Votre album s'appelle Centaur Desire, alors j'ai fait des petites recherches sur les centaures : j’ai remarqué que dans la mythologie, ils sont alcooliques, violents et essaient d’abuser d’à peu près tout ce qui passe dans leur périmètre.
Arthur : Sauf un. Chiron. Et c’est celui qui est sur la pochette de l’album.
Paula : Lui, c’est le gentil.
Arthur : Mais à vrai dire, on ne le savait pas.
Paula : On ne l'a pas choisi, on l’a trouvé. C’était une carte postale que j’ai récupérée par terre à  St. Michel. Je me suis dit que ça ferait une belle pochette, ou au moins que ça pourrait inspirer un morceau. Ça m’est resté dans la tête. Le morceau Centaur Desire est très féministe pour moi. Du coup, c’est un peu bizarre quand tu me dis tout ça sur les centaures. Ça parle d’une femme qui se dit féministe, mais qui aime bien sortir avec des machos, qui aime la violence et être soumise. Etre soumis parce qu’on le veut, c'est être libre. C’est vrai que le centaure, l'homme-cheval, c’est une image ultra-virile.
Arthur : T’as vu comment ils se comportent ? Ça colle bien avec le morceau, au final.
Paula : Oui, mais je ne voulais pas parler de viol.
Dorian : Oui, pas de polémique.

#balancetoncentaure ! Mais ce morceau, c'est quand même un pied-de-nez au féminisme ?
Paula :
Disons que j’aime les choses nuancées.
Dorian : C’est ta manière de critiquer les féministes un peu trop radicales.
Paula : C’est ça.
Arthur : On te reprochera peut-être de ne pas bien servir la cause mais c’est ta liberté. Et puis c’est quand un même un putain de plaisir de se soumettre à quelqu’un si ça te rend heureux.

Comment est-ce qu'on retrouve le désir de faire un disque après quatre albums ? 
Arthur : On est au vingt-troisième album et on voulait retrouver l’esprit du 18ème. (Rires) On ne s’est pas posé la question. J’écris les chansons que j’ai dans la tête et on fait le son qu’on peut faire ensemble. Avant, on n'avait pas de matos de studio donc on faisait ça derrière des ordinateurs. La seule interrogation qu’on a à chaque fois, c’est : "Comment aller le plus loin possible avec les moyens qu’on a ?". Tu ne nous verras jamais faire de Ululule ou de Kickstarter pour financer un album. Si on n'a pas les moyens, on fera un album cool avec ce qu’on a. Comme ça, on ne se prend pas de murs, et puis on ne doit rien aux gens.
Paula : Ça on le dit, on n'a pas peur : on est contre le crowdfunding !
Arthur : Oui, ça me révolte. Avec un groupe, tu peux faire vivre un milieu entier. C’est important, surtout dans le milieu indépendant. Si tu sollicites le public et que tu vends ton truc à ton concert dans ton coin, c’est dangereux. Surtout, même au niveau sonore, il y a des gens qui te permettent de passer des caps, ce que tu ne pourrais pas faire seul dans ton coin. Tu ne pourras pas le faire même si tes parents ont mis 1 000 boules. Tout le monde se foutra de ton projet parce que tu n’as pas tourné, tu n’as pas participé à ce milieu. Plus tu le nourris, plus il te le rend. Ce truc de faire cavalier seul, ça a l’air tentant et facile parce que t’as tout, tout de suite. Mais une fois que tu as ton disque dans les mains, tu fais quoi ? Je vois des gens qui louent des studios de fous à 4 000 boules alors qu’ils n’ont jamais pris le temps de savoir comment leur matos sonne. Résultat : c’est le mec du studio qui décide pour eux parce qu’ils n’ont pas d’idées. Du coup, ça sonne moins bien que s’ils l’avaient enregistré eux-mêmes avec moins de moyens. On n'est pas forcément des exemples parce que nos premiers disques ne sonnent pas très bien. Faut dire qu’on les faisait avec une carte-son à 50 euros ! Mais on se disait : "Tant pis, au moins nos chansons sortent et les gens les entendent". Si les gens écoutent ce que tu as envie de faire, peut-être qu’ils t’aideront à le réaliser en te soutenant.

