Pourquoi sortez-vous maintenant un livre sur Métal Urbain ?

Ovidie : C’est un peu l’occasion qui a fait le larron. Eric avait commencé à écrire des petits carnets pendant la tournée de reformation du groupe (en 2003, ndlr) et il avait une banque iconographique colossale. On se voyait régulièrement et il me racontait des milliers d’anecdotes. Un jour, on s’est dit : "pourquoi ne pas faire un livre ?". Eric se chargerait de la partie graphique, de l’icono, il ajouterait ses carnets et je m’occuperais des textes et d’aller chercher d’autres témoignages. Au final, ça a donné ce grand patchwork qui relate assez bien la bio de Métal Urbain…

Eric Débris : J’avais un bout de projet qui trainait avec un éditeur qui passait de maison d’édition en maison d’édition, d’où les carnets. Finalement, le projet est tombé à l’eau. Mais Camion Blanc a manifesté son intérêt et on a remis le truc en route.

 

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Ovidie : C’était en 2005, quelque chose comme ça. Eric m’avait contactée pour que je réalise des clips.

Eric Débris : Ouais, on devait faire un clip pour l’album J’irai Chier dans ton Vomi (2006)... J’avais contacté Ovidie via Myspace parce que je l’avais entendue dire dans une interview qu’elle aimait bien ce qu’on faisait. Je lui ai donc envoyé une demande d’ami. C’était à l’époque où Myspace fonctionnait encore…

Ovidie : Oui, c’est vrai (amusée).

Eric Débris : Elle m’a répondu : "oui, formidable". Elle paraissait très contente que le gars de Métal Urbain lui fasse une demande d’ami. Au passage, je lui ai proposé de travailler sur le clip de notre prochain album…

 

 

Tu avais déjà réalisé des films érotiques ?

Ovidie : Ouais et un peu de documentaires, des choses comme ça…

Eric Débris : Et nous, on a toujours privilégié l’idée de travailler avec des gens qui aimaient bien ce qu’on faisait, qui connaissaient notre univers plutôt que de collaborer avec des gens qui décidaient tout d’un coup de bosser avec Métal Urbain parce que c’est "formidable de bosser avec Métal Urbain". C’est pour ça qu’on a travaillé avec Ovidie, parce qu’on savait qu’elle aimait bien ce qu’on faisait. C’est aussi pour cette raison qu’on a travaillé avec Jello Biafra (chanteur des Dead Kennedys qui a produit l’album J’irai chier… ndlr) parce qu’il connaissait vraiment le groupe et  qu’il n’allait pas faire n’importe quoi en projetant des fantasmes dessus.

 

Vous avez choisi un titre pour le moins offensif : Un Bon Hippie est un Hippie Mort... Que vous ont-ils fait ces pauvres hippies ? C’est un peu étonnant de s’en prendre à eux, 35 ans après les faits, non ?

Ovidie : Hihihihi…

Eric Débris : Comme d’hab’, on balance un titre un peu provoc. On n’allait pas mettre Crève Salope parce que ça aurait été compliqué pour certains libraires ! Surtout, en bossant sur l’icono du bouquin, j’ai retrouvé un vieux badge que je portais à l’époque et que j’avais fabriqué moi-même avec une photo de deux flics qui tirent un hippie par les cheveux. J’avais écrit dessus au Tipp-Ex "un bon hippie est un hippie mort". C’est en retrouvant ce badge que j’ai eu l’idée de ce titre qui me faisait marrer. C’est le premier document reproduit dans le livre.

Ovidie : Ce qui est frappant quand tu récupères les témoignages de personnes qui ont participé à la naissance du punk comme Eric et Hermann (Schwartz, guitariste du groupe ndlr) etc., c’est que tu te rends compte que le punk est un mouvement qui est né en réaction aux hippies. Sans la haine du hippie, sans cette aversion, le punk ne serait pas né !

 

Métal Urbain en 1976

 

Mais que leur reprochais-tu à ces pauvres hippies ?

Eric Débris : Je leur reproche d’écouter la musique assis par terre, de jouer des morceaux interminablement longs, d’être tout mous, tout chiants. Là je parle des caricatures de hippies, pas des quelques mecs qui ont lancé le truc en Californie et qui n’étaient certainement pas comme ça. Il y aussi le fait qu’ils prennent des drogues qui font planer et qu’ils écoutent de la musique planante. C’est ça qu’on trouvait insupportable, et c’est ce qui a fait que le punk rock a été créé : on n’en pouvait plus de les voir assis par terre à écouter des morceaux d’une demi-heure dans les concerts de Genesis.

 

Quels premiers souvenirs du rock as-tu ? Quels sont les premiers disques que tu as achetés ?

