Habillé et tatoué comme un shaman picte, c'est après les balances que Loran reçoit l’émissaire de votre magazine de qualité favori. Avant d’attaquer l’interview, on parle de dessins animés japonais et de Miyazaki en particulier. Le guitariste a été branché sur le sujet par ses enfants. Il ne tarit désormais pas d’éloges sur Princesse Mononoké, une des professions de foi animistes du réalisateur japonais. Juste le temps de préciser que dans le groupe, on l’appelle "Loranne", pour éviter les confusions avec Laurent, l’ingé-son des Ramoneurs, et voilà que dûment équipés de cervoises, nous débutons l'entretien.

 

(Cliquez sur les images pour les afficher en grand)

 

Les Ramoneurs de Menhirs ont été créés en 2006, dans la foulée de la séparation de Bérurier Noir, c'est ça ?

Loran : Pour être franc, je dirais que François (chanteur de Bérurier Noir, ndlr) a interrompu les Bérus. C’est complètement différent de ce qu’il s’est passé en 89 : à l’époque, les Bérus avaient décidé ensemble d’arrêter, alors qu’en 2006, François a arrêté le groupe par l’intermédiaire d’une dépêche AFP… C’est hallucinant quand même ! On devait faire un concert le 1er mai sur un camion pour le collectif Zéro, et François a voulu annuler le concert quelques jours avant. J’te raconte l’histoire franchement, sans aucune polémique ni rien du tout, François, c’est mon frangin pour la vie, c’est clair… Il a téléphoné pour dire qu’il ne viendrait pas au concert. Ça m’a pris la tête parce que je trouvais important que les Bérus soient là le 1er mai. J’ai branché alors Gwendoline, la mère de mes deux dernières filles, pour qu’elle chante. Quitte à avoir une autre personne… OK. Comme les Bérus ne jouent pas, on s’appellera Amputé parce qu'avec François, la tête du groupe est coupée. Comme il faut le remplacer, faut que ça soit une femme. Du coup, Gwendoline a fait ce concert des Bérus le 1er mai, sur un camion.

 

 

Pourquoi François n’a-t-il pas voulu donner ce concert ?

Je crois que ça lui prenait la tête. Pourtant, le collectif était venu nous voir en studio, quand on était en mixage d'Invisible, tout le monde était OK. Je trouve inadmissible de dire oui à une association, à un collectif, et d’annuler au dernier moment, sans aucune raison valable, je trouve ça irrespectueux. Je n’étais pas d’accord. Masto trouvait ça ridicule lui aussi. On a donc décidé de faire le concert quand même. Comme François n’était pas là, ça ne pouvait pas être les Bérus, d’où le changement de nom. Quelques jours après, François a envoyé une dépêche à l’AFP pour dire que le groupe était arrêté. Il était assez énervé. Il se présentait comme le fondateur de Bérurier Noir ce qui n’est pas tout à fait vrai parce que Bérurier Noir, on l’a fait à deux. Je pense qu’il a été énervé que l’on fasse quand même le concert. Donc ça c’est fini d’une façon que je n’ai pas… Bon, si tu veux, c’était simple : soit je continuais à me prendre la tête sur cette histoire, soit je passais à autre chose. Donc j’ai rebondi avec les Ramoneurs de Menhirs qui se sont faits instinctivement, de façon radicale.

Quelques jours après cet évènement-là, Eric (Gorce, joueur de bombarde du groupe, ndlr), qui est un des sonneurs, m’a branché. Avec Eric, on se connait depuis très longtemps. On traînait ensemble au Luxembourg dans les années 80, on était avec les petits punks qui ont un peu fondé la scène alternative parisienne, les Lucrate Milk, tout ça. C’est Eric qui sonne sur le morceau des Bérus Vive le Feu. On l’avait rebranché quand on a joué aux Transmusicales en 2003 et à Astropolis en 2005. On avait aussi contacté Richard (Bévillon, joueur de biniou des Ramoneurs, ndlr) et Jean-Pierre qui joue de la cornemuse sur les deux albums des Ramoneurs de Menhirs. D'ailleurs, Jean-Pierre avait aussi sonné sur Vive le Feu...

 

 

