On connaît assez peu ta vie avant la musique. Tu peux nous en parler ?
Adrien Durand (Bon Voyage Organisation) : Je ne suis pas sûr que ce genre d’information intéresse qui que ce soit, mais bon… J’ai longtemps fait de la musique à côté de mon boulot dans la logistique. Un peu à l’inverse de ceux qui ont fait beaucoup de musique quand ils étaient jeunes, et qui sont obligés de prendre un boulot de merde quand la bise fut venue. Moi, j’avais un bon boulot et je me suis dit que j’allais faire de la musique à plein temps. Pendant longtemps, le confort de ce travail m’a permis de faire mes disques comme je le  voulais, avec mes sous. On m’avait déjà proposé de produire pour d’autres mais ce n’est que quand on m’a proposé Amadou & Mariam que j’ai décidé de sauter le pas. Ça devenait compliqué de tout concilier, BVO et Amadou & Mariam, musique le jour, travail la nuit… Physiquement, c’était difficile.

Comment s'est faite ta rencontre avec Amadou et Mariam ?
C’est Because qui a eu l’idée parce qu’ils adorent BVO. On m’en a parlé, j’ai foncé direct. J’ai dit : «Je veux faire un essai pour la semaine prochaine !». Il a fallu le temps que tout le monde prenne ses marques mais à notre deuxième rencontre, on a eu le déclic sur un morceau qui s’appelle Diarra où il s’est passé quelque chose, un moment de grâce. Et là, on a su qu’on ferait le disque entier ensemble.

Dans les articles, on te présente souvent comme un bassiste. Ça te convient ?
C'est un peu spécial, je joue des lignes de basse au clavier comme Greg Phillinganes . Ce qui m’intéresse dans la production des disques, c'est en particulier l’art de la section rythmique. C’est la base. Donc, quoi de mieux que d’en faire partie ? Ça évite beaucoup d’inconnues quand tu écris les lignes de basse, et c’est un élement tellement important de ma musique... Au début, quand on a commencé avec Les Aéroplanes et BVO, c’était moi et une boîte à rythmes. Puis, juste moi et un batteur. Ensuite, un autre claviériste est rentré dans la danse. Ça a grandi de plus en plus mais ça reste construit autour de la section rythmique.

Et d’où te vient ton amour du disco ?
Je ne comprends pas pourquoi on dit que je fais du disco parce que je n’aime pas ça. J’aime la soul, le R’n’B - mais le disco, pour moi, c’est du Schlager. Je pense à Abba. Pour moi, c’est ça le disco. En revanche, j’aime la dance music. Dans les seventies, on a appelé ça du disco, mais c’est un terme générique pour nommer des choses très différentes. On se fait une idée assez fausse de ce qu’était l’époque. Studio 54, Paradise Garage... tous ces clubs de dance music ne passaient pas tant de disco que ça. C’étaient des lieux surtout connus pour leur choix éclectique de musique. Mon vrai amour, c’est le jazz. Et surtout, le premier truc qui m’a marqué, par un hasard de parcours complet avant même que j’ai une culture musicale, c’était Bitches Brew de Miles Davis. Toute cette période 69-73 d’expérimentation afro-jazz bizarre. C’est le moment où les jazzmen ont une vision savante, moderne et pionnière de leur musique, au même titre que les compositeurs de “musique contemporaine”. Miles Davis, Pierre Boulez, c'est la même rangée dans ma discothèque. J’adore la dance music pour toutes les évolutions sociales qui y sont liées : l’acceptation de plein de choses qu’on pouvait juger déviantes. C’est touchant d’imaginer qu’une avancée sociale peut débuter sur le dancefloor.