Eric Débris : Quand j’étais môme, j’écoutais les Beatles et les Rolling Stones. Les premiers disques que j’ai achetés sont un 45 tours des Beatles et le Eloise de Barry Ryan. Ensuite, à l’adolescence, je suis passé très rapidement d’une période où on écoutait les Beatles et où on commençait à porter les cheveux longs sans style particulier voire néo-freaks, au glitter. Dès 72, c’était un truc qui me semblait plus rigolo que le reste. Quand j’ai vu Bowie et Gary Glitter avec leurs fringues improbables pour l’époque, il s’est passé un truc dans ma tête. Ensuite, j’ai basculé dans le punk rock puisque tout s’est enchaîné très vite. C’est un cheminement assez classique, qu’on retrouve chez pas mal d’artistes anglais. Le punk rock au début, c’était presque des fringues glitter en vrac.

 

Au fait, tu es né en quelle année ?

Eric Débris : En 57.

 

Et tu as grandi à Paris ? Dans quel milieu ?

Eric Débris : Oui, j’ai grandi à Paris, dans une famille bourgeoise.  Mais pas une famille de la bourgeoisie aisée, la petite bourgeoisie, juste au-dessus des ouvriers.

 

Et toi Ovidie ?

Ovidie : Moi, je viens de Province, de la région Centre. Quand j’ai découvert Métal Urbain, je vivais à Tours. Je suis à Paris depuis treize, quatorze ans.

 

Pour en revenir au groupe, qu’est ce qui vous a donné envie d’utiliser des machines ?

Eric Débris : Avec Zip Zinc, le cofondateur de Métal Urbain, on était fans de machines, on trouvait ça vachement intéressant. On allait voir des groupes comme Tangerine Dream, des gens comme Tim Blake, des mecs qui avaient plein de machines sur scène. On trouvait les sons vachement biens mais le problème c’est qu’ils faisaient de la musique planante. Et chaque fois qu’on sortait d’un ce ces concerts, on se demandait pourquoi il n’y avait ni batterie, ni guitares. On s’est alors dit que, comme on pouvait faire n’importe quoi avec des machines, on pouvait s’en servir pour faire du rock’n’roll ! Après, on s’est dit qu’un batteur n’avait pas lieu d’être, qu’il valait mieux utiliser une boîte à rythmes et trafiquer tous les sons.

 

Vous écoutiez Kraftwerk ?

Eric Débris : On aurait écouté si ça avait été du rock’n’roll. On trainait dans la boutique qui importait tous ces disques-là, Clémentine Disques, rue de la Montagne Ste-Geneviève. Ils avaient un bac avec tous les disques allemands. On les écoutait mais à chaque fois, on achetait rien parce qu’on trouvait ça chiant.

 

 

Vous connaissiez Suicide à l’époque ?

Eric Débris : Non. La première fois qu’on les a entendus, c’était sur la compilation du Max’s (Max’s Kansas City, célèbre club new yorkais ; cette compilation date de 1976, ndlr) et Métal Urbain existait déjà, je crois (Métal Urbain a été formé en juin 1976 ; Panik, le premier single de Métal Urbain, sort en mai 77, six mois avant le premier album de Suicide, ndlr). D’ailleurs Zip Zinc a fait : "merde ! Il y a des mecs qui font la même chose que nous !". En fait, ce n’était pas vrai parce que Suicide utilisait la boîte à rythmes de l’orgue de Martin Rev et que ce n’était pas la même démarche que nous.

 

Et toi, qui fais partie d’une génération plus jeune, quel regard portais-tu sur cette époque mythique ?

Ovidie: J’ai découvert Métal Urbain sur une cassette. Quand j’étais ado, au milieu des années 90, je fréquentais des espèces de post-punks, des anarcho-punks. C’était la grande période du punk militant qui tournait autour de la FA (Fédération Anarchiste ndlr), du réseau No Pasaran, tout ça. Je fricotais un petit peu avec ces gens-là, et j’avais flashé sur deux groupes qui se distinguaient par leur musique et par leurs textes : Métal Urbain et Crass. Je les écoutais parce qu’ils ne jouaient pas un punk binaire genre « papoum papoum », c’était des groupes qui avaient un message politique plus subtil, je dirais. Je trouvais les textes de Métal Urbain intemporels et pas donneurs de leçons. A l’époque, je ne savais rien d’eux. J’étais en Province. Il y avait quelques fanzines qui circulaient mais pas plus. Je ne savais pas en quelle année ils s’étaient formés ni quand ils avaient arrêté. Il a fallu quelques années pour que je découvre les circonstances dans lesquelles le punk est né en France.

Eric me disait que quand le groupe s’est reformé, beaucoup de gens s’attendaient à voir arriver de vieux punks à chiens avec des iroquois, ce qui n’était absolument pas le cas. Moi, je n’ai jamais eu cette image-là d’eux. Je ne m’attendais pas à tomber sur des gens spécialement énervés qui allaient me gueuler dessus. Pour moi, c’était une musique complètement intemporelle.

 

Ovidie par Cyril Lesage

 

A la création du groupe, vous prenez des pseudos. Pourquoi ?

