Sabrina Bellaouel
Sabrina Bellaouel refuse de choisir entre le français et l'anglais, de choisir entre sa vie quotidienne à Paris et ses séjours réguliers en Algérie, entre la chaleur d'un R'n'B traditionnel et la froideur de productions plus avant-gardistes. «Le R'n'B est un terrain de jeu, un courant où l’expérimentation a toujours été de mise», revendique-t-elle d’ailleurs dans une interview à I-D. Et elle connaît parfaitement son sujet – on parle quand même ici d’une artiste passionnée d’Erykah Badu ou D’Angelo, qui est signée chez Grande Ville (Lonely Band, Bonnie Banane), qui a été biberonnée au gospel et dont le dernier EP, Illusions, ose les inclinaisons ambient à la Brian Eno.
À quoi ça ne ressemble pas ? Oubliez Wallen et Kayliah (c'est peut-être déjà fait, non ?) : Sabrina Bellaouel, c'est une vision du R'n'B nettement plus minimaliste, hypnotique, quelque chose qui la rapproche parfois de la mélancolie inhérente à la scène trip-hop de Bristol, mais qu'elle finit toujours par esquiver grâce à des refrains qui transpirent la vie, l’amour de son prochain.
Potentiel de séduction :  Bonnie Banane et Ta-Ha se sont certes taillées une belle réputation, mais n'ont pas encore réussi à atteindre le cœur du grand public. Produite par Myth Syzer et Jimmy Whoo, Sabrina Bellaouel en a clairement le potentiel. Écouter L'eau, par exemple, c'est avoir la certitude de le réécouter une dizaine de fois dans la foulée.

Obongjayar
Petit, lorsqu’il vivait encore au Nigéria, Obongjayar admirait Nelly et Eminem. Sa vie était donc toute tracée : il voulait devenir rappeur. Après quelques années en Angleterre, il change d’ambition, s’essaye au chant et se définit aujourd’hui comme un chanteur soul. De notre côté, honnêtement, on a toujours autant de mal à trancher, tant Obongjayar a visiblement décidé de tout mélanger : les musiques électroniques, l’afrobeat, le spoken word et même les atmosphères spirituelles. «Oh, gravity, you’ve let me down for the last time» : allez l’écouter chanter cette phrase, vous verrez, ça (re)donne foi en Dieu !
À quoi ça ressemble ? Pour décrire son dernier EP, Bassey, Obongjayar dit avoir voulu connecter les qualités de production d’Atrocity Exhibition de Danny Brown à l'énergie de Fela Kuti. Ça ne se vérifie pas toujours à l’écoute des différents morceaux (Spaceman, par exemple, fait davantage penser à Frank Ocean), mais l’idée qu’un tel mélange puisse exister excite au plus haut point.
Potentiel de séduction : La presse anglo-saxonne en parle déjà, Richard Russell (boss de XL Recordings et homme de l’ombre derrière les découvertes d’Adele et Ibeyi) l’a invité sur son dernier album (le temps d’un morceau aux côtés de Kamasi Washington), Danny Brown l’a convié à la production et le bonhomme dit être sur le point de travailler avec plusieurs artistes féminines connues. Au hasard, on lui donnerait donc un beau 90%, non ?

Khruangbin
Khruangbin, ce sont trois musiciens (Laura Lee à la basse, Mark Speer à la guitare et Donald Johnson à la batterie), trois Texans épris de funk thaïlandais des années 1960 et prêts à retranscrire cette passion sous forme de petits morceaux pop vaporeux, profondément psychédéliques. Au point de ne reproduire que ce que les Thaïlandais nomment la Shadow Music, en référence au groupe The Shadows, très populaire dans les sixties ? Plutôt une astuce pour se démarquer de la masse et développer, tout en sensualité et douceur, des mélodies presque entièrement instrumentales.
À quoi ça ressemble ? En s’enveloppant dans ces mélodies qui incitent aux rêves, on s’imagine la rencontre improbable (et pourtant fantasmée) entre Curtis Mayfield (période Superfly) et The Shadows. La classe, donc !
Potentiel de séduction : Sorti en 2015, leur premier album The Universe Smiles Upon You était passé complètement inaperçu, et on ne se fait pas beaucoup plus d'illusions quant au sort réservé à leurs nouvelles compositions. Friday Morning mériterait pourtant déjà une place à part dans les classements de fin d'année et dans le cœur des âmes rêveuses.

