Lorsque tu appelles ton album Out Of The Black, tu sous-entends que tu y étais à un moment, dans le "black" ?

Boys Noize : L'idée était de s'amuser avec la phrase "out of the blue", qui veut dire  "sorti de nulle part" ou "quelque chose d’inattendu". J'aimais beaucoup le twist avec "out of the black", car ça n’a pas vraiment de signification. Mais c’est aussi une référence au fait que je produis uniquement la nuit, seul, car je me mets à faire de la musique lorsque le soleil se couche. Finalement, je me suis dit que ce titre était cool.

 

Le style global de l’album rappelle d’avantage l’électro et le rock de Oi Oi Oi, que la techno et la house de Power, et s’éloigne de tes derniers morceaux très acid. Es-tu d’accord avec ça, et comment l’expliques-tu ? 

Oui, je pense que tu as raison. En fait, je pense que mon nouvel album est un mélange de mon premier et de mon second album. En l’écoutant, il y a beaucoup de moments qui me rappellent Oi Oi Oi, mais j’y ai amené aussi beaucoup de styles nouveaux. J’essaie au maximum de faire abstraction de ce qui se fait en ce moment, de la tendance. Ce qu’on entend dans l’album, c’est vraiment juste ce que je ressens et ce que j’ai ressenti à mes débuts quand je faisais ce que je voulais, et seulement ce que je voulais. Je suis content de ça.

 

 

"One for me", le slogan de XTC, le tube de l'album, est-il une confession de ton addiction aux stupéfiants ? N’as-tu pas honte de promouvoir les drogues auprès de ton jeune public ?

(Rires) Je n’ai pas de problème avec ça et je décline toute responsabilité ! Ce n’est pas un morceau qui incite à prendre de la drogue, pas du tout. Si on veut l’entendre comme ça, OK, mais en réalité dans le texte, ce que je dis c’est plutôt "ne le faites pas". J’ai joué dans beaucoup de festivals ces dernières années, j’y ai vu tellement de gens sous ecstasy, ça m’a inspiré ce morceau… La drogue a toujours été liée à la musique, les gens se droguent pour en écouter depuis les années soixante, je ne pense pas que cela changera un jour de toutes façons.

 

On te sait lié à bon nombre de Français (Mr Oizo, Strip Steve, les Petits Pilous, Ed Banger & co…). Comment perçois-tu l’évolution de cette scène ?

Ça change tout le temps, tout le monde essaie de faire quelque chose de nouveau et c’est bien comme ça ! La France est le pays d'où sont originaires bon nombre de mes producteurs préférés. Les Français ont un grand sens du sound design. J’ai toujours été un ardent fan de l'électro française, depuis la première vague french touch. Il y a vraiment beaucoup de producteurs que j’admire en France, dont font évidemment partie les crews d'Ed Banger et de Marble. Tous les producteurs de ces labels sont de très bons amis, j’aime profondément ce qu'ils font.

 

Ton producteur français préféré ?

Mr Oizo, sans hésiter.

 

Plus généralement, quels sont les DJs et les producteurs qui t’ont le plus influencé ?

Il y en a tellement. Forcément je vais devoir reparler des Français, vos producteurs m'ont vraiment donné envie de faire de la musique. Mais au delà de ces influences évidentes, beaucoup de mecs venant de la house de Chicago ou de la deep house furent une grande source d'inspiration pour moi. Je suis un grand fan de Theo Parrish par exemple, car il a un son à la rugosité distinctive, sa signature sonore est vraiment inimitable. Ceci dit, j'aime aussi plein d’Allemands, bien entendu, comme Kraftwerk par exemple.

 

 

Qu'en est-il de David Guetta ? Est-ce que son succès t’impressionne, ou est-ce que tu détestes profondément ce qu’il représente ?

Je ne “hais“ pas ce qu’il fait, ce n'est juste pas mon truc. Il fait de la pop, donc rien que je puisse vraiment haïr. C’est un type bien, je l’ai rencontré plusieurs fois, il est toujours super, super gentil avec moi. C’est juste qu’il fait un truc qui n’a vraiment rien à voir avec ce que je fais moi. Donc je me fiche qu'il soit une star, ça ne me pose absolument aucun problème. Non, vraiment, je n'ai aucune raison de le détester.

 

D’ailleurs, soyons francs : le featuring avec Snoop Dogg, c’était pour faire comme David Guetta, n’est-ce pas?

(Rires) Il est impossible pour moi de faire quelque chose comme lui. Je pense que même si j’essayais de faire ce qu’il fait, je ne le ferais pas aussi bien. Je crois qu’il faut aimer ce qu’on fait, or David Guetta aime sa musique, et c'est pour ça qu'il est bon dans ce qu’il fait. Si j’essayais de faire un track comme David Guetta, techniquement je saurais comment le faire, ça ne serait pas vraiment un défi pour moi, mais ça ne serait pas dingue non plus (rires). Ma musique n’est pas faite de mélodies ou de chansons, ma musique est portée sur le son.

 

Plus sérieusement, cette collaboration avec Snoop Dogg est assez improbable et inattendue, lequel des deux en a eu l’idée et pourquoi ?

J’ai toujours eu envie de faire une track pour lui, alors je lui ai envoyé plein de mes beats, et il a aimé tous mes trucs. On a donc fait Got It ensemble. J’ai cru que ce serait son prochain single, mais il s’est changé en Snoop Lion, alors je lui ai demandé si je pouvais l’utiliser. Et je suis super content d’avoir pu l'inclure dans mon album, au final.

 

Tu as bossé avec les Black Eyed Peas, tu as donc rencontré Will.i.am. Comment ça s’est passé, quel genre de mec est-il donc ?