Quand on a transformé les Bérus en 2003 - ce n’était pas une reformation, c’était une transformation - on a contacté tous les gens qui avaient collaboré au groupe musicalement. Eric et Jean-Pierre ont répondu présent, ils étaient là. Et c’est comme ça que le lien s’est refait. Tout de suite après que François dissolve les Bérus, Eric m’a appelé pour me dire qu’il faisait un disque de traditionnel avec Richard et qu’ils aimeraient bien faire un morceau avec moi. J’ai dit «OK, excellent» et je les ai retrouvés en studio, à Paname, aux Frigos (célèbres studios du XIIIème arrondissement, ndlr), les fameux studios de Concerto pour Détraqués et Abracadaboum (albums de Bérurier Noir respectivement parus en 1985 et 1987, ndlr). J’adore cet endroit, ce petit îlot de résistance. C’était un endroit qui était hallucinant avant… Avant qu’ils refassent les quais de Bercy, c’était un village de négociants de vins avec plein de petites maisons. Maintenant, c’est Brazil ! Mais il y a encore ce petit Quai de la Gare (nom du studio, ndlr) qui résiste, ils sont encore là. Je voulais qu’on enregistre là… Les autres sont venus avec une bande de la voix de Louise Ébrel (chanteuse bretonne de 80 ans qui collabore souvent avec les Ramoneurs, ndlr). Ils lui avaient fait chanter a capella La Gavotte d’Honneur. Louise ne chante pas avec un métronome. Elle n’a pas de casque quand elle enregistre, elle a un micro et elle chante. Ils m’ont demandé si je pouvais faire quelque chose avec ça. Avec la boîte à rythmes, faut que la voix soit carrée, hein. Si elle ne l’est pas, on ne peut rien faire. Je leur ai dit de passer la voix dans la sono. J’ai un tapping sur la boîte à rythmes qui permet d’impulser le tempo. J’ai appuyé sur play et j’ai envoyé un tempo rock de base en quatre temps et la voix est rentrée dedans ! J’ai halluciné tellement elle avait chanté carré ! J’y croyais pas ! 

 

 

Du coup, le premier morceau avec Louise qui figure sur Kerne Izel, l’album d’Eric et Richard, a été enregistré en différé ! Ça devrait être impossible d’enregistrer une voix et de mettre ensuite une boîte à rythmes et le reste par-dessus… Hé bien on a pourtant fait le morceau comme ça ! Quand il a été terminé, on l’a présenté à Louise. Elle a halluciné complet, elle ne s’attendait pas du tout à ça ! Et c’est comme ça qu’on a fait le premier morceau des Ramoneurs. Comme ça se balançait bien, on s’est dit qu’on allait se faire un 2ème morceau… On avait quatre heures de répètes à Luna Rossa (studio de répétitions du XIIIe arrondissement, ndlr) et en deux heures c’était fait. Alors, je leur ai dit que, quand il y a une belle osmose comme ça, on doit faire un groupe - et c’est comme ça qu’on s’est mis à ramoner les menhirs ! Le groupe est né comme ça.  J’ai donc rebondi direct, tu vois. En plus, avec Masto, on a continué un peu Amputé. Amputé a eu plusieurs formules… On ne veut pas qu’Amputé soit annoncé parce qu’on ne veut pas qu’il y ait racolage par rapport aux Bérus. C’est toujours pareil, les Bérus, les Bérus, les Bérus ! En fait, on branche un groupe en qui on a confiance. Il s’arrange avec l’organisateur pour avoir un set qui dure une demi-heure de plus sans rien lui dire. Et, pendant le concert, le groupe dit qu’il va faire une petite pause, qu’il va laisser la place et va faire une petite surprise au public. A ce moment, on arrivait et on jouait pour les gens qui étaient là, non pas pour des gens qui seraient venus pour voir les Bérus, c’était ça l’idée ! En plus de la version d’Amputé avec Gwendoline, il y en a eu une autre avec mes enfants. Ça s’appelait Les Petits Agités. C’était une partie de mes enfants qui chantaient les morceaux des Bérus avec moi à la guitare…

 

Tu as sept enfants je crois ?

Oui. La plus âgée a trente-et un ans, la plus petite en a cinq. Ma première fille est adoptée. J’ai eu quatre enfants naturels et deux avec qui je vis mais que je n’ai pas conçus. Les enfants, c’est vachement important… Ça fait 35 ans que je donne des concerts. J’ai donné mon premier en 77, avec Cadenas Rock, j’avais treize ans….Disons que ça fait 30 ans de concerts de façon dense. Et bien, tout ça c’est pour les enfants que je le fais, pour leur montrer que c’est tout à fait possible de vivre autrement et d’avoir envie de vivre autrement. Le fait de ne pas être intermittent du spectacle par choix, de ne pas rentrer dans un système en étant un artiste complètement insaisissable et libre, indomptable… Ça, c’est mon système éducatif et c’est une démonstration que mes enfants vivent directement. C’est la chose la plus forte que je leur apporte. Je pense que, plus tard, ils feront les choses en fonction de là où leur cœur les emmènera. Je trouve ça vachement plus sain, et d’ailleurs ils l’appliquent… On est dans un monde qui va à l’encontre de ça… Pour moi, le punk rock est un dernier sursaut de sauvagerie ! Moi, j’adore la phrase : «le rock’n’roll est la dernière aventure du monde civilisé», c’était sur OTH (groupe punk de Montpellier, ndlr), je trouve ça vraiment excellent, ça correspond exactement à l’état d’esprit dans lequel je suis.


 

On ne parle pas souvent des connexions rock des Bérus et des Ramoneurs avec le rock’n’roll : Sham 69, AC/DC (cf. le site des Ramoneurs), Roky Erickson

Ah, ben évidemment ! Et même Eddie Cochran ! Nous, on n’était pas Elvis, on était Eddie Cochran, ce n’est pas la même chose ! Elvis, est une caricature, un personnage qui devient ridicule, qui est manipulé depuis son plus jeune âge par le show-biz pour en faire un objet… Eddie Cochran, lui, est mort à 21 ans ! La trace qu’il a laissé, c’est ouf ! Eddie Cochran, c’est le premier qui ouvrait le charley pour faire «KWOOOO !» au lieu de «tchi-tchi-tchi» (illustration sonore très réussie de deux manières très différentes d’utiliser un charleston, ndlr) !

