Capture d’écran 2018-06-18 à 17.30.16Si aujourd'hui les stars de la pop se tirent dans les pattes comme des candidats de télé-réalité ou se clashent ouvertement comme des piliers de bar, il fut un temps où les légendes s'entraidaient. Les connaisseurs savent que les séances pour le White Album en 1968 furent particulièrement difficiles pour les quatre fantastiques de Liverpool, pleines de tensions et de batailles d'ego, mais ils sont rares parmi le grand public à savoir la vérité : sans l'intervention d'un autre rockeur, les Beatles n'auraient peut-être pas pu terminer ce disque mythique, ou du moins il ne serait pas le même. Cela paraît impensable mais oui, ils ont laissé un autre jouer de la guitare sur une de leur composition. Et pas n'importe qui puisque c'est Eric Clapton qui a débloqué le schmilblick. En effet, les Beatles galéraient salement pour finir la chanson While My Guitar Gently Weeps. Cela faisait plus d'un mois que George Harrison pataugeait, 44 tentatives avaient été enregistrées. Alors que les autres allaient laisser tomber l'affaire, Harrison convainquit Clapton de se ramener au studio. Si ce dernier n'osait pas faire une telle ingérence dans l'oeuvre des liverpuldiens, devant l'insistance de son ami, il s'exécuta. Seule consigne : il fallait que cela évoque quelqu'un qui sanglote et qui hurle. Sur sa gratte surnommée Lucy (le monsieur est un sentimental), il joua alors ce vibrato descendant de la main gauche. Pour donner un son plus beatlesien, son solo fut passé à l'ADT (Automatic Double Tracking), technique d'enregistrement où l'on copie la piste avec un léger décalage afin de donner plus d'ampleur et une impression de tremblement. Puisque Clapton était sous contrat avec une maison de disque concurrente et que cela écornait un chouïa la légende, la participation de l'ancien artilleur en chef de Cream ne sera reconnue que dans les années 80. Voici la version originale du "Slowhand God" avec uniquement la guitare :

Voilà la version figurant sur l'album :

Il joua même la chanson avec Mc Cartney pour le premier anniversaire de la mort de George Harrison. Quel bon copain.