Tanukichan
En France, et même un peu partout dans le monde, l’EP Radiolove sorti en 2016 était passé relativement inaperçu. En gros, le rythme des sorties est tel que l’on n’a plus le temps de se pencher sur des singles qui ne font rien pour amener un peu d’originalité et s’attirer les faveurs du public. Tant pis pour nous. Tant mieux pour Toro Y Moi, qui a depuis signé Hannah Van Loon (aka Tanukichan) sur son label (Company Records) et s’apprête à publier son premier long format (à paraître le 13 juillet). Au passage, l'Américaine, originaire de la Bay Area, en a profité pour en balancer le premier extrait (Lazy Love), typiquement le genre de titre qui maltraite la mélodie au larsen et semble prêt à ravir les fans de shoegaze, ces gens étranges habillés en noir, l’air maussade avec les yeux dans la mèche - et surtout pas l'inverse !
À quoi ça ressemble ? Lush, Slowdive, Ride : toutes ces formations cultes ont fini par se reformer ces dernières années. Certaines avec plus ou moins de réussite. Mais était-ce vraiment essentiel quand des artistes comme Tanukichan débarquent avec leur fraîcheur et une ambition similaire (en gros, interpréter des chansons subtilement écrites et négligemment exécutées) ?
Potentiel de séduction : Produit par Toro Y Moi, le premier album (Sunday) s’entend comme la promesse d’un autre rock, bâti sur un chaos improvisé, sur les décombres et les cendres du vieux monde : c’est terrifiant autant qu’exaltant, et c’est parfait pour un dimanche passé au sein parc un jour d’été, en montant le son bien fort pour emmerder ceux qui jouent au diabolo les pieds nus.

Peggy Gou
Après des études à Londres et des débuts en production sur le label Rekids, cette Coréenne basée à Berlin a publié trois EP's (dont un sur Phonica White et un autre sur Technicolour) et divers projets ça et là. Avec à chaque fois, un savoir-faire mélodique évident : à l’image de son dernier single, It Makes You Forget (Itgehane), où elle affirme ses goûts (la house des années 90, les musiques africaines ou encore la techno de Marcel Dettmann) et son chant, qui refuse de choisir entre le coréen et l’anglais.
À quoi ça ressemble ? La musique de Peggy Gou semble se résumer en une dualité : trouver un juste compromis entre les traditions de la musique électronique (Détroit, les percussions syncopées de Masters At Work) et la modernité d’une démarche singulière. Pour faire simple, on dira donc que la productrice ressemble aux musiciens les plus fascinants de notre époque, ceux qui ne s’approprient les codes du passé que pour mieux définir de nouveaux horizons pour les années à venir.
Potentiel de séduction : Les médias l'adorent (Resident Advisor, Mixmag, Guardian...), des monstres sacrés s'enthousiasment à son sujet (Moodyman, The Black Madonna) et des festivals la programment de plus en plus (les spectateurs des dernières Nuits Sonores, s’en souviennent probablement). On peut donc légitimement penser que Peggy Gou a toutes les chances de devenir l’une des nouvelles icônes de la scène électronique internationale.

Kah-Lo
En 2016, on découvrait Kah-Lo aux côtés de Riton le temps d'un Rinse and Repeat
 imparable, parfait pour aller se frotter à des corps étrangers dans des soirées estivales. Grâce à cette collaboration, la Nigériane a été nommée aux Grammy Awards et s'est donc offert un joli coup de pub. Mérité quand on écoute ses différents morceaux qui incitent aussi bien à la danse qu’à la transe.
À quoi ça ressemble ? À ce qu’aurait pu être la discographie d’Azealia Banks si elle avait su s’ouvrir plus clairement à d’autres cultures, et si elle avait continué à bien s’entourer pour assurer les productions.
Potentiel de séduction : Auto-surnommée «the monotone rap princess», Kah-Lo est aujourd’hui une star au Nigéria. Dans le reste du monde, il y a encore du chemin à accomplir, mais avec des chansons aussi fatalement sexuelles et festives que Betta Riddim, Rinse and Repeat et Fasta, on ne se fait pas trop de souci pour elle.