 

 

Le rock est né dans un champ de coton à la base, il est issu de l’insoumission. Moi, je garde complètement cet esprit-là… C’est pour ça que je suis complètement… (Il réfléchit) C’est pour ça que je trouve ça complètement "controversant" de voir des groupes punks sur des major companies ! Hier, on a joué en Mayenne. J’ai vu une affiche de HK et les Saltimbanks qui viennent de MAP qui a aussi donné ZEP… Et il y a Universal sur l’affiche, je trouve ça vraiment grave ! Faut se rappeler de l’origine des choses ! C’est hyper-important parce qu’on détourne, on déforme tout et on laisse à nos enfants des espèces de codes illisibles. On parlait tout à l’heure de mangas, de Princesse Mononoké… Là, les codes sont hyper-lisibles et c’est vachement important d’avoir des codes lisibles ! Le gros problème de la politique politicienne, c’est que la gauche et la droite sont la même chose ! En France, c’est caricatural… Alors que ça ne devrait pas l’être, c’est hyper-important ! Moi, j’ai vraiment un esprit de gauche, et la gauche au sens où je l’entends, c’est le partage. Pour moi, la droite fait passer le profit avant l’intérêt humain, alors que pour la gauche, le partage passe avant tout, même si maintenant en politique c’est différent. Et c’est super-grave, ça ! Comment veux-tu que les gamins se politisent ? Après, on s’étonne qu’il y ait des abstentions ! Les jeunes n’en ont rien à branler : ils voient très, très bien que c’est la même chose, qu’il n’y a plus du tout de concepts. Moi, quand j’étais gamin, quand j’étais jeune punk, je croyais en une révolution éventuellement de gauche…

 

Qu’est-ce qui t’a branché punk ?

L’énergie, le côté insoumis… Le côté : c’est les petits qui taquinent les grands, la revanche de la cour des miracles, je dirais.

 

Tu viens de la banlieue nord de Paris ?

Non, je viens de la banlieue est, du Sept-Sept ! J’ai participé au film sur le Neuf-Trois, 93 la belle Rebelle, parce que Jean-Pierre Thorn (réalisateur du film, ndlr) voulait que je participe. L’anecdote, c’est que je répétais avec Guernica, mon groupe d’avant les Bérus, près de la station de métro Robespierre (à Montreuil-sous-Bois dans le 93, en proximité immédiate de Paris, ndlr), au lycée Paul Eluard. La mère du bassiste était instit’ et elle avait un logement de fonction là-bas. Comme on avait accès aux caves de l’école, on répétait là-bas. C’était ça la connexion avec le Neuf-Trois. Il y aussi l’Usine de Montreuil (squat artistique en activité dans les années 80 où eurent lieu de nombreux concerts de la future scène alternative, ndlr) qui était importante. Mais moi, j’ai habité dans le 77.

 

A Pontault ?

Voilà, à Pontault-Combault. Il y avait aussi la Ferme d’Émerainville (ville du 77, ndlr) qui était un exemple de lieu autogéré. Il y avait un éducateur qui était là pour gérer un peu mais toute la faune punk - skin était là, ensemble. Parce qu'il faut savoir qu’au début des années 80, le mouvement skinhead n’avait pas été récupéré par l’extrême-droite. Le mouvement skinhead vient des hard mods. Ces mods en ont eu marre de se faire choper par les cheveux (rires) par la police montée quand ils se filaient rancard sur les plages à Brighton. Ils se sont donc rasés le crâne pour que la police montée ne puisse plus les choper par les cheveux (rires - anecdote véridique, ndlr). À la base, le mouvement skinhead était vachement attaché au rocksteady qui était un mélange de culture jamaïcaine et de rock’n’roll. C’était vraiment la fusion entre les prolétaires anglais blancs et les prolétaires jamaïcains… La culture jamaïcaine est énorme à Brixton (quartier du sud de Londres, ndlr)… Je suis allé à pour la première fois à Londres en 79. J’étais allé au festival à Notting Hill Gate. J’ai acheté mes premiers vinyles maxi 45 tours d’Aswad, du gros dub, j’écoutais ça autant que du punk. C’était complètement assimilé dans la culture punk et skin. C’est seulement au début des années 80 que le le parti d'extrême-droite britannique le National Front commence à récupérer le mouvement skin, notamment en manipulant Ian Stuart le chanteur de Skrewdriver (groupe fer de lance du Rock Against Communism, ndlr), qui devient rabatteur de force de frappe pour l’extrême-droite.

 

Guernica n’était pas ton premier groupe ?

