On ne sait pas grand chose du groupe, comment est-il né, combien êtes-vous ?

Stéphane :  Fauve existe depuis 2010. Il comporte cinq membres permanents mais on a une vision de la chose assez ouverte, il y a plein de gens qui contribuent à Fauve autour de nous.

Pierre : On est le noyau dur, on prend les décisions à cinq, on est cinq sur scène mais il y a en général 12 ou 13 personnes qui contribuent à Fauve. Ca peut être une contribution  assez diffuse, via des photos et des vidéos. Ces personnes font partie intégrante de ce qu’on nomme le Fauvecorp

 

Qui fait quoi dans le groupe ?

S : En fait, on aime s’exprimer en tant que Fauve et pas en tant qu’individus. Après, s’il faut répondre de manière précise, moi je fais de la basse et Pierre de la guitare, mais ce n'est pas très intéressant, tout le monde fait un peu de tout au sein du groupe.

P : Par exempl,e le chanteur s’occupe particulièrement des textes, il arrive généralement avec le gros d’un chanson, ce que je nommerais le tronc, et après on s’en mêle tous un peu. Chacun donne son avis et appose sa touche. On choisit ce qu’on veut garder et ce qu’on veut laisser.

 

 

Sur votre site vous dites que Fauve c’est pour légitimer votre propos, quel est-il ?

P : On a la volonté d’être direct, d’avoir un propos sans fioritures, on ne veut pas essayer d’être plus cools qu’on ne l’est. On parle de nos vies, de celles de nos proches, il y a zéro fiction dans Fauve. On essaie de dire des histoires avec nos mots, sans essayer d’embellir la vérité.

 

C’est réel, c’est violent, c’est sale, mais pourtant, vous évitez le pathos. Comment faites-vous pour ne pas tomber dans ce travers ?

S : Il y a une volonté de pas ampouler le propos avec de la poésie un peu too much. Je ne sais pas si on a vraiment réussi mais je sais qu’on a quand même un peu de recul pour savoir quand nos propos peuvent devenir lourds. Le mode conversationnel de nos morceaux aide beaucoup aussi, certains aiment dire que c’est du slam, mais je ne trouve pas. Le slam, c’est contraint par des rimes, des pieds, des vers. On n’est pas dedans, nous on fait de la prose pure et dure.

P : On veut juste dire la vérité, du moins notre vérité. On est sans doute assez sensibles mais on est pas pour autant des sauvages à pleurer dans des caves, on ne va pas se suicider demain. On est surtout très positifs, on est optimistes, on rejette la résignation et on prône l’acceptation de soi pour essayer de progresser. C’est la raison pour laquelle les gens aiment notre message, qui est plutôt positif malgré les mots un peu durs que nous employons. Une chanson comme Kané comprend un refrain assez positif «T’es beau comme une planète». Nous ne sommes ni défaitistes ni cyniques.

S : Les constats sont durs, mais on essaie de progresser.

 

 

Peut-on dire que Fauve a été créé pour faire office d'exutoire ?

P : Tout-à-fait. Les chansons ont été composées à la base pour nous faire du bien, parce qu’on en avait besoin. Le groupe agit vraiment de manière thérapeutique.

 

Vous avez fait de la musique sous d’autres formes avant Fauve ?

P : On a eu des groupes de rock, de punk. Parfois ensemble, parfois non. Avec Fauve, l’approche était différente, on ne l’a pas fait pour la musique mais plus pour le bien que ça nous procurait.

 

Vous ne trouvez pas que le choix du spoken word peut être à double tranchant et se révéler rébarbatif sur la longueur ?

P : En fait, le spoken word n’est pas un choix, il est une nécessité. On s’est dits qu’il nous fallait un exutoire pour expulser ce qu’on a sur le cœur. Quand t’as besoin de te défouler, il ne te faut pas de contraintes. On veut pouvoir parler autant qu’on veut. Le spoken word est le seul moyen qu’on a trouvé pour s’exprimer pleinement. On ne veut pas que la mélodie prenne le dessus sur le propos. On s’en fout des jolies mélodies.

 

 

Et comment faites-vous pour ne pas sonner comme Grand Corps Malade ?

