Anna Burch
Passée par le folk-rock avec Frontier Ruckus et le shoegaze avec Failed Flowers, Anna Burch s’affirme désormais en solo et confirme que l’efficacité mélodique n’empêche pas la subtilité d’écriture, ni que les éclaircies lumineuses ne repoussent la mélancolie. Depuis le Michigan, l'Américaine débite sur fond d'indie-rock 90's des histoires toutes simples : comme le fait d'attendre son dealer de drogue (Asking 4 a Friend) ou de tomber amoureuse dans une nouvelle ville.

À quoi ça ne ressemble pas ? : Sorti chez les excellents Heavenly Recordings, son premier album a été produit par Collin Dupuis, que les plus attentifs aux crédits ont déjà remarqué du côté de Lana Del Rey, des Black Keys et d’Angel Olsen. On pourrait donc s’attendre à ce qu’Anna Burch pioche dans les mêmes atmosphères, mais c’est davantage à Liz Phair et Alvvays que l’on pense à l’écoute de 2 Cool 2 Care et With You Every Day, véritable petit bijou pop qui, placé en ultime position au tracklisting, évite à Quit The Curse de trop s’essouffler en bout de course.

Potentiel de séduction : Dans une interview à Noisey, Anna Burch dit ne pas vouloir être la-fille-qui-chante-à-propos-des-garçons. Pari réussi : Quit The Curse est tout simplement un éclatant album d’indie-rock, à écouter en boucle, que l’on soit en couple ou en train de ruminer sa récente rupture sous la couette.

Bodega
En attendant l'album (Endless Scroll, à paraître cet été), Bodega n'a pour le moment publié qu'un single. Mais quel single ! How Did This Happen!? est de ces titres joués jusqu’au bout des ongles (amochés par tant de sauvagerie, forcément) et habités par une certaine idée, turbulente, dangereuse et flamboyante du rock à guitares aiguisées.

À quoi ça ressemble ? : Chapeauté par Austin Brown (Parquet Courts), Bodega ne pouvait finalement ressembler à rien d’autre qu’à l'un de ces groupes new-yorkais habités par le punk, l’urgence et un sentiment de révolte propre à la scène rock de la ville. «This machine killed the dream of the 60's, this machine, oh it's just a guitar...», entonnent-ils sur How Did This Happen!?, et on ne sait pas vraiment quoi rajouter de plus pertinent.

Potentiel de séduction : En ajoutant à ces références un sens de l'efficacité mélodique à la LCD Soundsystem, ces cinq New-Yorkais se donnent toutes les chances de se faire entendre à une plus large échelle. Leur prochain passage au Great Escape Festival à Brighton pourrait même servir de rampe de lancement en Europe.

Michael Seyer
«Je suis un gamin qui enregistre de la musique de merde dans ma chambre». Voilà comment Michael Seyer, 22 ans, se définit sur son Bandcamp, et ce n’est qu’en partie vrai : oui, le Californien écrit ses morceaux depuis sa chambre, ou depuis un dortoir à Long Beach, mais ils sont loin d’être aussi merdiques qu’il le prétend. Une preuve ? On en a même deux : le fait que Tyler, The Creator le suit sur les réseaux, mais également Lucky Love, le genre de morceau qui donne envie de remonter le temps, de débarquer dans les années 1950 et d’entamer un slow avec la plus belle fille de l’école lors du bal de promo.

À quoi ça ne ressemble pas ? : À Queen, aux Who, aux Beatles ou à tous ces groupes de rock que son père écoutait en boucle. Là, on est plus sur un mélange des genres, entre la soul des fifties, le R'n'B des années 2000 et l'indie-pop la plus langoureuse.

Potentiel de séduction : On parle ici d'un multi-instrumentiste (seule la batterie lui échappe pour le moment) biberonné au hip-hop, d'un mec qui publie tout un tas de conneries sur Twitter, qui méprise l'enseignement de la musique à l'école, qui sublime à chacune de ses compositions l'art du DIY et qui vient de sortir le sublime Bad Bonez. Pour Michael Seyer, tous les feux sont donc au vert, comme on dit chez les fans de mécaniques. Ou du code de la route.

Doja Cat
Doja Cat le dit sans honte : son pseudonyme est né de son amour pour les chats et la weed (dans l’argot américain, «Dojo» signifie cannabis). Mais ce n’est pour autant cette petite anecdote qui rend Amala Zandile Dlamini terriblement cool. Au hasard, ce serait plutôt son héritage familial (sa mère est peintre et son père, sud-africain d’origine, est un compositeur-producteur-acteur), sa passion pour Pharrell, Busta Rhymes ou Timbaland, son look, tantôt kawaii tantôt sombre, ou encore ses trois années passées dans un āshram en Californie à pratiquer l’hindouisme.