Non, non. J’avais fait avant Cadenas Rock à l’âge de treize ans. Ce groupe a duré longtemps. J’ai fait aussi Cherokees. Ce n’était pas le groupe de rock des années 80 (groupe garage de Pierre «Suspense» Emery d’Ultra-Orange et père de Lou Lesage, ndlr) que les gens connaissent. C’était de la soul-punk… À la fin des années 70, le punk est mort très, très vite, en fait. Entre 79 et 80, la plupart des punks ne l’étaient plus. Le punk était mort, ça devait être quelque chose d’éphémère. C’est avec Exploited et le Punk’s Not Dead (album de ce groupe écossais paru en 1981, ndlr) qu’il y a eu la vision que le punk ne devait pas mourir. Mais à la fin des années 70, tous les punks avaient une banane et s’étaient remis au rock. On le voit bien avec Métal Urbain ou Doctor Mix and the Remix (groupe fondé par des anciens de Métal Urbain au début des années 80, cf. notre entretien avec Éric Débris, ndlr) : le look à cette époque, c’est la banane graisseuse qui tombe… Dans ces anciens punks, certains avaient un petit tatouage sur le bras : «PX»,  ça voulaient dire qu’ils étaient punks en 77, mais qu’ils ne l’étaient plus en 79.

 

 

Et toi, tu avais une banane ?

J’en ai eue une pendant un petit peu de temps. C’était quand on a commencé à se brancher avec François, un petit peu avant même. J’ai eu une période où je suis entré à fond dans Eddie Cochran. D’ailleurs, dans le film The Great Rock’n’Roll Swindle, Sid Vicious reprend deux chansons d’Eddie Cochran, donc… 

 

 

Ta famille est d’origine grecque ?

Oui, effectivement. Je suis issu d’une famille de réfugiés grecs qui a atterri à Reims où il y a une grosse communauté grecque. Moi, j’ai un nom grec. C’est un nom shamanique qui veut dire «quatre maisons». Les quatre directions, en astrologie, sont les quatre points cardinaux, comme dans la roue de médecine amérindienne ou la croix des Celtes. Cette croix a été récupérée par le GUD et l’extrême-droite mais, à la base, c’est un symbole qui a été modifié par la religion pour en faire une croix. Mais, à l’origine, c’est le même symbole que celui des Amérindiens. On le retrouve dans toutes les civilisations tribales : la terre et les quatre directions, les quatre éléments… Je ne sais pas vraiment d’où je viens, je sais que je suis issu d’une famille grecque massacrée. Je suis le dernier, apparemment, qui porte ce nom-là. Je me suis amusé avec Internet à vérifier ! Et effectivement, il n’y a que moi et mes enfants. Dans ma petite enfance, on est passé de Reims, Épernay, puis on a atterri à Charenton-le-Pont, qui était le terminus du métro à l’époque. J’ai connu l’école quand les garçons étaient séparés des filles, avec les blouses, les coups de règles sur les doigts et tout. Après j’étais à l’école Decroly, une école alternative, une école pilote.

 

Comment y es-tu arrivé ?

C’est ma mère qui m’a mis là, elle pensait que ça serait bien pour moi. J’avais des petits problèmes de communication avec le monde extérieur, un léger côté autiste. J’avais tendance à rester dans ma bulle à refuser les choses comme elles sont. Cette conscience-là, j’ai l’impression de l’avoir depuis la naissance, peut-être même que je l’avais déjà dans le ventre de ma mère ! Je suis né en prématuré tout énervé… Je ne supporte pas le système dans lequel on est… Ça, je le ressens depuis la plus tendre enfance. C’est pour cela que j’ai une facilité à vivre différemment, c’est instinctif pour moi Je ne me sens pas du tout lié au système lobotomisant dans lequel la plupart des gens sont.

 

Était-il décidé dès le départ que les textes des Ramoneurs soient militants ?

Ils ne le sont pas tous même si on peut dire que tout est militant, ça pourrait être l’objet d’un débat ! Comment on fonctionne ? Quand on reprend des morceaux traditionnels qui ont un texte, si on le trouve intéressant et qu’il reste dans le contexte, on le garde tel quel. Par contre, il y a d’autres textes traditionnels qui nous paraissent en décalage des valeurs qui sont les nôtres. Ceux-là, on les  adapte à notre état d’esprit. C’est ceux-là qui sont militants parce qu’on parle de Leonard Peltier, des OGM, de Monsanto, des paysans, du monde du travail, tout un côté social… Mais les textes que chantent Louise sont des textes purement traditionnels. Ils ont un côté intéressant parce qu’ils ont une… (il réfléchit) Hé bien, c’est comme Princesse Mononoké une fois encore : ce sont des espèces de chants initiatiques qui véhiculent des symboles que je trouve intéressants. Mais j’ai aussi tenu à faire du punk rock traditionnel aussi. J’ai repris des morceaux de mes anciens groupes : Nomad de Ze6 (groupe du début des années 90, ndlr), Auschwitz Planet de Tromatism (cf. plus bas), quelques morceaux des Bérus adaptés en traditionnel. Pour moi, le punk rock, c’est du traditionnel. Tu te rends compte, les années 70 ça remonte quand même à un petit bout de temps ! Le fest-noz est entré récemment dans le patrimoine mondial de l’UNESCO… Est-ce que le punk rock va y entrer aussi dans 10 ou 20 ans ? (Rires) Je vais avoir 49 ans en mars. Quand j’étais jeune, je n’aurais jamais imaginé voir des groupes de vieux ! Le punk, c’est un truc de jeunes et c’est marrant de voir des jeunes dans le public qui flashent sur nous comme si on était des espèces de derniers survivants d’un monde où les choses étaient possibles…

 

 

C’est comme ça tu le perçois ?

