Est-ce que vous rêvez souvent ? 
Philippe Katerine : Oh oui ! Surtout éveillé d’ailleurs. En fait j’ai des moments d’absence…. Et je dois dire qu’il m’arrive de m’absenter très régulièrement. Tout en étant là, bien entendu !
Barbara Carlotti : Moi, je rêve énormément la nuit. Parfois trois, voire quatre rêves par nuit. Dans la journée, ça m’arrive aussi. Je pratique pas mal le rêve éveillé en fait, parce qu’il faut être un peu efficace sur le sujet. Donc dès que j’ai un petit moment de pause, j’en profite ! 

Et Barbara, quel est votre rêve récurent ? 
Je rêve énormément que je vole, évidemment. Mais sinon, je rêve aussi très souvent que les femmes ont des petits pénis. Ça a d’ailleurs donné lieu à une chanson dans mon dernier album : Phénomène composite. Je pense que c’est un songe d’égalité homme-femme, un rêve qui tend à rétablir la vérité sur le sexe féminin. Car en effet, le clitoris est un petit pénis.

Et vous Philippe ? 
Bon, je tiens à préciser que je rêve la nuit aussi, qu’on ne se méprenne pas. En ce moment, je rêve beaucoup de transports… De transports de fonds, même.  Alors je dois transporter en voiture des trésors que je dois mener à bon port. Bon, je suppose que c’est dû à mon activité de…

De trésorier ? 
(Rires) Oh non, de papa plutôt ! Je transporte mes petits trésors, mes tout petits trésors, et je dois faire très attention, c’est important.

Et j’ai également lu que vous rêviez fréquemment de basket, est-ce toujours le cas ? 
Oh oui, souvent. Je fais des rêves de matchs… Je refais le match, finalement ! J’ai pratiqué beaucoup de basket à une époque et je revis mes anciennes parties dans mes rêves.

Barbara 5_ (c) Elodie Daguin

Et votre pire cauchemar à tous les deux ?
Barbara Carlotti : J’avais un cauchemar récurrent, qui était assez terrifiant. Je rêvais que j’étais en train de dormir, des présences entraient dans la pièce, s’approchaient de moi, elles posaient leurs mains sur moi et là je me réveillais. Sauf que comme je rêvais que j’étais en train de dormir, j’avais toujours la sensation que c’était réel et que ces présences étaient véritablement dans la même pièce que moi. D’ailleurs, à plusieurs reprises, même éveillée, je voyais de véritables formes aux allures de fantômes. Pendant longtemps, j’ai ainsi cru que les esprits existaient - et puis j’ai écrit la chanson Vampyr et je n’ai plus jamais vu ces formes, ni fait ces cauchemars.
Philippe Katerine : Moi, ce sont des cauchemars très sonores, en ce qui me concerne. Je suis enfermé dans des amplis sur scènes. C’est tout bonnement insupportable. 

Et c’était quoi vos rêves d’enfants ?
Philippe Katerine : Voler, comme Barbara. Voler tout seul dans le ciel, pendant que le reste du monde reste cloué au sol…
Barbara Carlotti : …Oh, je viens de me souvenir que j’ai rêvé que je volais en compagnie de Jean Rochefort au Festival de Cannes. On était à une terrasse de café tous les deux et tout d’un coup, on s’est envolés au dessus des marches, vêtus de nos tenues les plus sublimes. 

Vous avez collaboré plusieurs fois ensemble. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Barbara Carlotti : On s’est rencontrés à Mythos pour un spectacle et on a fait une partie de baby-foot ensemble. C’était sur mon tout premier album, donc il y a bien 12 ans…
Philippe Katerine : … Oui, et on a tout de suite joué... (il marque une pause et attend que je finisse sa phrase, ndlr)

...De la musique ? 
Oh non, du baby-foot ! (Rires)

Avez-vous déjà fait un rêve avec l’autre ?
Barbara Carlotti  : 
Moi, je rêve régulièrement de Philippe, oui. (À cet instant, nous avons perdu Philippe Katerine, sûrement en phase de rêve éveillé et je n’ose pas l’interrompre pour lui répéter ma question, ndlr)

D’ailleurs vous êtes plutôt petit ou gros dormeur ? La norme pour un adulte, c’est entre sept et huit heures de sommeil. Mais c'est douze heures pour Céline Dion, alors vous voyez, ça varie. 
Philippe Katerine : (À l’évocation du nom Céline Dion, je retrouve Katerine et son attention, ndlr) Ah bon ? Douze heures pour Céline ? J’aimerais faire comme elle, dis donc. Parce que moi, c’est plutôt huit heures en général. En plus, le 8, c’est mon chiffre favori. 
Barbara Carlotti : Moi, j’ai besoin de neuf heures de sommeil minimum et j’aime me coucher pas trop tard.