C'était presque surréaliste pour moi, c'était un moment assez incroyable à vrai dire. J’étais dans cet énorme studio à Los Angeles, un truc gigantesque, et ouais, Will.i.am était là. Il était super intéressé par ma musique, il voulait écouter tout ce que je faisais. Je crois qu’il était très en avance dans sa façon d'approcher la musique électronique pour quelqu'un qui vient de la pop, et c’était assez fun de bidouiller des sons et de faire des expériences là-bas, à ses côtés. Cette expérience fut très enrichissante.

 

Fergie est-elle aussi effrayante en vrai ? 

Ouhla… Ouaiiiis…

 

 

Tu as récemment déclaré dans une interview que tu essayais d’éduquer tes fans, mais que tu trouvais que c'était une tâche compliquée. Peux-tu préciser ce que tu entends par là ?

Ces dernières années, la musique a changé, et la perception des DJ's a changé avec elle. Il ne s'agit plus seulement de jouer de la nouvelle et/ou bonne musique, il ne s’agit plus seulement de musique. On voit ça très clairement notamment dans les grands festivals : un DJ débarque avec un light show complet, il doit faire un véritable spectacle et tout plein de conneries pour que la foule soit satisfaite. Mais moi, non !  Alors certes, j’aime les DJ's qui secouent les gens et les rendent fous, oui, c’est ce que j’aime. Mais le plus excitant pour moi, ça reste de jouer de la musique qui soit nouvelle, essayer des morceaux inédits, être le tout premier à jouer un disque, un disque que personne n’a jamais encore joué ou entendu, ce genre de trucs. C'est ça que j’ai toujours adoré dans le deejaying, et c’est pour ça que je suis devenu un DJ. Faire découvrir de nouvelles choses, et donc : éduquer le public.

 

Tu as l’impression que les "club kids" sont moins éduqués qu’avant ?

Je ne sais pas s'ils sont “moins éduqués", mais il y a tellement de choses qui se passent en ce moment qu'il est difficile d'avoir un réel "contrôle qualité" sur la musique, c’est de moins en moins possible d’isoler les trucs vraiment bien. Et c'est justement le rôle des DJ's de sélectionner les trucs bien pour les gens, c'est à nous d'expliquer ce qui est bien et ce qui n'est pas bien.

 

En ce cas-là, est-ce vraiment sensé pour toi de travailler avec les Black Eyed Peas ? 

En fait, pour le moment je considère que je ne travaille avec personne. Je veux me concentrer sur ma propre musique dorénavant.

 

Aimes-tu le deejaying autant qu’avant ?

Non. Je prends du temps hors de la scène pour me concentrer sur mon nouvel album et le live show. Car oui, maintenant je vais faire un live show moi aussi, je ne vais plus faire seulement le DJ. C’est un truc complètement dingue à vrai dire, c’est vraiment fou. Ce n’est plus un simple DJ-set, je joue ma propre musique, il s'agit vraiment d'autre chose.

 

Tu as collaboré avec Skrillex sur le projet Dog Blood. C'était quoi l’idée derrière cette rencontre ? 

Oh, c’était juste pour s’amuser, on a essayé des choses variées. Il était dans mon studio, je lui ai montré mes trucs, c’était la première fois qu’il voyait une 808 !  C’était marrant, mais c’était une parenthèse, sous un nom différent, on ne voulait pas mettre les noms de Boys Noize & Skrillex en avant d'où l'idée de prendre ce pseudo de Dog Blood.

 

 

Tu travailles avec des superstars de type Fergie, et on peut dire que désormais, tu en es toi-même devenue une, de superstar. Est-ce que tu "don’t believe the hype" autant qu’avant?

Oh oui. Beaucoup. Je ne pense pas que je sois une star, je fais toujours mes trucs tout seul. Je suis heureux que les choses se passent ainsi pour moi, ainsi que d'avoir la chance de faire de gros concerts et tout ce qui va avec. Mais la "hype" est constituée de phénomènes terriblement courts, elle ne dure que très peu de temps. Et c'est d'autant plus vrai de nos jours, parce qu’il y a de nouveaux styles qui se créent chaque jour, qui sont ultra-cools, et puis plus du tout après deux mois parce que tout le monde connaît. Je crois que lorsqu’on écoute ma musique, on s’en rend compte. Non, je ne suis pas hype.

 

Comment se porte le label ? Actuellement, as-tu une idée précise de la direction qu’il prend ?

Le label se porte très bien. On va sortir un nouvel EP de SCNTST qui est très bon, ce garçon est un producteur très talentueux. On vient aussi de sortir le nouveau single de Peaches dont je suis très fier. Il va y avoir aussi un nouvel EP de LE1F, un jeune qui nous vient de New-York et qui fait plutôt de l'électro-rap, avec des trucs électroniques étranges. Et on travaille aussi sur des morceaux à l'influence plutôt disco-indie. 

 

Comment perçois-tu ta carrière à ce stade : es-tu fier de toi, ou considères-tu qu’il y a encore beaucoup à accomplir ?

Je suis super heureux de toutes les décisions que j’ai prises dans ma vie. Je ne voudrais pas faire les choses autrement, je suis vraiment satisfait de la tournure qu'ont prises les choses pour moi.

 

En tant que grand fan autoproclamé du duo, quel est ton pronostic sur le prochain album de Daft Punk ?

Je suis sûr qu'il va être incroyable, j’espère qu’il va sortir le plus vite possible.

 

La question con pour la fin. Tu irais plutôt te mettre une mine avec François Hollande ou Angela Merkel  ?

Angela Merkel. Elle est cool.

 

 

Jordi Gueyrard.