IMG Larry Clark15 % de Kids :
Peut-être pas la partie la plus importante du film tant par sa place dans le récit que sa conclusion, la trame sur Wendy et ses amis lubriques tient plus des photos crades de Larry Clark sur l’adolescence et ses affres que d’un teenage movie basique. Les dialogues crus sur la bite, le regard des autres, le mal-être intérieur... Kids affrontait déjà 20 ans plus tôt ces questions sur la place de la jeunesse dans une réalité carnassière. On y suivait le temps d’une journée Telly, un skateur ignorant sa séropositivité dont la passion était de dépuceler les vierges. En parallèle, Jennie, l’une de ses victimes, allait tout faire pour le retrouver avant qu’il ne contamine quelqu’un d’autre. Dustin Guy Defa ne va pas jusqu’à inclure le sida dans les tourments de Wendy mais Tavi Gevinson partage bien plus avec Chloé Sevigny qu’une simple couleur de cheveux.

IMG Copyright Salzgeber & Co. Medien GmbH10% de Brooklyn Village :
Ce qui transparait demeure aussi le ton doux amer que le cinéaste arrive à faire ressortir de New-York. Je ne sais pas pourquoi pour beaucoup de cinéastes cette ville est le plus souvent victime de mélancolie et de regrets. Celui qui l’a retranscrit d’une des manières les plus froides et cliniques reste Ira Sachs avec Brooklyn Village. Il y narre l’amitié impossible entre Jake et Tony, deux garçons dont les familles se déchirent : celle de Jake vient d’hériter d’une boutique où la famille de Tony est locataire mais cette dernière refuse de payer un loyer plus élevé. Le quotidien y est, le quartier existe mais les relations humaines semblent brisées. D’une manière plus claire et moins désespérée, cette même thématique se retrouve éparpillée un peu partout dans Manhattan Stories à travers des scénettes sur un meurtre non résolu et l’incommunicabilité d’un disquaire à la chemise ridicule.

IMG Copyright MFA Filmdistribution10 % de Frances Ha :
Des copycats de Manhattan, il en a eu. Beaucoup, beaucoup, beaucoup trop. Sans talent, sans saveur, sans ambition. Mettre du noir et blanc sur des dialogues écrits par un étudiant en lettres modernes ne fait pas tout. Du mouvement mumblecore, il ne reste rien aujourd’hui, à part une poignée de seconds rôles oubliables dans les comédies ricaines. Rien, sauf Greta Gerwig, l'une des meilleures actrices actuelles. Coqueluche du cinéma indé, elle explose en 2013 dans Frances Ha, qu’elle coécrit avec Noah Baumbach, y jouant une dilettante qui veut devenir chorégraphe. C’est peut-être ça qui différencie un copycat d’un «film sous influence» : l’interprète. Frances Ha est l’incarnation de la légèreté-même de la vie new-yorkaise, insouciante et pleine de rêves. Au-delà de Manhattan Stories, elle irrigue en fantôme tous ces personnages perdus qui déambulent dans Central Park à la recherche d’un sens à leur vie, qu’ils soient jeunes, vieux, mélomanes, pigistes ou horlogers.

IMG Copyright HBO40 % de Bored to Death :
Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un film mais d’une série HBO. Une petite pépite qui gagne une aura culte. Mais comme «ce n’est pas de la télé», vous nous pardonnerez. Un écrivain fumeur de joints alcoolique connaît une rupture qui le pousse à devenir détective privé. Épaulé par ses amis Georges et Ray, il va résoudre des enquêtes pleines de coke, de weed, de mafia, de putes et de mecs à poil. Tout ça sans quitter Brooklyn ! Un trio magique porte ce gros délire en la personne de Jason Schwartzman, Ted Danson et Zach Galifianakis, qui transforment des délires de stoners en grand art. Le lien avec le film ? Cette espèce d’enquête journalistique menée par une stagiaire gauche et son mentor pathétique qui traîne autour d’éléments chelous : une montre, un horloger et une riche veuve. De là à dire que Manhattan Stories a du Big Lebowski dans son code génétique, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas.

25 % d’High Fidelity :
Pour finir, là on se dirige vers Chicago. Petite infidélité à la ville de New-York, qui se compense très vite par le parallèle évident avec la scène de Manhattan Stories où le disquaire poursuit un escroc dans un dédale de vinyles. Le classique de Stephen Frears suivait Rob Gordon, disquaire au cœur brisé philosophant sur la musique pop et sa vie entre deux saillies de ses vendeurs débiles et de ses relations foireuses. Mentions spéciales à Jack Black et à l'une des meilleures B.O. de tous les temps. Un film où l’on apprend entre autre que l’autobiographie Cash by Johnny Cash est le seul livre qui mérite d’être lu. Même si l’intrigue ne se passe pas à New-York, on y retrouve ce personnage bardé de complexes similaires à Benny : un grand adolescent qui cherche l’amour. Indispensable pour tous ceux qui ne supportent pas le Stevie Wonder des années 80.

++ Manhattan Stories est en salle depuis aujourd'hui.

Crédit images : HBO, Larry Clark, Magnolia Pictures, MFA Filmdistribution, Salzgeber & Co. Medien GmbH.