Prix du WTF : Diamantino, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Semaine de la Critique)
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Diamantino est la star de l’équipe de Portugal de football, grâce à un don particulièrement unique : quand il est sur le terrain, il voit des chiens géants qui lui indiquent le chemin du but. Mais un jour, après avoir aperçu une barque de migrants depuis son yacht, Diamantino perd subitement son pouvoir et rate un penalty en finale de Coupe du Monde. Pour redonner un sens à sa vie, il adopte un petit garçon, réfugié mozambicain, sans savoir que celui-ci est en réalité une femme agent secret déguisée, infiltrée pour enquêter sur des soupçons de fraude fiscale. Ceci n’est qu’une partie de l’intrigue complètement pétée de ce film portugais, l’un des films les plus drôles vus à Cannes cette année. L’acteur Carloto Cotta, vu précédemment chez Miguel Gomes, brille dans ce rôle d’ersatz de Cristiano Ronaldo, très attachant mais incroyablement stupide. Le film a obtenu le Grand Prix de la Semaine de la Critique, récompense suprême de la catégorie, et c’est bien normal.

Grand prix du troll : Le Livre d’Image, de Jean-Luc Godard (Compétition officielle)
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Ça fait déjà quelques années que Jean-Luc Godard ne cherche plus à être compris par ses spectateurs. On pourrait même croire qu’il s’est fixé l’objectif inverse. Après Adieu au langage en 2014, Le Livre d’Image est un nouveau collage cinématographique, où le cinéaste phare de la Nouvelle Vague juxtapose et superpose des images d’archives, extraits de films, textes lus ou écrits, voix entremêlées, formant un corpus audiovisuel dont on a bien du mal à trouver la cohérence... Pour ne rien arranger, Godard semble prendre un malin plaisir à saturer les images, les montrer à l’envers, dans le mauvais ratio, interrompre les séquences sans crier gare, jouer sur la stéréo, la réverbération, le volume, comme s’il cherchait à infliger au spectateur la plus désagréable expérience possible. Avec Le Livre d’Image, il est devenu presque impossible de parodier Godard, tant cela paraît désormais compliqué de surpasser ses dernières réalisations sur le terrain du foutage de gueule.

Prix Apocalypse Now du film de guerre bien bien sec : Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux (Quinzaine des réalisateurs)
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On avait quitté Guillaume Nicloux filmant Gérard Depardieu perdu dans la forêt (The End), le revoilà à Cannes avec un film de vengeance sur fond de guerre d’Indochine. Robert Tassen (Gaspard Ulliel) a vu sous ses yeux son frère et sa belle-soeur atrocement massacrés par Vo Binh, lieutenant de Ho Chi Minh. Depuis, il ne pense plus qu’à se venger. C’est le début d’un voyage particulièrement âpre au coeur de la guerre, dans lequel Nicloux n’hésite pas à tout montrer, frontalement : amputations, corps mutilés, ensanglantés et démembrés rassemblés en tas, morsures de serpents mortelles et sangsues de bites. Au cœur de l’horreur, Robert tombe amoureux d’une prostituée (Lang Khê Tran) et rencontre un gros type un peu bizarre (Gérard Depardieu) dont on peine à déceler les intentions. L’occasion pour Depardieu de déclarer, au détour d’une conversation, avec le naturel dont il est coutumier : «C’était pas ma guerre», ce qui est, en soi, une raison suffisante de voir le film.

Palme du LOL : Le Grand Bain, de Gilles Lellouche (Hors compétition)
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On se demandait un peu ce que Gilles Lellouche venait faire en sélection, entre Jafar Panahi et Pawel Pawlikowski, et puis finalement, on se dit que l’histoire de cette bande de mecs dépressifs noyant leurs soucis dans la pratique de la natation synchronisée est aussi, dans son genre, une proposition de cinéma singulière. Et il faut bien le dire, c’est hilarant. Quinze ans après son premier et unique film, Narco, Lellouche fait preuve d’un sens du rythme et de la mise en scène particulièrement aiguisés, et parvient à tirer le meilleur de la spécificité de chacun de ses acteurs - en particulier d’un Philippe Katerine rayonnant, dans un rôle d’ahuri volubile qui lui convient à merveille. Le film contient son lot de séquences d’anthologie, comme une magnifique scène de braquage où nos héros tentent de dérober des maillots de bain au Décathlon en mode Ocean’s Eleven, ou une séquence finale de natation sur du Phil Collins qui nous foutrait presque des frissons.

Prix du nihilisme : The House that Jack built, de Lars von Trier (Hors compétition)
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Avec Lars von Trier, on n’est jamais déçu. Sept ans après avoir été banni du Festival suite à ses blagues vaseuses sur Hitler, le réalisateur danois a obtenu le droit de revenir avec un nouveau film, la confession d’un serial killer (Matt Dillon) racontant cinq «incidents» ayant émaillé sa carrière de meurtrier, sous la forme d’un dialogue avec un mystérieux individu nommé Verge (Bruno Ganz). Entre deux descriptions de meurtres particulièrement répugnants et montrés dans toute leur crudité, le psychopathe livre ses réflexions philosophiques sur l’Art, la vie, la mort et les nazis. Difficile de ne pas reconnaître le cinéaste dans son protagoniste, dont il s’amuse à illustrer les propos avec un enthousiasme complaisant, allant jusqu’à utiliser des extraits de ses propres films. Après deux heures de promenade dans ce cerveau malade, Lars von Trier, dans un dénouement dantesque, finit par dévoiler la nature profonde de son héros, médiocre créature humaine, aussi insignifiante que toutes celles qui ont vécu avant lui. Pas de doute, Lars von Trier est toujours en dépression, et continue à en tirer des films. C’est peut-être le meilleur traitement possible.