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Baloji
Suprême n’est pas mon album préféré des NTM au niveau de l'écriture - dans le genre, ce serait davantage Paris sous les bombes pour les lyrics incendiaires de Qu’est-ce qu’on attend et le côté prophétique de Qui paiera les dégâts, mais c’est l'un des disques les plus aboutis du rap français et celui qui me plaisait le plus musicalement, dans le sens où il avait une production très américaine, avec notamment cet aspect West Indies/tropical typique des groupes comme Smif-n-Wessun ou des Jamaïcains comme SizzlaSuprême, c’est aussi le disque des hymnes pour les stades avec Seine-Saint-Denis Style ou Back dans les bacs, et tous ces tubes qui en font le disque le plus marquant de son époque. Parmi ceux-là, il y a Laisse pas traîner ton fils, dont le clip diffusé sur MCM m’a permis d’entrer dans cet album, mais il y a aussi Ma Benz. À l’époque, je sortais en boîte hollandaise où il n’y avait que des DJ’s US, et Ma Benz était le premier track en français que les DJ’s jouaient. À chaque fois, on était comme des fous sur la piste pendant le couplet de Lord Kossity. Après, il faut avouer aussi que la vraie perle du disque, c’est That’s My People avec ce piano/basse qui s’apprêtait à changer le rap français des dix prochaines années et installer la tradition du morceau introspectif dans les albums de rap.

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Fuzati
Je n'ai pas acheté l'album. D’ailleurs, je n'ai jamais acheté aucun album de NTM… Pourquoi ? Parce que ça passait pas mal à la radio, qu'on voyait leurs clips à la télé, donc je préférais acheter des artistes qui n'étaient pas diffusés, qui étaient plus difficiles à écouter (au sens où si tu n'avais pas l'album, tu ne pouvais les entendre nulle part). Mais je ne détestais pas non plus. Pour moi, c'était un truc mainstream plutôt bien fait. Je n’aimais pas le clip de Laisse pas traîner ton fils à cause du plan sur le toit que je trouvais pompé sur le clip All I Need de Method Man & Mary J Blige, et je trouvais le propos trop moralisateur. Bon après, Ma Benz c'est un tube, tu ne peux pas détester ce morceau. Même 20 ans après, c'est toujours aussi fort. Un tube donc. Tout ça pour dire que je n'ai pas pris l'album dans la gueule, je l'ai découvert au travers des singles, comme beaucoup de gens. J'étais à fond dans Time Bomb à cette époque et je préférais mille fois un Le crime paie, sorti deux ans plus tôt, à Laisse pas traîner ton fils, par exemple. Il faut aussi se rappeler que le niveau était hyper-haut en 1998. Il y a l'album d'Oxmo qui est sorti cette même année, il y avait des freestyles de dingue quasiment tous les soirs sur Générations 88.2... Et puis j'écoutais aussi beaucoup La Cliqua, dont le premier EP était sorti en 1995. Disons que, pour le grand public, NTM était vu comme le «vrai rap», un peu sulfureux, mais quand tu faisais partie des gens qui suivaient tout ce qui se faisait en rap français à ce moment-là, NTM n'était pas forcément le groupe le plus fort. Mauvais œil de Lunatic, sorti deux ans plus tard, c'est quand même autre chose. Enfin, deux précisions : pour moi, Paris sous les bombes est beaucoup mieux, DJ Clyde était vraiment trop fort à ce moment-là ; et je parle ici en tant qu’auditeur.

