Ça se binge : Death Row Chronicles

Entre cliché et réalité, on sait que les Américains voient tout en gros : leurs villes, leurs campagnes publicitaires, leur Super Bowl, leurs buildings, leurs films et aussi la connerie de certains de leurs présidents. Suge Knight n’inverse pas cette tendance avec brio, préférant à cela avoir ses ronds de serviettes à la table des cadors de l’industrie américaine. Death Row Chronicles, série documentaire produite par BET retraçant les dessous du sulfureux label californien (2Pac, Snoop Dogg, Dr. Dre), le prouve avec talent : Death Row Records n’avait rien d’un label comme les autres. Suge Knight voulait en faire l’équivalent de la Motown, était prêt à corrompre une bonne partie des flics de L.A., a toujours revendiqué son appartenance aux Bloods et n’hésitait pas à menacer ses poulains quand ces derniers émettaient des envies de départ… C’est donc à travers ce grand bonhomme, mais aussi grâce à l’intervention de différentes personnalités (Michel'le, Kurupt et Gary Ballen), que Death Row Chronicles retrace l’histoire du label, du hip-hop mais aussi de Los Angeles.

L'occasion d'apprendre que Dr. Dre, lorsqu'il était signé chez Ruthless Records, ne touchait que 0,02 dollars sur chaque track, de comprendre la façon dont 2Pac liait le mouvement "Thug Life" au Black Panther Party, de voir comment Suge Knight a permis à Snoop Dogg d'échapper à la prison contre un million de dollars. Bref, d’en savoir plus sur l'un des labels les plus dangereux que l’entertainment américain ait connu. Un exemple ? On en a même plusieurs : le fait que Suge Knight ait été suspecté de se servir de Death Row pour vendre des armes et de la drogue, le fait qu’il s’en soit pris violemment à Eazy-E pour débaucher Dr. Dre, qu’il aime tellement la voyoucratie qu’il avait racheté la villa de De Niro dans Casino ou qu’il ait repeint tout son intérieur (ses meubles, le fond de sa piscine, etc.) en rouge, la couleur des Bloods.

La série qu’on aimerait spoiler : Fiertés

Plutôt que de simplement filmer les militants homosexuels pendant les gay prides, Fiertés préfère suivre Victor (joué par Benjamin Voisin) à différentes périodes de sa vie (17 ans, quand ses parents apprennent son homosexualité ; 35 ans, quand l'envie d'adopter un enfant se fait sentir ; 49 ans, quand la loi du mariage pour tous divise la France) et heurter l'intime. Traduction : la mini-série de Philippe Faucon (réalisateur de Fatima), découpée en trois épisodes de 52 minutes, laisse au spectateur la possibilité de s'immiscer dans le quotidien des différents protagonistes, d'apprendre à les aimer ou non, à les connaître via d'infimes détails, etc. C’es forcément très beau, ça fait immédiatement penser à 120 battements par minute de Robin Campillo, et on remercie fortement Arte pour cette belle initiative, saluée comme il se doit au dernier Festival de Luchon.

Le trailer du mois : The Dangerous Book for Boys

À l'origine, rien de bien excitant. The Dangerous Book for Boys, publié en 2006 et destiné aux garçons de 8 à 80 ans, n'est rien d'autre qu'un guide pratique centré sur huit thématiques : la fabrication d'une cabane en bois, s'orienter avec une montre, etc. Mais le fait qu'Amazon décide d'adapter en série ce petit manuel du scoutisme et d'en confier la production à Bryan Cranston (qui en a acheté les droits en 2004) change toute la donne. Ça débarque le 30 mars prochain, ça se tient en six épisodes et on a déjà super hâte de voir ce que monsieur Heisenberg et son complice (Greg Mottola, réalisateur de Superbad) nous réservent comme surprises.

La guest star ultime : Bill Gates
Après un mois de pause et des épisodes quelque peu décevants, la onzième saison de The Big Bang Theory revient fort avec l'apparition de Bill Gates. C'est Penny, qui bosse désormais comme représentante de commerce dans une compagnie pharmaceutique, qui accueille l'homme qui pèse 80 milliards de dollars. Au grand dam de Sheldon et sa bande, forcément euphoriques à l’idée de pouvoir rencontrer l’inventeur de Microsoft.

OSEF : la première saison de Everything Sucks!

Les années 1990, le lycée, la petite ville de l'Oregon, les geeks qui passent leur temps libre dans un club audiovisuel... Tout est réuni ici (jusque dans l'esthétique, faussement vintage) pour séduire les kids nés à la fin des années 1980 (les mêmes qui apprécient Stranger Things ou The End Of The Fucking World). Malheureusement, le sentiment nostalgique sent ici la poussière (celle qui traîne dans les greniers) et ne permet pas à Everything Sucks! de se sortir d’un évident concept marketing déjà bien exploité par Netflix. Alors, oui, ça fait plaisir d'entendre Oasis, de voir des gamins avec des walkmans et tout un tas de vêtements douteux, mais on commence sérieusement à se demander si Ben York Jones et Michael Mohan n’ont pas tout simplement répondu à un cahier des charges imposé par le géant du streaming.

