Pablo Escobar ne laissait personne le critiquer. En tant que grand frère, avais-tu ce privilège ?
Roberto Escobar : Pablo écoutait toujours les autres. Quand quelqu’un disait quelque chose, il y réfléchissait et prenait sa décision instantanément. Je ne me souviens pas avoir critiqué mon frère plus qu’il n’est raisonnable de le faire. Je n’ai jamais eu de passe-droit vis-à-vis de lui en tant que grand frère. Je respectais Pablo, je le respecte toujours, il me respectait et me respecte toujours. C’est ce que la fratrie signifie.

Tu désapprouvais au départ les magouilles de ton petit frère. Tu as pourtant fini par t’associer avec lui, pourquoi ?
Pablo avait besoin de mon aide, et en tant que frère, je la lui ai bien entendu offert.

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Comment as-tu perdu ton œil droit en prison ? As-tu fini par démasquer ton bourreau ?
J’étais à la messe, comme tous les samedis matin. Nous étions tous extrêmement tristes, on ressassait des souvenirs de Pablo, deux semaines après sa mort. La messe était célébrée par l’aumônier de la prison de haute-sécurité Bellavista. Une fois la cérémonie terminée, le prêtre est venu me réconforter. Il m’a ensuite raconté que le jour où Pablo est mort, il avait acheté un billet de tombola pour une moto. Il avait demandé à mon frère de l'aider à la remporter. «J'ai gagné ce vélo, Roberto. Grâce à ma foi en ton frère», m'a-t-il dit. Nous étions en train d'avoir cette discussion, lorsqu'un gardien m’appela pour me prévenir qu’un colis venait d'arriver pour moi. C’était une grande enveloppe en manille qu’un lieutenant de l’INPEC (l’Institut National des Pénitenciers et des Prisons, ndlr) avait laissée pour moi sur la table. Pour des raisons de sécurité, je n’avais pas l’habitude d’ouvrir mon courrier moi-même. Je payais quelqu’un pour le faire à ma place. Mais ce jour-là, c’était différent.

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Je suis entré dans la petite cellule de deux mètres sur deux et je me suis assis à côté de l’agent pour signer le registre du courrier, comme la procédure l’exigeait. Comme il s’agissait d’une enveloppe en manille avec un gros timbre, ça n’a pas éveillé les soupçons de la prison. En plus, ce jour-là, j’attendais des documents juridiques. Je pensais donc les trouver à l’intérieur. Le paquet pesait lourd, je le tenais des deux mains. En ouvrant un coin de l'enveloppe, j’ai aperçu une étrange couleur verte à l'intérieur, ce qui m'a immédiatement fait hésiter. Je me suis levé, j'ai tenu le paquet avec ma main droite pour retirer une partie de l’emballage intérieur. J’ai remarqué un petit fil qui sortait d'un sac, et là, j’ai compris que c'était une bombe. Je n'ai pas eu le temps de réagir. Je voulais courir vers la porte et la jeter dans la cour, mais il était déjà trop tard. Ça a explosé. Moi, deux gardes, et les chaises avons été projeté au plafond. J’ai eu l'impression de transpercer le toit avec ma tête. Je suis retombé sur le sol presque comme en slow motion. À ce jour, on ne sait toujours pas qui a envoyé la bombe.

Qu’as-tu accompli depuis ta sortie de prison en 2004 ?
Je suis occupé. J’aide les gens, j’essaie de protéger notre héritage.

Escobar Inc., ça consiste en quoi ?
Moi et Pablo avons fondé Escobar Inc. en 1984 comme une société globale pour défendre nos intérêts. Pablo voulait protéger son image et l’héritage de la famille Escobar. Après sa mort, et pendant mon incarcération, la société était en stand-by… Puis, en 2014, j’ai engagé Olof Gustafsson, un homme d’affaires suédois, en tant que PDG. Depuis qu’il bosse pour moi, on a obtenu des milliers de deals de licensing et de droits d’auteurs de par le monde, et nous avons pu lancer notre propre crypto-monnaie. Le but est de protéger notre nom et de faire de l’argent. Comme n’importe quelle entreprise.

Que réclames-tu à Netflix et à quel stade en est la procédure?
Nous réclamons un milliard de dollars instantanément de leur part. Plus 10% d'intérêt par an, c'est donc déjà plus de 1,3 milliards que nous revendiquons. Ils ont gagné plus de 10 milliards grâce à notre série (Narcos, ndlr). Nos avocats américains peuvent le prouver et c'est la raison pour laquelle Netflix a les jetons.

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Il fut un temps où Pablo se distinguait avant tout par son art de la fête…
Ses soirées étaient comme celles d’Hollywood, si ce n’est mieux. Les meilleurs chanteurs de Colombie et même de toute l’Amérique du Sud s’y produisaient. Les plus belles femmes, les lauréates de concours de beauté étaient là. Des hommes d’affaires. Des artistes. Et, systématiquement, des gens avec qui Pablo avait bossé. Pour les hommes politiques, c’était l’endroit idéal pour recueillir des fonds pour leur campagne. Mais à cette époque, la véritable nature du business de Pablo était encore cachée et il était perçu par tous comme un investisseur immobilier à succès.

Je te laisse le dernier mot :
Je voudrais te parler d'un gros problème. De nos jours, les gens achètent ces crypto-monnaies comme les Bitcoins et autres. Or le Bitcoin est une arnaque de la CIA. Le gouvernement américain a créé cette monnaie. Le gouvernement américain ne vous dira pas qu'ils en sont responsables. Vous savez pourquoi ? Parce qu'ils veulent que vous continuiez à l'utiliser. Ils veulent que vous l’utilisiez pour tracer toutes vos données. Vos achats de Bitcoins, et ce que vous en faites ensuite.

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Ma monnaie en revanche n’est pas traçable. Plus ou moins la même technologie que le Bitcoin, mais avec moi aux manettes. Bitcoin a été créé par les Americanos, et nous en avons la preuve. Par des as de l’informatique, les mêmes que le gouvernement américain emprisonne habituellement. Pourquoi pensez-vous que les grandes banques d'investissement achètent seulement des Bitcoins ? Parce que le Bitcoin a été créé par le gouvernement américain pour que le blanchiment d'argent puisse être facilité - et pour qui ? Peut-être pour les gens qui ont de l'argent à blanchir. Qui donc ? Les gens de Wall Street.  Les autres crypto-monnaies, elles, sont des escroqueries d’anonymes. Je suis la première personne ayant fait autant d’argent, 200 milliards de dollars, facilement, en fondant ma propre devise numérique. C'est l’avenir. Je travaille dur pour faire du Dietbitcoin (DDX) une monnaie d'avenir pour le peuple. J'ai déjà vendu des millions de DDX et les gens devraient en acheter avant qu’il n’en reste plus et qu’ils ne le regrettent.

++ Les livres de Roberto Escobar, Pablo Escobar's Dietbitcoin et The Accountant's Story : Inside The Violent World Of The Medellin Cartel sont disponibles en e-book et en print.

Crédit photos : Escobar Inc.