Ça se binge : Nu
En 2026, tous à poil au sein d’une France rassemblée sous la bannière « Liberté, Egalité, Nudité » ! Ça vous paraît absurde ? C’est pourtant le concept défendu par la série Nu, créée par Oliver Fox (déjà scénariste d'Engrenages et d’Avocats & associés) et présentée en compétition à Séries Mania à Lille en mai dernier. L’idée : mettre en scène une France où un homme et une femme tentent d'élucider le meurtre étrange d'un homme retrouvé vêtu. Le pitch est digne d’un sketch des Nuls, le format est aussi court que celui d’une sitcom (22 minutes), mais Nu est une série d’anticipation tout ce qu’il y a de plus sérieux. Dès le début de la série, on est d'ailleurs soumis au même choc que celui ressenti par Frank Fish, plongé dans le coma depuis huit ans et aussi surpris que nous de constater que la France de 2026 est régie par la loi Transparence, instaurée afin de lutter contre les incivilités et la criminalité et imposant à tous les habitants de vivre nu. Le résultat est parfois bancal, pas toujours très drôle et suffisamment rythmé pour convaincre les plus impatients, mais Nu propose assez de réflexions (sur notre rapport au corps, sur la démocratie, sur l’environnement - on ne mange pas de viande dans cette société – et sur la santé) pour séduire.

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Certains (les plus obsédés, probablement) diront sans doute que tous ces corps dénudés et tous ces sexes à l’air œuvrent déjà grandement en faveur de cette opération séduction, mais la force de Nu, c’est de ne jamais sexualiser le corps humain. Ni de mettre mal à l’aise le téléspectateur (bon, c’est un peu le cas au début, mais ça finit par passer). L'idée est nettement plus simple : donner vie à une dramédie parfaitement loufoque, parfois bouleversante et toujours parsemée de jolies trouvailles scénaristiques. Une série couillue donc, diffusée par OCS (Irresponsable, Les Grands) et intelligemment portée à l'écran par Alain Bouzigues (Caméra Café), Anne-Elisabeth Blateau (Scènes de ménages) ou Sébastien Barrio, un ancien acteur porno.

WTF : une appli pour apprendre le klingon
En téléchargeant Duolingo, on savait déjà que l'on pouvait apprendre le haut valyrien (parlé par les ancêtres de Daenerys dans Game of Thrones). Histoire de sympathiser toujours plus avec tout un tas de geeks et d’aller à la pêche au 06 lors du prochain Comic Con, l'application propose désormais de se mettre au niveau en klingon, cette langue parlée par le peuple du même nom dans Star Trek. Un simple gadget de passionnés ? Plutôt un joli coup de com' alors que Star Trek : Discovery a débarqué il y a quelques semaines sur Netflix.

Le trailer qui fait le buzz : Nightflyers

Pourquoi ? Parce qu'il s'agit ici de l'adaptation en série de la nouvelle éponyme de George R.R. Martin (Le Volcryn, en VF), parce que c'est produit par l'une des chaînes américaines les plus à même de promouvoir de la S.-F. (Syfy, déjà à l'origine de Battlestar Galactica et The Expanse) et parce que le showrunner Jeff Buhler en parle comme d’un « Shining dans l’espace » ou d'un « Alien avec un fantôme ».

L’autre trailer qui le buzz (mais uniquement en France) : Coin-Coin et les Z’inhumains
« C’est quoi ce bordel, Carpentier ? » Tout simplement la seconde saison de P'tit Quinquin, diffusée il y a presque quatre ans sur Arte.

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L’interview du mois : Kevin Conroy
Le mec n'est pas aussi célèbre que Christian Bale, Ben Affleck ou Michael Keaton, mais il est probablement celui qui a le plus traumatisé les fans de Batman. Depuis le début des années 1990, Kevin Conroy est en effet la voix du Chevalier Noir. À son actif : La Ligue des justiciers : Action, le film d’animation Batman et Harley Quinn, la saga vidéoludique des studios Rocksteady ou encore l'essentielle Batman, la série animée, diffusée de 1992 à 1995. Dans cette série, tout était parfait : le générique de Danny Elfman défonçait, les intrigues étaient impeccables, les audiences également et la critique suivait (quatre Emmy Awards, tout de même !). Alors, pourquoi un arrêt soudain après seulement 85 épisodes ? Lors du MCM Comic Con de Londres, Kevin Conroy a tenu à le préciser : « Ce ne sont pas les audiences ou la fin des contrats des acteurs qui ont entraîné l’arrêt du show. Ils ont tout stoppé parce que les créateurs étaient à court d’idées pour l’histoire. Ils ne voulaient pas compromettre la qualité de leur série en se mettant à écrire des intrigues débiles ». Dommage, mais respectable.