D’ailleurs, on sent chez toi une sensibilité aux sciences sociales. Tu remets souvent en cause dans les interviews les visions trop occidentales du monde...
L’anthropocentrisme de l’Occident, c’est une obsession pour moi. J’ai eu la chance de recevoir une éducation pleine d’ouverture d’esprit. On m’a appris à rester curieux et à ne pas créer de hiérarchie entre les cultures ou les informations. Chez nous, c’était aussi important de savoir comment marche un moteur de voiture que de lire les classiques. Quand je suis allé à l’école et que j’ai commencé à découvrir les mécaniques de notre société, j’ai compris que c’était assez exceptionnel, que beaucoup étaient très obsédés par leur personne, qu’ils donnaient plus d’importance aux valeurs qu’ils avaient reçus par leur milieu social qu’à celle des autres, et que c’était tout le temps une compétition. J’ai l’impression que notre rapport à la différence est un peu biaisé. J’ai certainement peur de l’uniformité - une angoisse qui me vient d’une lecture de Hannah Arendt très jeune. La dictature est venue à cause de ce mauvais côté qu’avaient les Occidentaux d’avoir envie d’être rassurés, d’être tous pareil. C’est le pas vers le danger.

Et si j'ai bien compris, tu hais la world music ?
Ce n’est pas que je déteste la world music, c’est que je ne sais pas ce que c’est. Ça voudrait dire quoi ? Qu’il y a notre musique d’un côté et celle de tous les autres ? C’est terrible. Il y a de la pop dans plein d’autres pays, et bien meilleure que la variété française, soyons honnêtes. Culturellement, on ne s’en rend pas toujours compte, mais on est un pays assez dépassé depuis une trentaine d’années. Très peu de choses d’avant-garde, qui ont vraiment changé la donne, ont été faites ici. Bien sûr, il y a eu la Nouvelle Vague dans le cinéma, quelques libres penseurs, Boulez et Pierre Henry. Mais comparé à la culture afro-américaine, nous ne sommes rien du tout. On n'a jamais été un grand pays de jazz non plus, même si l'on a été une terre d’accueil de jazzmen. Au contraire de la Pologne, par exemple. Là il y a un vrai truc culturel qui s’est passé. La musique polonaise des années 60, 70 me touche particulièrement. On dit "agitpop" ou "contrapop". Ça me parle beaucoup plus que la musique de la minorité dominante. Et l’histoire de la musique afro-américaine, c’est ça : le combat des Noirs pour faire respecter leur culture. Quand on a inventé le phonographe et les ondes radio et qu’on s’est rendu compte que ça servait surtout à donner de la place à culture afro-américaine, y en a deux-trois qu’ont pas dû être contents. C’est Frankenstein qui se retourne contre son créateur, c’est jouissif. 

Capture d’écran 2018-03-09 à 10.41.13Bon Voyage, comme son nom l'indique, cherche à transporter l'auditeur. Ça me fait penser à l’exotica, un genre qui représente un ailleurs fantasmé, colonial. Il y a des clichés musicaux que tu essaies d’éviter ?
J’essaye de faire ce que je peux, je dois te dire. Ma démarche, spontanément, ce n’est pas d’éviter des choses. Mais je suis fasciné par l’exotica, une musique qui évoque plein d’endroits mais aucun en particulier. Ça joue sur le cliché un peu naïf et simpliste que les gens ont de ce qui leur est étranger. Le business du tourisme en Thaïlande, en République Dominicaine, c’est exactement ça. On fait croire aux Occidentaux qu’ils sont dans le rêve qu’ils se sont imaginés. On masque la misère sociale.