Pour cet album, vous avez enregistré pour la première fois en groupe ?
Arthur :
Pas tout à fait, c’est une petite erreur qui a circulé sur internet.
Dorian : Le vrai changement, c’est la batterie. On a fait enregistrer Romain alors qu’avant, c’est moi qui les faisais sur un ordi.
Arthur : Ouais, Dorian était le batteur imaginaire du groupe. D’ailleurs, il est vachement meilleur que notre vrai batteur. Mais sinon, c’est vrai qu’on nous dit souvent qu’on devrait enregistrer dans les conditions du live. Mais on trouve que ça marche bien comme ça pour l’instant, donc on continue.
Dorian : On a vraiment pris le temps, on a pris un mois pour tout faire. J’ai vraiment apprécié ça. En plus, on était chez les parents d’un pote à la campagne, en Dordogne. Ça aurait peut-être pu être encore mieux si on avait eu deux mois.
Arthur : Ouais, mais au bout de deux semaines et demie, on s’était déjà pris la tête avec Romain, donc bon…
Dorian : Pas plus qu’au bout de deux jours.
Arthur : Ce qui était vraiment agréable, c’est que Paula était là alors qu’on a souvent tendance à bosser les paroles une fois que la musique est prête. Elle est passée deux jours.
Paula : Regarder des films à côté.
Arthur : On discutait vraiment alors que pour ceux d’avant, comme je les voyais un peu comme des maquettes, je me branchais, je faisais mon truc, je le refilais à Dorian qui faisait les batteries etc. C’était un travail à la chaîne. Et après, on voyait tous ensemble comment on allait réinterpéter tout ça sur scène, comme un vrai groupe. Là, on a échangé vachement plus. Et puis, je me suis laissé une marge de liberté. Je n’avais maquetté que 5-6 morceaux et pour le reste, j’ai fait les riffs alors qu’on était tous ensemble. Romain, qui n’était pas capable de faire certains trucs mais qui a amené ses idées, a fait évoluer même l’écriture mélodique. C’était vraiment cool et ça nourrissait la créativité.
Paula : Pour celui d’avant, les guitares et les basses avaient été enregistrées avec des vrais amplis. C'étaient les prémisses.
Arthur : Oui, avant, ce n’était que des simulateurs d’ampli. Comme je te le disais, il fallait que ça sorte, on ne voulait pas digérer tout ça pendant des plombes.

Vous aviez peur de surproduire, de casser la spontanéité ?
Dorian :
Oui, il y a de ça. Par exemple, tu peux trouver des sons cool par hasard, par erreur. Des choses qu’on ne peut absolument pas reproduire.
Arthur : Les trois premiers albums ne sonnent pas terrible mais rien à foutre. Sinon, tu peux passer ta vie entière à faire 10 000 mixs différents, qui seraient tous bons. Il faut avancer, tu feras d’autres disques dans ta vie. On a gardé cette philosophie pour celui-ci tout en pouvant travailler mieux le son. On aime bien produire, en fait. On n'a jamais voulu sonner particulièrement lo-fi. On l’a été par la force des choses. Pour moi, c’est la bonne manière d’être dans l’indé ou le garage : être lo-fi par la force des choses, pas de le chercher.

