Tu as grandi à Cleveland, pourquoi avoir déménagé à New York?
K.i.D CuDi : Cleveland n'est pas une ville idéale pour faire carrière en tant qu'artiste. J'ai senti que c'était à New York qu'il fallait que je sois pour le business, pour rencontrer des gens... mais aussi parce que la liberté d'esprit qui règne à New York est unique. Disons que j'envisageais mon départ à New York comme une façon de grandir à la fois en tant qu'artiste et en tant que personne. Ca a été parfois dur d'être loin de chez moi, mais j'ai toujours ressenti l'impression d'être en mission, de devoir rester concentré, et donc je n'ai jamais vraiment souffert du déracinement. Je savais pourquoi j'étais ici.

Quel est le premier disque qui t'a bouleversé?
K.i.D CuDi : Gold Shuffled His Feet de Crash Test Dummies... J'étais en CM2 je crois. Ensuite, ce fut le premier album de Snoop, la façon dont il était construit me rendait fou. J'ai d'abord écouté du rap parce que mes frères et ma soeur en écoutaient, mais très vite, je me suis intéressé au rock. En fait, j'ai toujours écouté des styles de musique différents. Des groupes comme Pharcyde, A Tribe Called Quest et The Roots ont beaucoup influencé mon flow et mon son. Mais je dois aussi beaucoup aux Red Hot Chili Peppers que j'ai énormément écoutés, ou à Coldplay, qui m'a donné envie de composer des mélodies puissantes et une musique irréelle. Maintenant, j'aime aussi des artistes comme Ratatat, The Thrills, Kanye, Consequence, Will.I.am, John Legend, John Mayer, Timbaland...

Quand as-tu décidé de faire de la musique à un niveau professionnel?
K.i.D CuDi : Quand j'avais 15 ans. J'ai décidé que je voulais faire de la musique parce que je considérais qu'il n'y avait pas assez de jeunes rappeurs dans cette industrie. Le seul jeune rappeur qui faisait son truc était Lil Wayne. C'est en grande partie lui qui m'a inspiré à me lancer. C'était en 1999.

Ton rappeur préféré de tous les temps?
K.i.D CuDi : Snoop Dogg, parce qu'il s'est mué en un véritable artiste. Il peut faire des morceaux très différents, mais il reste Snoop malgré tout, et les gens respectent ça parce que, quoiqu'il fasse, il reste lui-même et reste fidèle à ce qu'il est. J'espère avoir une carrière aussi longue et couronnée d'autant de succès.

Comment as-tu rencontré A-Trak et Nick Catchdubs (les patrons du label Fool's Gold)?
K.i.D CuDi : J'ai d'abord rencontré Plain Pat (Patrick "Plain Pat" Reynolds, qui a notamment collaboré à l'album College Dropout de Kanye West en tant que directeur artistique ndlr) lors d'une réunion chez Def Jam en 2006. On est resté en contact et un jour, je lui ai demandé de devenir mon manager, ce qu'il a fait. C'est lui qui m'a fait rencontrer A-Trak, qui m'a lui-même ensuite présenté à Nick. Ils ont aimé ma musique et j'ai aimé leur façon de penser et d'agir. Signer chez Fool's Gold a été une démarche très vite évidente. Surtout que les autres labels que j'avais approchés étaient tous bien plus préoccupés par l'idée de vendre des ringtones plutôt que de signer des nouveaux artistes. Courir après des bouts de pain auprès de gens blindés de thunes ou signer chez un label indé plein d'idées et d'ambitions : le choix était vite vu.