MorMor
En un single, MorMor s’est d’ores et déjà imposé comme l’un des grands espoirs de la scène de Toronto telle qu’elle brille ces dernières années, très fort, au point d’éclipser tout ce qui se fait à côté. Seth Nyquist est d’ailleurs proche de BadBadNotGood ou Charlotte Day Wilson, et semble lui aussi près à traverser les frontières avec Heaven’s Only Wishful, qu’il a écrit, composé, produit, et qu’il a visiblement souhaité comme un hybride entre une balade soul, des riffs piochés dans l’indie-rock national et une synth-pop moderne.
À quoi ça ressemble ? On l’a dit, le Canadien vient à peine de publier ses premiers singles (le deuxième étant Whatever Comes To Mind). Laissons-lui donc la chance de se faire un nom avant de le rattacher à celui d’autres artistes plus établis.
Potentiel de séduction : Le site Pigeons and Planes est formel : Heaven's Only Wishful est l'«excitante introduction d'un artiste qui ne ressemble en rien à ses pairs». Et c'est vrai : quand on entend la diversité de la scène Toronto, mais aussi ce songwriting fragile propre à MorMor, on ne s'étonne pas que les pontes de l'entertainment mondial viennent en meute chasser les producteurs/artistes locaux.

Yuno
Originaire de Jacksonville, Floride, Yuno vient de signer chez Sub Pop sous les conseils du leader de Shabazz Palaces, Ishmael Butler, et ce n’est pas rien. Ça dit au contraire tout le talent du bonhomme, véritable control freak (auteur, compositeur, interprète, producteur et clippeur) et visiblement amoureux des mélodies pop ensoleillées. Avec ses «la la la la» répétés en boucle, Not Going Back est en tout cas de ces singles qui rendent les jours plus cools.
À quoi ça ne ressemble pas ? Au catalogue de Sub Pop qui, s’il s’est ouvert au hip-hop et à d’autres artistes moins nerveux ces dernières années, reste mythique pour sa défense d’un rock à grosses guitares, joué tête basse.
Potentiel de séduction : Que les fanatiques du Sub Pop original se rassurent : si Yuno continue d'écriture des tubes de la trempe de Not Going Back, il va vite être courtisé par les majors américaines. Pas sûr qu'il y soit très réceptif, en revanche.

Boy Pablo
Un peu à l’image de ce qu’il se passe dans le hip-hop, une nouvelle génération d’indie-rockeurs est en train d’émerger et, avec nonchalance, je-m’en-foutisme et brio, de demander aux anciens de dégager gentiment. Mac DeMarco est pour beaucoup dans cette tendance, et il n’est donc pas étonnant de voir tout un tas de jeunes artistes marcher dans ses pas. Boy Pablo, par exemple : lui aussi a le look faussement négligé, les guitares surf noyées dans la réverb' et les mélodies qui transpirent les années lycées, le rock slacker ou l'envie de chiller au bord de la plage, les pieds dans le sable. Un pur fantasme, forcément, quand on a 19 ans et que l’on vient de Norvège.
À quoi ça ressemble ? Dans le son, à Mac DeMarco, donc. Mais dans l'attitude, Boy Pablo fait clairement penser à Rex Orange County ou à Cosmo Pyke. En gros, à cette jeunesse brillante, mélancolique et hyper-précoce – là, on parle quand même d’un gars qui a déjà joué en première partie d’Anna Of The North, de Beach Fossils et devant la famille royale norvégienne.
Potentiel de séduction : Presque huit millions de vues pour Everytime en un an, 1,5 millions pour Losing You en deux mois. Si l'on se fie aux chiffres, aucun doute, Boy Pablo est prêt à humilier un tas de grandes figures de l’indie-rock mondiale. L’album, actuellement en préparation, devrait terminer d’achever la concurrence.  

Mortalcombat
Quand deux membres du groupe belge Italian Boyfriend (Sarah et César, également passé par BRNS) s'échappent en duo et revisitent la pop française, option Elli & Jacno, ça donne Mortalcombat. Mais aussi un premier EP,
Vacances en France, qui fait illico de ces musiciens, visiblement passionnés d’amour décadents et d’envolées synthétiques, deux jeunes gens indéniablement modernes.
À quoi ça ressemble ? Au-delà d’Elli & Jacno, les Belges disent s’inspirer également de Metronomy et Air. Il y a en effet ce côté atmosphérique et ensoleillé dans les mélodies de ce premier EP. Et particulièrement sur Instrumental, seul morceau dénué de voix.
Potentiel de séduction : Mortalcombat s’apprête à partir en tournée avec Girls In Hawaii, et c’est une bonne nouvelle : pas seulement parce que Sarah et César risquent d’apporter un peu de lumière et de bonheur aux spectateurs (comme ça, juste histoire de contrebalancer avec la mélancolie presque maladive de leur compagnon de route), mais aussi parce que ces concerts devraient leur permettre de toucher un public plus large.