OSEF : les séries les plus populaires en France
Personnellement, on s'en fiche un peu, mais on sait aussi que l'info peut intéresser, alors on fait notre job. Voilà l'idée : l'entreprise néo-zélandaise Parrot Analytics recense chaque année la popularité des séries et autres contenus audiovisuels selon les pays, et vient de dévoiler sa liste des programmes les plus suivis en France ces dernières semaines. Toutes catégories confondues, The Walking Dead arrive en tête, suivi de près par Vikings, Touche pas à mon poste, Game of Thrones, The 100, La Casa de Papel et Peaky Blinders. Notons que, malgré la longue liste d’excellentes séries sur Netflix, Marseille arrive à se classer sixième parmi les programmes les plus regardés dans nos contrées sur la plateforme de streaming. Inutile de dire qu’on en est fiers.

La couverture qui fait jalouser les Américains : Gonzaï
Soit une cover story de la série imaginée par Larry David (on en parle ci-dessous) et Jerry Seinfeld, celle qui, vingt ans après son dernier épisode (diffusé le 14 mai 1998), continue de faire fantasmer les sériephiles et de ridiculiser les meilleures vannes de The Big Bang Theory ou autre sitcoms diffusées sur NRJ 12. Et tout ça, avec un « show sur rien ».

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Larry David, un emmerdeur exceptionnel
Si un génie de la trempe de Ricky Gervais (The Office) voit en Curb Your Enthusiasm, où les comédiens ont toute liberté d’improviser, un show qui « a changé la comédie à jamais », ce n'est pas sans raison. C'est en grande partie parce que la série, inspirée d’un mockumentary (documentaire parodique en VF, ndlr) daté de 1999, réalisé à la manière des super-8 familiaux et porté par une B.O. inspirée du cirque italien, est à l'image de son créateur, Larry David, un rentier richissime (Seinfeld, qu’il a co-créé, lui aurait rapporté 250 millions de dollars), désagréable, visiblement inadapté aux interactions sociales, mais terriblement créatif et drôle. Son avis sur les porteurs de perruques est devenu légendaire : « On devrait les tuer. Je suis surpris qu'Hitler n'ait pas tué les porteurs de perruques. Je veux dire : si j'étais mégalo et que je déportais des gens que je déteste, ils seraient sur ma liste. » Celui sur les femmes au foyer l’est tout autant : « Vous pouvez appeler ça votre argent, mais pour être précis, c’est lui qui travaille et ramène l’argent. C’est juste un fait, il s’agit de savoir d’où vient l’argent. »

En vrai, Larry David s’autorise tous les sujets. Dans la neuvième saison de Curb Your Enthusiasm, qui s’est achevée il y a quelques semaines, on le voit tenter de fuir une fatwa, se faire expulser d’un cours de yoga parce qu’il refuse de dire « Namasté » (« Je sais déjà comment je vais me sentir en le disant, je vais me sentir stupide ») ou s’embrouiller avec un chauffeur Uber roumain après avoir critiqué les femmes de son pays (« Étant originaire d'un pays pour le moins rebutant, vous avez vu trop de gens moches pour être objectif »). À force, les situations désagréables dans lesquelles il finit inévitablement par tomber pourraient agacer (la saison 2 de Platane, qui reprend les codes de Curb Your Enthusiasm, le prouve très bien), mais Larry David a cette faculté à rendre chaque situation comique, à accaparer toute l'attention et à emmerder son entourage sans jamais lasser. Ceux qui ont vu Whatever Works de Woody Allen savent pertinemment que l’Américain excelle dans ce genre de rôles. Ceux qui regardent le Saturday Night Live, où il incarnait Bernie Sanders durant la dernière campagne présidentielle américaine, savent qu’il aime l’humour grinçant, comme lorsqu'il balance une blague sur les camps de concentration - visiblement pas du goût de tout le monde... Ceux, enfin, qui ont l’occasion de lire Rolling Stone savent à quel point Larry David admire le personnage qu’il incarne dans Curb Your Enthuasiasm, le considérant comme son héros, l'homme qu'il aurait rêvé d'être.

