dans une vieille propriété qui appartient à sa famille depuis des années. Mais il n’y avait personne sur l’île, c’était hors-saison, il y avait tout au plus quelques fermiers sur place. Ce n’était en aucun cas glamour.

 

 

Oui, mais Martha’s Vineyard a quand même une image mythologique et sociologique très forte aux Etats-Unis. N’y va pas qui veut...

Chris : Oui, mais ce qu’on veut te dire c’est qu’en période hivernale, il n’y a personne, il fait froid, ce sont des conditions rudes et donc ce n’est en aucun cas glamour et nous ne sommes pas allés là-bas pour faire la fête ! Après, c’est vrai que c’est très symbolique culturellement parlant, comment sais-tu ça ? Ce n’est pas très connu en France, si ?

 

Bah en fait il m’arrive de lire, et puis c’était quand même le lieu de villégiature favori de JFK. Et sinon, votre chanteur Ezra a fait une apparition dans Girls, est-ce que c’est une série que vous regardez ?

Chris : Oui carrément, cette série est très populaire chez nous. En France aussi ?

 

Pareil, ça commence à prendre de plus en plus. Quel est votre personnage préféré ?

Chris : Je n’aime pas les personnages féminins de cette série - ce qui est un peu dommage, je te l’accorde avant même que tu me dises quoi que ce soit. J’aime bien Ray, il est drôle, mais Adam est définitivement le meilleur personnage.

Rostam : J’aime Marnie, elle est vulnérable, elle est vraie, elle est authentique ("she's real" en VO, ndlr).

 

«She’s real»… comme J.-Lo ?

Chris : (Rires ) Tu fais une blague ou tu es sérieuse ?  

 

Je ne sais pas, à toi de me dire.

Chris : (Rires) Je ne sais pas non plus, mais j’aime cette référence oubliée !

 

 

Vous êtes plus Girls ou Sex and the City ?

Rostam : J’étais au Japon récemment, j’ai maté des épisodes de Sex and the City, c’était cool.

Chris : Il me semble que je n’ai jamais regardé cette série, mais je crois que par principe, je la préfère à Girls car je préfère les années 90, l’époque où nous étions jeunes ados et où l'on écoutait du Blink 182. En fait, j’aime les années 90 et les années 2010.

 

Tu dois être heureux que ce soit l’heure du revival des années 90 alors ?

Chris : Oui grave ! Enfin !

 

Quel est votre meilleur souvenir de ces années-là ?

Rostam : Découvrir Green Day et Nirvana quand j’avais 10 ans. Avant ça, je n’aimais que U2 et la musique classique, je suis passé au rock alternatif quand je suis devenu ado.

Chris : Moi, j’avais une passion pour ce groupe qui se nomme Reel Big Fish, un groupe de ska-punk, ne me demande pas pourquoi… Ils sonnent comme Green Day mais avec des cornes de brumes ! (Rires) Mais à part ça, l’un de mes meilleurs souvenirs de cette époque est mon premier baiser.

 

 

C'était avec qui ?

Chris : C’était avec Jessica Narin, on était en cours de musique ensemble, elle jouait du piano.

 

C’est pour ça que tu as décidé d’être musicien, pour pouvoir choper plus facilement ?

Chris : Oui, carrément ! (Rires) Je suis quelqu’un d’assez malin, j’ai  vite compris qu’il y avait moyen d’avoir un bon rendement !

 

Et toi Rostam, c'est quoi ton souvenir personnel préféré ?

(Rires de hyène) J’adorais faire du vélo, je me souviens d’un trip de chez moi à Washington DC jusqu’à la maison de mes amis en Virginie.

 

Chris, pourquoi ai-je toujours l’impression que Rostam n’est pas sérieux ? Comment dois-je prendre ses réponses ?

Chris : Ah mais non, je t’assure qu'il est sincère !

Rostam : (Rires) Pourquoi, tu penses que je me moque de toi ?

 

Bah, parce que tu as ce sourire béat collé au visage depuis le début de l’interview, et avec ton sourire en coin en plus,  je ne sais pas si tu me racontes des conneries ou pas, tu vois ?

 

Rostam rit très fort.

 

 

OK. C’est quoi votre film de vampires préféré ?

Chris : J’aime bien le troisième volet de Twilight - mais pas uniquement parce que notre chanson est sur la B.O. En réalité, je ne suis pas à fond dans les films d’horreur, ca me fait chier, mais surtout ça me fait peur ! Je préfère les comédies.

 

Ah oui, lesquelles?

Chris : Tu sais, les films du début des années 2000 ou de la fin des nineties, les Happy Gilmore, Billy Madison, tout ça...

Rostam : En gros, Adam Sandler faisait des bons films dans les années 90.

 

Oui, mais maintenant il ne semble faire que des films de merde, non ?

Chris : Euh, je ne m’aventurerai pas sur ce terrain, tu veux qu’on ait des problèmes ou quoi ? (Rires)

 

 

Est-ce que vous aimeriez composer intégralement une bande originale de film un jour ?

Chris : Ah, mais il se trouve que Rostam est un pro de la bande originale !

Rostam : Oui, je composais justement une B.O. au moment où Vampire Weekend a commencé. Beaucoup de sons qu’on trouve sur le premier album proviennent de mes recherches pour mes B.O. J’avais un disque dur complet dédié à mes recherches sonores.

 

Comment s’appelle le film en question ?

Rostam : Il s’appelle The Sound of My Voice.

 

Quels sont tes compositeurs préférés ?  

Rostam : Hans Zimmer, même si c’est un peu embarrassant ! (Rires) Danny Elfman, Georges Delerue...

 

Est-ce que tu aimes Philip Glass ? Ca se fait beaucoup en ce moment de citer Philip Glass.

Rostam : Oui, je l’aime bien. Pour tout te dire, il y a un morceau au piano que j’ai écrit pour le prochain film de mon frère qui s’appelle The East qui a été inspiré par lui, de manière consciente ou inconsciente je ne sais pas trop. Il faudra que tu le voies et que tu me dises si je suis «for real».

 

OK ça marche.

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Vampire Weekend.

++ Modern Vampires Of The City sort la semaine prochaine chez XL Recordings et est disponible en écoute et pré-commande sur iTunes.

 

 

Propos recueillis et traduits par Sarah Dahan // Crédit photo : Alex John Beck.