À quoi ça ressemble ? : On reconnaît entre mille cette alliance divine de R'n'B délicat, de rap clinquant et de soul parfois spirituelle : dans son efficacité et sa richesse, elle nous ramène à Erykah Badu, influence clairement revendiquée de Doja Cat depuis ses débuts sur Soundcloud en 2013.

Potentiel de séduction : Il y a trois ans, Doja Cat, 19 ans à l’époque, avait déjà fait parler d'elle en France avec l'EP Purrr! et quelques sons produits par des producteurs français (Dream Koala, Evil Needle, etc.). Mais ce n’est rien au regard de ce que devraient lui réserver les prochains mois grâce à l’album Amala et au soutien de RCA Records.

SuperParka
Lorsqu'on a découvert ce nouveau projet de Paco et Simon, anciennement chanteur et guitariste de la formation pop parisienne We Are Match, la révélation a été de taille : connaissant leur précédente formation et leur obsession à enregistrer sur leurs iPhones, on ne les pensait pas capables d'un tel mélange de hip-hop, de soul synthétique et de R'n'B (eux tiennent également à citer l’influence du stoner), d’une telle facilité à composer une autre forme de pop, profondément en phase avec son époque.

À quoi ça ne ressemble pas ? : Réduire SuperParka à une simple modernisation (et vulgarisation pop) des préceptes défendus par Pharrell ou Flying Lotus serait limiter le duo à une seule de ses facettes - et une chanson comme Girl en possède autant qu'une boule disco, passant avec malice de couplets groovy à des refrains tubesques, de la grandiloquence de l'instrumentation à une subtilité mélodique bienvenue.

Potentiel de séduction : 76%. Parce que ça renvoie au département de la Seine-Maritime. Et parce que les Normands, malgré l’arrêt de We Are Match, ont su rebondir, développer de nouvelles idées et affirmer une identité propre. Au sein d’une époque où tout tend à s’uniformiser, ce n’est pas rien. 

Cuco
La vie démarre bien pour Cuco, jeune songwriter d'Inglewood, Californie, autrefois connu pour avoir donné naissance aux Beach Boys. C'est aussi, à l'entendre, un coin idéal pour skater, chiller en écoutant de la musique (pour lui, ce sera le psychédélisme, Chet Baker et Jedi Mind Tricks) et composer tranquillement ses morceaux - avec un vieil ordinateur, une trompette, une basse et une guitare un peu cheap, de préférence. En clair, c’est parfait pour traînasser sur la plage, sans pour autant se moquer complétement de l’état du monde – aux côtés de son manager, l’Américain a notamment participé à l’organisation de concerts visant à lever des fonds pour aider aux frais juridiques liés à l’immigration.

À quoi ça ressemble ? : Cuco, c'est un peu une version californienne de Mac DeMarco, sauf que le compositeur d'origine mexicaine, s'il reprend à peu de choses près les mêmes codes que le Canadien, le fait avec suavité, hédonisme et sensualité, en une indie-pop taillée pour les cœurs sensibles.

Potentiel de séduction : Du titre de son EP (Wannabewithyou) à celui de son premier album (Songs4u), en passant par ses collaborations avec Kali Uchis, Cuco semble tout faire pour nous séduire. Et, disons-le clairement, ça marche !

Empress Of
On reste en Californie, mais au sein d’un paysage sonore bien différent. À l’écoute des productions d’Empress Of, on imagine une discothèque strictement composée de vinyles (ou de MP3, c’est selon) adulés, un entassement improbable d’albums signés Art Of Noise, Aaliyah, Propaganda, Kelis ou Solange avec lesquels Lorely Rodriguez ferait à la fois une synthèse du passé et un hymne au temps présent. Ce n’est pas ce que l’on a entendu de plus inventif, mais ça lui permet de dérouler un R'n'B parfaitement adapté aux déceptions amoureuses : «Tu m'as embrassée sous la pleine lune / J'ai découvert tous ces sentiments / Maintenant je sais que ce n'est rien pour toi / Et je te vois seulement quand je dors», chante-t-elle sur le bilingue (anglais, espagnol) In Dreams.

À quoi ça ressemble ? : À oublier les références directes au répertoire de Grimes ou Purity Ring. Cinq ans après son premier EP, Systems, Empress Of marche désormais sur les pas de Lana Del Rey, et se permet même de reprendre certains de ses classiques (Love).