Ça vous énerve, ces groupes qui ont les moyens mais qui font exprès de salir leur son ?
Dorian :
 Ça dépend des groupes. Ça fait partie d’une esthétique. Si tu sonnes crade pour rendre quelque chose, OK.
Arthur : C’est exactement ça, il faut que ça serve l’écriture. Pour moi, la production est complètement liée à l’écriture d’un morceau. C’est pour ça que je défends l’idée que les groupes doivent se produire, et pas qu’on le leur impose. Ce qui est gonflant, c’est quand j’entends des groupes qui écrivent des choses hyper-mélodieuses et qui forcent juste pour rentrer dans le clan des indépendants. C’est dommage, il y a des morceaux super-pop qui sont cachés derrière des clichés de production rassurants.

live

Avec cette vraie batterie, l'album sonne plus ample et encore plus puissant que les précédents. Il rend davantage justice à l’expérience live qu'on vit à un concert de JC Satàn : une tornade déchaînée et un son tellurique.
Dorian :
On nous a beaucoup reproché ça avant, et tant mieux si on y est arrivé cette fois.
Paula : On s’est toujours dit qu’il valait mieux que les gens préfèrent nos concerts que nos albums, plutôt que l’inverse. Comme en cuisine où tu trouves une super recette avec des ingrédients délicieux et que ça a un goût pourri.
Dorian : C'est clair - comme ça, ils viennent nous voir.
Arthur :  Et on fait notre fric avec les concerts, et pas avec les morceaux !
Paula : On n'est pas là pour reproduire à l’identique le disque que tu as aimé. Il faut faire fort et donner aux gens envie de revenir te voir. Et même si le disque est moyen, si tu as adoré le concert, tu vas ré-écouter le disque parce qu’il te rappelle des bons moments.
Arthur : Un groupe meilleur sur disque, ce n’est pas normal du tout. Quand tu enregistres, tu intellectualises, tu fignoles. En live, tu communiques directement. Un disque, ça devrait être une déception intelligente. C’est comme un manuel, et après tu vis vraiment la chose en concert.

Mes potes et moi, on se souvient toujours du jour où l'on vous a vu jouer la première fois. Ça marque. Un peu comme un attentat...
Dorian :
 C’est très cool, ça.
Arthur : Ça, c’est que vous n'aviez pas vu notre première tournée ! (Rires) Ou alors, vous vous en souviendriez différemment. Mais, bon, c’était il y a huit ans maintenant.

Puisque tu en parles, regardons un peu dans le rétroviseur. Au début du groupe, vous pensiez que le projet durerait aussi longtemps ?
Paula :
 C’est clair que non. On voulait faire deux morceaux à la con, comme ça. C’était un peu pour rigoler.
Arthur : En fait, on est des victimes de Myspace. On a posté deux trucs et là, avalanche de succès. Des labels t'écrivent, des mecs te disent que c’est fabuleux. C’est Slovenly, le label qui a sorti le premier disque qui nous a dit : "Maintenant, il faut former un groupe sinon ça n'a aucun sens !". Paula n'avait jamais chanté de sa vie.
Paula : Et ça s’entend, d’ailleurs.
Arthur : Dorian n’avait jamais joué de clavier. On a appris ensemble.
Paula : À nos débuts, on jouait tous un morceau différent en même temps. C’était assez cacophonique.
Arthur : Le pire, c’est qu’on avait quelques plans cool, des dates à St.-Ouen, à Mains d’Oeuvres. C’était infâme. On jouait avec Digital Laser, David La666, Yussuf Jerusalem, des gens qu’on trouve géniaux. On était des pipes. Et puis, notre guitariste d’alors nous avait lâché pour la première semaine de tournée. Dorian a dû apprendre les parties de gratte au clavier.
Dorian : Alors qu’à la base, j’étais censé ne rien foutre dans le groupe.
Arthur : Ouais, on lui a forcé la main.
Paula : Dans les premiers concerts, il jouait du tambourin. C’était Mr. Tambourine Man !
Arthur : Il avait des bleus à force de taper sur sa cuisse.
Dorian : Bah oui, mais c’est parce que je devais jouer du clavier de l’autre main ! Balèze, non ?