Comme maintenant tout est vraiment fermé et bouclé à triple tour, je pense qu’on représente un esprit de liberté. Je ne sais pas comment l’expliquer… Nous sommes peut-être les derniers pirates ! Ces jeunes-là sentent qu’on fait partie d’une génération où les choses n’étaient pas pareilles, ou elles étaient encore possibles !

 

Tu trouves qu’elles le sont moins actuellement ?

Je ne m’en rends pas vraiment compte parce que je suis toujours dans la même énergie mais imagine maintenant un gamin qui est coincé sur ses «fesses de bouc», sur ses machins, MySpace, internet, les téléphones portables, ces trucs… Les gamins sont bloqués sur leur fauteuil. Ils ne bougent plus, ils ne se servent plus de leurs corps, ils n’oxygènent plus rien du tout… Ils deviennent des espèces de grosses larves énormes comme dans Dune ! Regarde les Américains : c’est toujours une caricature de dire ça, mais souvent, ce qui se passe aux Etats-Unis arrive chez nous dix ans plus tard. Le système américain est la base du capitalisme dans lequel on est, c'est-à-dire un monde où le profit et le matériel passent bien avant l’être humain.

En fest-noz, quand tu vois Louise Ebrel qui est âgée de 80 ans se pointer sur scène, les jeunes punks hallucinent. Ils sont devant alors que les anciens dansent les danses traditionnelles derrière… Quand les jeunes voient Louise chanter une gavotte pour la première fois alors que je balance des riffs, ils hallucinent : comment est-ce possible ? Loran des Bérus qui joue avec une grand-mère ! Le mec a quinze ou vingt ans, tous les clichés qu’il a reçus de son système éducatif sont pulvérisés ! Elle a 80 balais et elle balance grave ! Du coup, le mec se sent tout mou et ça c’est super-fort ! Ca fait partie des trucs de fous qui n’arrivent qu’en Bretagne ! Pour moi, c’est pas un pur hasard s’il y a eu beaucoup de groupes punks en Bretagne, c’est un terreau pour le punk rock. Là-bas, l’ouverture d’esprit est hallucinante.

 

 

Tu vis là-bas ?

Oui, je m’y suis installé en 2005, un peu avant la fin des Bérus. Mais j’ai habité pendant dix ans dans la Vallée des Merveilles, en pleine montagne… C’est un endroit sacré pour les civilisations Celte et Ligure. L’endroit est situé dans les dernières Alpes, juste avant qu’elles s’enfoncent dans la mer. C’est à la frontière entre l'Italie et la France. Il y a des milliers de  gravures celto-ligures qui sont très, très vieilles et qui étaient sacrées pour les Celtes. J’ai commencé à me brancher sur la culture celte de façon très, très dense par les pierres. Après, ramoner un menhir ça me paraissait évident ! Et du coup, après avoir vécu dix ans comme un Indien dans la montagne, la connexion me paraissait évidente... Même si la Vallée des Merveilles est à l’opposé de la Bretagne, à mille cinq cents bornes, le pont s’est pourtant établi directement.

 

Tu vivais tout seul quand tu étais dans la montagne ?

Pas forcément. Des fois, j’étais en famille, des fois en collectif assez réduit. J’ai vécu seul aussi un certain nombre d’années.

 

Comment faisais-tu pour te nourrir ?

J’avais le jardin, un jardin énorme. Le reste, les cigarettes les céréales, tous les petits détails qu’on ne peut pas forcément produire soi-même, je me démerdais avec les ventes des disques des Bérus. J’arrivais à me démerder très, très bien. Tromatism, le collectif punk déja évoqué tout-à-l'heure s’est fait à cette période. On partait trois mois en tournée. On ouvrait une vingtaine de squats, on était complètement autonomes. On a fait 500 concerts sans aucun cachet, sans aucun contrat ! Des fois, on nous donnait un petit billet mais tout s’est fait sans contrat !

 

Vous avez joué en Yougoslavie, je crois.

Oui, on est allé partout, on a joué dans l’Europe entière ! Dans les années 90, la mouvance squat a constitué un réseau énorme. Le système commençait à étouffer, et toute la culture alternative a implosé comme une cocotte-minute. Cette implosion est née dans les squats, ça s’est passé comme dans Ainsi squattent-ils (chanson de Bérurier Noir, ndlr) : «Ainsi demain / naîtront des squats comme des petits pains»… C’est exactement ce qui est arrivé ! C’était évident… Quand le système serre la vis, ça implose autre part (il prend un air mystérieux). On le sait quand on regarde l’Histoire : les oppressions déclenchent obligatoirement des révolutions.

 

 

Les Ramoneurs ont donné un concert en soutien aux opposants de Notre-Dame Des Landes, non ?