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Depuis qu'il s’est fait un nom dans le stand-up au mitan des années 1970, l'Américain, qui également été chauffeur de limousine et vendeur de soutiens-gorge, a pourtant la belle vie : outre Seinfeld, Curb Your Enthusiasm et divers rôles dans les films de Woody Allen, le mec a également fait des apparitions dans Entourage ou Hannah Montana (pour faire plaisir à sa fille), écrit et joué pour Friday, une émission satirique d’ABC au début des années 1980, mis en scène la pièce Fish In The Dark à Broadway et produit/écrit Clear History, une comédie au casting clinquant (Kate Hudson, Michael Keaton, Eva Mendes, lui-même) diffusée sur HBO en 2013. Mais on comprend son raisonnement. Car oui, autant être honnête, on aimerait tous être un peu ce que Larry David incarne dans sa série : un homme à l’allure nonchalante et à la veste aussi large que ses névroses, qui n'a pas peur de tourner le dos à la bienséance, un vieil homme (70 ans, dans la neuvième saison) qui se sert d’une handicapée pour doubler dans une file d’attente ou de la mort de sa mère pour échapper à ses obligations sociales, un « social assassin », comme le surnomme son meilleur ami, qui se balade systématiquement avec un verre en soirée pour ne pas avoir à serrer les mains et qui va jusqu’à insulter des enfants après qu’ils lui offrent une citronnade visiblement imbuvable. En agissant ainsi, on passerait certes son temps à s’embrouiller, mais plus aucun sujet ne serait tabou – pas pour rien, finalement, si, en juillet 2017, Vice expliquait en quoi Curb Your Enthusiasm constituait un guide de survie au sein de notre époque.

L'instant drama : une ode à la femme à la bûche
On vous en parlait justement ici.

Le son du mois : C.R.E.AM., dans Westworld.
Ça se passe dans la saison 2 de Westworld, au sein de l'épisode Akane No Mai, pour être plus précis. On y entend alors le célèbre C.R.E.AM. du Wu-Tang revisité par le compositeur attitré de la série, Ramin Djawadi, et tout un tas d’instruments à cordes.

Le prequel à redécouvrir : The Corner
En France, tout le monde commence à prendre conscience de l’importance de The Wire (dont on fête les dix ans, rappelons-le !) dans le paysage audiovisuel mondial, et c'est une bonne chose. Ce que l'on sait moins (le simple fait d'en connaître l'existence ne compte évidemment pas), c'est que The Wire n'aurait probablement jamais vu le jour sans The Corner, mini-série de six épisodes écrite par David Simon et David Mills pour HBO en 2000. Deux ans avant sa série phare, David Simon, ancien journaliste ayant passé une bonne partie des années 1990 à explorer et documenter les rues de Baltimore, choisissait donc d'adapter à l'écran le livre du même nom, écrit en 1997 aux côtés de son compère Ed Burns. Avec réussite, tant The Corner (où l'on retrouve déjà Clarke Peters, aka Lester Freamon dans The Wire) impressionne par son approche journalistique et pose les bases de The Wire en plongeant au cœur de l'un des quartiers les plus chauds de Baltimore, fauché par la pauvreté, le deal et les toxicomanes.

Ici, l'on suit notamment la descente aux enfers des différents membres d’une famille, les McCulloughs - le père Gary, la mère Fran et leur fils aîné de 16 ans, DeAndre. Ce ne sont pas les seuls ; le quartier lui-même semble au bord du chaos, mais tous ces personnages permettent à David Simon et ses comparses de pointer du doigt l'un des maux qui plombent Baltimore depuis plusieurs décennies : le trafic de drogue et la désocialisation qu'il engendre. « Va-t-on gagner la guerre contre la drogue ? », se demande le réalisateur dans l'un des épisodes. Ce à quoi l'officier Brown répond, sans trémolos dans la voix : « No comment ». Dans The Wire, la réponse à cette question se fera nettement plus subtile, réfléchie, nuancée et approfondie, mais The Corner reste un meilleur moyen d’en apprendre plus sur la déchéance d’une ville que n’importe quel reportage télévisé.

La websérie du mois : Le Bien Chasser
On ne parle pas assez de série animée ici, et c'est un tort. On se rattrape donc avec Le Bien Chasser, produite par France Télévisions et Studio 4, avec Pierre-Emmanuel Barré comme principale guest-star pour assurer l’une des voix, et un pitch que les producteurs résument ainsi : « La chasse, c'est pô que de la violence, du sang et des boyaux, c'est aussi une communion avec la nature, un art de vivre et des belles rencontres. C'est pour ça qu'on a ouvert notre club. Dedans, y'a les plus fines gâchettes de la région ! Et une buvette...Nous, on est tous des passionnés ! C'est simple, on chasse tout le temps ! On chasse à pied, avec les chiens, les copains, en bagnole... Des fois, on chasse même à la pêche, ou à la maison... C'est à chaque fois de l'action et de l'émotion. En un mot, pour nous la chasse ça se pratique pas, ça se vit ! » De préférence, en décuvant, en rotant et en n’ayant aucun tabou, visiblement.

La photo qui rend nostalgique :
Oui, ça ne fait qu’un an que l’on a dit au revoir aux héros de The Leftovers, mais peut-on réellement se remettre d’une série aussi prodigieuse ?

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