L’interview du mois : Matt LeBlanc
En pleine promotion de Top Gear, Matt LeBlanc a profité d’une interview à la BBC pour revenir sur la polémique liée à Friends, que certains accusent de sexisme et d’homophobie : «J’ai entendu ces rumeurs sur ces personnes qui tiraient à l’aveuglette sur Friends, mais je ne veux pas rentrer là-dedans. Je suis en complet désaccord avec ça. Dans Top Gear, nous avons tendance à nous tenir éloignés de ce genre de débat politique. Et c’était aussi le cas dans Friends. La série évoque des thèmes intemporels – la confiance, l’amour, les relations, les trahisons, la famille, ce genre de thèmes». On a connu analyse plus poussée, certes, mais ça a au moins le mérite de rappeler que Friends a été l’une des premières séries US à parler du mariage homosexuel, de la fécondation in vitro, des transgenres ou de l’adoption.

L’info qui pourrait ressembler à un hoax : une ville grandeur nature de Westworld
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Westworld n'est pas seulement l'une des dernières grandes séries de HBO (avec The Night Of, on est d’accord), c'est aussi une fiction qui fait fantasmer et travailler l'imaginaire. En une saison, Jonathan Nolan et Lisa Joy ont en effet réussi à créer un véritable univers, profond et singulier, du genre à inspirer toute une génération de spectateurs. Qu'ils se rassurent : à l’occasion du célèbre festival South by Southwest (SXSW), du 9 au 11 mars, HBO prévoit de construire à taille humaine la ville de Sweetwater. L'attraction est baptisée «Un week-end sans limites» et promet déjà une immersion totale : prendre un drink au saloon Mariposa, passer une nuit au Coronado, interagir avec des androïdes et participer à différentes quêtes mystérieuses en attendant la diffusion de la saison 2, le 22 avril prochain.

WTF : les cuisines en série
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C'est la chouette idée proposée par le site Home Advisor : recréer en 3D les cuisines de diverses séries cultes : de Friends à The Big Bang Theory, en passant par New Girl, Mad Men, The Handmaid’s Tale ou encore Malcolm et Le Prince de Bel-Air, il y en a pour tous les goûts et pour tous les porte-monnaie – si jamais l’envie vous prend de les reproduire en taille réelle…

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madmenkitchen Alan Ball, une autre vision de l’Amérique

Here And Now, sa nouvelle série vient à peine de débuter sur HBO (OCS en France) et déjà une certitude : en choisissant de plonger le spectateur dans le quotidien d'une famille multi-ethnique (Duc est né au Vietnam, Ashley est originaire de Somalie, Ramon a été recueilli dans un orphelinat colombien, etc.), dont l’un des membres semble doté d’étranges pouvoirs, Alan Ball a visiblement eu envie d’ancrer une fois de plus son récit dans les failles de la société américaine, celle qu'il traite avec émotion et un sens de la narration fascinant depuis presque deux décennies à travers des œuvres telles que Six Feet Under, True Blood ou BansheeTout aurait pourtant être pu bien différent pour ce producteur si, en 1993, il n’avait pas rencontré le succès (le vrai hein, pas celui que l’on dit d’estime) avec son premier roman, Five Women Wearing The Same Dress, celui qui lui permet d’intégrer l’industrie hollywoodienne, de travailler comme scénariste pour différentes séries mineures (Une maman formidable, Cybill et Père malgré tout) et d’écrire le scénario d’American Beauty en 1999 – on lui offre même un Oscar et un Golden Globe pour ce travail. Dès lors, Alan Ball devient l’un des chouchous de ce milieu glamour et peut se permettre d’intégrer différentes opinions au sein de ses œuvres : ses questionnements existentiels au sein de Six Feet Under, son engagement envers la cause LGBT dans True Blood, où il voit la condition des vampires comme une métaphore de la condition des gays aux États-Unis. Ça se vérifie une nouvelle fois à la vision de Here And Now, où l'Américain prend plaisir à scruter les failles d'une famille à la fois classique et dysfonctionnelle, comme plongée dans une crise existentielle au sein d'un pays plus que jamais tiraillé depuis l’élection de Trump.

La soundtrack à écouter : Black Lightning
Le mois dernier, on vous disait tout le mal que l’on pensait de Black Lightning et, on vous rassure tout de suite, on n'a pas changé d'avis. Juste une précision, essentielle : si Greg Berlanti donne l'impression d'être aussi peu à l'aise avec son scénario qu'une nonne au salon de l'érotisme, il a toutefois eu la bonne idée de faire appel à Kurt Farquhar (Sister, Sister, The Game ou encore Being Mary Jane) pour la bande-son de sa série, qui fait également la part belle au hip-hop (Backseat Freestyle de Kendrick Lamar, Danger de Migos), à la pop (Iron de Woodkid, Amsterdam de Daughter) et à la soul (A Sign Of The Ages de Gil Scott-Heron, Walk On By d'Isaac Hayes). C’est toujours ça de pris. À écouter ici.

La photo qui rend nostalgique :

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