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"Trois notes de guitare, glissées parmi le silence. Un lac immobile, une lumière indistincte : aube ou couchant, on ne sait plus. C'est une drôle de première image, qui éloignera d'emblée et à jamais Million Dollar Baby de tous les films sur la boxe, et il n'en a pas manqué à Hollywood. Mais comme image première, c'est la perfection : le grand calme qui enveloppe le vingt-sixième film d'Eastwood est d'emblée posé, autant glacis funèbre, surface, que plan profond. Voilà un film au passé, voici un film comme on a pu en faire dans le passé : c'est-à-dire un film raconté, légendaire, écossais ou irlandais (on pense à Ford, à tort ou à raison), un film pondu du fond d'une gorge."

C'est en ces termes vibrants qu'un Philippe Azoury visiblement très ému chronique Million Dollar Baby dans Libération, le 23 mars 2005. Ils sont rares, les chocs esthétiques exprimés avec autant de sincérité, alors que trop souvent la critique cinéma s'empêtre dans sa propre érudition, s'enivre d'adjectifs pompeux, oubliant le plaisir simple de l'émotion brute. Sauf que cette première image enveloppée d'un grand calme, ce lac immobile habillé de trois notes de guitare, autant glacis funèbre que film écossais pondu du fond d'une gorge, n'était en fait très probablement pas la première image de Million Dollar Baby, mais le logo de la société de production Lakeshore Entertainment qui précédait le film. La question a été posée à CheckNews.fr, l'organe de fact checking de Libé, qui a contacté le journaliste pour éclaircir ce point. Sa réponse : "Je n'ai pas de réponse à ça, je ne m'en souviens pas, c'est un papier qui a plus de treize ans. Je n'en ai pas la moindre putain d'idée." Allez, on ne jette la pierre à personnes ; à force de faire Cannes sans dormir, c'est normal d'avoir des petites absences.

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