L’album est-il dans la lignée de vos enregistrements précédents ? 

Marlon : C’est la même chose, les chansons ont été écrites il y a deux ans, deux ans et demi, mais le son est plus travaillé. On a bossé un peu plus le côté psyché.

Sacha : On est partis dans un trip plus sixties comme dans l’EP (La Femme, EP 4 titres paru en février, ndlr).

Marlon : Il y a des morceaux comme Télégraphe ou Sur la Planche qui font un peu plus Berlin, avec des snares ("snare drums", caisse claire, ndlr) et des grosses basses. Il y aussi des trucs un peu plus Motown et psyché comme La Femme et Hypsoline. Le disque est un peu un voyage, un truc où il y a plein de styles différents abordés dans les chansons. En fait, tout dépend du mood de la chanson. On peut les aborder dans des registres différents, mais ce qui les relie toutes entre elles, c’est qu’il y a toujours la même patte, le même son et que tu peux entendre chaque morceau et reconnaître direct le groupe - et te dire «ah ouais, OK».

 

Nuñez (autre membre du groupe qui vient prendre part à l'interview juste après, ndlr) me disait que certains journalistes avaient été contrariés par l’EP.

Marlon : Ouais. On s’en est rendus compte après, mais finalement, les morceaux qu’on a choisis pour l’EP sont différents de Sur la Planche et Télégraphe car ils sont un peu plus psyché et ont été posés avec des batteries plus sixties ; donc parfois, les journalistes ont pensé qu’on partait dans un autre trip alors que ce n’est pas du tout le cas ! On a choisi ces morceaux-là pour l’EP mais on aurait pu en choisir d’autres. Et il y aussi le fait que les gens se sont demandés pourquoi on a mis une nouvelle version de Sur la Planche

 

 

Au fait, comment se fait-il que vous ayez atterri chez Barclay ?

Marlon : Bah… Quand on est revenus des Etats-Unis, on a voulu prendre notre temps pour trouver un label. C’était il y a un an et demi et tout arrivait. On a rencontré plein, plein, plein de labels de différents styles : des majors, des indés, etc. En fait, on ne savait pas trop. Pour nous, ils étaient tous à peu près pareil au niveau de l’image… Il y a des labels comme Ed Banger et Born Bad qui sont super-marqués au niveau de l’identité, et puis il y a les labels traditionnels. Finalement, c’est ça qui nous convenait parce qu’on n’a jamais trouvé LE label qui avait vraiment l’identité de La Femme. En fait, comme on avait créé notre structure, les Disques Pointus, on s’en fichait un peu. On cherchait le label qui allait le mieux nous comprendre, celui avec lequel on garderait le plus de liberté…

Sacha : On voulait que le disque sorte partout et aussi garder notre liberté. On a signé un contrat qui nous le permet…

Marlon : C’est ça, on a signé un contrat de licence, pas un contrat d’artiste.

 

 

Sacha : C’est une collaboration, quoi…

Marlon : Avoir créé notre structure nous a permis de produire notre disque. En fait, quand on a signé avec Barclay, le disque était déjà fini. Ils le prennent tel quel. C’est cool parce qu’on bénéficie de leur force de frappe, qu’on a plus de moyens, etc. En plus, il y a plein de trucs qu’on fait nous-mêmes comme les clips, les visuels de pochettes…

Sacha : Les affiches…

Marlon : Et pour nous, c’est ça le plus important au final.

 

Donc le fait que vous soyez signés chez Barclay ne veut pas dire que vous allez déroger à la règle du do it yourself ?

Marlon : Ah non, pas du tout ! C’est un peu compliqué pour certaines personnes de comprendre ça. Pour eux, ce n’est pas évident de faire la différence entre être signé en tant qu’artiste et avoir signé une licence. Les gens ne savent pas trop : direct, ils voient Barclay, qui est rattaché à Universal, qui est rattaché à Vivendi…

Sacha : C’est ça, ils se disent "il y a le gros label qui bouffe tout".

Marlon : Mais on s’en fout parce qu’au fond, tous les labels veulent vendre des disques, c’est leur but à tous. Il y a juste que les petits labels indés ont moins de moyens et que, des fois, c’est plus relou parce que tu dois leur lâcher des trucs comme tes éditions, des trucs comme ça, tu vois ce que je veux dire.

