Comme dans toute fable moderne, c'est évidemment sur les internets que tout commence : quatre minutes trente de petite mort musicale, Lying Together, jouent le trésor caché sur un compte SoundCloud de derrière les fagots. Sans aucune info sur l'auteur (à l'époque), accompagnées d'un visuel relativement sobre et d'un nom n'évoquant quasiment rien à personne. Magie du mp3, de l'ère post-MySpace et des réseaux sociaux, le morceau est en tout cas très rapidement playlisté en club par les platinistes de goût ; et c'est par le plus grand des hasards que quelques semaines plus tard, Brain tombe sur notre Arlésienne à la soirée Excuse My French à la Bellevilloise.

 

 

Première surprise : il s'agit du tout premier live du projet FKJ. Ever. Ca donne quoi ? Un set en forme d'ahurissante séance d'impro pendant une heure à la guitare, aux claviers, aux synthés, aux machines et à tout ce qui a l'air relié par un câble à l'ordi qui trône sur scène, le tout sur des beats électro qui ne sont rien d'autres que de la (décidément increvable) french touch hardcore, en mode house filtrée et boucles plus-funky-tu-meurs. On pourrait accumuler les superlatifs dans la veine Courrier du Coeur, mais finalement, le concert se résume en une ligne : Jizz in my pants au premier rang. Or, nous avons également droit au double effet Kiss Cool. C'est à dire que plutôt logiquement, le jeune homme qui se fait appeler "French Kiwi Juice" se tient devant nous : et comme le sait tout 4channer qui se respecte, what has been seen cannot be unseen.

 

FKJ est un rasta blanc.

 

 

L'interview était donc une évidence. Dont acte.

 

Salut FKJ, qui es-tu cher enfant ?

FKJ : Je m'appelle Vincent Fenton, et j'ai 22 ans.

 

Ca fait longtemps que tu fais de la musique ?

Oui, ça doit faire depuis que j'ai douze ans. C'est à cet âge-là que j'ai commencé un instrument sérieusement, et je compose depuis que j'ai quatorze ans, on va dire. J'ai commencé par la guitare. Et grâce à ce que j'ai appris à la guitare, en écoutant des morceaux de funk, de soul, de hip-hop - en fait tout ce que j'aimais, tous styles confondus -, j'ai retranscris ce que je savais au piano. J'ai donc appris le piano après la guitare, et pour finir, j'ai appris le saxophone. Le tout entre treize et seize ans, globalement.

 

Et d'où viens-tu ?

Je suis né à Tours, c'est la ville où j'ai grandi. J'habite à Paris depuis un an et demi.

 

 

Et tu ne fais que de la musique en ce moment ?

Je ne fais pas que ça, mais c'est vrai que j'en fais de plus en plus. Surtout, je fais de plus en plus de concerts, donc qui dit "concert" dit "moins de boulot" ! J'ai fait deux ans d'études de son, en audiovisuel à Angoulême, donc à côté de la musique, je bosse un peu en tant qu'ingé-son. Du coup je sonorise des concerts, je fais du tournage en tant que perchman

 

Et très pragmatiquement, tu vis de quoi en fait ?

Hé bien de ça : les tournages plus les shows. Je fais moitié-moitié.

 

FKJ, c'est un projet qui est récent ?

Oui, ça fait deux mois et demi que je l'ai lancé.

 

 

OK, c'est vraiment tout nouveau. Tu as donc eu d'autres projets musicaux jusqu'à maintenant ?

Oui, Hot Steppa. D'ailleurs, je suis toujours dans Hot Steppa, Je fais des trucs à côté, et puis avec FKJ et tout le reste, je fais vraiment un peu tout ce qui me plaît.

 

Et quand est-ce que tu as commencé à t'intéresser à la production avec des machines ?

A vrai dire, j'ai commencé à toucher aux machines à l'âge où j'ai commencé à m'enregistrer, vers quinze ans peut-être. Mais bon, à l'époque c'était avec un matériel extrêmement simpliste : une carte-son, un ordi… je suis vraiment musicien avant d'être "machiniste" !

 

Oui, mais maintenant, en live, tu travailles avec un Akai MPC, Ableton… Tu as l'air de maîtriser pas mal la MAO quand même.

Oui mais ça, c'est tout récent. L'Akai, je l'ai acheté il y a deux mois par exemple.

 

 

C'est-à-dire que ce qui frappe, pour quelqu'un qui déclare ne pas être très familier des machines, c'est que tu as un son extrêmement léché, très abouti… Tu penses que ça te vient de ta formation d'ingé-son ?

Ca m'aide, ne serait-ce que pour mixer mes morceaux, oui. Je fais le mastering moi-même, je fais tout moi-même, et ça, je l'ai beaucoup appris grâce à mes études. Mais même avant d'aller en études de son, je connaissais déjà pas mal de trucs, puisque comme je l'évoquais à l'instant, je m'enregistre depuis que je suis ado. Je me suis formé avec des forums, un peu de tout…

 

Tu as aménagé un studio chez toi ?

