06h15 le SMS ce matin, c'est rude.
Guillaume Meurice :
Je devais signer mon livre dans une librairie près de chez mes parents dans l'Yonne. Avec la grève, pas de train et plus de voitures de location. J'ai dû aller à Orly pour louer une voiture. Donc levé hyper-tôt, et je me suis dit que j'allais répondre à tous mes textos en espérant que vous aviez tous laissé vos téléphones allumés. C'est la gauche, ça.

Tu nous avais caché ce talent d'écrivain ?
C'est l'occasion qui s'est présentée. J'ai rencontré plein d'éditeurs qui voulaient des recueil de chroniques. Ça ne m'intéresse pas. Cosme, je le connais depuis dix ans. Je savais qu'il avait cette révélation. C'est dur pour lui, parce que tu peux pas déposer un brevet en littérature. Sinon, perso, je n'ai pas d'ambition littéraire.

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Donc, c'est qui Cosme ?
C'est le régisseur d'un café-théâtre où je jouais. Un mec passionné d'échecs. Moi, j'y connais rien, mais ça me fascine. Et puis, il me dit qu'il écrit des sonnets. Et un jour, il me demande si je connais Voyelles, le poème de Rimbaud. J'avais un vague souvenir de l'école. Et là, il me dit : «Il y a un mystère vieux de 140 ans autour de ce poème et je l'ai percé». Donc là, évidemment, je suis un peu curieux. Et en plus, il me le révèle pas. Il me laisse chercher. En fait, j'ai écrit le livre sans avoir la clé. Il m'a tout révélé deux jours avant qu'on envoie tout à la maison d'édition. Moi, j'étais encore plus intéressé par les aventures de la vie de Cosme que par la découverte littéraire. Pourquoi ce n'est pas un agrégé de lettres qui a découvert ça ? Parce que la poésie appartient à tout le monde. C'est avant tout l'histoire d'un mec libre. Qui se crée ses propres contraintes.

Parce que le dernier chapitre qui révèle la clef... On dirait du Dan Brown.
C'est Cosme qui l'a écrit ce chapitre. On voulait trouver une forme originale, alors on a pensé écrire une lettre à Rimbaud directement. Normal. Ça peut paraître un manque d'humilité, mais Rimbaud avait 18 ans quand il écrit Voyelles et Oraison du soir qui portent le même mystère. Le mec a déjà sublimé la forme classique, il a tout compris à la poésie et avant de partir, il laisse deux mystères pour un siècle et demi. C'était un p'tit con. Il avait déjà tout fait.  

Aujourd'hui, on lui aurait répondu : si tu veux faire la Révolution, passe ton diplôme d'abord et gagne de l'argent pour te nourrir. 
Rimbaud, il aurait pissé à la gueule de Macron.

La forme du livre, avec ces paragraphes très courts, c'est surprenant.
Je me suis rendu compte en écrivant que je m'intéressais plus au rythme qu'à la construction. Ça doit venir, je pense, de la comédie. Le rythme est primordial en comédie. Et puis, je voulais que le livre soit accessible à tout le monde. Je ne voulais pas qu'on dise : «Un écrivain est né». Mais qu'un universitaire ou une caissière d'Auchan puisse y trouver un intérêt. En fait, c'est con et bateau de dire ça, mais j'ai vraiment écrit le livre que j'aimerais lire. Quand tu crées, il faut faire vraiment ce que tu es, comme ça tu peux recevoir les critiques. C'est juste une opinion différente. Quand tu prends mal une critique, c'est que t'as pas fait un travail honnête.

T'es un gros lecteur ?
J'aime les essais, la philo. Les romans m'emmerdent un peu. Je suis passionné par le réel. Beaucoup de biographies aussi.

Quels sont les livres qui t'ont marqué ?
Tout Albert Jacquard. T'as des bouquins qui mettent en forme ce que tu ressens, et c'est magnifique. Et puis, t'as ceux qui te font changer d'avis. Les livres de Jacquard sur la compétition m'ont ouvert les yeux. J'adore aussi Sylvain Tesson. Mais c'est du réel aussi. J'ai un truc dans mon cerveau un peu con - si l'on me dit que le livre de Tesson c'est de la fiction, je ne le lis même pas. Les gens disent qu'ils lisent pour s'évader, mais je n'ai pas ce besoin. Je ne me sens pas en prison dans la vie.

