- Le scénario de Sa Majesté des mouches

Film culte de Peter Brooks, adapté du roman du même nom, Sa Majesté des mouches a terrifié la bonne société des années 60 avec l’histoire de ces adolescents de bonne famille qui se retrouvent après un crash d’avion sur une île déserte. Un lieu coupé de tout où rapidement le vernis social va craquer, les garçons se laisser aller à leurs instincts les plus bestiaux et redevenir sauvages. Si les références narratives sont évidentes, renforcées par l’usage d’un noir et blanc très marqué, le propos du film de Mandico est tout autre : ses garçons à lui sont déjà sauvages et sans foi ni loi, et c’est leur changement de genre qui justement va les transformer - pour le meilleur comme pour le pire, d’ailleurs. 

- Les minets vicieux de Jean-Daniel Cadinot

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Il pèse sur tout le film une lourdeur érotique certaine, faite de petits riens et de grands tout, de poses alanguies et de regards appuyés. Des ambiances lourdes de sens comme celles qu’affectionnait Jean-Daniel Cadinot, l'un des photographes et pornographes français les plus réputés outre-Atlantique, et sa fascination pour les minets et les jeux de vilains qui peuplent sa filmographie, dont certains titres comme Les minets sauvages, Âge tendre et sexes droits ou Deuxième sous-sol, sont déjà tout un programme détaillé sur la notion d’amitié.

- L'amitié indéfectible du Club des Cinq

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Nous sommes d’accord, les cinq ados qui composaient le fameux Club des Cinq n’étaient pas que des garçons. Dagobert était même un chien - mais surtout Claudine, la chef de bande, assumait son côté garçon manqué et refusait de se comporter comme les filles devaient le faire. Un mélange des genres qui à l’époque n’était pas du goût de tout le monde. Si Les Garçons Sauvages fait songer à une adaptation très libre et sous LSD des aventures de ces célèbres Cinq, c’est par l’idée que l’amitié, et qu’une bande soudée, aura toujours raison de tout, quitte comme dans Les Garçons Sauvages à devenir une armée conquérante à l’assaut de la cruauté du monde extérieur.

- Le surréalisme bricolé de Raul Ruiz

Les plus cinéphiles n’auront pas loupé que le fantôme de Raoul Ruiz, cinéaste franco-chilien disparu en 2011, hante Les Garçons Sauvages mais aussi la filmographie de Mandico par son surréalisme bricolé à partir de bouts de ficelles, sa mise en abyme du plus classiques des scénarios, son mélange des genres cinématographiques, son goût pour les transformations et les distorsions spatio-temporelles, son questionnement sur la notion d’identité et son étrangeté guidée par un sens de l’humour certain. Et l'on pense immédiatement à son classique, Les trois couronnes du matelot, entre L’île au trésor de Stevenson et Orson Welles, autres clins d’œil que nous adresse Les Garçons Sauvages.

- Les paquets apparents de Tom of Finland

Autant y aller franco : Les Garçons Sauvages est un film totalement obsédé par la bite ! Et surtout celle, énorme, du capitaine. Avec son pantalon de marin plus-moulant-ça-craque, sa casquette en cuir et ses favoris de baroudeur, la poutre apparente du capitaine dont les tatouages racontent les péripéties autour du monde («Là, c’est une fille que j’ai connue à Sumatra, là, la morsure d’une folle, et là, c’est la latitude et la longitude d’une île qui m’est très chère») obsède totalement les cinq garçons comme l’énonce la voix off pendant un plan on ne peut plus anatomique : «Leur calvaire n’était pas terminé, une nouvelle corde les liait au capitaine, invisible, solide et tendue». On ne peut évidemment s’empêcher de songer aux cakes de Tom Of Finland et leur aptitude à faire partager le moindre détail de leur anatomie, mais aussi au Querelle de Brest de Jean Genet adapté par Fassbinder, où les symboles phalliques sont plus nombreux que les mauvaises blagues dans une émission d’Hanouna. 

- Les scintillements de Kenneth Anger

Comme un fil conducteur, à la fois protecteur et maléfique, le crâne humain serti de pierres précieuses revient régulièrement hanter le film comme une sorte de divinité païenne. S’il peut faire penser à la célèbre pièce For the love of God de l’artiste contemporain anglais Damien Hirst, ce crâne fantaisie renvoie plus sûrement au réalisateur américain, gay et underground Kenneth Anger. Et à Scorpio Rising, l'une de ses œuvres les plus connues, où les blousons cloutés des bikers diffractent des éclats magiques dont Bertrand Mandico use et re-use dans Les Garçons Sauvages, grâce à un filtre spécial nommé Star. Un filtre responsable des scintillements qui illuminent constamment le film et qui sont autant de clins d’œil à des références cinématographiques telles que Le Secret de Veronika Voss de Fassbinder. Bref, si vous avez les rétines fragiles, privilégiez les lunettes de soleil.

- Les jets de foutre de la bête de Walerian Borowczyk

Il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu un film où le sperme coule autant à flot, que ce soit dans la scène inaugurale de viol où les jets de foutre font penser à des claquements de fouets, dans les drôles de fruits remplis d’un liquide gélatineux que les garçons dévorent à pleine bouche et qui ressemblent à des testicules poilus, dans ces étranges fleurs qui poussent sur l’île et qui sécrètent une sorte de nectar blanc que nos cinq protagonistes tètent comme un petit veau sorti du ventre de sa mère, ou dans les filets terriblement visqueux qui retiennent prisonniers nos petits gredins. Une esthétique du jet directement inspiré de ce classique du porno-intello, La Bête, où le foutre est quasiment un personnage à lui tout seul. 

- Le sens du camp de James Bidgood

Cinéaste contrarié, James Bidgood aura passé la majeure partie de sa vie à construire petit à petit et de bric et de broc l’univers de son chef-d’œuvre d’une vie, le très homo-érotique Pink Narcissus, film qui a influencé toute l'esthétique de Pierre & Gilles (voire sur lequel on pourrait considérer qu'ils ont tout pompé, ndlr), David LaChapelle, Gregg Araki... jusqu'à se faire récupérer par Beyoncé, qui annonce au monde entier qu’elle est enceinte de sa seconde fille avec une photo couverte de roses sur Instagram. Une esthétique du kitch et du camp largement citée par Mandico dans les scènes colorées du film, qui agissent comme des respirations bienvenues. Mais surtout une philosophie du camp que Mandico décrit comme «une excroissance fétichiste liée au cinéma, comme une dérive hollywoodienne, lorsque les idoles devenues mûres deviennent des figures glam, déviantes et ambiguës».

Et aussi : les bretelles torse-nu de l’affiche de Portier de Nuit, la folie du bondage de Teruo Ishii, James Coburn dans Cyclone à la Jamaïque, les garçons-mannequins du photographe Bernard Faucon, les ado guérilleros qui hantent les livres de William S. Burroughs, et le Flaming Creatures de Jack Smith…