Ta mélancolie, ça ne s'arrange pas ?
Eric Metzger : Elle a changé de direction, comme un cours d'eau. Mais effectivement. Je n'arrive pas à la décrire. Mais attention hein, les gens m'en parlent seulement après avoir lu les livres. Parce que je ne suis pas mélancolique quand on me rencontre. Peut-être parce qu'on porte tous un masque. Bon, quand j'ai filé le bouquin à ma mère, je l'ai prévenue. Il s'est passé pas mal de choses tristes dans ma vie perso depuis le premier livre. Des événements qui m'ont donné accès à des choses beaucoup plus profondes.

En maternelle, y'a des filles qui t'ont piétiné le cœur avec des talons aiguilles ?
Non. Pas en maternelle, mais plus tard. En première ou terminale. J'ai fait de la cristallisation sur une personne. Ça a été redoutable. J'avais déjà une âme romantique. À lire Le Rouge et le noir au collège. Si une relation était impossible, je m'y jetais à corps perdu. Souffrir, c'est exister.

T'as pas, parfois, l'impression d'être né beaucoup trop tard ?
Oui, mais j'ai l'impression qu'on est très nombreux dans ce cas-là. Déjà, c'est pas très marrant l'actu. Et puis, notre génération, on est un peu entre deux. On n'est pas la génération des réseaux sociaux, mais on participe, avec aussi la nostalgie d'avant les réseaux. J'aurai préféré que les joutes de Twitter se fassent dans des salons. On a un énorme manque d'élégance. Les salons littéraires, on chambrait aussi, mais avec esprit. Tout était dans l'élégance. Il y a une phrase que j'aime bien : "Mieux vaut être intelligent qu'avoir raison".  Aujourd'hui, on veut juste avoir raison. On est devenu le service com' de sa propre vie.

Je crois que c'est Goethe qui disait : "Je suis amoureux de l'amour". Je pensais à cette phrase en lisant ton livre.
Je crois que Proust a dit ça aussi. Mais oui, clairement. On est amoureux de l'idée, amoureux du romantisme.

Tu crois qu'on peut être heureux sans être amoureux ?
Je pense que oui. Mais est-ce qu'on a nécessairement besoin d'être heureux ? Moi, j'ai aussi besoin d'être malheureux, troublé, nostalgique... La constance d'être heureux m'ennuierait. Être amoureux, ça rend euphorique. C'est ce qui est génial avec l'amour, ça donne une direction. On s'oublie.

METZ2

Louis (le personnage), plus que l'amour, c'est de l'excitation qu'il cherche. Un sens. Comment tu fais toi pour oublier que tout ça n'a aucun sens ?
Au fond, ce qu'il lui faut, ce n'est pas une Eurydice, c'est une Francine ! (Rires). Il lui faut du réel. C'est ça la réponse au non-sens : le réel.

Je t'avais interviewé pour ton premier livre, il y a trois ans, et t'avais pas de page Wikipédia. J'ai vérifié, t'en as toujours pas. C'est quoi ce bordel ?
En vrai, je m'en fous. Ce qui me fait rire par contre, ce sont les gens qui créent leur propre page. J'en connais dans le milieu, leur page est plus longue que celle de Spielberg.

Mais depuis la dernière fois, il y a une petite avancée...
Ils ont mis ma gueule sur le bouquin ?

Oui.
Ce qui me fait marrer, c'est que je n'avais pas de photo de moi. J'étais au bureau, j'ai demandé à un collègue de me prendre en photo, à l'arrache. Parce que, bon, c'était déjà le troisième mail de relance de Gallimard. Et la meilleure vanne, c'est que mon collègue, qui n'est pas photographe, est crédité comme tel au dos du livre. Tu sais, le premier livre je ne voulais pas arriver avec mes gros sabots dans le monde littéraire. J'aime la littérature, c'est ce que je respecte le plus au monde.

Tu commences à dire que t'es écrivain ou pas ?
Non. Quand j'étais ado et que je rêvais de devenir écrivain, je me disais que je le serai vraiment après mon troisième livre. Je me suis souvenu de ça quelques jours avant la sortie du bouquin. Mais je ne peux pas le dire. Je trouve ça trop énorme. Quand les gens ne me connaissent pas, je préfère m'inventer de nouveaux métiers. Je n'ai pas besoin de reconnaissance intellectuelle. J'aime toujours autant péter à la télé. C'est pas mon Tchao Pantin, la littérature !

Pour pécho, le mieux c'est quoi : écrivain ou bosser à la télé ?
Comme je ne dis pas que je suis écrivain... La télé, ça amène les gens vers toi. T'as plus besoin d'aborder. Mais par contre, tu sais pourquoi ils viennent. Donc, ça complique les choses. Ça m'emmerde un peu, parce qu'ils pensent te connaître. Ça n'aide pas à pécho, mais ça aide à attirer l'attention. Y'a pas longtemps, je bois un verre avec un pote, petit à petit, les regards se tournent vers moi. Y'a comme une gêne. Enfin, moi je suis gêné en tout cas. Un mec approche, dit à peine bonjour, zappe mon pote, et commence à vouloir me raconter une blague. Je lui dis «Je sens que ça va être gênant». Il me sort une blague antisémite. «Ben voilà, ça a été gênant». En fait, la télé ce n'est pas que ça aide ou pas, c'est juste que c'est différent. Moi, en ce moment, j'essaie de m'élucider.

Quand t'es sur les salons littéraires, tu dis quoi à la 400ème personne qui te demande si tu es Éric ou Quentin, ou si Yann Barthès est sympa ?
Je dis que je suis Éric et que Yann est hyper sympa. Ils ne savent pas qu'ils sont la 400ème personne et en plus, ils sont gentils. Et puis, souvent, ils sont intimidés, alors que moi aussi je suis super intimidé quand j'arrive sur un salon.

++ Les Orphée, de Éric Metzger, éd. L'Arpenteur, 128 p., 12,50 €