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Prince Waly
Le groupe NTM n’a pas vraiment eu d’influence sur mon rap, ma façon d’écrire ou sur mon élocution, mais plus sur ma façon de voir les choses, dans le sens où j’ai compris que l’on pouvait être jeune et faire ce que l’on a envie de faire. Pourtant, cet album est le seul de NTM que j’ai écouté. C’est mon grand frère qui l’a amené à la maison - puis je voyais souvent les clips passer à la télé. Je me posais devant avec mes frères et ma grande sœur et on les enregistrait sur VHS. Ce que j’aime, c’est que c’est un disque à la fois mature avec des titres comme Laisse pas traîner ton fils ou Pose ton Gun, mais aussi dynamique et américain avec des titres comme Seine-Saint-Denis style et Ma Benz. L’alchimie devait être au summum durant leur période de création. Laisse pas traîner ton fils, par exemple : petit, je me souviens que le clip passait souvent à la télé, je le regardais tout le temps. Au début je ressentais seulement l’ambiance triste du morceau, mais avec le temps, je comprenais de plus en plus les paroles ; puis il suffisait d’aller dehors pour comprendre, ou de regarder au-dessus de moi. On peut leur reprocher d’être moins jusqu’au-boutistes sur Suprême, mais c’est justement cette ouverture d’esprit qui les a poussés à faire ce chef-d’œuvre. Sans ça, un morceau comme Ma Benz n’aurait sûrement pas existé.

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Kennedy
J’étais au collège quand j’ai découvert NTM et Paris sous les bombes, ça été une claque. Ils exprimaient avec nos mots ce que l’on ressentait et symbolisaient parfaitement une jeunesse décomplexée, qui assumait désormais auprès du grand public et des médias leur particularité, leur différence et leur mode de vie. Ça a marqué un tournant. D’un coup, il y a eu ceux qui écoutaient NTM et les autres. Une communauté s’est créée et on s’est retrouvé à l’intérieur, comme s’il s’agissait d’une mini-révolution culturelle qui nous incitait à être moins complexés par notre façon de parler ou de nous habiller. En clair, NTM était le haut-parleur de toute une génération. Je ne comprenais pas tout ce qu’ils disaient, mais le charisme et l’assurance de Joey Starr, dans les médias ou sur disque, en faisait des rebelles avec une cause. Et on était fier de ça, c’était nous. Quand Suprême NTM est sorti, j’étais en seconde et je l’ai vécu d’une autre façon. IAM avait sorti L’école du micro d’argent un an auparavant, on l’avait saigné tout l’été 1997 et NTM arrivait juste derrière en mettant la barre tout aussi haut avec un disque extrêmement bien produit. Ça n’a pas été une claque aussi grande me concernant, dans le sens où je rappais déjà et que j’écoutais les mêmes rappeurs Ricains qu’eux (Nas, Biggie), mais il faut reconnaître que NTM, à ce moment-là, était à la pointe du show, des clips, des productions et des fringues. Tout était très cainri, finalement. D’ailleurs, j’ai l’impression que c’est l’album grâce auquel ils deviennent vraiment des icones, grâce aux textes de Kool Shen et au charisme de Joey Starr. On leur a reproché d’être moins underground que sur Paris sur les bombes, mais s’ils étaient restés dans la même démarche, on aurait pu leur reprocher un manque d’ouverture et de ne pas profiter de leur position pour faire avancer le rap. Ce qu’ils ont fait brillamment. Avec un son que certains vont considérer de plus commercial, certes, mais si c’est ça être commercial, ça me va parfaitement. Là, ils ont trouvé le bon compromis, quelque chose de très authentique et accessible, contrairement à Secteur Ä qui, à l’époque, flirtait nettement plus avec les radios. Surtout, ils ont affirmé leur complémentarité et pondu des morceaux prodigieux. Laisse pas traîner ton fils, ça me rappelle mes années lycée et tous ces freestyles où j’ai eu l’occasion de poser sur l’instru ; Ma Benz, ça correspond à mes premières soirées passées à danser et Seine-Saint-Denis Style, ça me rappelle tous ces moments où tu as juste envie de foutre le zbeul. Depuis, j’ai eu l’occasion de les croiser plusieurs fois. Joey Starr souvent en soirée, mais en studio pour Kool Shen. J’avais notamment assisté aux sessions de L’avenir est à nous, son titre avec Dadoo et Rohff, et j’ai été impressionné par sa capacité à ne rien laisser au hasard. Quand tu vois ça, tu comprends que leur succès ne sort pas de nulle part.

