Jacky au royaume des filles, de Riad Sattouf (2014)

Thématiques : dictature, matriarcat, droit des hommes.
Le film : En général, réaliser un succès au cinéma est la garantie de faire à peu près ce qu’on veut avec le film suivant. Riad Sattouf a bien saisi sa chance après Les Beaux Gosses en décidant de transposer l’histoire de Cendrillon dans un monde où les rapports de domination homme/femme ont été inversés. L’histoire se passe en République démocratique et populaire de Bubunne, régime fascisant mené par des femmes et réduisant les hommes aux tâches ménagères et au port du voile. C’est dans ce contexte que Jacky (Vincent Lacoste) doit lutter contre ses frères Juto et Vergio afin d’obtenir une place pour le grand Bal de la Grande Bubunnerie, où il pourra rencontrer l’héritière du trône, Bubunne XVII (Charlotte Gainsbourg). Quitte à partir dans le grand n’importe quoi, Riad Sattouf y va à fond, invente un alphabet bubunne, inverse le genre de mots (un culottin, une blasphèmerie, un perruquin), ridiculise ses personnages masculins par tous les moyens, affublés d’une sorte de hijab orange grotesque, brimés, harcelés, violés. Une vision du monde peut-être un peu trop brutale pour un public qui ne s’est pas pressé en salles, malgré un accueil critique plutôt bienveillant. Mais qu’importe, le temps remplit son office et le film fait aujourd’hui l’objet des plus sérieuses exégèses, à tel point que la sa page Wikipédia est aujourd’hui plus fournie que celle de Citizen Kane.
Un moment WTF : Michel Hazanavicius et Vincent Lacoste déguisés en femmes, chevauchant fièrement un poney au ralenti à travers la forêt, une image qui hante longtemps.
Une bonne raison de le voir : Didier Bourdon en hijab. lhomme-orchestre-001L'Homme orchestre, de Serge Korber (1970)

Thématiques : danse contemporaine, psychédélisme, cols roulés.
Le film : une comédie-musicale-avec-Louis-de-Funès : six mots qui envoient du rêve. Mais L’Homme Orchestre n’est pas qu’une comédie musicale, c’est une comédie musicale DES ANNÉES 70, et ça change tout : le film est une véritable orgie de couleurs pétaradantes, de décors bigarrés, de pulls à damier, le tout recouvert par la musique sautillante et funky de François de Roubaix. De Funès y incarne Evan Evans, un chorégraphe de danse contemporaine qui impose à ses danseuses une vie d’ascèse. Il les loge dans un manoir bizarre dans lequel il leur prépare des repas diététiques et leur raconte des histoires avant d’aller dormir. Le jour où l'une de ses danseuses tombe enceinte, c’est le drame. Le film est mis en scène par Serge Korber, réalisateur relativement méconnu que Louis de Funès sollicita lui-même pour dépoussiérer son image. On peut dire que le contrat est pleinement rempli : la séquence de danse de Rabbi Jacob fait pâle figure à côté de tous les moments musicaux déglingos offerts dans l’Homme OrchestreÉvidemment, le film est un échec, ce qui sera également le cas de tous les films suivants de Serge Korber, lequel décidera alors de tenter sa chance dans le cinéma porno, et réalisera sous le pseudonyme de John Thomas des films aussi mémorables que Hard Love, Dans la chaleur de Julie ou L'Odyssée de l'extase.
Un moment WTF : cette séquence chantée en mode Jacques Demy avec Louis et Olivier de Funès changeant des couches.
Une bonne raison de le voir : la musique de François de Roubaix, génie musical, petit ange barbu parti trop tôt. 

michelwellbeckL’Enlèvement de Michel Houellebecq, de Guillaume Nicloux (2014

Thématiques : séquestration, alcool, poésie. 
Le film : Tout est dans le titre. Un beau matin, l’écrivain Michel Houellebecq est kidnappé par trois types moyennement préparés et légèrement idiots, qui le tiennent en captivité chez les parents de l’un d’entre eux, et réclament une rançon en échange de sa libération. Débute alors une étrange aventure au cours de laquelle l’acteur Michel Houellebecq va révéler son formidable talent comique, irradiant le film de son charisme morne, contrastant avec le tempérament impétueux de ses kidnappeurs. Le syndrome de Stockholm aidant, le prisonnier finira par quitter la chambre qui lui sert de cellule pour aller prendre des cuites avec ses geôliers. L’occasion de deviser gaiement sur Le Corbusier, la démocratie, la vie et la mort, dans des scènes aussi drôles qu’éclairantes sur la psyché de cet étrange personnage.
Un moment WTF : Michel Houellebecq roulant pépouze à 300 km/h sur l’autoroute (sans doublure).
Une bonne raison de le voir : un cours de free-fight gratuit. Preparez_vos_mouchoirsPréparez vos mouchoirs, de Bertrand Blier (1979)

Thématiques : amour, plaisir féminin, pédophilie.
Le film : Raoul n’arrive plus à enchanter la vie de sa femme Solange. Il décide alors de la confier à Stéphane, un inconnu croisé dans un restaurant, qui ne se montrera pas beaucoup plus adroit. C’est par ce point de départ (et par une fabuleuse séquence d’ouverture) que débute le quatrième long-métrage de Bertrand Blier, qui marque ses retrouvailles avec le tandem Depardieu/Dewaere, quatre ans après Les ValseusesConsidéré comme misogyne à sa sortie, le film n’est pourtant pas tendre avec ses personnages masculins, les présentant comme de parfaits abrutis, incapables de percer le mystère du plaisir féminin, incarné par une Carole Laure passant le film entier à tricoter des écharpes, à poil dans son lit. Quand après plusieurs semaines de torpeur urbaine, le trio se retrouve à animer une colonie de vacances dans un cadre plus buccolique, le film bascule alors dans un autre dimension. Ce qui avait commencé comme une bromance déjà un peu étrange dévie alors vers un invraisemblable carré amoureux entre deux hommes, une femme et un enfant surdoué de treize ans, menant le film vers des terrains nettement plus glissants et subversifs. 
Un moment WTF : Depardieu et Dewaere qui délirent sur Mozart pendant que Carole Laure reprise un pantalon.
Une bonne raison de le voir : Oscar du meilleur film étranger 1979, quand même.
Le_CreateurLe Créateur, d’Albert Dupontel (1999)

Thématiques : angoisse de la page blanche, meurtre de chatons.
Le film : Darius, dramaturge à succès, est atteint d’une sévère panne d’inspiration alors que les répétitions de la pièce qu’il doit écrire ont déjà commencé. Le jour où il tue accidentellement son chat, son inspiration se débloque miraculeusement, avant de s’évanouir à nouveau quelques jours plus tard. Il se met alors en quête de nouvelles victimes pour entretenir son ardeur créatrice. Ce n’est que le début de l’escalade de la violence. Au delà son intrigue un peu perchée, Le Créateur est surtout le film d’un vrai réalisateur, la quintessence d’un style déjà bien affirmé presque vingt ans avant d’être récompensé aux César : photo sépia malaisante, plans ultra-rapprochés, acteurs cadrés en biais à la Terry Gilliam, mouvements brusques… Ajoutez à cela un cortège de seconds rôles en feu (Claude Perron, Nicolas Marié, Michel Vuillermoz…) et une belle armure de chevalier, et vous obtenez le film le plus radical d’Albert Dupontel, et probablement son meilleur.
Un moment WTF : une scène de rêve un peu tumultueuse.
Une bonne raison de le voir : les séquences de monologues maboules d’Albert Dupontel. 

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