 

Tout à l’heure vous étiez en train de parler d’instruments vintage en tout genre…

Marlon : C’est ça, on kiffe les instruments, on en a plein, plein, plein…

Sacha : Des bizarres…Des espèces de cornes, des flûtes (rires), tout est bon à prendre…

Marlon : Il y a pas de règle : tu peux utiliser un instrument n’importe comment, sans savoir en jouer, ce qui compte, c’est le son.

Sacha : Après, c’est cool de savoir en jouer !

 

Comment les trouvez-vous ? Vous allez sur des sites spécialisés ?

Marlon : C’est à force d’aller en studio, de parler avec des musiciens, de traîner sur des sites spécialisés. La première fois que je suis entré dans ce trip-là, c’était avec des potes musiciens. On parlait d’orgues et on a commencé à parler de claviers.

Sacha : Tu peux aussi aller dans des magasins de musique d’autres pays, comme des magasins chinois…

Marlon : Des fois, t’écoutes un son des sixties. Tu te dis : "il est ouf, ce son", tu te renseignes et voilà.

 

 

On va faire un flashback sur la naissance de La Femme.

Marlon : C’est une longue histoire mais on va vous la conter…

Sacha : Si vous le voulez bien ! (rires)

Marlon : Moi et Sacha, on est des potes de Biarritz. On s’est rencontrés et on a passé notre enfance là-bas. On a toujours fait de la musique depuis qu’on est tout petits, et puis on était potes. Vers quinze ans, je suis allé à Paris. J’ai rencontré Sam, Nuñez, Noé, tout ça… Au lycée, on trainait dans des concerts punk et Oi ! à la Miroiterie (cf. notre reportage Night of the living Punks, ndlr), à la CNT (salle du XXe arrondissement et siège de la Confédération Nationale du Travail où sont organisés des concerts, ndlr). Au bout d’un moment, on s’est un peu écarté de ce truc là, ça nous a un peu saoulés, mais c’est là qu’on a fait nos premiers concerts rock. Ensuite, on a formé avec Sam un groupe qui s’appelait SOS Mademoiselle. C’était du punk yéyé, un mélange entre Ronnie Bird, les Vautours, Stella d’un côté, et de l’autre La Souris Déglinguée, Warum Joe, ce genre de trucs. Le leader du groupe était Olivier Peynot. Il était plus âgé que nous et il nous a fait découvrir plein de musique. C’est plutôt un écrivain, il n’est pas musicien mais il est passionné de musique et il nous a fait découvrir tous ces genres de trucs. On a commencé comme ça mais certains voulaient seulement jouer de temps en temps, genre le weekend, alors que moi, Sam, et Sacha qui est venu après, nous voulions répéter tous les jours et faire un vrai groupe, un groupe qui marche, qui sorte des disques…

 

 

C’était en quelle année ?

Marlon : Le groupe a commencé en 2007-2008, mais c’est en 2009 que s'est opéré ce tournant. 

 

Et qu’est-ce qui vous plaisait dans la scène de la Miroiterie ?

Marlon : Déjà : l’authenticité. Il y a des vrais concerts punks.

Nuñez : Et puis c’est des punks, quoi, ils étaient plutôt marrants !

Marlon : Et il y avait l’esprit, genre en mode «t’es avec tes potes, tu bois de la bière avec eux et c’est cool». Ca nous plaisait bien. A l’époque, on écoutait du punk. On kiffait, quoi. On allait même aux manifs, et tout ça. Au bout d’un moment, ça nous a un peu saoulé parce que c’est quand même un milieu sectaire.

Sacha : Un petit peu…

 

Ah bon, pourquoi ?

Nuñez : Parce qu’ils ne se voient qu’entre eux, qu’ils n'acceptent pas tout, franchement… Ce n’est pas toujours très drôle.

Marlon : Ouais. Ça nous a saoulé au bout d’un moment. À l’époque de SOS Mademoiselle, on était plus en mode rockab’, surf, ce genre de délire… Sacha est arrivé après son bac à Paris, après avoir passé son bac à Biarritz. Il est venu à la fin de SOS Mademoiselle. Comme on voulait faire un vrai groupe, on s’est dit qu’on allait faire La Femme à côté. 