À part progresser sur vos instruments respectifs, vous avez appris quoi avec l'aventure JC Satàn ?
Arthur :
 À ne pas faire confiance à tous nos potes, déjà. Ils sont très cool mais tu ne peux pas te fier à eux. Paula est devenue une artiste accomplie alors qu’elle n’avait jamais fait ça avant. On a appris à se soutenir. J’avais eu d’autres groupes avant, j’avais déjà fait une tournée mais là, paradoxalement, alors qu’il y avait plus de choses à mettre en place, on a fait des choses plus ambitieuses musicalement. On n'a jamais fait du pur garage. Donc on a appris à vivre avec tous les défauts qu’on avait, jusqu’à ce qu’on en ait de moins en moins. Les choses s’améliorent naturellement. C’est peut-être pour ça que les gens continuent de nous suivre malgré tout. On a appris à se serrer la main pour avancer ensemble vers un soleil constamment levant ! (Rires)

Et dans huit ans, qu'est-ce que vous voudriez avoir accompli ?
Paula :
On avait dit qu’on voulait monter Faraway Land on Ice, ou alors en comédie musicale.
Arthur : Avec un donjon en mousse et tout. Sinon, on n’est pas du genre prévoyants. Paula pense à faire une formation en cuisine ; ça voudrait dire que pendant un an, on ferait une pause.
Paula : Bah oui, parce que souvent, je me dis que je devrais gagner de l’argent dans ma vie. Je me dis que je devrais bosser dans la restauration, et puis ça passe et je remets ça à plus tard.
Arthur : Après, moi j’ai déjà envie d’écrire un nouvel album. Ça fait déjà un an qu’on a fait celui-ci, somme toute.

Tu as la guitare qui te démange, comme dirait Yves Duteil ?
Arthur :
Ouais, je le sens. Cet été, ce serait parfait.
Dorian : Et sinon, on aimerait tourner dans d’autres pays où on n'est jamais allé, comme le Japon.
Paula : Moi, j’aimerais bien aller en Australie, retourner aux States.
Arthur : À vrai dire, on a déjà beaucoup tourné. On a même commencé plus par l’Europe que par la France. Mais on a envie de le refaire. Surtout qu’en France, il y a ce côté un peu acquis, sans prétention aucune. On peut sans trop de soucis jouer dans les SMAC. C’est une forme de reconnaissance publique, mais ce sont très souvent les mêmes. À l’étranger, on peut essayer d’autres choses. Les clubs par exemple, c’est quelque chose qu’on affectionne. Plus petit, plus proche, mais tu peux quand même balancer du lourd. Les gens ont la tête dans nos amplis. C’est plus animal.

china

Vous êtes allés jouer jusqu'en Chine, il me semble.  Un endroit a priori peu rock'n'roll et où vous êtes très peu connus. C'était une bonne expérience ?
Dorian : Super. Plus on allait vers le Sud, plus le public se lâchait. Après, ils sont hyper-polis et solennels. Il y avait une petite inhibition au début, mais comme dans tous les endroits où l'on ne te connaît pas, finalement.

Et ça vous dirait d'aller en Corée du Nord, comme Laibach ?
Arthur :
C’est Laibach faut dire, ils ont ce délire totalitaire dans leur musique. Y'a une logique.
Paula : Ça pourrait être intéressant, mais je ne pensais même pas que c’était possible.
Arthur : C’est chaud parce que je ne sais pas si l'on peut boire, là-bas. Et nous, on boit sur scène. On a une bouteille de whisky qui y passe à chaque concert. Mais si je me mets une caisse là-bas, je vais terminer en taule à vie.
Paula : C’est ce qui arrivé à un type, un Américain qui avait juste volé un poster avec un slogan politique dans un hôtel.

Il est mort, depuis.
Paula :
Il est mort ? Alors faut pas qu'on y aille.
Arthur : Il y a des gens qui viennent te dire : «Quoi, tu vas jouer en Israël, c’est abusé». Dans l’idée, oui, je n’aime pas trop ce qui se passe, mais il faut penser aux gens. Tu ne joues pas pour des gouvernements. Et rencontrer le public, ça permet de te faire comprendre beaucoup de choses et de casser des images stérotypées.