Eric Débris : Quelque part, c’est une vieille tradition du rock et au début du punk rock, il y a eu un pacson de gens qui en ont pris. Même dans le proto-punk comme les New York Dolls, des gens en avaient pris. Ca nous semblait donc naturel. En plus de ça, j’ai un nom de famille qui n’est pas d’origine française ni européenne, mais mongol. Il date du temps des invasions, hé hé hé. Et, chaque fois que je donne mon nom à des gens, dans la seconde ils le prononcent autrement ou ils le réécrivent différemment. Je me suis donc dit que j’allais prendre un pseudo et j’ai choisi un nom qui voulait dire quelque chose en français et en anglais. En plus, je trouvais que Débris était assez drôle pour du punk rock.

 

Métal Urbain est un des groupes voire le groupe le plus en colère de l’histoire de la musique française, en tout cas au niveau des textes. Qu’est-ce qui motivait cette colère ? 

Eric Débris : C’est d’allumer la télé ou d’ouvrir un canard. Et ça continue, je suis toujours en colère toute la journée.  C’est le fait qu’ils nous prennent pour des jambons en permanence, que les infos racontent n’importe quoi, que les dominants se permettent n’importe quoi. C’est pour ça qu’on était en colère à l’époque. Il y a aussi le fait qu’on avait assisté à mai 68 et à 1969, où finalement ça avait tapé encore plus fort qu’en 68. On était trop jeunes pour participer, mais on a vu ce qu’il se passait. Ensuite, j’ai atterri dans un lycée ultra-politisé, le lycée Rodin (dans le XIIIe arrondissement de Paris ndlr) où j’ai vu toutes sortes de fractions anarchistes en action. Et il est certain que, quand t’es môme et qu’on te met entre les mains des tracts anarchistes, des trucs très rock’n’roll et très créatifs, ça t’influence quelque part.

Ovidie : Et c’est vrai qu’il n’a pas décoléré !

Eric Débris : Oui, je suis toujours en colère.

Ovidie : C’est peut-être le fait que vous n’ayez pas pris de drogues assommantes qui explique pourquoi cette colère s’est maintenue !

 

Dans le bouquin, vous rappelez que l’héro circulait énormément à l’époque et on sent que ça vous énerve particulièrement…

Eric Débris : Oui, parce que c’est quelque chose qui permet de canaliser les colères. Ce n’est pas un hasard si elle circule là où on a besoin de mettre un couvercle parce que ça risque d’exploser. On la trouve toujours dans les milieux où il risque d’y avoir des gens qui vont parler trop fort. Maintenant, c’est les banlieues, avant c’était les quartiers de Paris où on trouvait des étudiants qui pensaient trop fort. C’est toujours à ces endroits-là que la drogue circule. C’est un petit peu fait exprès. Ca a été tenté, expérimenté aux Etats-Unis, c’est documenté : c’est au moment où les ghettos noirs ont commencé à se politiser que la drogue a commencé à y circuler.

 

 

En lisant le bouquin, on a l’impression que vous étiez complètement en dehors de toute cette défonce…

Eric Débris : Dans un premier temps à Paris, il n’y en avait pas. C’est plus vers 78, 79 que les mecs ont commencé à tomber dedans vraiment. Nous, on a toujours trouvé ça ridicule. J’ai dû sniffer de l’héro deux fois dans ma vie et je n’ai jamais trouvé d’intérêt à piquer du nez pendant deux heures avant de me réveiller en disant : "c’était formidable". Je dors la nuit, j’ai pas besoin de refaire ça dans la journée donc voilà. On n’avait pas besoin de béquilles de ce genre-là, peut-être parce qu’on avait des tas de trucs à dire et qu’on était énervés. Tous les trucs qui me ralentissent m’ennuient, j’ai envie d’aller vite ! On passe déjà la moitié de sa vie à dormir, pas la peine de recommencer dans la journée !

Ovidie : Dans tous les cas, c’est contre-productif parce qu’à partir du moment où tu te défonces, tu n’es plus maître de ta propre vie et tu ne peux pas devenir ton propre héros et construire ta propre existence. Tu te compliques inutilement la tâche en anesthésiant ton cerveau. Le fait qu’ils ne se soient pas trop défoncés leur a permis de conserver leur mémoire fraîche et intacte. Ils se souviennent de tout un tas d’anecdotes et n’inventent pas des successions d’histoires improbables comme tu le vois chez certains vieux punk rockers de Paris.

 

On va en parler… On sait qu’au début le punk ne concernait que très peu de gens à Paris dont pas mal de gens assez arty. Vous, vous étiez à la marge… Vous l’étiez dès le départ ou ça s’est fait progressivement ?