Tu vois ça comme l’équivalent musical du Club Med ?
Pourquoi pas... Martin Denny, il y a un peu de ça, mais aussi des choses très contemporaines - ce n’est pas toujours mélodieux, c’est parfois très dur, parfois ambient. Que quatre ou cinq WASP dans un studio à Los Angeles créent des pseudo-enregistrements ethnologiques, c’est génial. Il y a un truc d’exotica qui m’a beaucoup marqué : le American Forces Network était implanté dans le monde entier, avec beaucoup de productions radiophoniques (aujourd’hui, tout est accessible gratuitement, d'ailleurs) ; ils ont fait tourner énormément d’artistes, de jazzmen, de musiciens progressifs pour l’armée, comme Charlie Mingus - pourtant un type qui a eu pas mal de démêlés avec l’État ; hé bien, va donc écouter le concert de Martin Denny à la base militaire d’Anchorage. T’es en Alaska, en plein hiver, c’est le réveillon du Nouvel An, il fait moins quarante dehors... et quand tu écoutes l’enregistrement, t’as l’impression d’être à Hawaï. Je trouve ça génial.

C’est un peu la même chose pour la sortie de ton album, qui a des sonorités chaudes mais qui sort en plein hiver…
On est un peu dans le même truc, c’est vrai. On s’est posé des questions parce que ça aurait été plus facile de le sortir en été, et en même temps, on trouvait ça intéressant, ce décalage.

Ce qui frappe quand on écoute tes morceaux, c’est que tu prends des influences sans tomber dans les poncifs, comme par exemple l'air "asiatique" que l'on a utilisé partout, de l'intro de China Girl de Bowie à celle Kung Fu Fighting de Carl Douglas.
On essaie de suggérer par la musique, pas de créer des pastiches !

Sur Goma, tu mélanges d’ailleurs des inspirations africaines et asiatiques, sans que ça ne devienne un fourre-tout indigeste.
Tant mieux. C’est un vocabulaire musical que je développe depuis longtemps. Je ne suis pas à la recherche d’un tube. BVO est un laboratoire. Je trouve ça un peu indécent parfois de présenter mes recherches, mais je suis content parce que je vois que ça avance, que le projet passionne pas mal de gens, des musiciens exceptionnels qui viennent d’ailleurs, qui ont une culture différente de la mienne. C’est comme se payer un voyage. Pendant des années, j’ai vu mes collègues me dire : "Qu’est-ce que tu fais pour tes vacances ?". Quand je leur répondais "Bah là, je vais enregistrer un disque, ça va me coûter 5000 euros", ils hallucinaient. Mais eux, c’est ce qu’ils mettaient pour aller faire de la plongée de l’autre côté du globe. 

Comment tu consommes la musique ? On t’imagine digger chevronné.
Pas trop. Je lis énormément, je pioche beaucoup sur internet. J’ai des obsessions, des espèces de névroses. Pendant deux-trois semaines, je découvre un artiste tchèque et je veux voir comment ça a été fait, je veux tout trouver. J’ai beaucoup de vinyles mais je n’écoute pas que ça. Je prends autant de plaisir quelle que soit la source. J’aime bien mixer avec des vinyles pour la démarche, proposer un truc aux gens qui sont en face. Tout ce qui vient de la manufacture, ça me touche. En revanche, il n'y a pas de prime à la rareté, ça ne m’obnubile pas. J’adore Gold et Jean-Jacques Goldman. Je pense d’ailleurs que Gold, ce sont parmi les paroles les mieux écrites de toute la musique française. Ville de lumière, Laissez nous chanter ce sont des chansons ultra-engagées. C’est politique, mais ce n’est pas Tam Tam pour l’Ethiopie. Sinon, Sauver l'amour de Balavoine et les premiers Goldman, c'est super. Donc même si j’aime des choses obscures, je ne rejette pas du tout la musique populaire, au contraire. En ce moment, ça revient à la mode de piocher dans la variét’, mais on ne reprend que ce qu’on trouve un peu cool.