Potentiel de séduction : Au moment de la sortie de son premier album, Me, en 2015, Pitchfork prétendait qu’Empress Of avait le potentiel d’une future popstar. Ça met du temps à se concrétiser, certes, mais ses deux nouveaux singles (Trust Me Baby et In Dreams) vont dans ce sens.

Maes
De Sevran, on reste fasciné par la fertilité, le rayonnement et la diversité de ce département, parmi les plus pauvres de France, qui a donné à la France Kaaris, 13 Block, ou Kalash Criminel : autant d’entités à avoir émergé depuis 2010 et à avoir suscité des vocations chez les générations suivantes. Auteur d’un des disques rap les plus importants de ce début d’année (Réelle Vie 2), Maes est de ceux-là.

À quoi ça ne ressemble pas ? : Si Réelle Vie 2 est aussi essentiel, c’est justement parce qu’il affiche une prétention unique en France, quelque chose qui permet à Maes de dépasser ce statut de rappeur amateur et de s’éclater dans des genres très variés, de la violence urbaine (Sale Histoire) au blues de l’homme plombé par sa mélancolie (Sur moi, du génie !).

Potentiel de séduction : 9-3%, forcément ! Parce que Maes partage avec le reste des rappeurs actuels un même spleen, mais surtout parce qu'il possède un style d’écriture et une palette assez larges pour ne pas s'enfermer dans une esthétique bien définie.

Lolo Zouaï
On connait la propension des artistes R'n'B français à composer des morceaux sous l'influence pesante des chanteuses américaines. Mais rares sont celles à parvenir à tenir la comparaison, à l’image de cette Lolo Zouaï, parisienne de 22 ans installée à New-York : lent, sensuel, moderne et porté par des variations pop, ce High Highs to Low Lows est un tube imparable, qui ose mélanger le français et l'anglais sans jamais sonner ringard - pas étonnant que Lolo Zouaï ait récemment conquis les oreilles de Myth Syzer.

À quoi ça ressemble ? : Dans cette façon de s’en prendre aux peine-à-jouir en composant des tubes qui s’écoutent sans arrière-pensée, de poser à chaque morceau les bases de ses ambitions artistiques (les 90's, la mode, l'Amérique), Lolo Zouaï propose une sorte de prolongement au répertoire de Ta-Ha et Sabrina Bellaouel. C’est dire la puissance du R'n'B français à l’heure actuelle.

Potentiel de séduction : Sa présence sur le premier album de Myth Syzer (Bisous), notamment sur l’un des principaux singles du disque (Austin Power), est un signe : Lolo Zouaï est loin d’être une cendrillon du ghetto (vous l’avez ?), c’est une artiste taillée pour faire briller le R'n'B français au-delà de ses sphères habituelles. 

Khruangbin
À la fin de certains albums, on se sent parfois heureux et vidé. Heureux parce qu’un nouveau groupe que l’on est prêt à suivre pour toujours a dépassé nos attentes dans l’envie, l’ambition et le savoir-faire mélodique. On se sent vidé, justement, parce que le quota d'émotions encaissées en une quarantaine de minutes donne l’impression d’avoir voyagé mille fois dans un espace-temps improbable, sans dormir qui plus est. C’est cette expérience que le trio Khruangbin offre aux mélomanes curieux (de funk, de pop thaïlandaise des années 1960 et d’harmonies moyen-orientales) avec l’album Con Todo El Mundo.

À quoi ça ne ressemble pas ? : Repérés par Bonobo, qui les a placés en 2014 sur sa compilation Late Night Tales Mix, Mark Speer, Laura Lee et Donald Johnson ne partagent finalement que peu de choses avec le producteur anglais. Leurs influences à eux sont plus à chercher du côté de la shadow music en Thaïlande, des rythmes disco au Pakistan, du zouk antillais ou des musiques traditionnelles indiennes, à l'image des sons qu'ils diffusent chaque vendredi depuis leur ordinateur lors de leur AirKhruang. Soit une heure de mix face caméra, en direct sur Facebook.

Potentiel de séduction : 50%. Parce que si la maîtrise sonore de Khruangbin lui offre une vraie amplitude pour imprimer ses chansons, même les plus langoureuses, dans l'imaginaire collectif (ou pourquoi pas au cinéma ?), il manque tout de même un single fédérateur pour aider les trois Texans à toucher le grand public – toujours dans l’attente qu’on lui mâche le travail, celui-là.