Oui, tout-à-fait. Pour le coup, j'ai investi dans du matos depuis que j'ai douze ans. Enceintes actives, basses, potards, claviers…

 

Et tu es déjà signé, avec un projet qui n'a que deux mois ! Comment est-ce que ça s'est passé ?

Là, je suis chez Roche Musique, qui est en fait géré par un pote à moi : Jean Janin (aka Cézaire, ndlr). Je lui ai fait écouter mes sons il y a cinq mois, et il a tout de suite proposé de les sortir sous Roche. Je viens de sortir un EP quatre-titres qui s'appelle The Twins. Voilà, il a tourné un peu, mais sans plus… Et puis après, j'ai sorti le morceau Lying Together, et là, ça a buzzé.

 

 

Ce qui frappe avec tes titres, c'est qu'en les écoutant, on a l'impression qu'il s'agit avant tout de morceaux de french touch plutôt classiques, même si très bien troussés : c'est-à-dire qu'on est loin d'imaginer que sur scène, tu fais un live où tu improvises sur tous tes instruments à la fois...

Alors moi j'ai commencé par écouter du jazz et du funk. Les premiers trucs que j'ai faits en musique, c'est jouer du funk et du jazz sur ma guitare et mon piano. Ensuite, je me suis intéressé à la musique électronique, que j'ai beaucoup écoutée : tout simplement, j'ai alors cherché à coupler les deux. Ce soir, c'était mon premier live, et je me suis entraîné comme un malade : Jean m'a annoncé la date il y a 3 semaines, du coup ça fait 2 semaines que je suis à donf', quoi. Je ne fais que ça, j'ai acheté le Mac à Noël ! Je l'ai donc préparé en quinze jours. Jusqu'ici, je faisais des DJ-sets et pas des lives : c'est-à-dire que je fais le DJ depuis 2, 3 mois, depuis que j'ai commencé FKJ. On me propose de jouer surtout grâce à Jean, qui est mon manager et m'a mis dans le circuit avec ses contacts. C'est lui qui m'a mis sur toutes ses soirées.

 

Tu as l'air de travailler extrêmement rapidement. Quels sont donc tes objectifs immédiats et tes projets ?

Pour l'instant, j'ai pas mal de démos de prêtes. Je vais sortir un EP dans le mois qui arrive, et puis quelques titres dans la foulée aussi, je pense. Si je sors un EP, c'est quelque chose qui doit être cohérent : donc les titres un peu à part, je les sortirai à la volée.

 

Et tu samples énormément quand tu travailles ?

Non, je sample très peu. Je ne sample que les vocals. Les voix peuvent venir de pleins de trucs : d'acapellas que j'ai chopées il y a cinq ans, de petits passages dans une track… Personne ne "travaille" ou donne de la voix pour moi, ce sont des extraits vraiment récupérés de droite et de gauche. Pour l'instant, je n'ai pas encore utilisé ma voix avec FKJ, mais ça ne saurait tarder.

 

 

Et ton idée avec ce projet, par rapport à Hot Steppa par exemple, c'était vraiment de verser dans de la french touch pure et dure ?

C'est vrai que j'écoute beaucoup de house, alors forcément ça se retrouve. Je filtre beaucoup, par exemple, mais je ne me pose pas vraiment la question lorsque je produis. J'ai une idée, il y a une suite d'accords qui me branche, je vois comment je peux la mettre en place et la faire tourner le mieux possible, et hop j'enregistre. Je trouve des voix qui vont bien avec, je fais des harmonies… c'est un processus de composition assez classique auquel je suis confronté, au final.

 

Tu as grandi dans un milieu très musical ? Tes parents seraient-ils dans la musique ?

Non, absolument pas. Mon oncle, par contre, a un studio à Sydney - pas un truc connu, juste un home studio. J'ai d'ailleurs enregistré mon premier morceau chez lui. Mon oncle a un studio en Australie parce que mon père est Néo-Zélandais, en fait - et c'est pour ça que je m'appelle French Kiwi Juice. Ca vient de là. J'ai la double-nationalité, j'ai passé beaucoup de temps là-bas...

 

Tout s'éclaire. Mais une dernière question s'impose quand même : rasta blanc ? Seriously ?

(Rires) Ca, je m'en fous, quoi ! J'ai cette coupe de cheveux depuis 10 ans, j'écoute beaucoup de styles, j'ai toujours écouté beaucoup de styles. Oui, j'écoute du roots aussi, mais pour moi, les dreads sont d'abord une mode avant d'être adaptées à un style particulier. J'écoute énormément de reggae, de hip-hop, vraiment de tout, et si j'arbore cette coupe, ce n'est nullement pour revendiquer une musique spécifique, voilà tout !

 

++ Le compte Facebook de French Kiwi Juice. Son premier EP, The Twins, est disponible sur Roche Musique. Un grand nombre de ses morceaux sont en téléchargement gratuit sur SoundCloud.

 

 

Propos recueillis par Scae // Crédit photos : Ben Lorph // Visuel de Une: Zarah Müller.