T'as des conseils de lecture pour l'été ? Pour sortir de Musso et Levy.
Il y a Manifeste vagabond de Blanche de Richemont. On dirait un peu du Tesson, d'ailleurs. J'ai aussi un essai sur la coopération dans la nature, ça à l'air bien. Il y a le livre de ma copine Clara Dupont-Monod. Et aussi, Comment ils nous ont volé le football de François Ruffin.

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Bon, on parle un peu politique. Macron qui justifie tout ce qu'il fait juste parce qu'il l'avait annoncé dans sa campagne, comme si la démocratie se jouait qu'une fois tous les cinq ans, t'en penses quoi ?
C'est pas la démocratie le problème, c'est la Vème République. On élit un roi tous les cinq ans. Les députés de la majorité que je rencontre ne sont pas des méchants, mais ils sont paumés. Macron, c'est un archétype de la Vème. J'en veux plus aux structures. Si l'on coupe la tête de Macron, ça ne changera rien. Son point faible, c'est qu'il est seul. Quand ton premier lieutenant, c'est Castaner, c'est que t'es vraiment seul. Mais je pense que l'Aquarius va marquer un tournant. Il a laissé crever des gens. Le Pen n'aurait pas fait pire. Elle n'aurait pas fait tirer sur le bateau. Quand Le Drian dit, à l'Assemblée, que le port le plus proche c'est l'Espagne, le mec fait du négationnisme géographique. C'est le Faurisson de la géographie. L'Aquarius est quand même passé à 7 km des côtes françaises. C'est dingue.

Tu crois que ça va vraiment marquer les gens ? Parce qu'on lui laisse tout passer à Macron. Il fait dix fois pire que Sarko en matière de libéralisme, et les gens ne disent rien.
Il bénéficie de l'idéologie ambiante. Il fait croire qu'il est pragmatique mais chaque décision est un choix de société.

Elle en est où la gauche ?
Il y a un coup à jouer avec la France Insoumise, mais il faut qu'ils passent à l'horizontalité en sortant de ce leadership charismatique. François Ruffin redonne de la noblesse à la politique, je trouve.


On a le droit d'appeler le président Manu selon toi ?
Oui, complètement. C'était ridicule ce truc. Il montre sa deuxième faiblesse : la vanité. Faut voir ça comme un symptôme. Mais je pense que ça doit être bien perçu par l'opinion publique. Ça montre aussi qu'il n'a pas trop d'humour. Sa meilleure blague c'est «Mais le Kwassa-Kwassa pêche peu, il amène du Comorien». Celle-là, même Michel Leeb ne l'aurait pas osée.

Et l'avenir de Radio France ?
Je ne veux pas faire de procès d'intention. Je n'aime pas trop qu'ils aient changé la matinale et que l'invité politique ne soit plus là à 08h55 face au comique. Nicole (Ferroni), elle en jouait souvent. Sinon, bon, notre directrice de l'info est l'ancienne rédactrice en chef de Jean-Pierre Pernaut. Bon... Nous, la question qu'on se pose, c'est de savoir si la dernière parole de gauche d'Inter, c'est pas celle des humoristes. Et est-ce qu'on n'est pas là juste pour servir de caution.

On dit souvent qu'il y a trop d'humoristes sur Inter. Alors que pour moi, Inter est le nouveau Canal. Et on ne disait pas ça à Canal.
Oui, mais nous, on est une chaîne publique. Si l'on avait un bon humoriste de droite, on le mettrait, mais j'en vois pas là, comme ça.

Si, t'as le duo qui fait les trucs sur les employés municipaux.
Ah oui, les Chevaliers du Fiel. Roh putain, mais ils sont sur France Bleu. Super, ça me fait un argument maintenant.

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Une dernière question, l'été arrive. C'est comment un barbecue de végétarien ?
C'est cool. Il y a de l'alcool, et l'alcool, c'est tout ce qui compte dans un barbecue.

++ Cosme, paru aux Éditions Flammarion, est disponible chez tous vos bons libraires.
++ Le Moment Meurice est à écouter chaque semaine sur France Inter, et pour consulter le site officiel de Guillaume, c'est par là.

Crédit photos : le compte Twitter de Guillaume Meurice.