Vous aviez travaillé avec Dave Sitek (TV on the Radio) pour votre premier album Antidotes ; désormais c’est avec Alan Moulder et Flood qui sont des stakhanovistes de la pop, votre but est donc de devenir les maîtres du monde ?

Yannis Philippakis : Oui c'est à peu près ça, tu nous a démasqués.

 

Comment les avez vous rencontrés ?

Yannis : Moulder avait déjà mixé notre premier album mais le duo nous a approché en nous proposant de produire cet album. C’est difficile de leur répondre "non" tu imagines bien, c’est une opportunité incroyable. C'est quand même des mecs qui ont oeuvré sur  The Downward Spiral de Nine Inch Nails et Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins, des albums cultes avec lesquels nous avons grandi. C’était trop beau pour être vrai.

 

 

Votre musique a toujours été un mix entre de la pop hyper efficace et des sons plus expérimentaux, vous pensez que vous pourrez un jour faire un choix entre les deux  ?

Yannis : Le groupe est multidimensionnel, on adore la pop, le songwriting pop qui est un véritable art en soi, mais d’un autre côté on cherche à casser tout ça, à ne pas faire des choses trop évidentes. Je crois qu’il y a deux courants en nous qui s'opposent, se cherchent et se frottent l’un à l’autre.

Ce qui est excitant, c’est d’écrire une chanson à caractère universel qui peut parler à tout le monde. C’est facile de snober cette ambition et de vouloir casser les codes, mais c’est quand même ce qu’il ya de plus beau. Je pense aussi qu'il y a beaucoup de branlette dans la musique expérimentale.

Jimmy Smith : Mais on  aime bien la weird pop.

Yannis : Oui comme Etienne Daho. J’adore Week-End à Rome.

 

Ah c’est cool, mais vous pensez vraiment qu'Etienne Daho, c’est de la weird pop ?

Jimmy Smith : Pour nous ça l’est, vu que c’est Français ! Et puis tu regardes la vidéo, c’est bizarre, ça fait penser à Devo.

 

Vous écoutez de la musique française ?

Yannis : Mon frère qui est un peu plus vieux me faisait écouter IAM et MC Solaar dans les années 90, c’était cool. Il y a plein de musique française très cool, mais il y a plein de musique française à chier aussi.

 

Vous avez des exemples en tête ?

Jimmy Smith : Bah, genre le rock français. Il y a plein de groupes français qui se disent rock mais ce n’est qu’une posture, ils ont un perfecto, un jean troué, un chapeau et ça y est, ils sont rock. Il y a eu cette vague de groupes français qui s’évertuaient à copier les Strokes, c’était assez ridicule. Ils ont l’attitude mais pas le talent, ce qui est problématique.

Yannis : Oui, tous ces petits groupes français qui ont l’air plus cools que les tous les goupes anglais réunis mais qui, musicalement parlant, sont juste nazes. Déjà, ils chantent en français, et la musique est  pathétique, sans parler de leurs « prestations » scéniques.

Après, en ce qui concerne la musique électronique, les Français sont les rois. Philippe Zdar est super cool, quel grand producteur !

 

Vous avez déclaré que la plus belle chose était d’écrire une chanson universelle. Et vous alors, vous écrivez pour les gens ou pour vous-mêmes ?

Yannis : On écrit pour les dealers de drogue.

Jimmy : Dans un concert, le mec le plus important n’est pas le chanteur mais le dealer.

 

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Oui, c’est lui qui adoucit les mœurs, c'est ça?

Jimmy : Voilà, c’est exactement ça.

Yannis : Non, plus sérieusement, j’aime bien m’imaginer l’histoire d’un gosse perdu dans le trou du cul du nord de l’Angleterre, genre le Yorkshire où il pleut toute la putain de journée tous les putains de jours, qui se fait chier comme un rat mort et qui a eu un coup de foudre pour une fille qui ne voudra jamais sortir avec lui. Hé bien, j’aime à penser qu’en écoutant nos chansons, il se sentira un peu mieux. Que nos chansons lui apportent un peu de joie et de réconfort.

 

Quelles étaient les chansons qui vous réconfortaient, vous, lorsque vous étiez plus jeunes ?

Yannis : Pour moi c’est évidemment Two Princes de Spin Doctors. C’était la bande originale de ma vie sentimentale quand j’étais petit garçon. Et comme je tombais amoureux à peu près tous les jours, hé bien j’écoutais beaucoup cette chanson.  Ma mère a gardé toutes les lettres d’amour que j’avais écrites à l’école primaire, c’est très mignon mais c’est flippant aussi.

Jimmy : Ma mère écoutait beaucoup UB40, il y avait cette chanson Red Red Wine, je pense que ca me réconfortait pas mal.

 

Yannis tu as étudié à Oxford, or plein d'articles et d'études qui remettent en cause le système Oxbridge sont récemment sortis en Angleterre. On lui reproche d'être un circuit fermé réservé aux élites et aux classes sociales très privilégiées, qu’en penses-tu ?