Revenons à Centaur Desire. Quelles ont été vos inspirations pour ce disque ?
Arthur : C’est dur de répondre à cette question. Et puis, si les gens savaient ce qui m’a réellement inspiré, ils ne voudront plus nous écouter.

Pourquoi ?
Paula :
 Parce qu’en fait, c’est Tryo !
Arthur : Ouais, Les Ogres de Barback, Les Fils de Teupuh, les Wampas...
Paula : Et le groupe avec leur affiche trop moche dans le métro, là...
Arthur : Shaka Ponk !

Donc, vous vous dirigez vers le "rock festif" ?
Dorian :
On va y glisser lentement.
Paula : C’est l’évolution logique... quand t’as cinquante ans et que tu dois payer ton loyer.
Arthur : Je nous trouve déjà plutôt festifs. Cette scène, ils nous ont enlevé la fête, ces enfoirés ! Pas besoin d’acheter un singe qui fait du tambour et jouer de l’accordéon pour faire la teuf en France. Pas besoin de boire des galopins en terrasse en faisant des croquis en parlant d’une époque où la France était pétainiste.

Comme Zaz qui parlait de la légèreté sous l'Occupation !
Arthur :
Ah bon ?! En même temps, ça ne m'étonne pas. Ce cliché vieille France est infernal.

babylone

En parlant de fête, parlons de votre chanson Drink, dope & debauchery. Les 3D, c’est votre devise ?
Paula :
 Le refrain est tiré d’Hollywood Babylone, le livre de Kenneth Anger.
Arthur :  Il manque juste le «fornication», je crois.
Paola : C’est avec ce bouquin que tu te rends compte que Charlie Chaplin était horrible.

Oh... Malgré sa tête de Pierrot lunaire ?
Paula :
En fait (ATTENTION SPOILER, ndlr), c’est un pédophile. 
Dorian : Merde.
Arthur : Moi, je l’aime encore plus alors ! (Rires) Mais sinon, on est plutôt bons dans tout ce qui est débauche, faut le dire. En plus, quand tu as notre vie, on t’offre des bouteilles où que tu sois.
Paula : Pour ceux qui organisent et ceux qui viennent te voir, c’est la sortie de la semaine. Et toi, même si tu es en tournée depuis deux semaines, si tu ne bois pas, tu es considérée comme une conne - ou alors l'on croit que tu as des problèmes dans ta vie.
Arthur : Ce qui est particulier chez nous, c’est que les autres groupes, quand ils rentrent chez eux, ils se reposent. Nous, quand on retourne à Bordeaux, c’est encore pire qu’en tournée. Si un jour le groupe venait à s’éteindre, il est fort probable que ce soit à cause de ça.
Paula : Apparemment, il y a une interview de Clint Eastwood où il raconte qu’il allait courir, il faisait super gaffe à lui et bouffait sain pour pouvoir encore plus faire la fête et manger comme un gros porc après.

Et donc, tu suis le régime Clint Eastwood ?
Paula : Sans le savoir, oui. On est une petite élite.

Même dans la description de votre musique, le mot «débauche» est très souvent utilisé.
Arthur :
Quand on a choisit le nom JC Satàn, on savait quel genre d’imagerie on évoquait. Après, les gens ont sauté dedans à pieds joints. «Débauche», «stupre», «orgie»... on nous les ressort à chaque fois. Les gens s’attendent à des gothiques maniaques sexuels. Alors qu’on est des gens très simples. On ne fait pas venir des dizaines de meufs pour les faire coucher avec des chiens dans une chambre d’hôtel qu’on aurait auparavant repeinte au foutre. Ce n’est pas vrai.
Paula : Mon copain par exemple, au début de notre relation, il croyait qu’on faisait des partouzes entre nous. Surtout quand il y avait deux filles.
Dorian : On laisse les gens s’imaginer tout ce qu’ils veulent. Il faut arrêter de tout démystifier.