Quelles sont selon toi les spécificités du label Fool's Gold?
K.i.D CuDi : La versatilité et l'énergie de chacun des artistes. On est tous différent mais lorsqu'on est ensemble, une unité se dégage : on a tous une grande énergie et une créativité incroyable. Je me suis toujours senti spécial, à part dans le monde du rap, et l'idée d'apporter ma touche personnelle à un label aussi original que Fool's Gold est une vraie motivation. Et puis A-Trak est un mec vraiment cool. C'est l'un des premiers DJs à avoir passé mon morceau Day N Night, en mars dernier, avant que je signe avec lui. Je venais tout juste de l'enregistrer, il l'avait jamais entendu, mais il l'a quand même joué à cette fête, devant Kanye West notamment, et ça m'a beaucoup aidé. C'est un morceau que j'ai écrit à une sale période de ma vie, j'étais pauvre, j'étais déprimé, j'arrivais pas à trouver de travail, et oui, ce morceau est déprimant… Mais c'est drôle comme les morceaux sur lesquels on ne se prend pas trop la tête finissent souvent par devenir les plus gros hits.

Tu as participé à la tournée Fool's Gold à travers tout le pays: un souvenir particulier?
K.i.D CuDi : Cette tournée était la première de ma vie, alors elle restera spéciale dans sa globalité. Mais je dois dire que quand j'ai slammé dans la foule au Roxy à Los Angeles, c'était dingue. J'avais toujours rêvé de faire ça (rires).

Tu dis que tu t'es toujours senti spécial dans le milieu rap. Est-ce quelque chose dont tu as toujours été fier ou quelque chose qui a été dur à accepter pendant un temps, sachant que le milieu du rap n'est plus forcément un milieu où la différence est particulièrement bien acceptée?
K.i.D CuDi : J'ai toujours été fier, j'ai toujours considéré ça comme une chance. Mais en même temps, j'ai toujours cherché à ce que mes disques me représentent parfaitement, ce qui a pu parfois se transformer en cauchemar. Je suis toujours un peu comme ça, mais pas autant qu'avant.

Day N Night a été récemment remixé par Crookers (aka les Justice Italiens). Comment les as-tu découverts?K.i.D CuDi : Grâce à A-Trak. Leur musique est vraiment mortelle. Je fais confiance à A-Trak en ce qui concerne les producteurs à choisir pour les remixes, donc je le laisse choisir. C'est donc comme ça que j'ai été présenté à Crookers. Ils vont produire des morceaux sur mon album, et je vais faire un featuring sur le leur, ça va être bien !

Est-ce que tu t'intéresses à la scène musicale européenne?
K.i.D CuDi : J'y connais pas grand chose, mais fréquenter A-Trak m'a aidé à ouvrir les yeux sur toute cette scène. J'aime M.I.A et j'ai entendu des trucs de Dizee Rascal récemment, c'était plutôt dope...

As-tu le sentiment que les Etats-Unis sont de plus en plus à l'écoute de l'Europe pour ce qui est de la musique?
K.i.D CuDi : Oui, parce que la musique est plus sincère et authentique en Europe, et que de manière générale, les gens sont de plus en plus à a recherche de sons différents dans des lieux différents.

Il paraît que tu voudrais devenir comédien, et que tu es quelqu'un de drôle : tu me racontes une blague?
K.i.D CuDi : Mmmmm... Oui... Mmmmm... (Rires)... Mais je suis pas doué quand il s'agit de raconter des blagues. Je suis plus pour le comique de situation, je sors des blagues sur le moment.

Il paraît aussi que tu bois pas mal : ta bière préférée?
K.i.D CuDi : Miller Genuine Draft quand je suis à Cleveland, mais va donc savoir pourquoi Bud Light quand je suis à New York.

Quel âge avais-tu quand tu as pris ta première cuite?
K.i.D CuDi : 16 ans je crois. J'ai réalisé à quel point je détestais vomir (rires).

Tu as sorti un EP il y a peu, pour quand es prévu ton album?
K.i.D CuDi : Ca fait un an environ que j'y travaille. Je pense qu'il va sortir en septembre sur Fool's Gold/Downtown. Tout ce que je peux dire, c'est: attendez-vous à l'inattendu. Vous allez adorer. Il s'appellera Man On The Moon.

++ www.myspace.com/kidcudi
 
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Par A.C // Photos: DR.