Ed Mount
Depuis quelques années, on pensait avoir fait une croix sur Futur, autrefois terre d’accueil de Disco Anti Napoleon ou de Pegase. On ignorait que, quelque part au sein de son catalogue, un illuminé du nom Thibault Chevallier, œuvrant pour le bien de l’humanité sous le pseudonyme Ed Mount, travaillait à un étrange rapprochement entre des influences disparates (pop, funk, house, R'n'B) et des mélodies qui autorisent l’hédonisme, toute la journée, les yeux ouverts et l’âme nomade.
À quoi ça ressemble ? : Comme chez Homeshake ou Toro Y Moi, autres musiciens spécialisés dans le groove outrageusement sexy, les mélodies d’Ed Mount brillent par leur fluidité et leur sensualité. Ce qui, vous l’aurez compris, n’est vraiment pas donné à tout le monde.
Potentiel de séduction : En plus d’avoir accompagné Erik Truffaz et d’avoir assuré la guitare pour Ricky Hollywood et Saint Michel, Ed Mount a désormais un EP à défendre : Space Cries. Et les cinq titres qu’il renferme sont suffisamment inventifs, méticuleux et imprévisibles pour séduire les foules. «The future can’t be wrong», dit l’un des morceaux, et il a amplement raison.

Dounia
Née dans le Queens, élevée au Maroc avant de revenir sur son lieu de naissance, Dounia est aujourd'hui une jeune New-Yorkaise (20 ans) qui a visiblement des choses à nous dire sur la vie : dans ses vidéos YouTube, suivies par plus de 13 000 abonnés, elle joue les activistes et parle d'égalité, d'intersectionnalité, de positivité ou de confiance en soi. À l’entendre, elle a surtout l’envie de chanter depuis toujours. De préférence du R'n'B sensuel, parfaitement laidback et voué à remettre au goût du jour les années 1990 – la grande tendance de l’époque, décidément.
À quoi ça ressemble ? : Le magazine Dazed en parle comme un croisement entre Ellie Goulding et Rihanna, et il y a quelque chose de vrai dans cette analyse. En cause : ce mélange de douceur et de sensualité qui donne l'impression d'entendre deux chansons qui cohabitent ensemble et s'aiment passionnément malgré toutes leurs différences.
Potentiel de séduction : Ses premiers morceaux sont sortis en indépendant, son premier album aussi (Intro To), mais Dounia a tellement de fans sur les réseaux que l’on ne s’inquiète pas une seconde quant à la résonance de son travail auprès de toute génération. On espère juste qu’elle n’imitera pas le destin de Camila Cabello….

Otha
Comme le FC Barcelone au croisement des années 2000 et 2010 (pardon pour les non Footix !), la Scandinavie semble être une incroyable réserve à talents ces dernières années. Othalie Husøy (aka Otha) en est certainement l'une des dernières pépites : «Hey all you girls and boys / Move your feet out to the open space», chante-t-elle sur son single, l'hypnotisant One Of The Girls, et on n'a rien trouvé de mieux à ajouter sur l'intérêt de cette musique. Si ce n’est qu’elle fait partie de celles qui rendent le monde meilleur autour de nous.
À quoi ça ressemble ? : À l’extase que l’on ressent en sortant d’un club à 6h du mat’, le soleil levant, des pensées hédonistes plein la tête.
Potentiel de séduction : Pour décrire One Of The Girls, Pitchfork évoque le What Is Love de Haddaway. C’est un peu réducteur (même si les percussions peuvent parfois le laisser penser), mais ce titre réunit en tout cas tout ce qu’il faut pour devenir culte. Et servir de bande-son à un sketch délirant des futurs Jim Carrey et Will Ferrell.

Supermusique
Des clips aux couleurs criardes, un look que l’on qualifiera d’alambiqué, une sensualité débridée et une pop aussi rétro que décomplexée : tout, dans l'univers de Supermusique, invite à assumer son goût du kitsch et tous ces moments estivaux passés autour d’un apéro à écouter tout ce que la scène française compte de chansons pop, légères et ensoleillées.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À Joe Dassin, et ce malgré la belle reprise de Et si tu n’existais pas.
Potentiel de séduction : Avec un nom pareil, les Français ne peuvent que composer de super-morceaux voués à devenir de super-hits repris par des super-gens dans de super-stades. Foutu culte de l’excellence !