Eric Débris : Progressivement… Au départ, le milieu était tout petit. C’était juste une cinquantaine de personnes, peut-être même moins, qui gravitaient autour de deux magasins des Halles, l’Open Market et Harry Cover. On a eu le malheur d’avoir une vision, de vouloir projeter Métal Urbain devant nous et pas de nous cantonner à fonder un groupe de rock'n'roll, de monter sur scène et puis c’est tout. On voulait une signature. On l’a obtenue. On s’est projeté vers l’Angleterre : on y a joué et on a sorti des disques là-bas qui se sont vendus. On est revenu en France après avoir signé avec Rough Trade (célèbre label indépendant anglais ndlr), on était le premier groupe qu’ils ont signé. Quand on est revenu à Paris, tout le monde a commencé à nous faire la gueule. Les gens étaient jaloux. On leur a dit : "les mecs, traversez la Manche, faites comme nous, c’est pas compliqué !"

 

 

Tout le monde se connaissait dans ce milieu.

Eric Débris : Oui, mais un moment on s’est dit : "quelle bande de cons !" Tout ce qu’ils voulaient, c’était signer avec une maison de disques en France, si possible une major, et essayer de mener une petite carrière avant de bifurquer plus ou moins vers la variète, ce qu’il s’est plus ou moins passé pour certains. Nous, on projetait Métal Urbain sur la planète, au même titre qu’un groupe anglais ou américain.

Ovidie : Mais quand tu décryptes les paroles de Crève Salope on voit bien que vous cherchiez quand même des crosses à un certain nombre de personnes sur la place parisienne. Vous n’étiez pas dans l’optique de vous faire des amis.

Eric Débris : Non, mais en France, il y a beaucoup de pose. Les gens aiment bien ressembler aux Anglais ou aux Américains mais, un coup sur deux, ils ne sont pas vraiment au courant de ce qui se passe réellement là-bas. Ils ne comprennent pas ce que les gens disent, pourquoi ils le disent et ils ne se rendent pas compte que ce n’est pas seulement une histoire de pose, que c’est avant tout une attitude complète. Et le punk rock n’était pas un truc de hippies, quelque chose où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Le punk rock c’est : "je braille, j’ai des trucs à dire et je les dis". Si j’ai envie de dire que machin de tel groupe fait de la merde, je le dis, et lui a le droit de dire quelque chose du même genre à mon sujet. Et là, c’était pas possible, il fallait être super sympa avec tout le monde. Au bout d’un moment… Crève Salope est un morceau qui date de la fin du premier Métal Urbain (mai 1977 ndlr). Ce n’était pas un morceau pour chercher des noises mais pour régler des comptes.

 

C’était sur Philippe Manœuvre, non ?

Eric Débris : Non, pas seulement. C’était sur notre maison de disques française, Cézame Cobra, et sur les journalistes en général, en particulier sur Patrick Eudeline dont on parle dans le 2e couplet (micro planté dans le cul/sous-merde tordue tu jouis !). On évoque aussi notre manager de l’époque qui était coiffeur. En fait, c’est un texte-tiroir. Au départ, on était les seuls à comprendre ce que chaque ligne voulait dire.

 

Pourquoi une telle hostilité envers Patrick Eudeline ?

Ovidie : Le pauvre Eudeline s’en prend plein la gueule…

Eric Débris : Fallait pas commencer, fallait pas co-mmen-cer ! Métal Urbain, on n’est pas des méchants mais faut pas venir nous casser les couilles. Eudeline, au départ, on n’avait rien contre lui. Mais à un moment il a commencé à raconter des conneries. Et quand on s’est reformés il a recommencé à raconter des conneries.

 

 

Du genre ?

Eric Débris : Comme les conneries qu’il raconte dans le bouquin de son frangin du genre (Nos Années Punk – Christian Eudeline Éd. Punk) c’est lui qui a créé Métal Urbain, lui qui a décidé qui allait jouer quel instrument dans le groupe. Il se prend pour le Andy Warhol du punk si tu veux, donc à un moment non. En plus, quand je demande à son frère à quoi riment ces conneries, il me répond qu’il les a laissées exprès, qu’il se démerdera avec.  Et, quand j’en parle à Eudeline lui-même, en lui disant : "c’est quoi, t’es pas bien ?", tout ce qu’il trouve à me répondre c’est :  "ah non, non, c’est pas moi, mes propos ont été déformés, tu connais les journalistes". Alors, je lui ai dit : "t’es qu’un baltringue, c’est ton frère qu’a écrit le truc et t’as même pas les couilles de me dire, oui je raconte des conneries et je vous emmerde". Donc après, on y va.

Ovidie : Ce qui m’a fait marrer en écrivant le livre, c’est de me rendre compte qu’il y avait des embrouilles et des guerres qui datent de plus de trente ans et qui ne sont toujours pas réglées ! Quand je suis allée à l’exposition Europunk (cf. ci-dessous) à la Villa Médicis de Rome, ça m’a fait mourir de rire de voir Marc Zermati (ancien propriétaire de la boutique Open Market et boss du label Skydog ndlr) s’énerver parce que des gens faisaient toujours courir la rumeur que ce n’était pas lui qui avait organisé le festival punk de Mont-de-Marsan en 77 ! Je trouve ça super-drôle de voir ces histoires vieilles comme Hérode pas encore réglées et ces conflits qui continuent !