WWWater
Charlotte Adigéry a beau être chapeautée par les gars de Soulwax, qui ont déjà publié ses différents morceaux sur leur label (Deewee) et l’ont révélée via la B.O. de Belgica, ses chansons ne sont pas exactement festives. Elles ont au contraire la douceur profondément apaisante d’un baume ou d’une berceuse. À l'image de son EP La Falaise, inspiré d'une visite aux Gorges de La Falaise et porté de bout en bout par des ballades laconiques, contemplatives et dénuées d’ornementations inutiles.
À quoi ça ressemble ? Contrairement aux morceaux qu’elle enregistre sous son propre nom, nettement plus pop, la Belge prend une orientation clairement électronique lorsqu’elle enfile le costume WWWater, quelque chose qui la rapproche par instants des incantations mystique de FKA Twigs ou Perera Elsewhere.
Potentiel de séduction : En interview, elle le confesse volontiers : elle chante depuis toujours et a fait de sa voix un outil de communication. On s’inquiète donc peu de sa capacité à nous donner des nouvelles (excellentes, forcément) à intervalles réguliers.

Denzel Himself
À 22 ans, Denzel Himself semble déjà nostalgique : Chevi, son dernier single, a été pensé comme un hommage au hip-hop des années 2000 (celui par lequel il a découvert le rap, 50 Cent ou Slum Village, notamment), l'instru a été composée il y a six ans et le clip a été tourné dans la maison de son enfance... Le Londonien n'en reste pas moins visionnaire dans sa façon de confronter le hip-hop à des tentatives hardcore.
À quoi ça ressemble ? À une version sombre de Tyler, The Creator. Plus énervé et chauvin (l’accent londonien, putain !) également.
Potentiel de séduction : À son âge, Denzel Himself est également un touche-à-tout : il écrit, produit, compose, réalise ses clips et gère lui-même la distribution avec son label Set Count Worldwide. Son premier EP, Pleasure, est donc 100% homemade et, par conséquent, peu enclin à séduire les grandes maisons de disques – toujours rétives aux artistes qui avancent sans compromis.

Halo Maud
Ça fait plusieurs années que l'on parle en souterrain de Halo Maud : on la sait amie avec Melody's Echo Chamber, on l'a vue aux claviers pour Moodoïd, on l'a fantasmée à l'écoute de l'EP Du pouvoir (produit par Maxime Le Guil : Camille, Radiohead, Soko), on l'a découverte sous inspiration Pina Bausch le temps d'un clip (le très beau Baptism) et on l'a aperçu aux côtés du quatuor montréalais Corridor (Deux cœurs). Aujourd’hui, la Française, signée sur le label indépendant britannique Heavenly Recordings (Baxter Dury, Saint Etienne, Temples), débarque enfin avec son premier album (Je suis une île, le 25 mai prochain) et ça s’annonce beau. D’une beauté cristalline et enchanteresse, comme souvent avec elle.
À quoi ça ressemble ? Ses plages vaporeuses la rapproche forcément de Melody's Echo Chamber (le côté psychédélique en moins), mais c'est plus à une discothèque rétro que l'on pense à l'écoute d'un titre comme Tu sais comme je suis, mystique, aérien et tout bonnement renversant : on parie sur une collection allant de Jane Birkin à Stereolab, en passant par Cat Power et Christophe.
Potentiel de séduction : 73% ! Parce qu’on y croit, parce qu’on lui souhaite tout le meilleur et parce que ceux qui n’adhèrent pas à ses pop-songs célestes méritent à coup sûr d’être pris en charge.

Valee
Depuis la sortie de la mixtape 12:12 en 2015, Valee Taylor n’a pas changé de méthode. Ses morceaux dépassent toujours à peine les deux minutes, sa vie se déroule toujours dans un quartier de Chicago et sa volonté reste identique : composer les meilleurs beats (de préférence, d’orientation trap) qu’il n’aurait pu entendre à la radio ou sur Internet. Pour un résultat plutôt convaincant, sachant que des rumeurs persistantes l’envoient dernièrement rejoindre les rangs de G.O.O.D. Music, le label de Kanye West.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Chance The Rapper, l’autre grand nom de la scène rap de Chicago. Avec Valee, le rap se veut plus brut, moins pop.
Potentiel de séduction : Dur de se faire un nom au sein d’un paysage rap surpeuplé ces derniers temps, donc difficile d’estimer sa potentielle réussite. D’autant que le mec semble se méfier des avis extérieurs : «Après avoir travaillé si dur et sans avoir un retour, vous devenez méfiant vis-à-vis des félicitations», racontait-il à Pitchfork dernièrement. Avant d'évoquer son constant manque de satisfaction : «J'aime rarement la musique que je fais. C'est comme si rien n'était jamais assez bon. Je reste juste pensif, attendant le prochain meilleur beat, celui qui me permettra de faire quelque chose de mieux que précédemment».