 

 

À la base, on faisait seulement les maquettes, les sons sur ordinateur. On enregistrait sur GarageBand et puis on a eu un plan pour faire un concert au Roxy Jam (compétition de surf, ndlr) à Biarritz. On attendait d’avoir le feu vert de leur programmation pour fonder un vrai groupe de live. Pandora Decoster (championne de surf, ndlr), une copine à nous de Biarritz, avait commencé à chanter avec nous sur les maquettes. Elle est sponsorisée par Roxy. Elle est un peu en mode artiste et fait plein de trucs à Biarritz et elle nous a mis sur le coup, c’était en juillet 2010. On avait commencé les répètes trois mois avant. Dans le groupe, il y avait Sam, Noé, Clémence… Nuñez ne nous avait pas encore rejoints. On avait envoyé plein, plein de mails pour avoir des dates. Comme on ne connaissait personne à Paris, sur 40 mails, on n’avait eu que deux réponse : les Disquaires et l’OPA. On était payés que dalle, 40 euros aux Disquaires, c’était trop marrant ! (hilare)

Sacha + Nuñez : Harrrh, harrh, haarh ! (rires à la Beavis et Butthead)

Marlon : Et puis on a fait ce truc avec Roxy. On y a rencontré des Américains surfers et c’est là qu’on a eu l’idée de partir aux Etats-Unis pour faire un road trip.

 

Vous pratiquez le surf ?

Marlon : Ouais, mais pas beaucoup.

Sacha : Le skate aussi…

Marlon : On était avec ces surfers californiens, des potes de Pandora. On s’est dit qu’on devait aller là-bas en novembre. On a bossé tout l’été et on a envoyé plein de mails comme on avait fait à Paris. On a rencontré une bookeuse sur internet. Elle a eu un coup de cœur et nous a proposé de nous trouver plein de dates aux Etats-Unis, c’était super cool pour nous. Finalement, on y est allé en novembre. Noé et Clémence ne sont pas venus au début mais Clémence nous a finalement rejoints à la fin. Elle, on l’a rencontrée sur Internet.

Sacha : Elle était sur MySpace. Elle faisait des synthés et chantait. Elle vient de Quimper. 

 

Au moment où le groupe commence, vous êtes à la fac ?

Sacha : On avait arrêté. Après le bac, on est allé vite fait à la fac. 

 

Et vous avez passé quels bacs ?

Sacha et Marlon : S.

Nuñez : Moi, j’ai passé un bac L.

Marlon : On a passé deux mois à la fac. J’étais en musicologie, Sacha était en lettres alors qu’on avait fait S (rires). C’était marrant, on trippait trop sur la fac. On en faisait un peu un fantasme genre la fac de lettres mais on s’en foutait. On trainait à la cafète et on regardait les meufs… Sacha s’était acheté une machine à écrire pour faire du bruit dans son amphi et faire chier tout le monde : crac, crac, crac ! (imitation du bruit fait par le chariot d’une machine à écrire qui est ramené à son point de départ, ndlr)

 

 

Où étiez-vous inscrits ?

Marlon : Sacha était à Censier, moi j’étais à la Sorbonne.

 

Et toi ?

Nuñez : J’étais en histoire à Tolbiac mais ça n’a pas duré longtemps non plus !

Marlon : On essayait de faire du son à fond et comme on eu un déclic, on a arrêté la fac. 

 

En surf music, aimez-vous les classiques comme Dick Dale, les Ventures, les Trashmen ?

Marlon + Sacha + Nuñez (cacophonie enthousiaste) : Ah ouais, ouais ! On aime bien aussi Link Wray !

 

Le guitariste Shawnee interprète son titre le plus connu. À sa sortie, il fut boycotté par plusieurs radios pour «incitation à la violence».

 

Marlon : Et les Wangs, les Cavaliers, les groupes français de revival surf qui sont apparus il y a six - dix ans. Les Wangs, c’est un super groupe. Leur nom fait référence au gang d’Asiatiques en Perfectos du film The Wanderers (Les Seigneurs, formidable film réalisé en 1979 par Philip Kaufman, le metteur en scène de L’Étoffe des Héros, ndlr). En fait, c’est l'un de mes films préférés. Mon père me l’a montré quand j’étais petit et c’est ça qui m’a fait aimer le rock’n’roll !