Eric Débris : Toutes ces conneries viennent de la jalousie. Dans ce pays, tu ne peux pas créer un truc sans qu’il y ait des gens qui t’accusent de le faire seulement pour l’argent donc à un moment...

 

Eudeline en prend vraiment pour son grade dans le bouquin…

Eric Débris : Oui, parce que c’est fun. On rigole mais il n’a pas d’humour, il prend tout au premier degré… Il va encore être super-énervé !

 

Mais quelque part tu n’as pas l’impression de tirer sur une ambulance ?

Eric Débris : C’est pas une ambulance, c’est le spécialiste du rock ! Dès que t’as un mec qui meurt, il passe sur i-télé ou je ne sais pas où pour expliquer le rock’n’roll !

Ovidie : Je suis sûre que dans vingt ans, ils continueront à se taper dessus comme les vieux super-héros !

Eric Débris : J’y serai pas forcément mais, là, vu qu’il a relancé les hostilités…

 

 

Donc, il est un peu révisionniste…

Eric Débris : C’est ça. S’il arrête de dire des conneries, on arrêtera d’en dire aussi.

 

Mais c’est aussi dur pour lui dans le bouquin de son frère. Je pense au moment où il se fait éclater la clavicule par un rocker…

Eric Débris : C’est arrivé après un concert de Métal Urbain… Une bande de rockers a déboulé pour attaquer les punks. On se casse. Les Hell’s qui traînaient avec nous ont voulu se foutre sur la gueule avec les teds. Eudeline était assis en terrasse. Les mecs passent et « bim ! bang ! », il en prend plein la tronche. Un mois après, on a eu le malheur de raconter dans une interview qu’il n’avait pas pu fuir parce qu’on avait attaché ses lacets ! A l’époque, il ne l’a vraiment pas digéré. C’était pourtant juste une connerie, une bêtise. A l’époque je fréquentais Eudeline et son problème, c’est qu’il n’a pas d’humour. Tu lui sors une vanne, il ne rit pas, il ne sait pas rire.

 

Vous avez écrit une chanson sur le Palace, Anarchie au Palace ("grands prêtres de la punkitude/vous volez nos idées/pour en faire une mode/et les vendre au plus offrant"). Que pensais-tu vraiment du milieu du Palace ? Des gens comme Pacadis…

Eric Débris : On était pote avec Paca, donc il n’y avait pas de problème avec lui. On lui racontait ce qu’on faisait, il en parlait dans Libé. Il était cool, il faisait son boulot. Je ne crache pas sur le Palace directement. Il y a des gens qui y trainaient qui n’étaient pas forcément les gens qu’on pouvait fréquenter mais, en attendant, Edwige la physio du Palace était une copine. Je pouvais entrer, je ne payais pas les coups que je buvais et je pouvais y trainer toute la nuit. Après la bande du Palace rassemble plus des gens qui essayaient de faire des choses arty ou novö de mes deux, des gens qui quelque part essayaient de se distancer du punk rock. Très rapidement, on a entendu parler de cold wave, de machins comme ça… On entendait dire que le punk rock était fini, qu’il avait laissé place à la new wave et la cold wave, de la vraie musique et pas des trucs où on se contente de brailler. Et c’est plutôt ce discours qu’on va détester dans cette bande du Palace. Mais à l’ouverture, avec Métal Urbain, on y allait tous. On connaissait les barmans et ils nous filaient des bouteilles au lieu de nous passer des verres !

 

 

Tu as fait des études d’art. Dès le début, vous avez utilisé des visuels hyper-forts avec des formules chocs comme « Do the Auschwitz jerk » sur le flyer de votre premier concert…

Eric Débris : Comme je disais tout à l’heure, j’ai assisté à mai 68 et après j’étais dans un lycée ultra-politisé où je voyais ces anarchistes un peu déviants jouer avec le paradoxe, tous ces trucs-là. Ensuite, je suis allé dans une école d’art où j’ai appris ce principe de jouer avec le paradoxe, de détourner une image et de faire le boulot que faisaient les situs.  Tu parles d’une chose pour parler de son contraire…  Ce n’était d’ailleurs pas toujours compris par les gens qui suivaient Métal Urbain. Certains de nos fans ne comprenaient rien à la façon qu’on avait de jouer avec le paradoxe. Ils prenaient les trucs au premier degré et ne comprenaient pas que nous faisions des choses parce qu’elles étaient paradoxales comme détourner l’iconographie nazie ou des trucs ultra-violents pour parler d’un autre truc. On a joué longtemps avec ça mais à la fin de la première période de Métal Urbain, on a arrêté de jouer avec le paradoxe et d’être plus des descripteurs d’évènements et de choses, notamment dans les chansons. C’est parce qu’il nous est arrivé que les autonomes trouvent Métal Urbain formidable au même titre que les nationalistes révolutionnaires. A ce moment, on a compris qu’il y avait des mecs qui ne prenaient du paradoxe que le bout qui les intéressait, des gens qui n’étaient pas capables de comprendre qu’il avait deux bouts et quelque chose au milieu.