Oui, ou alors on joue sur le second degré !
Je ne suis pas comme ça. J'aime le second degré, mais me couvrir avec parce que j’ai un peu honte, c’est assez ridicule. J’adore Jean Yanne, surtout Tout Le Monde Il est Beau, Tout Le Monde Il Est Gentil avec Michel Magne. Je vois le monde de la musique et du show-business parisien sous ce prisme-là … 

À ce propos, quelles sont tes influences françaises ? La musique de Black Devil Disco Club peut-être ?
J’adore mais j’aime davantage Bernard Fèvre pour ses trucs d’avant, comme Cosmos 2043. BDDC, c’est très inspiré par From Here To Eternity de Moroder - moins original que les travaux de Fèvre sans Giordano, à mon humble avis. Pour moi, les deux discographies les plus originales en France sont celles de Magma et de Gérard Manset. Quand tu vois le répertoire de Manset, quand il s’assied en face de toi, tu peux bien fermer ta gueule. Même s’il y a des histoires sur lui, c’est comme Céline, ça n’empêche pas d’apprécier l’oeuvre même si le personnage est exécrable. À chacun de voir où il place son curseur d’acceptation. J’ai aussi été marqué par la télé de mon époque. Je la regardais très peu donc j'étais complétement fasciné. Par exemple, les génériques de Procidis faits par Albert Barillé : Il était une fois la vie, Il était une fois l’Homme. C’est bien fait et l’humanisme qui transparaît de tout ce dessin animé me touche.

À tes débuts, tu étais assimilé à la scène nu-disco/house. C’était une niche dont tu voulais sortir ?
J’ai adoré cette scène. J’y ai découvert et rencontré des gens extrêmement érudits et intéressants - la scène de Rotterdam, surtout. Depuis 2004, ils ressortaient des disques d’italo-disco. J’ai été impressionné par Alden Tyrell, j’ai découvert Disco Praline, Crème Organization. Côté français, il y avait Alexis Le TanVidal Benjamin, Zaltan et Top Secret. C’était des diggers qui ne se contentaient pas de collectionner les disques de boogie. Ils m’ont fait découvrir Antenna, Ramuntcho Matta

Tes morceaux parlent du progrès et de la modernité. Ça change de la masse d’artistes qui choisissent une esthétique post-apocalyptique en pompant Carpenter.
Pourtant, j’ai l’impression de faire un peu ça, un truc dystopien. La jungle dont parle le titre de l’album, qu’elle soit végétale ou urbaine, est un moyen de parler de l’hostilité du monde. Instagram est une dystopie ; rien de plus terrible que de pousser les gens à se mettre en scène quarante fois par jour, ça me fait complètement flipper, chacun fait son petit cinéma. Cela ne m’empêche pas d’être excité par l’avenir, Space X d’Elon Musk, la Chine…

Donc tu n’es pas décliniste, comme 99,9% de la population de l’Hexagone ?
C’est certainement la fin d’une certaine domination de la culture occidentale. Le protectionnisme, qu’il soit culturel ou politique, je trouve ça terriblement stupide. C’est génial qu’on puisse être aidés en tant qu’artistes, et en même temps, je suis contre le principe d’exception culturelle. La peur de l’avenir, c’est la peur qu’ont les possédants de perdre ce qu’ils possèdent. Il faut au contraire embrasser le changement. Je ne suis pas inquiet par le futur, je suis plutôt triste de me dire que je ne verrai pas certaines choses de mon vivant.

Ta chanson, Le grand pari, c’est justement un morceau sur ce rapport confiant au futur ?
Pour tout te dire, c’est une chanson sur ce que sont devenus nos utopies d’hier, comme Auroville. Que reste-t-il du rêve du Grand Paris des années 70 ? C’était ce moment où l'on pensait que le capitalisme rendrait tout accessible. La question que je pose dans Le grand Pari, c’est : «Que sont devenus nos grands idéaux ?». Je ne parle pas que du mouvement hippie, qui n’était qu’un extrême du spectre de cette époque-là. Cette question devrait être un débat prioritaire. Plutôt que de confronter les acquis des uns contre les acquis des autres, de créer des antagonismes.