Barbara, pouvez-vous m’en dire plus sur la conception de Magnétique en phase de sommeil paradoxal ? 
C’est un album que j’ai composé entièrement à partir de mes rêves. Je me suis enfermée dans une maison en Bretagne pendant un mois et toutes les nuits, je me réveillais toutes les 90 minutes et je notais ce qu’il se passait dans mon sommeil paradoxal. De ces réveils je retirais des mélodies, des scénarios, des paroles… Et le lendemain matin, je prenais toute cette matière et j’ai construit mon album autour. 

Et c’est quoi la Dream Machine
C’est une machine qui permet de faire des rêves éveillés de façon plus intense, créée par Brion Gysin. C’est un cône percé de trous, avec une ampoule à l’intérieur posée sur une platine disque qui tourne. L’idée c’est de la regarder les yeux fermés, les lumières baissent l’activité électrique du cerveau et on se retrouve dans un léger état d’hypnose qui provoque des visions cinétiques, notamment. 

Est-ce que ça ressemble à un trip sous psychotropes ?
Oui, complètement. C’est une machine qui a été inventée en pleine époque de la Beat Generation par Brion Gysin donc, et qui était un grand copain de William S. Burroughs. Pour eux, cette machine, c’était une autre manière d’accéder au trip, mais sans drogues. Je la conseille d’ailleurs à tout ceux qui souhaitent se désintoxiquer….(elle se tourne vers Katerine, ndlr)
Philippe Katerine : Mais, enfin, pourquoi est-ce que tu me regardes ? (Rires)

D’ailleurs Philippe, «faire du Vélib la nuit sous ecstasy»,  ça vous empêche pas un peu de rêver ? 
Barbara Carlotti : Bien au contraire, si je puis me permettre ! (Rires)
Philippe Katerine : Tout à fait ! Il y a rien de mieux que le Vélib la nuit sous ecstasy, croyez-moi.

On se retrouve ici en studio pour le tournage de votre prochain clip ; à ce sujet, vous arrive-t-il de rêver de l’univers visuel de vos morceaux ? Je pense notamment à Voir les étoiles tomber.
Barbara Carlotti : Non, j’ai plutôt fait des rêves de concert. Notamment moi sur scène avec Patti Smith qui chantons des chansons italiennes ! (Rires) Il y avait même un guitariste incroyable qui faisait un solo complètement dingue et qui terminait en éclatant sa guitare…
Philippe Katerine : … Eh bien, j’espère que tu as pris son adresse ! Moi, ça m’est arrivé bien des fois de rêver des mes clips. Oui, oui, bien des fois. Par exemple Juif Arabes , qui se passe donc, si je me souviens bien, dans une boîte de nuit avec des danseurs à demi-nus. Et pour cette occasion, j’étais moi-même vêtu en évêque. C’était mon rêve tel quel, exactement ce que l’on voit à l’écran.

Bon et dernière question : c’est quoi une interview rêvée pour vous ?
Philippe Katerine : Celle-ci ! Mais enfin c’est évident. Oh oui, celle-ci. 
Barbarra Carlotti : Mais quel dragueur, mon dieu... (Rires)
Phillippe Katerine : Mais si, c’est super comme interview. D’ailleurs, mes interviews favorites sont bel et bien celles qui se font dans le chambranle d’une porte. (En effet, pour des raisons d’insonorisation sur le plateau de tournage et d’envie de fumer, notre interview s’est faite entre le trottoir et la porte d’entrée du studio - le rêve, quoi.)

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++ Magnétique, le nouvel album de Barbara Carlotti est disponible sur Deezer et Spotify.