ExtratonevigVous nous faites bien marrer avec votre revival gabber en vous trémoussant frénétiquement comme si on était à l'âge d'or des soirées Thunderdome. C'est dépassé tout ça, bien trop lent. Si vous voulez vraiment une expérience radicale pour vos cerveaux en manque de sensations fortes, mettez vous à l'Extratone. Ce genre, c'est le sommet de la chaîne darwinienne de l'évolution électronique. Au commencement, il y avait le hardcore, puis vint le speedcore qui repoussa les limites de la résistance des rotules des excités du bocal dans le milieu des années 90 mais commença à diviser la communauté. Enfin, Dj Einrich arriva en prophète et balança des morceaux à 3600 BPM. Pour lui, c'était la vitesse idéale, tellement rapide qu'elle en arrête le temps et propulse l'auditeur dans une dimension parallèle. L'Extratone, mélange de ''extrahieren'' (extraire) et ''tone'' (note), était né. 

L'Extratone, c'est la modernité qui s'emballe jusqu'à l'absurde, jusqu'au bug final de l'an 2000 qui devait nous emporter tous. La B.O de l'Apocalypse en somme. Sauf que le bug a seulement déréglé quelques horloges et tout le monde a repris docilement le chemin du bureau. Mais des artistes, tels des Templiers transmettant leurs savoirs ésotériques, ont continué à passer le flambeau allumé par Einrich. Aujourd'hui, on peut compter les labels Shitwank Records et Sonic Belligeranza ainsi que les DJ Ricardo Balli et Ralph Brown comme les gardiens de l'Extratone. 

extratoneComme cette magnifique pochette d'une compilation Shitwank nous le montre, l'humour et la décontraction sont de mise chez les artistes Extratone.  Une réaction à l'esthétique agressive de nombre de crew hardcore. En revanche, la course vers la vitesse de la lumière est toujours là, en témoignent les nombreuses vidéos sur Youtube du genre où le chiffre du tempo est annoncé avant même le titre de la chanson, tel un chrono en athlétisme. Clairement, on est dans une conception de la musique comme une performance. 

Les tracks dépassent toutes les 1000 BPM et poussent toujours plus loin. Injustice totale, il semblerait que ce soit toujours le morceau de Moby (oui, oui, le petit chauve vegan pote de Mylène Farmer), Thousand, qui est répertorié dans le Guinness Book des records comme la production la plus rapide du monde avec 1015 BPM en 1993. Petit joueur.

En live, on hésite entre dénoncer une imposture totale, se rouler en boule face à tant de sauvagerie ou à reconnaître le génie de la démarche, sorte de Metal  Machine Music de Lou Reed sous ecsta. A vous de juger.