Oui, on a fait un fest-noz. Déjà sans polémiquer sur gnagnagna, je trouve débile de tout centraliser dans un endroit. Ça pollue d’une façon hallucinante… Et détruire une zone humide pour ça, c’est aussi hallucinant ! L’équilibre de la terre est hyper-important et tout ça est la faute, encore une fois, d’intérêts financiers, c’est vraiment énervant. On est toujours dans les mêmes clichés. Là où je trouve la gauche lamentable, c’est qu’elle a exactement le même comportement que la droite, c'est-à-dire que, contrairement à ce qu’elle veut faire croire, elle place l’intérêt financier avant l’intérêt humain. Je vais citer un proverbe africain que tout le monde connaît mais qui est vraiment la base : «on n’hérite pas de la Terre de nos ancêtres, on l’emprunte à nos enfants». Tant qu’on n’a pas compris ce concept-là, on fera de la merde. Et le Français est fortiche là-dessus. Il est assis sur ses lauriers : «la France, la France, la France». Mais en France, il ne se passe rien ! C’est un pays de merde où il ne se passe rien, un pays où les gens sont vissés par les médias et par le système éducatif. La différence est prohibée en France. Tu ne verras plus un mec avec une crête verte dans les quartiers, il se ferait lyncher ! Nous, dans les années 80, on avait des crêtes vertes et on est encore vivants. C’était donc possible ! Et on n’habitait pas dans les quartiers bourgeois, on habitait dans les banlieues. La différence est prohibée. Je crois que c’est une grosse erreur. L’homme a un problème avec ça. Je pense que c’est la religion et le système éducatif qui ont produit ça…

 

Loran et Julie Pixhell, la tour manageuse des Ramoneurs

 

J’ai habité dix ans dans la forêt, la forêt primaire, celle où l’homme ne passe pas, la forêt remplie d’essences différentes, des centaines d’essences différentes qui (air mystique, ndlr) créent ensemble une alchimie incroyable et constituent le cœur de la forêt. C’est un truc énorme et d’une force monstrueuse - je ne devrais pas dire «monstrueuse» parce que c’est la beauté de la forêt – mais, là, on n’a rien compris : dès que les choses sont différentes, on les coupe, on les arrache. On a vu ça en agriculture : la monoculture c’est de la merde, on le sait bien ! Géronimo, il s’est aussi battu pour ça. Il s’est battu pour être libre en tant qu’Amérindien mais il s’est aussi battu pour qu’on ne l’oblige pas à planter le maïs en ligne (il insiste sur ce dernier mot, ndlr). C’est un concept inconcevable : la nature ne fait pas les choses en ligne (il ré-insiste). Il faut laisser faire les choses le plus possible. Pour moi, il y a eu trois périodes humaines très, très importantes : pendant la première, l’humain est un nomade, un cueilleur ou un chasseur… Je pense qu’il était végétarien au début parce qu’il ne connaissait pas le feu, c’est un long débat, bon bref… Donc l’homme est nomade et va là où il y a à manger. 2ème période : il commence à protéger des animaux sauvages les endroits où il a repéré qu’il y avait à manger. Au cours de la 3ème période, ce qui pousse à un endroit, il le fait pousser à côté de chez lui. On s’est pris - ça c’est le délire des religions à dieu unique - pour la Terre-Mère, pour dieu. On a mis les tomates là parce que c’est plus facile et on a chamboulé tout un système tellement subtil qu’on n’a même pas cherché à comprendre ! 

En ce moment, il y a des gros problèmes en Amérique à cause de la clim’. A cause de la clim’, les gens vivent toujours dans la même ambiance et ils ne sentent plus le chaud ni le froid. Et c’est très mauvais ! Ton corps a besoin d’avoir un peu froid, d’avoir un peu chaud. Ça stimule les défenses, ça sert à plein de choses… C’est aussi important d’être capable de prendre une douche froide… Il faut arrêter de se complaire dans le luxe, c’est Dune encore une fois : on devient comme le gros… PRRRRRRRR (bruit de gonflage, ndlr), ça devient vraiment ça. On oublie ce qu’on est. On doit être complètement lié aux autres vies. Je ne vois pas pourquoi l’humain a tendance à faire le contraire mais je pense que c’est le système qui nous faire croire ça.

 

C’est l’héritage des religions du Livre.

Oui ! Oui ! Clair ! Clair ! Je suis complètement contre ça. C’est pour ça que j’ai été attiré très, très jeune en tant que petit punk par la mouvance anarchiste, parce qu’elle reniait la religion judéo-chrétienne dans laquelle on avait été éduqués. Et je trouvais que c’était la base. Couper ces ponts vers la première aliénation des humains.

Les Bérus ont marqué ma vie énormément. Notre chanson Nuit Apache m’a fait découvrir Géronimo parce que c’est un texte qui est extrait de ses mémoires (Mémoires de Géronimoéd. La Découverte, un livre essentiel, ndlr). Ça a été un virage pour moi. Après, j’ai découvert Élan Noir (homme-médecine, cousin de Crazy Horse, ses souvenirs ont été recueillis dans Élan Noir Parle, éd. 10/18, ndlr) et plein d’autres gens. Pieds-Nus sur la Terre Sacrée, par exemple (compilation de textes issus de la tradition orale amérindienne parue aux Éd. Denoël, ndlr), c’est un super-beau livre.