S : Des gens parlent de slam et de Grand Corps Malade entre autres. Moi, perso, je n’écoute pas de slam. Et par exemple, Grand Corps Malade fait rimer les choses - chez nous, ce n’est pas le cas.

 

Mais vos chansons comportent quand même des refrains.

S : Il s'agit plus de thèmes qui reviennent, je dirais. Nous sommes vraiment plutôt dans une optique spoken word.

 

Fauve fait penser à Diabologum, est-ce que c'était un groupe que vous écoutiez quand vous étiez plus jeunes ?

S : Oui, ça me parle plus que Grand Corps Malade, mais à vrai dire, c’est surtout sur le troisième album où il y beaucoup de "parlé". Mais Diabologum n’a jamais été une influence, on n’a jamais vraiment écouté le groupe, on s’y est intéressé quand les gens nous ont dit qu’ils trouvaient que Fauve leur y faisait penser.

 

 

Et sinon, le rap, ça a compté dans votre formation musicale ?

P : Le rap américain, à fond. Sinon, on écoutait IAM et NTM quand on était jeunes, comme tout le monde.

S : Eminem, c'était quand même assez cool.

P : On aime beaucoup la démarche du hip-hop : tu n'as besoin de rien avec le hip-hop, tu n'as pas besoin d’instruments. On se considère comme très hip-hop pour le coup. Si tu veux une comparaison bidon, le rock pour nous, c’est comme le tennis. Le tennis, il te faut un terrain, des raquettes, des balles... c’est compliqué.

S : Ouais, enfin le tennis c'est pas si compliqué non plus. Tu peux te servir de tes mains en tant que raquettes, tu prends un terrain imaginaire, tu prends une balle pourrie et tu peux jouer au tennis, quoi.

P : Ah ouais, tu veux avoir une street cred’ toi. Avoue que c’est plus compliqué que de jouer au foot dans la rue ! (rires)

 

 

Vous avez suivi le clash Booba / La Fouine / Rohff ?

S : A fond, mais personnellement je change régulièrement de team.

P : Comme tu peux le constater, Stéphane est donc un mec loyal.

S : Non mais sur le clash Booba vs. Rohff, c’est compliqué car il y en a toujours un au-dessus. A l’époque de 0.9, Rohff était clairement au dessus de Booba - alors OK, Booba avait les faveurs de la presse, il a eu des chroniques  dans les Inrocks et tout ce que tu veux, mais en vrai, l’album était pourri. Rohff, lui, a sorti Le Code de l’Horreur qui était hyper-street et chanmé, mais ensuite, Booba est revenu. Il est revenu avec Lunatic, et  Rohff a sorti un album de merde avec La Cuenta, et là, la tendance s'est alors clairement inversée. Et pourtant, maintenant, Booba se remet à faire de la merde, c’est inécoutable ce qu’il fait. Milan AC, c’est inécoutable avec son autotune à mort, c’est hyper-relou. Futur, c’est dégueulasse. Attends, en même temps, faut peut être pas que je dise ca, le mec va peut être me clasher et faire une chanson qui s’appelle Manchester United sur nous.

P : Nous ne sommes pas dans l’aspect ego trip, mais on adore l’univers du hip-hop.

 

Et La Fouine qui vient se mêler à tout ca, vous en pensez quoi ?

S : A la base, La Fouine sort son clip Paname Boss où il y a 15 000 mecs dedans, mais pas Booba. En plus, dans le morceau, Booba a pris une pique pour lui qui ne lui était apparemment pas destinée, donc il s’est énervé et a taclé La Fouine. Et du coup, La Fouine est rentré comme ça dans le clash. Mais ce n’est arrivé qu’après l’embrouille déjà existante entre Rohff et Booba.

P : Moi je me demande si en fait, ils ne sont pas super-potes et s'ils ne se marrent pas tous ensemble du buzz qu'ils créent tous les jours.

S : La Fouine et Booba vivent dans le même immeuble a Miami. 

 

Si ça se trouve, ils sont peut-être même ensemble...

S : Bah, y’a plein de rumeurs qui courent depuis des années prétendant que Booba est gay.

 

 

D'ailleurs, vos textes sont très ancrés dans le réel - dans la "vraie vie", vous pensez quoi du "mariage pour tous" ?