 

 

Tu possèdes la B.O. (album composé de classiques du début des années 60 : Dion DiMucci, The Shirelles, Ben E. King, The Chantays, etc., ndlr) ?

Marlon : Ah ouais, carrément ! J’ai scotché sur elle et c’est à ce moment que j’ai commencé à écouter du sixties ! 

 

Le film fut interdit aux moins de dix-huit ans lors de sa sortie sous Giscard.

 

Nuñez : Il écoutait Dion (chanteur de doo-wop new yorkais adulé par Lou Reed, ndlr) !

 

 

Dion ? Excellent ! (Discussion sur Dion et les morceaux qu’il a faits plus tard avec Bob Ezrin). Sacha, ton père avait fait un groupe dans les années 80, Performance, c'est ça ?

Sacha : Ouais, c’était un groupe en mode synth wave. Ils faisaient des performances avec des machines.

 

Il vous a aidés à vous lancer ?

 

 

Sacha : Non, pas dans ce sens là.

Marlon : Quand il était petit, il y avait toujours une guitare chez lui et on faisait de la guitare avec son père mais il n’est pas un mec du milieu.

Sacha : Ouais, c’est ça.

 

Donc de ce point de vue-là, on ne peut pas vous comparer à Daft Punk (le père de Thomas Bangalter est un célèbre parolier de la variété française, ndlr) ?

Marlon : Non, rien à voir ! Nous, on ne connaissait personne à la base.

 

Mais ce n’est pas un reproche, hein…

Sacha : T’inquiète ! On s’en est rendus compte quand on avait dix-huit ans !

Marlon : Quand son père a vu qu’on écoutait pas mal de synth wave, il nous a dit qu’il avait eu un groupe, Performance. C’est comme ça qu’on l’a su !

Nuñez : Et c’est aussi sa façon de nous faire apprendre. Une fois, il m’a dit : «j’ai filé une guitare à Sacha et je suis revenu voir. Il grattait un peu et puis voilà». (Hilarité de Sacha et Marlon)

Nuñez : Il était en mode «je le laisse faire et il se débrouillait bien, hein…»

Marlon : Faut pas brusquer l’enfant ! Ha ! Ha ! Ha ! 

 

Votre tournée américaine faisait combien de dates ? 

Marlon : 24 ! Los Angeles, San Francisco, puis plus bas San Diego, Oceanside, Costa Mesa, ce genre d’endroits.  On a fini avec deux dates dans l’est : New York et Philadelphie…

 

Vous avez quel âge au fait ?

Marlon : Moi, j’ai 22 ans et lui a 21 ans.

Nuñez : J’ai 22 ans.

 

Donc aux Etats-Unis, pas d’alcool ?

Marlon : Si, mais pas dans les bars ! En théorie, on ne pouvait même pas jouer dans les salles qui servent de l’alcool car on n’avait pas 21 ans (âge légal pour boire de l’alcool aux USA, ndlr)… La pire expérience, c’était à Philadelphie. C’est le plus gros concert qu’on a fait, une soirée super-select appelée Making Time qui est organisée par Dave P. C’est une soirée qui a dix ans. Ils ont fait jouer Interpol et les Strokes à leurs débuts. On a joué là-bas en tête d’affiche devant mille personnes parce que la soirée est complète quoiqu’il arrive tellement elle est ouf. Peu importe la tête d’affiche, les gens viennent, ils font confiance. 

 

 

Et comment était-ce ?

Marlon : C’était ouf ! Ça se passe dans une boîte de Philadelphie qui s’appelle le Voyeur, un énorme truc. On a joué à une heure du mat’ et de neuf heures à une heure, on a dû rester enfermés dans une cave avec deux vigiles qui contrôlaient qu’on ne buvait pas d’alcool et qu’on ne fumait pas de joints ! On ne pouvait pas se servir dans des verres, il fallait boire à la bouteille. Quand on allait aux chiottes, ils nous accompagnaient. Donc t’arrives à une heure du mat’, tous les gens sont déglingués sauf toi…

 

Aux Etats-Unis, vous étiez seuls tous les deux ?