 

Le propos du groupe est hyper-agressif mais le bouquin décrit une succession de fêtes. En fait, vous rigoliez…

Eric Débris : Ah oui ! Avec Métal Urbain, on passe plus de temps à se marrer qu’à brailler. Déjà parce que quand tu es dans un groupe, tu passes plus de temps dans un camion qu’à jouer en concert ou travailler en studio. En conséquence, il faut bien tuer le temps en se marrant et en faisant les cons. On est les princes du calembour !

 

Comment décrirais-tu la France de Giscard à nos jeunes lecteurs ?

Eric Débris : C’est simple : maintenant on a la télé en couleur alors qu’à l’époque on avait la télé en gris et noir.

 

Métal Urbain au 100 Club à Londres, en 1978.

 

Quand tu lis le bouquin, t’as vraiment l’impression que c’était l’horreur absolue…

Eric Débris : C’était vraiment en noir et blanc, c’était rien. J’ai l’impression qu’on a commencé à repeindre la vie depuis. A cette époque, la vie n’avait pas de couleurs, les gens n’avaient pas de couleurs. Sauf si t’étais un des hippies-freaks qui trainaient à St Michel, un vrai hippie barjot, là tu pouvais avoir éventuellement des couleurs. Le reste des gens portaient des costumes soit gris, soit noirs, soit bleus. A cette époque, les ouvriers portaient encore des costumes bleus le weekend. Un ouvrier ne s’achetait pas de costume noir ou gris. C’était une espèce de monde bizarre, terne, chiant.

Ovidie : Ce qui m’a toujours étonné quand j’ai rencontré des gens qui avaient vécu cette période c’est qu’ils m’expliquaient à quel point c’était fabuleux, qu’avant les années sida tout le monde s’éclatait, etc. Pourtant, je me suis retrouvée avec un certains nombres de documents entre les mains, des vidéos du planning familial et des enquêtes sur la sexualité féminine. Et j’ai découvert qu’à la fin des années 70, on voyait des Madame Tout le Monde âgées d’une trentaine d’années qui n’osaient même pas nommer leur sexe, qui appelait ça "cette chose-là" et que 80% des femmes n’avaient jamais connu d’orgasme. Du point de vue de la sexualité, c’était loin d’être aussi idyllique que ce que racontent certains.

Eric Débris : Je mettrai un bémol à ce que tu dis. Effectivement, dans les milieux classiques, c’était comme tu le décris. Mais dans les milieux artistiques et rock, c’était très différent de maintenant. A l’époque pré-sida, tout était possible. Personne ne se posait de questions. Dans les fameuses fêtes qu’organisait Métal Urbain, tu pouvais coucher avec trois filles différentes le même soir sans que personne ne se pose de question. Alors que maintenant, c’est plus comme ça. Les mômes qui étaient rébellion à cette époque faisaient des trucs que les mômes en rébellion actuels ne feraient pas. C’est plus du tout la même chose, les gens ne se branchent plus de la même manière. Avant, il fallait  trois minutes et demie et, youpi, c’était parti. Ca a changé. J’ai vécu la période pré-sida et l’épidémie a commencé l’année où j’étais en Angleterre. Quand on a commencé à en parler, les gens faisaient encore n’importe quoi mais l’année d’après, tout le monde s’était calmé.

Ovidie : Oui, mais c’était un statut hyper-marginal, artiste...

Eric Débris : Je ne porte pas un regard nostalgique, ce sont des faits : il y a un avant et un après-sida. Sur plein de trucs, ça a été super-important.

 

 

Eric Débris en 1980

 

Le concept des grosses guitares avec des machines a eu beaucoup de descendants, de Bérurier Noir à Ministry et Nine Inch Nails. Quel regard portes-tu sur ces héritiers ?

Eric Débris : J’en suis très content parce que pendant toute la période ou Métal Urbain a été arrêté, j’ai bossé avec certains de ces descendants comme les Ludwig Von 88 et les Bérus. J’ai réalisé quatre albums pour les Ludwig et deux albums Souvent fauché, toujours marteau et le live à l’Olympia pour les Bérus. Ca ne me pose aucun problème que les gens aient repris la formule et en plus, chose sur laquelle on n’avait pas percuté pendant très longtemps et dont on a pris conscience aux Etats-Unis, on est considéré par les Américains comme les inventeurs de l’électro-punk. On est donc super-contents d’avoir un inventé un truc ! A priori, on serait le seul groupe français à avoir inventé un genre dans le rock !

Ovidie : Ce qui est dommage, c’est que vous ne récoltiez pas forcément ces lauriers. Que ce soit Métal Urbain ou Suicide, qui sont les deux groupes pionniers dans le genre, ce ne sont pas eux qui ont récolté les lauriers pour tout ça.