satan2-dessin-BD-1024x726

Souvent, on fait de vous les garants du "vrai" rock par opposition à la scène parisienne, qui serait du rock de bobos. Vous en pensez quoi ?
Dorian :
C’est parce qu’on est des bouseux de Bordeaux qu'on dit ça.
Arthur : Soit ce sont les Parisiens qui ont un problème avec eux-mêmes, soit c’est la province qui snobe Paris et c’est idiot. On a plein de potes ici, on aime jouer à Paris.
Paula : Regarde-nous, nos styles, on est pas des «vrais» rockeurs à 100%, si ça existe. On a des tatouages, on picole et on joue fort, point.
Arthur : Et puis, si on nous donne ce statut de chef de file, on sera beaucoup moins libres de faire ce qu’on veut. Je préfère qu’on ait notre place à part, surtout qu’on a parfois des références plus mainstream qu’indé qui nous caractérisent.

Lesquelles ?
Arthur :
Les Breeders, les Pixies, les Beatles… Alors que quand j’ai commencé à jouer du garage, j’étais à fond là-dedans, je cherchais tous les derniers disques confidentiels. JC Satàn, c’était le retour vers mes premières amours. Alors que dans le milieu, c’est parfois mal vu.
Paula : Surtout quand on est jeune. Quand Romain m’avait dit qu’il aimait Neil Young, j’ai fait «Beurk !». Mais maintenant, on s'en fout de tout ça.

D'ailleurs, avec Libra vous osez une ballade en italien - la deuxième de votre discographie.
Paula :
 Oui, j’avais envie de faire quelque chose qui ressemblait aux chanteurs italiens des années 60-70. On ne fera pas tout un album en italien mais c’est quelque chose que je découvre et qui me plaît beaucoup. Le morceau s’y prêtait et la langue convient bien à la pop.
Dorian : C’est parfait pour une ballade. Par contre, pas sûr que ça marcherait avec un morceau bien vénèr’.
Arthur : Ouais, sinon ça donne tout de suite ce côté contestataire. Comme l'espagnol.
Paula : Oui, c’est con, ça fait penser à du punk-ska. Mais avec Futeisha, mon autre projet, on le fait et ça marche bien. Mais c’est de l’électro.

Sur Complex Situationvous empruntez plutôt au krautrock. C'est une influence que vous n’aviez pas avant. C'est une nouvelle direction vers laquelle vous allez expérimenter ?
Arthur :
C’est parce que depuis deux ans, j’écoute un album de Chrisma qui s’appelle Chinese Restaurant.
Paula : Un duo italien, d’ailleurs.
Arthur : C’est un peu un croisement entre Neu! et les Stooges. Il y a aussi des ballades italiennes complètement folles. J’avais envie d’essayer quelque chose où la guitare arriverait très tard. Je me disais que ça pourrait faire une respiration intéressante pour le live. On a beaucoup cherché de sons de batteries pour celle-ci, qu’on a écrasés, compressés. On a aussi mis des draps sur les tomes. Je me demande bien comment il va être perçu, ce morceau.
Paula : Une chanson très différente dans un album, soit tu la préfères, soit tu la détestes.
Arthur : On croise les doigts, alors ! On attend de voir ce que nos parents en disent.
Dorian : Mon père m’a dit qu’il aimait bien.
Paula et Arthur :  Aaaaah !

Bon, si vous êtes adoubés par vos parents, c’est déjà énorme.
Arthur :  On fait tout ça pour eux.
J.-B. de Born Bad (passe une tête) : Ça va, ils ont été sages ?

Tout à fait.
J.-B. de Born Bad : Ouf, c’est peut-être ENFIN l’album de la maturité, alors.

++ Retrouvez JC Satàn sur leur page Facebook, leur compte Twitter et leur site officiel.
++ Leur nouvel album, Centaur Desire, est sorti sur Born Bad Records et est en écoute sur Deezer et Spotify.
++ La release party aura lieu le 11 avril à La Maroquinerie. Plus d'infos ici