La Luz
Il y a trois ans, leur second album
Weirdo Shrine était produit par Ty Segall, une information visiblement assez importante pour exciter le petit monde de l'indie music. Aujourd'hui, les quatre Californiennes reviennent avec leur surf pop et semblent bien décidées à ne pas cacher les morceaux de Floating Features derrière un casting clinquant. Pas question également de se revendiquer de l’étiquette/cliché girl band. Ce que sont Shana Cleveland et sa bande ? Quatre jeunes filles d’Amérique prêtent à soigner leur spleen à la lumière du soleil et à faire danser les rockeurs en leur tirant dans les jambes.
À quoi ça ressemble ? À une bonne vieille B.O. de Quentin Tarantino, avec tout ce que cela contient d’ambiances rétro, de guitares vintages, de riffs nerveux et de refrains aussi sexy que glaçants.
Potentiel de séduction : Si des titres comme Cicada ou Mean Dream tombent entre les oreilles de Tarantino ou de David Lynch, justement, c'est le jackpot. En attendant, La Luz risque d'être confiné aux circuits underground. Ce qui n'est pas forcément un mal.

Supernaive
Supernaive, c’est une certaine idée des musiques électroniques à la française. Soit l'association de deux frères parisiens, Lucas et Baptiste, inspirés par la culture japonaise, le monde de la nuit et les ambiances industrielles. À l’instar de nombreux producteurs, diront les peine-à-jouir, mais tout ici est envisagé selon une grammaire musicale singulière, où chaque note semble avoir le temps de s’exprimer, où le goût de la radicalité et du raffinement guide chaque composition.
À quoi ça ressemble ? La musique de Supernaive, comme son nom ne l’indique pas, est super consciente : du poids de l’Histoire, mais aussi des innovations stylistiques entreprises ces dernières décennies par différents producteurs. Sur le nouvel EP Lions & Pigs, on entend ainsi ce qui fait le charme des disques de Tycho, Ryuichi Sakamoto et Jon Hopkins : des mélodies planantes, bourrées d’idées, et tout un tas d’atmosphères moites, presque poisseuses.
Potentiel de séduction : Soyons honnêtes un instant : Supernaive n’a que très peu de chances de toucher un large public, trop organique, trop tranchant, trop brutal. Mais il a le potentiel nécessaire pour devenir autre chose qu’une simple curiosité.

La Chica
Avec un nom pareil, on s’attendait (de manière stéréotypée, on l’avoue) à une disciple disciplinée de toutes ces formations latines qui débarquent en France pour investir le Top 50 et les boîtes de nuit une fois l’été arrivé. Mais la route que suit La Chica est nettement plus surprenante. On l'a entendu collaborer avec Agoria, on l’a vue aux côtés de Rone le temps d'un live sur Radio Nova et on l’a découverte avec un premier EP nommé Oasis. Aujourd'hui, elle revient avec Drink, lancé en éclaireur d'un premier album prévu d'ici la fin de l'année et parfait mélange entre ses origines françaises et vénézuéliennes.
À quoi ça ne ressemble pas ? À tous ces artistes et tous ces tubes aux influences latinos qui caracolent en tête des sites de streaming ces derniers mois. Ici, aucune trace de Camila Cabello ou, plus fort encore, de Kali Uchis. À l’entendre, La Chica est de toute façon trop occupée à célébrer la vie en honorant les morts ou à chercher l’état de transe à travers l’alcool et les tambours pour s’occuper de ce qu’il se passe au sein de la pop mondiale.
Potentiel de séduction : Si certaines personnes de votre entourage sont incapables de dodeliner des hanches à l’écoute de Drink, éloignez-vous-en : ces gens sont potentiellement dangereux.