Jess Connelly
Le grand public ne la connaît pas encore, mais on peut vous le dire : on a tous mérité le R'n'B étincelant de Jess Connelly, future star philippine d’un genre trop souvent abandonné aux braillards et aux amygdales crâneuses. Le temps de quelques titres, c’est au contraire avec sobriété et retenue que Jess Connelly susurre le genre de chansons d'amour qu’on rêvait d’entendre depuis que Timbaland a cessé de composer des hits. Oui, rien que ça !
À quoi ça ne ressemble pas ? Rétro et moderne, mais aussi lumineuse et sereine : la dernière sortie de Jess Connelly, Mine, gagne encore en majesté par rapport aux productions précédentes de la Philippine. En à peine quatre minutes, Jess Connelly continue donc de s’éloigner de la nouvelle scène R'n'B féminine actuelle pour mieux flirter avec les musiques électroniques et une scène underground issue des quartiers de Manille.
Potentiel de séduction : On n'en est qu'aux débuts de cette jeune chanteuse (4500 abonnés YouTube, à peine), mais quand on entend la richesse mélodique, la classe des harmonies et des arrangements, on se dit que cette âme sensible pourrait un jour faire vibrer des millions de cœurs. Surtout que, de morceau en morceau, la progression de Jess Connelly est déjà sidérante.

Lomboy
Un groupe qui, en quelques titres, revendique l’utilisation de la flûte, les références au Japon et les hommages à Alain Delon (celui des sixties, bien sûr !) ne peut que mériter l’attention ou même l’amour. Lomboy, formation centrée autour de la chanteuse Tanja Frinta, est de ceux-là : ancienne membre de Lonely Drifter Karen, l’Autrichienne basée à Bruxelles ne fait pas que multiplier les allers-retours entre l’Europe et Tokyo ces dernières années, elle a également composé une flopée de petits tubes électro-pop aussi lascifs que vaporeux.
À quoi ça ressemble ? On pense parfois à un mélange entre Air et Dirty Beaches, mais c’est surtout à de bonnes siestes crapuleuses que l’on songe à l’écoute de Worth To You et Alien Lady, deux titres qui prouvent que Tanja Frinta a fait de son savoir-faire mélodique une sublime extension de ses désirs sexuels.
Potentiel de séduction : Warped Caress est seulement son deuxième EP en deux ans mais déjà une certitude, expéditive, définitive : Lomboy (au même titre que son label, Cracki Records) est notre ami. On croit donc fortement en sa capacité à émerveiller nos prochaines semaines, si ce n’est nos prochaines années.

Strange Boy
Parce qu'on ne parle pas suffisamment de pop romantique, électronique et lyrique anglaise, on se rattrape avec ce duo classe comme une vieille paire de Doc Martens et son Corbusier qui donne envie de danser langoureusement au milieu des ruines, de passer la soirée avec une bougie plutôt qu’avec mille ampoules, de louer une vieille Rolls-Royce pour visiter la campagne anglaise et d’appuyer continuellement sur play, comme pour tuer l’ennui du quotidien.
À quoi ça ressemble ? Écouter le premier EP de Strange Boy (Annunciation), c'est entendre des morceaux à la résonance intime que ces mélodies presque outrancières parviennent à créer. C’est aussi se confronter à une alchimie sonore que l'on ne rencontre pas tous les jours, si ce n'est dans les albums de Perfume Genius ou d'Anohni.
Potentiel de séduction : Si les pop-songs du duo Kieran Brunt et Matt Huxley ne virent pas à la grandiloquence à l’avenir, elles ont toutes les caractéristiques nécessaires pour séduire les foules les plus disparates, des babtous fragiles aux cœurs de rockeurs.