Marlon : Non, il y avait Sacha, moi, Sam et Clémence qui est venue nous rejoindre pour les deux dernières dates, New York et Philadelphie.

 

Et qui faisait quoi ?

Marlon : Sam s’occupait de la section rythmique. Il faisait les basses du synthé et enclenchait les boîtes à rythmes du synthé. C’était un Yamaha un peu pourri. Sacha faisait la guitare, je faisais le clavier et Clémence chantait. C’était super-minimaliste.

 

Le set durait combien de temps ?

Marlon : Là, ça devait durer 45 minutes…

Sacha : Mais, en soirée, il est arrivé qu’on parte en couille.

Marlon : Le plus qu’on a joué, c’est une heure vingt.

 

Vous faisiez des reprises ?

Marlon : Je crois qu’une fois on a fait une reprise de Marie et les Garçons.

 

 

Vous n’aviez pas de chanteuse sur les dates où il n’y avait pas Clémence ?

Marlon : Les premiers dix jours à L.A., comme Clémence n’était pas là, Pandora chantait avec nous. On a rencontré ensuite par hasard Megan Edwards, une chanteuse américaine qui était chaude pour chanter. Comme elle ne parlait pas français, elle a chanté en phonétique. On lui avait transcrit les parles en phonétique. Quand elle disait «vous», elle écrivait «voo». Après, Clémence est arrivée.

 

On va faire un aparté sur vos goûts musicaux. J’ai ouï dire que vous aimiez le rockabilly et le rocksteady ?

Marlon : Carrément ! Le vieux rockabilly à la Gene Vincent en passant par Crazy Cavan…

 

Ah ouais, carrément ?

Nuñez : Ha ! Ha ! Ha !  (Joyeux aparté sur les mérites du héros rockabilly Crazy Cavan)

 

 

Marlon : Une fois on a vu les Meteors, au Klub à Châtelet et, franchement, j’ai fait plein de pogos dans tous les festivals, même à la CNT mais, là, c’était chaud, c’était l'un des plus tendus que j’ai vus.

Nuñez : Moi, je me suis fait péter la gueule par un mec de quarante ans qui croyait que j’avais craché sur sa meuf ! Il m’a foutu par terre et m’a mis des grosses claques. Les mecs des Meteors se sont arrêtés pour voir si j’allais bien. Après, le mec est venu s’excuser parce qu’il avait compris que ce n’était pas moi qui avait craché sur sa meuf. Bref, c’était un concert marrant (hilare).

Marlon : Il y avait un psycho qui était avec son fils. Il avait la même tenue que son père, le tremplin noir et blanc et tout, sauf qu’il avait dix ans, c’était ouf !

 

Vous aimez aussi beaucoup les artistes français des années 60 comme Richard de Bordeaux ?

Marlon : Oui : Stella, Zouzou, Delphine, les Vautours…

 

 

Et le punk rock des années 70 ?

Marlon : Carrément ! Les Sex Pistols, les Clash, les Jam, les Buzzcocks et puis le swing aussi. 

 

Le swing des années 40 ?

Marlon : Pas seulement, on aime bien aussi les années 20 et 30, les débuts du jazz.

 

Et le reggae ?

Marlon : Le rocksteady plutôt.

Sacha : Bob Marley aussi…

Nuñez : Moi, j’aime bien les Congos…

 

Ça pourrait étonner que vous appréciez tant la scène synth-pop / coldwave… pas mal de fans de rock pur et dur n’aiment pas.

Marlon : On m’a dit que dans les années 80, les mecs en mode synth-pop, coldwave, les novö, c’était un peu des fils de bourges… C’était juste un peu comme quand les Gibus sont arrivés… Plein de gens n’aimaient pas, même moi, mais je me dis que dans vingt ans, peut-être que les gens verront ça différemment.

Sacha : Et c’est aussi parce qu’il y avait des groupes chiants un peu gnangnans dans les groupes les plus connus, mais il y avait des groupes obscurs qui étaient oufs.

M : Ouais genre D. Stop ou Deux.

 

 

Donc, vous aimez autant le rock’n’roll des années 50 à 70 que la musique des années 80.

Marlon : Ouais, carrément. Après, on quand même des petites préférences.