Ross From Friends
Felix Clary Weatherall aime visiblement les références : comme prendre en tant que pseudo le prénom d’un des personnages principaux de Friends, quand bien même le mec n’a aucun lien avec la paléontologie et n’a foiré aucun mariage, ou composer un morceau nommé John Cage. Cette démarche n'aurait pu être qu'une vaste blague un peu foireuse, mais il faut croire que la house lo-fi du producteur anglais n'en finit plus de séduire. Depuis ses débuts, ses maxis ont tous été publiés par des labels respectés du gotha des musiques électroniques (Breaker Breaker, Lobster Theremin, Distant Hawaii ou Magicwire, la structure de Lone), tandis que son premier album (Family Portrait, inspiré par son père qui jouait à l’époque de la hi-NRG) est à paraître le 27 juillet chez Brainfeeder.
À quoi ça ne ressemble pas ? : Aux Rembrandts. Vous savez, ces quatre mecs qui n’ont composé qu’un seul bon morceau durant leur carrière (I'll Be There For You) et qui, manque de pot, est plus souvent connu comme le «générique de Friends» que comme «le tube imparable» des Rembrandts
Potentiel de séduction : 17%, comme le pourcentage d’Américains devant leur poste de télévision pour regarder le dernier épisode de Friends en 2004. Quand on sait que ça représente plus de 50 millions de spectateurs, on se dit que ça représente un sacré territoire à conquérir pour ce petit geek anglais.

Mattiel
Mattiel Brown est un pur produit de l'Amérique rurale, celle qui sent les vaches et les bottes de foin. Alors, forcément, son enfance réunit tous les stéréotypes du genre : petite, elle travaille dans la ferme de sa mère et reprend à la guitare les morceaux de Bob Dylan. Son destin semble tout tracé, mais l'Américaine se passionne pour l'art, notamment le graphisme, déménage à Atlanta pour apprendre le design et se lie d'amitié avec Randy Michael et Jonah Swilley, aux côtés de qui elle forme Mattiel et publie un premier album éponyme sur Burger Records en 2017. Un an plus tard, ce disque est réédité sur Heavenly Recordings, et c’est tant mieux : c’est qu’on n’a pas tous les jours l’occasion d’entendre une pop assez nostalgique pour nous captiver mais trop actuelle pour tomber dans la redite ou sentir la poussière.
À quoi ça ressemble ? : À ce folk-blues américain typiquement vintage. À la différence près, et elle n'est pas mince, qu'on ne le chante plus sur le dos d'un cheval comme il y a plusieurs décennies, mais bien au bord d'une décapotable en dévorant les routes désertes des différents États d'Amérique.
Potentiel de séduction : Elle se dit influencée aussi bien par Screamin’ Jay Hawkins et Donovan que par Bob Dylan, les Arctic Monkeys ou Jack White. Et franchement, à l'écoute de Count Your Blessings ou Whites Of Their Eyes, la jeune Mattiel Brown a tout pour tutoyer la réussite de ses modèles.

Kyle Dion
Kyle Dion n'a pas l'accent québécois, ne chante pas «sous le vent» et n'a pas pour mère une chanteuse de variété qui nous les brise sévère depuis plus de trente ans. Autant dire qu'il a tout pour nous plaire. Surtout que le mec, 24 ans et basé à Los Angeles, n'est pas un vulgaire chanteur. C'est un véritable crooner, un mec qui fait du R'n'B comme si chacun de ses morceaux était un moyen pour lui de faire fondre le petit cœur de ses nouvelles conquêtes.
À quoi ça ressemble ? : À un étonnant (et pourtant fantasmé) mariage entre le Prince funky de la fin des années 1970 et certains albums d'Usher (Confessions, en tête). Au dernier disque de Childish Gambino, diront donc certains ? En quelque sorte, oui !
Potentiel de séduction : Dans une interview à The Fader, Kyle Dion dit rêver que les gens se souviennent de sa voix comme ils se souviennent aujourd’hui de celle de Whitney Houston. Quatre ans après la sortie de sa première mixtape (Sixes N Sevens), l’Américain a en tout cas fait d’énormes progrès de ce point de vue là.