Eric Débris : C’est vrai que lorsqu’on rencontre des membres de groupes américains ou anglais qui nous trouvent formidables, certains ont vendu des millions d’albums, pas nous. Quand j’ai rencontré Bobby Gillespie (chanteur de Primal Scream ndlr) ou William Reid (guitariste de The Jesus and Mary Chain ndlr) ils m’ont dit : "formidable, j’ai toujours rêvé de te rencontrer" mais eux ont gagné de l’argent alors que moi pas.

 

Entre Metal Boys, Dr Mix & the Remix (projets d’Eric Débris qui coïncident avec la fin de Métal Urbain) et la reformation tu fais quoi ?

Eric Débris : J’ai eu un studio d’enregistrement, Mix It. J’ai travaillé avec les Bérus, Ludwig, tout Bondage Records, une grosse partie du catalogue Boucherie, pas mal de trucs sont passés entre mes mains. J’ai tâté de l’Internet et j’ai un peu bossé à l’Irma en tant que Monsieur Rock. On a été contacté par Seventeen Records pour rééditer Métal Urbain, tout remasteriser, etc. Ça a donné l’idée à un tourneur américain de nous demander de nous reformer et c’est reparti de là.

 

Quel regard portes-tu sur la scène alternative française des années 80 ?

Eric Débris : Je suis un peu gêné par le mot "alternatif". Alternatif oui, mais à quoi ? Cet adjectif est valable dans les pays où la seule solution consiste à signer avec une major. En France, ce n’était pas la seule solution, c’était impossible. Les Bérus et les Ludwig n’avaient pas de ponts d’or des majors. Elles se sont seulement intéressées à ce courant vers la fin. Au départ, les mecs n’ont pas monté leurs labels pour monter un label, ils l’ont fait parce qu’on ne voulait pas d’eux ailleurs. Il ne s’agit donc pas d’une alternative. La situation est différente pour les labels alternatifs américains : les mecs ont une vision complète du truc qui est économiquement viable, ce qui n’est pas le cas de la plupart des alternatifs en Europe.

 

Et que penses-tu du milieu artistique actuel ?

Eric Débris : J’ai du mal. En plus, ça me fait chier parce que je ne veux pas passer pour un vieux con qui dit que c’était mieux avant, mais le problème c’est que j’aimerais bien entendre des trucs qui me trouent le cul, des trucs que j’ai jamais l’impression d’avoir déjà entendus. Et le problème, c’est qu’on a quand même le sentiment d’entendre en permanence des trucs qui ont déjà existé avant. C’est chiant, quoi. Les gamins s’enthousiasment pour des trucs, mais c’est normal, ils n’ont pas entendu le truc dont c’est directement inspiré. Des fois, c’est même du copier-coller. Il y a des groupes qui sont quasiment des groupes de reprises sauf qu’ils écrivent le morceau que le groupe qu’ils reprennent n’avait pas écrit.

Ovidie : Quand t’ouvres un magazine musical, tu tombes sur des gamins de vingt ans habillés en The Kooples qui font une espèce de rock à papa ou une resucée d’électro et qui t’expliquent la bouche en cœur qu’ils ont découvert la musique en écoutant les disques de leurs parents. Ce sont des enfants idéaux. Quand tu les vois poser dans les magazines tout propres sur eux, sans débordements, tu te dis : "purée, la rébellion de la jeunesse elle est où ?" En tout cas, elle n'est certainement pas là !

 

 

Et la techno ?

Eric Débris : Quand ça a commencé au début des années 80, je trouvais ça formidable. Je viens plus ou moins du même truc et quand, entre 82 et 85, des mecs ont commencé à faire des disques avec des machines et un rythme, j’ai trouvé ça génial, même les premiers DJs, des mecs comme DJ Pierre, je trouvais leur boulot hyper-intéressant. Vers 89, quand tout le monde découvre la techno, je commence à trouver ça plus très intéressant. Déjà, parce que ça commence à vieillir sérieusement et que ne fait que se réinventer. Et le problème de ces courants artistiques est qu’ils se réinventent sur eux-mêmes. Ils sont souvent faits par des gens qui rejettent les autres genres musicaux et qui ne sont pas capables d’intégrer dedans des choses extérieures de manière intéressante. Et un des gros problèmes de la techno, de la house et de tous ces trucs là, c’est que ce n’est que de la musique. Il n’y a pas de texte, pas de contenu, il n’y a qu’une façade. C’est de la forme mais il n’y a pas de fond. C’est un vrai problème pour moi, même si je trouve qu’il y a des trucs intéressants.

 

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Ovidie : Pour ma part, essentiellement de la new wave et des groupes de pop synthétique. J’écoute plein de groupes à mèches qui font du synthé.

Eric Débris : Quand je ne réécoute pas l’intégrale de Captain Beefheart et des trucs du même acabit, j’écoute des chaînes de radio sur Internet, en général des américaines. J’essaie d’entendre de nouveaux trucs, éventuellement quelque chose qui me retournerait. De temps en temps, il y a des trucs pas mal mais tu trouves plus de choses intéressantes en écoutant un album de Beefheart qu’en essayant d’entendre de nouveaux trucs, c’est ça le problème.