Donc le rétrofuturisme, c’est quelque chose qui t’interpelle ?
Oui, je suis un «trekkie» ! Un vrai fan de Star Trek. J’ai tout vu, toutes les séries, tous les épisodes. Les nouveaux films ont été faits par des gens qui n’ont pas compris ce qu’était Star Trek. Gene Roddenberry parlait du monde qui l’entourait : la communauté noire, les Russes qui sont représentés par les Klingons... Après, il y a eu Next Generation dans les années 90, avec des acteurs incroyables comme Patrick Stewart, président de la Shakespeare Society. C’est du théâtre. J’adore aussi Cosmos 99, une série sur l’environnement : on stocke nos déchets nucléaires sur la Lune mais ça pète et on se demande si la Terre va s’en sortir. Aujourd’hui, les séries se concentrent essentiellement sur l’action.

NOSTROMOTu as enregistré aux studios La Frette, où Nick Cave est déjà passé. Comment ça s’est déroulé ?
En fait, je suis un touriste de console. Certaines sont des pièces uniques, alors de pouvoir les entendre, les apprivoiser, c’est une chance fantastique. Au studio de La Frette se trouve une console Neve construite sur mesure pour Eddie Barclay. J’adore ce studio ou j’essaie de me rendre pour tous mes projets de réalisateur. On prenait des grosses sessions d’un mois où l'on faisait une semaine Amadou et Mariam, une semaine BVO. J’ai mené les deux de front. On a fait des sessions volumineuses, avec moi, un batteur, un guitariste, des percussions.  

Tu arrives en studio avec tes idées déjà prêtes ?
On joue, parfois on improvise, et ensuite je fais des collages et ça devient les morceaux. On a souvent des idées de rythmiques parce qu’on tourne ensemble et que pendant les balances, on trouve des pistes. Ensuite, je mélange avec des idées d’harmonies que j’ai trouvées sur mon piano chez moi. Parfois, les deux viennent en même temps. Je ne me considère pas comme un grand compositeur - c’est pas mal de puzzle.

J’ai entendu dire que tu es un admirateur des grands musiciens de studio. C’est vrai ?
Les Funk Brothers de La Motown, les mecs de Muscle Shoals, la clique de New-York dans années 70 avec Richard Tee, Steve Gadd, Garry King, Will Lee à la basse… En France, t’as Jannick Top à la basse, Jean Schulteiss à la batterie, Claude Engel, Serge Perathoner. Tous ces gens que l’on retrouve à la SACEM maintenant. Marc Chantereau, Alain Dahan, Slim Pézin… 

Ah, on a récemment rencontré Slim.
J’adorerais bosser avec lui. Il n’y aura plus jamais de gars comme ça. D’abord parce qu’on ne passe plus autant de temps en studio ; on recale des trucs après. Ça n’exige plus la même confiance en soi. À l’époque, ces mecs, ils arrivaient en studio le matin, ils enregistraient les rythmiques, on les mixait, on les passait sur deux pistes, et l’après-midi on faisait les violons. C’était fini, on ne touchait plus à rien. Je trouve ça absolument fascinant de professionnalisme, d’autant qu’ils arrivaient souvent à expérimenter, à innover, à ne jamais rester dans leur zone de confort.

Tu as travaillé avec un percussionniste cubain. Ça s’est fait comment ?
Oui, Inor Sotolongo, qui joue avec nous sur scène pour la tournée qui vient. Comme j’étais obsédé par la musique haïtienne l’année dernière, on a échangé sur l’arrangement des percussions. C’est fascinant. Il y en a beaucoup plus que sur mes disques précédents. Autrefois, les congas était faites avec les fûts de rhum du port de la Havane. J’ai pu discuter avec lui, qui est allé au conservatoire là-bas, de l’accordage, du pourquoi de certains motifs rythmiques. À quel moment c’est Yoruba et à quel moment c’est moderne. Le morceau Soleil Dieu parle de ça, de l'intrication entre modernité et tradition. 