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Hyacinthe
J'ai commencé à écouter du rap au début de l'adolescence, dans les année 2000. Assez vite je me suis intéressé à l'histoire de cette musique et j'ai cherché à découvrir les classiques. Je me rappelle, j'allais chez Gibert Joseph à Saint-Michel, ou chez Boulinier acheter des disques en occasion avec mon argent de poche. C'est comme ça que j'ai commencé à écouter NTM, avec notamment le dernier album. Forcément ça a dû être une influence à un moment donné, je les écoutais beaucoup, surtout que ça correspond vraiment à une énergie adolescente, à la rage que t'as en toi à ce moment-là. Ça correspond même pas mal à mes premiers plans galères, quand on se retrouvait sur des bancs avec ma bande de l'époque pour boire des mauvaises bières achetées chez l'épicier. On se faisait ultra-chier, alors on écoutait du son sur le téléphone. Parce que oui, je n’ai pas vécu Suprême NTM au moment de sa sortie, mais j'ai quand même l'impression que c'est l'album qui clôt les années 90, une certaine façon de faire du rap, juste avant que Lunatic et le son à la Mobb Deep soit le nouveau mètre-étalon du rap français. En revanche, je ne trouve pas que ce soit leur meilleur disque, même s'il est super. Je préfère Paris sous les bombes et l'espèce de son crasseux présent sur tout l'album. Il y avait un truc chaud alors que Suprême NTM est plus froid. Par contre, certains morceaux du dernier album sont incroyables : le solo de Kool Shen est vraiment fou, ça reste un monument, toujours aujourd'hui. Il y a un truc magique, un peu inexplicable, quelque chose qui fait que j'ai dû l'écouter mille fois, au moins. Aussi, si je devais filer la comparaison avec mon pote L.O.A.S, je dirais qu’il serait Joey et moi Kool Shen. Il a l'instinct, là où moi je mentalise plus avant de faire des trucs. Je suis archi-nul en poker, par contre, mais je suis nul dans presque tout à part le rap en vrai. Sauf au flipper où je suis trop fort. Mais vraiment.

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LaCraps
On m'a prêté le CD à l'époque et je me souviens qu’on l’écoutait avec une mini-chaîne que mon frère avait ramenée et que, pour l’époque, c’était mortel. Tout le monde n’avait pas ça, et je me souviens aussi que l’on était obligé de baisser le son à cause des darons. Le rap, ça les faisait paniquer ! En même temps, l’intro et Back dans les bacs pour commencer, c’était énervé ! Concernant Suprême NTM, j’avoue qu'il m'a beaucoup marqué, comme beaucoup de rappeurs et d'auditeurs je pense. Après, est-ce qu'il m'a influencé artistiquement ? Pas forcément. À l’époque, je ne faisais pas de son, donc je dirais qu’il m’a plus accompagné qu’influencé. Cela dit, quand j'ai commencé à écrire, j'ai réécouté tous les classiques, donc peut-être qu’il a eu une importance dans mon approche à ce moment-là. Ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient en plein dans leur époque, qu’ils avaient des trucs à dire pour de vrai et qu’ils avaient le bon entourage pour diffuser tout ça à tous les francophones. Quand tu écoutes That’s My People, tu te rends compte direct que c’est un classique incroyable. J’ai dû l’écouter 100 000 fois, sa race… La prod' est trop lourde et le texte colle parfaitement à l’ambiance créée par le piano. On est bon là, plus besoin de toucher à rien ! Depuis, Kool Shen m’a cité et j’en suis flatté. Il a dû me connaître grâce à Jeff Le Nerf, un très, très gros lyriciste et kickeur avec qui j'ai eu la chance de collaborer. Forcément, c’est toujours plaisant qu’un mec que t’écoutais quand t’étais jeune pense ça de toi, ça fait kiffer, on ne va pas se mentir. Kool Shen, je le cite d’ailleurs dans Par le bas, où je dis «Je suis entre Booba et Kool Shen, entre 2Pac et 2Chainz». Je l’ai toujours préféré à Joey Starr, il a une écriture plus fine à mon goût et un personnage plus discret. Ça me correspond plus. Ce qui n’enlève rien à la puissance et l’énergie de Joey Starr, qui est impressionnante. Un grand respect à ces deux monstres du rap !