Cola Boyy
Matthew Urango, l'homme dernière l'entité Cola Boyy, vient d'Oxnard, le même coin que Madlib ou Anderson .Paak en Californie, et a donc grandi au sein d'un quartier aussi bien habité par des Blancs que par des Noirs et des Mexicains. Il fallait qu’un jour ce multiculturalisme finisse par ressurgir dans sa musique (puisque telle est la passion de ce saltimbanque). À 28 ans, c’est désormais chose faite : Have You Seen Her est de ces singles étranges, pas vraiment parfaits, mais dont la rythmique disco, à la fois rétro et moderne, fait tout pour imprégner les esprits dès la première écoute.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À Sébastien Tellier, Kavinsky, Tristesse Contemporaine, Turzi ou n’importe quel autre artiste de Record Makers, le label parisien que ce fan de Paul McCartney à la voix étrange (conséquente d’une maladie génétique) a rejoint en début d’année.
Potentiel de séduction : Son premier EP (Black Boogie Neon) ne paraîtra qu’en septembre, mais Cola Boyy, accompagné sur scène de Ricky Hollywood, s’apprête déjà à faire les premières parties européennes de MGMT. On lui souhaite la même réussite et les mêmes sessions enfumées en studio.

 Bumby
«Bumby invente de nouvelles formes, une nouvelle façon de penser la musique, pleine de douceur et de goodance». Ça, c'est Judah Warsky, auteur de trois albums parfaitement ficelés et claviériste de Turzi. Pas la dernière tanche survendue par un label, donc, et c'est tant mieux ! Ça ne fait que renforcer notre béguin pour le projet de Théophile Blanckaert, qui synthétise en un morceau de trois minutes et trente-quatre secondes (Ffwwuu) tout ce que l'on aime dans la folk : les orchestrations à la Brian Wilson, les triturations d'Animal Collective et la quête des grands espaces.
À quoi ça ressemble ? : À écouter les quelques vers de Ffwwuu («Un jour tu n'auras plus la parole / Tu pourras chanter, tu pourras danser / Ton heure est passée, apprends à voler»), qui surviennent quelques secondes avant l’apparition d’un saxophone, à de la New Age version 2018. Ce que les propos de Bumby dans le communiqué de presse viennent confirmer : «Je suis en connexion directe avec les vibrations acoustiques. La trance apprend à toucher la musique comme une matière, comme quand on nage dans l'océan».
Potentiel de séduction : Mixé par Perceval Carré (L'Impératrice, Isaac Delusion), son premier 5-titres devrait confirmer l'architecture sonore de ce premier single. Soit des morceaux rêveurs, planants, parfaits pour imaginer des pubs bio en sifflotant gaiement au sein d’une nature sauvage !

Johan Papaconstantino
Alors que les tauliers du «renouveau pop français» (Aline, Lescop, Granville, etc.) commencent sérieusement à empester la poussière, Johan Papaconstantino, qui trifouille ses textes et ses synthés depuis 2011, vient mettre les compteurs à zéro avec une musique romantique, insolite, instruite, précieuse, nuancée, plus que jamais ouverte sur le funk, l’Autotune et les musiques grecques et orientales. Pas pour rien, finalement, si son premier EP s’appelait Contre-jour.
À quoi ça ressemble ? : À rien de connu ! De mémoire, on n'a jamais entendu de pop française accompagnée d'un bouzouki (Pourquoi tu cries ??), voire un artiste (oui, parce que le mec est également peintre) capable de produire des sons parfois proches de ceux autrefois développés par des légendes grecques telles que Vangelis Perpiniadis ou Panos Gavalas.
Potentiel de séduction : Johan Papaconstantino prépare actuellement son nouvel EP (à paraître d'ici la fin d'année), et force est de constater qu'il est déjà très attendu. Du moins, par les journalistes (il faut bien avouer que les vues sur YouTube sont encore assez faibles), qui risquent fort de faire en sorte que ce jeune homme originaire de Marseille, et aujourd'hui basé à Paris, l’emporte à l’applaudimètre.