Qu’est-ce qui t’as amené vers la musique d’Haïti ? C’est très confidentiel sous nos latitudes.
L’Association des Taxi Haïtiens de Paris fait des concerts géniaux à Saint-Denis. Je les salue car c’est grâce à eux que j’ai découvert cette musique fantastique.

Ton manager est aussi celui de Tinariwen. Cela a joué dans la conception du disque de les côtoyer ?
Ils ont un rapport simple à la musique, sans marketing aucun. Comme on vit un peu tous de la même manière, dans le même genre de lits avec une table de chevet, des chiottes et une salle de bain, un iPad, un téléphone et le même type de bouffe, quand tu rencontres des gens qui habitent dans le désert, ça ouvre l’horizon. S’exposer aux différences, ça permet de faire de la musique différente.

Il y a deux chanteuses sur l’album, Maud Nadal (alias Halo Maud) et Agathe Bonitzer. Comment les as-tu choisies ?
Agathe, ça fait sept-huit ans que je veux faire quelque chose avec elle. Je lui demande de faire son travail d’actrice, je fais appel à elle pour les voix parlées. Elle lit les textes, on en discute, elle les comprend et les habite. J’adore faire ça. Maud, je l’avais entendue sur plusieurs projets, et pour Géographie j’ai pensé à elle. C’est un bonheur que de travailler avec elle. C’est difficile de trouver des bonnes chanteuses, pour être honnête.

C’est un choix délibéré ou il y aura bientôt aussi des hommes derrière le micro ?
La question ne s’est pas posée parce que la musique de BVO est plutôt chargée : il faut qu’il y ait de la place pour la voix, il faut que ce soit haut. Mais Adrien Soleiman chante avec nous sur scène en plus de jouer du saxophone. Je ne suis fermé à rien.

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Et en tournée, est-ce que BVO voyage bien ?
On fait ce qu’on peut. On est sept sur scène, donc il faut des sous. On est allé en Chine. Je vais y retourner. On avait ce projet l’année dernière mais qui, pour des questions d’agenda, ne s’est pas fait : on veut faire une création originale avec des musiciens chinois et les membres de BVO. Sinon, la réalité, c’est qu’en Angleterre ou en Hollande, on a un accueil qui n’a rien à voir avec celui qu’on nous réserve en France. Ils sont plus encore plus réceptifs. En tout cas, on va pas mal tourner. Mais, comme pour tout le monde, c’est dur. On est neuf dans le van, soit le max qu’on peut foutre dedans. C’est fatiguant, on a un certain âge mais on adore les concerts. On pourrait être à France Télécom à faire des factures, on ne va pas se plaindre. 

Quels sont tes projets en cours ?
La réalisation du prochain album de Papooz et d’autres choses dont je ne peux pas parler malheureusement.

On va être surpris ?
Je ne vais pas non plus faire du grindcore ou du hip-hop ! On m’appelle pour de la musique dansante et bien écrite, avec ce truc exotisant où je peux apporter quelque chose.

Toi qui as le regard tourné vers le futur, quelle musique imagines-tu dans l’avenir ?
Je n’attends rien, j’espère surtout être surpris. Je suis un spectateur attentif. J’adore Grimes. Des choses fantastiques faites par une personne seule sur un ordi. Grimes, en terme de sound design, c’est le niveau au-dessus. C’est hyper-futuriste et en même temps, je ne comprends pas tout. Comme lorsque je vais à Taïwan ou Hong-Kong. Ça reflète ce monde qui se déroule mais dont on ne nous parle pas sur France 2 ou BFM parce qu’on est plus préoccupés par la neige ou montrer que la Bretagne est belle, histoire de nous conforter dans l’idée qu’on vit dans un petit trésor.

++ Jungle ? Quelle jungle ? est sorti le 2 mars et est disponible sur Deezer et Spotify.
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