rusalochka
Il fut un temps où le monde de l'animation était absolument dominé par le bloc de l'Est. Entre grosso modo les années 50 à 70, personne ne se posait la question : le déjà-mastodonte Disney mis à part, l'art de l'animation était — quasi-exclusivement — un truc de Soviétiques. Les plus grands chefs-d'oeuvres d'inventivité, de sensibilité, de poésie et d'innovations visuelles étaient avant tout russes, tchécoslovaques et yougoslaves, et, chose bien trop rare aujourd'hui, produits par des studios d'animation à l'avant garde à la fois technique et artistique de leur temps. Ainsi, c'est en farfouillant sur l'excellente page Soviet Visuals que nous sommes tombés sur cet extrait d'un film totalement "passé sous le radar" : La Petite Sirène (Rusalochka), d'Ivan Aksenchuk, produit par le studio Soyuzmultfilm. Et d'ailleurs, pour en savoir plus sur ce studio qui a marqué l'Europe des années 30 à 80, n'hésitez pas à aller voir ici ce qu'il en est dit.


Ainsi dans Rusalochka, tous les ingrédients de l'animation soviétique sont présents : graphisme original et travaillé (le Prince semble tout droit sorti d'un jeu de cartes), dans la plus pure tradition de l'illustration russe (voir Ivan Bilibine et ses illustrations du tournant du siècle, par exemple) mais ne négligeant pas une certaine modernité "à l'occidentale", notamment dans les expressions des visages, techniques innovantes (prises de vues réelles et dessin), bande-son orchestrale irréprochable et résultat au charme envoûtant. Et évidemment zéro happy end — conformément au conte original d'Andersen. Faudrait pas non plus oublier que l'âme russe est un torrent de souffrance pleuré par un destin aveugle, hein. Bref : court-métrage d'une petite trentaine de minutes, nous ne résistons pas à vous présenter ci-dessous sa version intégrale (dans une qualité presque miraculeuse pour une pellicule de 1968) que nous avons pu pêcher sur YouTube.
Отли́чно провести́ вре́мя