Sacha : Dans chaque scène, il y a du bon ou un truc spécial.

Marlon : On écoute quand même moins le rock du début des années 70.

Sacha : Même si on s’est mis à Pink Floyd, le truc avec la vache, c’est ouf (Atom Heart Mother, album de Pink Floyd paru en 1970, ndlr).

Nuñez : Le live à Pompei (enregistré en 1972, ndlr) aussi, ils sont complètement sous trip et ils jouent dans les ruines, ça aussi c’est complètement ouf…

 

Marlon tu en parlais plus tôt. Que pensez-vous des Bébés rockers ?

(Brouhahaha hilare)

Marlon : À l’époque, j’étais vraiment dans le refus total, je détestais le look, les délires, etc. Mais il y avait quand même des trucs biens. Déjà, il y avait plein de meufs à leurs concerts (rires gras et acquiescement général) !

Nuñez : Des meufs complètement bourrées qui faisaient n’importe quoi !

Marlon : Ça, tu ne le vois plus maintenant. Finalement, avec le recul, c’était un bon trip : «on s’en bat les couilles, on fait des concerts, on est en mode rock et on se tape des meufs» même si des fois il y avait certains trucs qui faisaient un peu pitié… Il y avait plein, plein de groupes de merde, en fait, et quelques groupes qui sortaient un petit peu du lot…

 

Lesquels ?

Marlon : Baaahh…Chaque groupe n’était jamais bien à 100%. Il y avait plein, plein de trucs de merde mais, tu vois, les Naast, avec le recul, il y avait une ou deux chansons biens. Après dans l’attitude, ils étaient peut-être un peu trop arrogants.

Sacha : Ça faisait un peu trop teenager insupportable des fois.

Marlon : Mais il y avait certains trucs qui allaient. Pareil, les BB Brunes, en écoutant le premier album : si t’enlèves la façon de chanter, les paroles, le style, et bien il reste des bonnes chansons, il y a moyen d’en faire un truc ! Il y a juste que des fois les paroles sont trop en mode Shakespeare, dandy : «mon arrogance si irréelle nanana»  (voix affectée).

Nuñez : C’est comme Boxon…

Sacha : Harrrh ! Harrrh ! Harrh !

 

 

Marlon : Le bon côté, c’est que les mecs étaient quand même rock à leur façon, mais ça n’a pas duré trop longtemps. 

Nuñez : Ce qui était bien, c’est qu’ils étaient jeunes et qu’ils n’en avaient rien à foutre, donc quand ils se bourraient la gueule, ils faisaient n’importe quoi et ça se voyait. Ils faisaient un petit peu gosses de riches en train de se lâcher.

Marlon : Nous, on était plus dans le délire Miroit’ alors quand on les voyait on était en mode : «ah ouais, les vieux Gibus, les "rockers pédés", harrrh, harrrh !»

(Rires de Beavis et Butthead des deux autres)

Nuñez : On venait me voir quand j’étais rockabilly en me traitant de «rocker pédé» ou de «bébé rocker». Je me demandais ce que c’était !

Marlon : En réponse à ça, on a voulu faire SOS Mademoiselle, un vrai groupe de rock qui chantait en français et pas un avec une voix qui fait «nanana nana» (imitation d’un chanteur esseulé).

 

Revenons à la chronologie. Comment expliquez-vous qu’il y ait eu un tel buzz quand vous êtes rentrés des Etats-Unis ?

Marlon : C’était pour plein de raisons : l’EP arrivait, et en plus, on revenait des Etats-Unis, donc forcément ça vend du rêve, ça amplifie le truc !

Nuñez : C’est l’Amérrrique !

 

 

Sacha : Il y avait eu des bons retours des concerts sur les blogs américains aussi.

 

Que se passe t-il alors ?

Marlon : Au départ, on se disait qu’après être rentrés, on allait taffer et repartir en voyage et puis, finalement, on a eu des propositions de labels et de concerts. Donc du coup, on a fait plein de concerts.

Sacha : Et on a commencé direct l’enregistrement de notre album.

Marlon : Comme on ne savait pas trop comment faire pour l’album, on s’est renseignés et on a vu que la licence pouvait être le meilleur compromis ; donc on a décidé direct de produire l’album. 