P : Ca nous touche comme n’importe quel individu, mais on n'a absolument aucune volonté d’engagement politique dans Fauve. Nous sommes là pour nous battre et nous sommes contre le défaitisme. On nous a proposé de jouer pour le mariage pour tous, au Théâtre du Rond-Point avec plein "d'intellectuels de gauche". Mais bon, on n'a rien a foutre là, quoi. Ce n’est pas qu’on s’en fout, mais on ne veut pas rentrer dans un truc politique.

 

Vos textes sont romantiques, l’êtes-vous vous aussi ?

P : On est naïfs, on est sensibles aussi. Ce qui n'est pas forcément positif, car quand on est malheureux, on l’est beaucoup plus qu’une personne «modérée». On se considère comme des idéalistes. Si tu es cynique, tu appelles ça des clichés, mais si tu es idéaliste, tu appelles ça des idéaux. On n'est pas des romantiques, on est naïfs mais certaienment pas niais !

S : Dans Fauve, il y a une part de baston. On a un combat : on se bat pour que ça aille mieux.

 

Mais en tous cas, votre groupe suscite un tel engouement qu’il n’est pas toujours possible d’assister à vos concerts. Vous expliquez ça comment ?

S : C'est parce que c'était des concerts gratuits ! (rires)

P : Fauve est assez polarisant, je pense que soit tu détestes, soit tu adhères à fond. Venir à nos concerts, cela témoigne d'un engagement sincère de la part des gens.

 

Le Fauvecorp, c'est une grande communauté dans laquelle tout le monde se mélange. Alors, est-ce que vous couchez tous ensemble ?

S : Pierre, est-ce que ma meuf fait partie du corp. ?

P : Oui elle fait partie du corp. et je crois bien que tu as couché avec elle. Sinon, pour répondre à ta question, non, nous ne couchons pas tous ensemble.

 

 

Apparement, vous avez refusé des propositions de maisons de disques. Pourquoi ?

S : Non, on n'a pas refusé, on a juste dit «pas maintenant». On n'est pas dans la posture de  dire que les maisons de disque, c'est de la merde, comme on peut souvent l'entendre. Simplement, nous souhaitons signer quand nous nous sentirons prêts.

P : En fait, on cherche une liberté artistique totale. On a conscience de ce qu'une maison de disques peut nous apporter, mais quand on sera arrivés à maturation. Nous pouvons encore progresser seuls. On a encore plein de choses à dire, et pour l’instant, on n'a besoin de personne.

 

Dans le fait de distiller des infos au compte-goutte sur internet, de faire peu de concerts, d'avoir des propos sincères et contestataires et de jouer la carte du mystère, vous me faites penser à WU LYF, ce groupe anglais qui est passé comme une étoile filante. Ca vous parle ? 

S : J'aime beaucoup WU LYF, oui.

P : Moi aussi, mais il paraît que c'était hyper-marketé, ce qui n'est pas notre cas. 

 

Je ne sais pas, mais ça n'enlève rien à leur propos. Quand ils sont arrivés, c'était une vraie bouffée d’air frais.

S : Je vois ce que tu veux dire au niveau de l'imagerie, ils étaient assez discrets et mystérieux.

 

 

Les Nuits Fauves, ça vient directement du film de Cyril Collard

S : Oui, mais pas tout le monde au sein de Fauve ne l'a vu. Nous étions enfants quand le film est sorti, donc forcément, on ne l'a pas vu à l'époque. Mais il nous a toujours attirés, il y avait un parfum d'interdit qui flottait autour de ce film. Une aura dramatique entourait sa sortie.

P : C'est un film qui ne laisse pas indifférent, qui est très chargé en émotions, très puissant.

S : Sur Fauve, il y a un côté spontané qui, pour le coup, peut se rattacher au courant du fauvisme - d’ailleurs, l’image du film est elle-même fauviste.

P : Le fauvisme est un courant qui privilégie l'émotion au détail, comme dans le groupe en fait.

 

L’avenir de Fauve est sur la route ?

S : Totalement. On a envie d’aller voir les gens partout en France et de savoir ce qu'ils en pensent.

 

++ Le site officiel de Fauve.
++ Fauve sera en concert à Paris le 14 février au Nouveau Casino.

++ Un titre de Fauve est dispo dans la compilation Les Inrocks Lab, Vol. 1.

 

 

Propos recueillis par Sarah Dahan.