 

Et quelles sont vos activités ces jours-ci ?

Eric Débris : Je fais du design de sites Internet pour gagner de l’argent. J’ai passé un gros paquet d’années sur le bouquin et je fais de la photo. Depuis 2007, je me suis remis à des activités graphiques et photographiques. En faisant de la photo, j’essaie de mélanger, la photo, la peinture et des trucs tridimensionnels pour aller plus loin. Je mixe aussi mais j’ai un peu arrêté parce que la plupart des endroits de Paris ont des problèmes de voisinage. Les sonos sont donc à des niveaux ridicules et je trouve chiant de mixer dans des lieux où je suis le seul à entendre la musique, ça ne sert à rien. Sinon, j’ai d’autres projets et s’ils évoluent positivement, tout le monde sera au courant.

 

Et quid d’un retour de Métal Urbain ?

Eric Débris : Il y en aura peut-être un si mes autres projets avancent dans le bon sens.

 

Et toi, Ovidie ?

Ovidie : Mon activité principale, c’est la réalisation. Je fais des docus. J’en ai fait un pour France 2 l’année dernière, et j’en tourne un en ce moment sur les nouveaux modèles féminins qui sont en train de se dessiner, c’est une enquête sur les adolescentes. Ce sera un 52’. Sinon je réalise des films à mi-chemin entre la comédie de mœurs et le film pornographique. Je viens d’en finir un sur l’amour communautaire qui s’appelle Liberté Sexuelle et qui passera sur Canal. Je continue à écrire, j’écris à peu près un livre par an. J’en ai sorti un il y a quatre mois en coauteur intitulé Sexe en Philo. Mon prochain sera consacré aux adolescentes, je l’écris en parallèle du documentaire.

 

 

Que penses-tu du milieu du X actuel ?

Ovidie : Pas grand-chose. Même si je suis périphérique à ce milieu, je n’ai plus énormément de contacts avec lui. J’ai des contacts parce que je travaille pour une chaîne d’éducation sexuelle de CanalSat et que je fais appel régulièrement à des acteurs et des actrices qui font partie de ce milieu à cette occasion. Je vois une espèce de turn-over, des actrices qui disparaissent sans même que j’aie le temps de les rencontrer… Je ne vois pas forcément d’un très bon œil l’évolution de la production globale. Je pense qu’Internet a tué le cinéma pornographique. J’en suis un peu désolée pour ce milieu mais je ne me sens pas concernée. Les films que je fais sont très explicites mais ils sont à la périphérie de la pornographie. Elle ne me concerne plus. Je suis très contente d’avoir fait ce que j’ai fait mais c’était une époque différente de la période actuelle, je dirais post-internet. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de films, il y a du matériel pornographique, c’est différent. Autrefois, c’était un genre. Un genre pourri mais un genre quand même. Maintenant, il a disparu au profit d’un matériel de branlette qui n’est quand même pas glorieux, plutôt sexiste, sans filet, sans protection. Il y a encore des cas de syphilis qui ont éclaté aux Etats-Unis, en Hongrie et en Tchéquie. Tout cela me fait penser à Boogie Nights, à la fin du cinéma pornographique des années 70, quand tout est parti à vau-l’eau avec l’arrivée de la vidéo. Là, avec l’arrivée d’Internet ça aussi été la fin de quelque chose. C’est un business moribond, les maisons de production mettent la clé sous la porte les unes après les autres. On est en train d’assister à la mort d’un milieu. C’est une mort économique, avec en parallèle une espèce de déclin moral.

 

Un déclin moral ?

Ovidie : A partir du moment où il n’y a plus de pognon, on en arrive à faire tout et n’importe quoi. Comme il n’y a plus de boulot et d’argent, les filles cèdent sur leurs conditions financières et sanitaires. Elles doivent parfois accepter des pratiques de plus en plus violentes qu’elles n’auraient pas acceptées il y a dix ans. Ce contexte économique crée une misère alors qu’à la base c’était un milieu où il y avait de la joie. A l’époque où je l’ai connu, dans les années 90, c’était un milieu encore assez joyeux. C’était un milieu avec des films de merde mais c’était un milieu joyeux, c’était rigolo. On tournait dans des navets mais on trouvait ça drôle alors que maintenant les filles ne rigolent plus et les mecs non plus d’ailleurs.

 

Bon. Pour finir, un bon hippie, c’est toujours un hippie mort ?

Eric Débris : Ben oui, de toute façon, ils sont morts depuis longtemps. Ce qui est incompréhensible, c’est que cette histoire continue de se régénérer. Normalement, elle aurait dû finir, il a été prouvé que le Peace and Love ne marchait pas !

 

Métal Urbain - Un Bon Hippie est un Hippie Mort

De Ovidie et Eric Débris.

Éd. Camion Blanc.

Anthologie 77-70

Métal Urbain

Box set 3 CD

 

 

Olivier RICHARD.