 

Donc l’album est en production depuis deux ans ?

Marlon : Ouais, on a commencé en avril 2011. 

 

Et où avez-vous enregistré ?

Marlon : Dans plein, plein d’endroits. On a commencé au studio de Roxy, à St Jean-de-Luz. Ils nous l’ont prêté pendant trois semaines. En échange, on a fait des concerts pour eux, c’était un bon compromis, c’était cool. Ensuite, on est allés à Microbe et des musiciens comme Jackson ou Bot’Ox nous ont prêté leur cabine. On a aussi enregistré chez nous dans la cave. Et on est allé à ICP (célèbre studio bruxellois, ndlr) à un moment donné.

 

Ah ouais, carrément ?

Marlon : Ouais ! Mais, là, on s’est plantés grave. C’était il y a un an. On s’est dit qu’on allait mixer l’album alors qu’il n’était pas du tout prêt. Comme on n’avait jamais payé les studios, on avait mis de l’argent de côté pour ça, et finalement, on n’a rien gardé.

Sacha : On s’est fait plumer.

Marlon : Ouais ! On s’est fait plumer un truc de ouf ! Même avec le minibar...

Sacha : À la base, on devait rester quinze jours…

Marlon : Mais on a réduit à une semaine, on s’est vraiment fait plumer (hilare) ! 

Sacha : On est revenus bredouilles.

Marlon : Ouais, c’était un peu la grosse remise en question mais on a continué quand même.

Sacha : On a refait toutes les bases.

Marlon : Ouais, on a refait toutes les batteries et toutes les voix.

 

Vous étiez vraiment partis prématurément alors.

Marlon : C’était en mode «la guerre de 14 - 18». On s’est dits qu’on allait faire l’album en trois semaines, tous les sons étaient prêts et on voulait le sortir fin 2011.

 

Au fait, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire une chanson sur la station de métro Télégraphe ?

Marlon : Ça m’a toujours un peu perturbé de passer devant cette station, c’est un peu... genre "mystérieux".

Sacha : Le nom est stylé en soi.

Marlon : Il a un côté lugubre et louche. En plus, le hasard a fait que Sacha a habité là-bas après pendant trois mois.

 

 

La Femme a la particularité d’être un groupe qui n’est pas figé, à géométrie variable.

Marlon : Ouais. En gros, on a envie de garder un peu le mystère. Des fois, on fait des photos alors qu’on n’est pas tous là. Des fois, il y a d’autres gens… On n’a pas envie d’être dans un délire relou dans lequel le groupe s’identifie trop à des gens, on est plus dans un côté à la BJM (Brian Jonestown Massacre, ndlr).

 

Et vous avez eu combien de chanteuses ?

Marlon : En tout, on en a eu sept ou huit à peu près.

Sacha : Sur l’album, il y en a cinq, et en concert, elles sont une ou deux.

Marlon : Il y a toujours Clémence, mais parfois, elle échange avec Clara qu’on entend sur La Femme et It’s Time To Wake Up (deux titres de l’EP, ndlr).

 

Vous vivez de votre musique ?

Marlon : Là, on ne peut pas trop se permettre de choper un appart’, mais ça va arriver bientôt. On traîne donc un peu chez nos parents, mais on a de la thune pour bouffer et être indépendants. 

Sacha : Certains d’entre nous viennent de devenir intermittents.

 

Je crois que vous définissez votre musique comme du beach goth ?

Marlon : Non, ça c’est les Growlers, un groupe californien… Faut vraiment que tu les écoutes, tu vas kiffer !

 

 

Sacha : Au même titre que les Growlers se disent beach goth, on a lancé un nom qui est de nous : «psycho tropical Berlin».

 

Donc vous vous  définissez votre musique comme du psycho tropical Berlin ?

Marlon : C’est ça, avec une mouvance un peu strange wave et witch wave, tu vois ! 

(Tout le monde mort de rire)

 

C’est un concept intéressant…

Marlon : C’est un peu new Motown sur les bords, quoi.

 

New Motown goth ?

Marlon : Non, plutôt new Motown psycho. La Femme, c’est super new Motown psycho beach wave par exemple…

 

C’est clair.