 

En parlant d’Amérindiens, vous avez joué avec le groupe navajo Blackfire.

Oui, tout à fait. C’était une super-belle rencontre. Les Ramoneurs de Menhirs, c’est quoi ? C’est un groupe de traditionnel breton qui mélange l’énergie et l’insoumission du punk rock à la résistance traditionnelle… Là, ça devient intéressant : on reprend du terrain à l’extrême-droite. Elle n’aurait jamais dû aller sur ce terrain et je trouve beaucoup plus politisé de faire ça que de rester dans une espèce de politiquement correct dans lequel on brosse constamment dans le sens du poil, où on prêche aux convaincus, ça ne sert à rien ! Il n’y aucun courage à faire ça. L’idée est de reprendre à l’extrême-droite les valeurs traditionnelles qu’elle s’est appropriée… «La tradition n’appartient pas aux nationalistes», c’est un slogan qu’on aime bien. On l’a écrit sur la pochette de notre premier album en référence à une petite mouvance identitaire un peu ambigüe qui est affiliée à l’extrême-droite.

 

 

Et comment ça s’est passé avec Blackfire ?

Vachement bien. Ils représentent un peu l’équivalent en Arizona de ce qu’on représente en Bretagne. Ils sont Navajos mais leur vrai nom de peuple, c’est Diné. Navajo, c’est le nom que leur donnaient les Espagnols. Le fait qu’ils mélangent les chants traditionnels shamaniques au punk rock, je trouve que ça relève du même esprit que nous. Du coup, on les a invités en 2009. On a organisé une tournée d’une dizaine de dates Blackfire/Ramoneurs à travers toute la Bretagne. On les a même invités en fest-noz ! On était en super-belle osmose. Il y a une vieille affiche bretonne qui existe depuis les années 70 sur laquelle tu vois un vieil Indien et un vieux Breton avec écrit dessus «Breizh/Amerika - 500 années de résistance». (Rires) Il y a même une ville à côté de Pontivy, dans le 56, qui est jumelée avec une réserve amérindienne…

 

 

J’ai une question purement musicale : en tant que guitariste, le gros de ton parcours a été fait en jouant avec une boîte à rythmes, non ?

Absolument.

 

Parfois, ça ne te manque pas de jouer avec un batteur humain ? J’imagine que quand tu as joué avec des batteurs, ton jeu a dû être modifié… 

C’est vrai que j’ai un parcours assez hallucinant de ce point de vue-là. Je suis un guitariste à part à cause de cette boîte à rythmes. Je pense que j’ai développé une façon de jouer de la guitare différente parce que j’étais avec une boîte à rythmes et que j’ai une façon d’utiliser la boîte à rythmes qui n’est pas la même qu’Indochine ou Métal Urbain (j’adore ce dernier groupe). Eux, ils ont des synthés, il y a plein de trucs en plus. Pour moi, la boîte à rythmes, c’est le métronome, il y a un côté shamanique. La boîte à rythmes représente une espèce de résistance tribale dans le monde industriel. 

Je suis aussi issu de la vague du punk industriel. On en parle très, très peu. On parle beaucoup du rock’n’roll genre Eddie Cochran qui fait partie aussi du punk rock, de cette énergie qui te fait lâcher les accords plus méchamment, commencer à tordre un peu le son… Mais fin 77 j’écoutais aussi de la musique industrielle comme Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire. Je suis très proche de cette scène industrielle. Quand j’étais gamin, j’ai atterri en banlieue, en plein cœur du monstre industriel… Je pense que je suis un très mauvais guitariste dans une formation classique, je ne suis même pas un guitariste ! Je pense que j’ai développé une façon de jouer de la guitare complètement différente et adaptée à ce que je fais mais qui n’irait pas autre part. Je ne pourrais pas, par exemple, faire le bœuf avec un groupe de jazz ! Ma petite boîte à rythmes et ma guitare, on est tellement habitués à travailler ensemble, à échanger ensemble… Je sais pas, c’est un truc de fou ! Et on travaille très vite, elle est très simple. C’est une vieille boîte à rythmes des années 80, pas du tout informatisée parce que c’est source d’embrouilles… C’est une boîte très simple qui va à l’essentiel. J’adore être réactif et, avec cette boîte, je peux improviser sur scène ! Je peux vraiment faire ce que je veux, je suis vraiment en osmose. Après, je n’ai jamais fait un projet seul. Il m’est arrivé de faire des morceaux seul mais je n’ai jamais posé quelque chose ou fait un album seul parce que j’ai besoin d’un échange avec d’autres musiciens, c’est hyper-important pour moi. C’est comme en amour, j’aime bien la masturbation, certes, mais j’aime aussi l’échange !

 

 

Et que penses-tu de la musique électronique ?