Moi, je suis parti d’Oxford au bout d’un an pour me consacrer pleinement à Foals, mais j’imagine que si j’avais aimé être là-bas, je n’en serais pas parti. Or ce n’était pas le cas. C’était très dur, très stressant, et surtout l’atmosphère n’y était pas bonne, c’était plus "le savoir, c'est le pouvoir", plutôt que "le savoir, c'est le plaisir d'apprendre et de se cultiver". On était très formatés et on nous disait sans cesse que nous allions un jour ou l’autre diriger le pays, c’est une pensée très angoissante quand tu y réfléchis deux minutes.

 

En Angleterre vous êtes vus comme des dieux vivants, la presse est unanime, vous le prenez comment ?

Yannis : Bien ! (rires)

 

 

Vous pensez quoi de la presse anglaise, qui, chaque semaine, dit avoir trouvé le meilleur groupe du monde ?

Yannis : Ce que tu dis n’est pas vrai, je ne suis absolument pas d’accord avec toi. C’est un stérétoype français, c’était le cas avant, mais ca ne l’est plus. C’était l’époque où le NME avait énormément de pouvoir. Je crois que récemment, le NME a dit avoir trouvé le meilleur groupe de tous les temps en parlant de Palma Violets, sinon je crois que ça fait au moins trois ans qu’il n’a pas tenu ce genre de discours.

 

Et vous lisez la presse musicale ?

Yannis : Pas vraiment, juste quand on est dedans ! (rires)

 

Vous lisez donc les articles sur vous ?

Yannis : Ca nous arrive. Lorsque par exemple, l’interview qu’on a faite était intéressante, on aime bien la lire quand elle paraît dans la presse pour voir combien de mensonges ont été insérés dedans par le journaliste (rires).

 

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Sinon, vous avez récemment dit que l’indie pop est morte, vous pouvez expliciter ? 

Yannis : Non je n’ai pas dit ça, mes propos ont été déformés. J’ai dit que l’indie pop telle qu’on la connaît, c’est a dire "traditionnelle avec des guitares", est morte. Vous n’avez peut-être pas reçu le faire part de décès en France, mais je peux vous dire que c’est le cas en Angleterre.

 

Y-a t-il des groupes anglais que vous aimez écouter en ce moment ?

Yannis : Oui il y a un groupe qui s’appelle The Invisible qui est très bon. Wild Beasts, c’est très cool, Kindness c’est super aussi. Et j’aime aussi Palma Violets, disons plutôt que je suis intrigué par eux.

Jimmy : Il y a plein de choses intéressantes qui se font en Angleterre, c’est plus le "lad rock" que je n’aime pas, c’est fait par des demeurés qui n’aiment que boire des pintes de bière toute la journée.

 

Vous cherchez à évoluer dans une direction plus funky ?

Yannis : Oui, tout-à-fait, plus sexuelle.

 

Vous pensez que les groupes anglais peuvent être funky et sexuels ?

Yannis : Non, mais sache que je n’ai presque pas de sang anglais. (rires)

Jimmy : Et moi, je suis pratiquement Italien.

Yannis : OK, donc tu vois qu’on peut être sexuel et funky aussi. Je ne pense pas qu’on soit le stéréotype du groupe anglais. Le groupe anglais typique n’est pas cool, ce qui ne nous concerne pas, bien évidememment. (sourire).

 

Aujourd’hui Yannis, tu es tout de noir vêtu mais généralement, tu portes beaucoup de pulls très graphiques, très colorés. Je voulais donc savoir si tu nourrissais une passion pour le Cosby Show ?

Yannis : (rires) Tu peux rire avec ton pull à toi ! Non, j’étais plus dans le délire du Prince de Bel Air, il y avait des sapes très très cool dans cette série. Jazzy Jeff avait les plus belles chemises. Mais sinon, ma passion c’était Hartley Cœurs à vif, putain mais Drazic c’était une icône de mode, c’était mon idole.

 

Ah, mais c’est parce que certains personnages sont d’origine grecque comme toi que tu aimes, non ?

Yannis : Non, j’aimais parce que c’était génial, mais c’est vrai que j’aimais bien quand ils disaient des gros mots en grec parce que ce n’était pas censuré et je comprenais tout ! Mais pour en revenir à Drazic, le mec avait les chemises et les t-shirts les plus cools de la terre, je me souviens qu’a 13 ans, je me grimais comme lui - ma mère était désespérée.

 

Avez une vous une icône mode en Angleterre ?

Jimmy : Oui bien sûr, John Major. C’est le mec le plus funky du pays, c’est sûr.

Yannis : Oui, sinon y'a Boris Johnson.

 

Ah oui, pour la touche capillaire un peu punk…

Yannis : Ce mec se fout de tout. Et je peux te dire qu'il va devenir premier ministre, c’est ça le plus flippant. Il va assassiner Cameron dans son lit, le poignarder dans le dos, ça va être un massacre. Et on aura ce putain de bouffon blond a la tête du pays.

 

 

Sarah Dahan // Crédit Photos : Steve Gullick.