Nuñez : C’est comme les Washington Dead Cats : quand ils parlaient de ce qu’ils faisaient, ils disaient un truc complètement ouf genre punkabilly rock’n’roller chaipuquoi, c’était trop cool !

(On parle de Dr Schultz Experience, le nouveau – très bon - groupe du chanteur de Parabellum)

Marlon : Une fois, on a vu Parabellum avec GBH à Issy-les-Moulineaux. Il y avait Guérilla Poubelle et tout le monde les bombardait de verres en plastique.

Nuñez : Un moment, Sam et Marlon sont montés sur scène avec une pancarte «vous êtes des connards et des pédés» ! Ha ! Ha ! Ha !

Marlon : C’était la guerre, je m’en rappelle !

 

GBH vous aimez bien ?

Marlon : J’écoute plus vraiment, c’était quand on avait quinze ans et qu’on était cons, quoi.

Nuñez : Ça reste cool !

 

 

Est-ce que Barclay a eu un droit de regard sur les chansons ?

Marlon : On leur a présenté les chansons. À la rigueur, ils peuvent nous faire quelques commentaires, mais au final, on n’est pas obligés d’en tenir compte. Le dernier truc qu’ils nous ont dit, c’était à propos de la playlist de l’album, et ils avaient raison en l’occurrence. La playlist non-définitive qu’on avait faite n’était pas pertinente. Il y avait des longueurs et il faut faire gaffe au bon dosage. Donc quand ils nous disent des trucs pas cons, on les écoute. Après, s’ils disent des trucs dont on se bat les couilles genre «coupez un morceau !», on leur dit que le morceau est comme ça et qu’on ne peut pas le cuter

 

De quelle manière écrivez-vous les morceaux ?

Marlon : On les fait et on commence par les enregistrer sous GarageBand et après on les fait en live.

 

Vous écrivez ensemble ?

Marlon : Ça dépend, parfois oui, parfois non. 

Sacha : Des fois, Sam fait des parties.

Marlon : Oui, Sam est rentré un peu plus dans le noyau dur du groupe.

Sacha : Et puis Nuñez teste aussi les compos, c’est open.

 

Et qui se charge des paroles ?

Marlon : On les écrit tous les deux.

 

Vous annoncez sur votre page Facebook que votre prochain clip mettra en scène un cul ?

Sacha : Ouais, il y a une image de cul.

Marlon : Nuñez est habillé en gros porc, en banquier austro-hongrois, avec son gros plastron qui roule, son monocle, son faux-col… Il est en mode tout gras, genre le gros bouffeur de saucisses qui va au bordel, et on lui sert le cul sur un plateau avec de la laitue autour et une olive.

 

 

Vous réalisez toujours vos clips vous-mêmes ?

Marlon : Oui, on kiffe ça. Quand on travaille avec d’autres gens, on est déçus parce qu’ils ne sont pas dans notre tête. On a c-réalisé le clip de Sur La Planche et c’est ce qui nous a fait comprendre qu’on devait réaliser nous-mêmes. On n’avait pas les mêmes idées, les mêmes délires. Des fois, c’était cool, d’autres, ce n’était pas bien. Maintenant, on bosse avec des gens dans des cadres précis : les caméras, les costumes, la post-prod mais, au final, c’est nous qui réalisons. 

 

Donc pour finir : do-it-yourself forever ?

Marlon : Oui, en plus, avec un label comme Barclay on a plus de moyens pour assouvir ces fantasmes-là. On peut se dire : «vas-y, on part dans un trip comme aç, on s’en fout !», et si on a besoin d’un mec avec un cobra, un coq et un paon, c’est bon…

Nuñez : En plus, quand tu fais tout, t’apprends tout !

Marlon : Ouais ! Ils nous ont proposé de faire nous-mêmes les bannières pub. On les a faites et c’est comme ça qu’on apprend un peu les délires.

 

++ L'actuel compte Bandcamp du groupe et la page Facebook de La Femme. Toutes les infos sur les différentes pages et sorties de La Femme sont à retrouver ici.

++ En tournée le mois prochain, le groupe sort le 8 avril 2013 son album Psycho Tropical Berlin chez Les Disques Pointus/Barclay.

 

Propos recueillis par Olivier Richard // Crédit Photos : J.-F. Julian + DR.