C’est comme tous les styles de zique, il y a des choses que j’aime, d’autres pas. Quand il y a une bonne énergie… Je suis ouvert à tout. Il peut y avoir des choses qui me touchent dans tous les styles. Ça va de la musique classique aux musiques traditionnelles, au rock’n’roll, au punk rock et même certains groupes de metal ou de reggae.

 

(Ce que je crois être un cor genre Roland à Roncevaux pend à sa taille. L’objet me rappelle le cor porté par un barbu au look de viking aperçu dans la queue du dernier concert parisien de Combichrist. Il faut en savoir plus…)

Et d’où vient ce cor ?

Ce n’est pas un cor, c’est une corne !

 

Ah bon (vexé)Et à quoi donc sert cette corne ?

C’est mon verre. Partout où il y a des verres en plastique, j’utilise ma corne !

 

Ah. Ça fait viking !

Oui, et puis c’est pour arrêter le plastique, c’est pour montrer que, finalement, on peut toujours trouver une alternative à tout, même si on nous fait croire le contraire. 

 

C’est original.

En plus, on me l’a offerte. C’est Nénesse, la mère d’Alice, ma première fille, qui me l’a offerte. Elle est gravée à mon nom et tout…


 

Changeons complètement de sujet : mardi, c’était le 20ème anniversaire de la disparition d’Helno (ancien chanteur des Négresses Vertes qui faisait partie de l’entourage de Bérurier Noir)… Quel souvenir gardes-tu de lui ?

(Triste et pensif). Helno, ça a été un frangin, c’est clair. J’en veux beaucoup aux Négresses Vertes. Je sais que c’est pas bien de dire ça mais je leur en veux énormément ! Dans les Bérus, il y avait un concept : «la meilleure défonce, c’est l’attaque». On voyait souvent cette affiche avec un poing qui cassait une seringue… Helno venait de la Cité de l’Ourcq (cité du XIXème arrondissement, ndlr) où il y avait beaucoup d’héroïne. Et dans les Bérus, c’était clair : on est là, on se soutient, mais pas de chose comme ça entre nous. On se protégeait énormément de ça, tu vois. Après ça, quand une grosse maison de disques comme Virgin fait des avances à une personne qui avait tendance à pas bien gérer certaines drogues, ça aboutit à ce à quoi ça a abouti : une overdose.

 

 

Tu vois toujours son frère Ritier ?

Oui, oui, j’adore Ritier.

 

Donc vous continuez à vous voir tous ?

Ah ben, on se voit quand on se croise mais comme le monde est petit… Tu sais des pirates il n’y en a plus tant que ça, donc on se recroise. Ritier, je l’ai vu il n’y a pas très longtemps. Il était à Montreuil et on y a joué. 

 

 

Tu es végétarien depuis vingt ans ?

Vingt-trois ans exactement. Je ne mange aucun animal. Par contre, je mange les sous-produits animaux même si le lait commence à me gaver. A partir du moment où je ne peux pas assumer l’animal que je suis censé manger, que je ne peux pas le tuer, je ne le mange pas. Je n’ai pas envie de tuer une vache, un lapin ou un cochon donc je n’en mange pas... J’ai fait mes jardins. J’arrachais mes carottes mais il y avait certains légumes que je n’arrivais pas à couper ! Je les ai laissés faire leurs fleurs. Parce qu’il y a des légumes dont les fleurs viennent après, notamment le chou, l’ail, l’oignon. Des fois, je les laisse faire leurs fleurs.

 

Avant l'interview, tu parlais de Crass (collectif punk anglais). C’est cette vision du punk dans laquelle tu te reconnais le plus ?

Crass, c’est le punk rock au sens autogestion. Il y a deux façons de combattre un système. Soit tu rentres dedans de front et tu te prends un mur car le système est énorme. Soit tu construis autre chose à côté. Quand tu le fais, tu te rends compte que finalement - l’écrivain Bernard Werber développe ça dans Le Livre du Voyage -  tu construis autre chose et tu te rends compte que le système commence à s’autodétruire parce qu’il se nourrit de toi en fin de compte. Et comme il ne peut plus se nourrir de toi, il s’autodétruit… On est tous à se plaindre du système mais c’est nous qui l’entretenons. Construisons autre chose ! La révolution pour moi n’a pas de sens. Elle est récupérée par les partis politiques, par les médias alors que l’évolution, c’est irrécupérable.

 

 

Tu t’es souvent insurgé de façon virulente contre le système des intermittents du spectacle ?

Je ne vais pas trop en parler. Les intermittents, ils sont sympas, ils sont contents d’avoir leur petit chômage, c’est sympa. Mais, pour moi, un artiste qui est assis dans un fauteuil fait de la merde, c’est tout (les Ramoneurs sont tous auto-entrepreneurs sauf Loran qui préfère garder un statut associatif, ndlr). J’adore Antonin Artaud. Il a foutu un coup de pied dans la fourmilière grave. Il écrivait au recteur de l’académie : «De quel droit donne-t’on une note à un artiste dans les écoles d’art, expliquez moi le concept ?» Je trouve ça hyper-intéressant, je pense exactement pareil !

 

 

 

Olivier Richard // Crédit photos : Bob Nicol, SMA/Anselme et Lolanka.