Ça se binge : The End Of The Fucking World
«Je m’appelle James, j’ai 17 ans et je suis presque sûr d’être un psychopathe.» A priori, rien d’attachant dans ce propos, d’autant que le James en question (interprété par Alex Lawther, aperçu dans la saison 3 de Black Mirror) aime l’automutilation, rêve de violenter son père, de tuer des animaux de compagnie et, pourquoi pas, «quelque chose de plus grand». Un humain, de préférence. Sa petite copine, dans l’idéal. Ce qui aurait pu virer au gore, à quelque chose d’aussi indigeste que les derniers Saw, prend une toute autre ampleur au contact d’Alyssa, elle aussi 17 ans, mais plus torturée et déjantée que glauque. Elle aurait pourtant toute les raisons de l’être : son beau-père a les mains baladeuses, sa mère déprime, son père l’a abandonnée, etc.

Ensemble, James et Alyssa décident donc de quitter leur banlieue bourgeoise pour sillonner la campagne anglaise à bord d’une voiture volée et tentent de survivre tant bien que mal : en squattant une belle propriété ou en braquant une station service, par exemple. Pour le reste, tout se joue dans la qualité de la mise en scène (très portée sur les voix-off), de la B.O. (Voilà de Françoise Hardy, Funnel Of Love de Wanda Jackson) et des dialogues, toujours percutants, drôles, surprenants et, parfois, choquants.  Cette histoire, le réalisateur Jonathan Entwistle ne l’a pas pondue lui-même. Elle est en réalité adaptée d’un roman graphique de Charles S. Forman publié en 2011, mais le réalisateur anglais a l’intelligence de la transformer ici en un produit pop parfaitement réjouissant, à la frontière de la rom-com, du road-trip et des teen movies – oui, je sais, ça fait beaucoup d’anglicismes, c’est sans doute un peu dégueulasse mais ce sont les seuls termes que j’avais. Bon, on se demande sérieusement si ces deux adolescents anglais pourraient réellement exister dans la vraie vie, mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans cette échappée belle extrême, dans cette furie adolescente, dans ces quelques jours de folie racontés ici avec un mélange d’humour noir, d’ambiances glauques et de candeur romantique.

OSEF : la première saison de Black Lightning
Ça aurait pu être l’un des événements de ce début d’année : enfin une série de superhéros digne de ce nom avec un Noir en guise d’acteur principal. Spoiler alert : c’est loupé ! Un peu comme Luke Cage avant lui, Black Lightning fait les frais de la politique Netflix et ne propose finalement rien d’autre qu’une petite histoire pour adolescents prêts à s’empiffrer de popcorn (non bio, en plus !) devant les épisodes de cette première saison. Au choix, on se rabattra donc sur Black Panther, le 14 février au cinéma.

L’info qui pourrait ressembler à un hoax : un festival Peaky Blinders
La saison 4 à peine achevée (ponctuée par un dernier épisode hyper-haletant), la série de Steven Knight fait plaisir à ses fans : en attendant la cinquième (et peut-être dernière) saison en 2019, la ville de Dudley, située dans le comté des Midlands de l’Ouest, à presque de 200 kilomètres de Londres, va accueillir un festival de quatre jours entièrement dédié aux Peaky Blinders. Pour l'occasion, le Black Country Living Museum local, un musée de l’histoire industrielle britannique, sera entièrement redécoré aux couleurs du Birmingham de l’après-guerre, et une reconstitution du Garrison, le pub appartenant à la famille de Thomas «fucking» Shelby, sont à prévoir également. Ça se passe du 7 au 8, puis du 14 au 15 septembre prochains, ça coûte à peine 19,50 euros et c'est encore la meilleure excuse pour aller enchaîner les verres de whisky avec classe et élégance.

La série qu’on aimerait spoiler : Altered Carbon
Conçu pour concurrencer HBO et l’excellent Westworld, Altered Carbon débarque sur Netflix avec le titre de «série la plus chère de l’Histoire» et une ambition béton : proposer une sorte de synthèse de Blade Runner, de Matrix, de Minority Report ou encore de Ghost In The Shell et de Real Humans. Ouais, quand même...

Logique, dès lors, de parler de blockbuster et de vouloir tout connaître de cet univers, adapté d’un roman de Richard Morgan (auréolé du Philip K. Dick Award en 2003) et plongeant ses héros dans le futur, à une époque où l'on sait lutter contre la mort, où les données personnelles (la conscience, la personnalité, les émotions) peuvent être stockées dans une sorte de disque dur et transférées au sein d'une nouvelle enveloppe corporelle. On souhaite donc à Altered Carbon de recevoir un meilleur traitement de la part des dirigeants de Netflix que Sense8.

L’interview du mois :
À Konbini, pour les dix ans du premier épisode de Breaking Bad, Vince Gilligan revient sur le personnage phare de sa série (et non, ce n’est pas Jesse Pinkman !) : «Je dois dire que j’aimerais beaucoup penser que Walter White est l’antihéros ultime, mais je ne le dirais probablement pas en public ! (Rires) J’aurais l’impression de légèrement me la raconter... Il y a tellement de belles figures d’antihéros dans l’histoire de la télévision, à commencer par celle de Tony Soprano. Sans Tony Soprano, je pense qu’on n’aurait jamais eu de Walter White.» Pourquoi on relaie ? Parce qu’il y a des vérités qui font toujours plaisir à entendre.

Les montages qui affolent les séries-addicts :
Ils sont l’œuvre de Gustavo Viselner, s’inscrivent dans un style 8-bit, rendent hommage aux séries cultes et sont à retrouver ici.

Les bloopers du mois : The Wire
Il y a dix ans, le 9 mars 2008, The Wire quittait les écrans de HBO et laissait Baltimore comme elle l’avait trouvée : mal en point, régie par le trafic de drogue, les corruptions politiques ou le manque d’aides financières accordées à l’éducation. Une décennie plus tard, on le dit franchement, la série de David Simon nous manque au plus haut point. Et c’est pour ça que l’on se repasse en boucle depuis quelques jours les bloopers (c'est terrible, mais "bêtisier" sonne tellement... pire en VF) des cinq saisons, aussi intrigantes à regarder que plaisantes à tourner, visiblement.

WTF : le reboot de Charmed 
C'est une rengaine presque aussi lassante que celle qui annonce chaque année un retour de Friends (à la télévision ou au cinéma), mais il semble que les choses se précisent peu à peu pour Charmed. C'est Entertainment Weekly qui relaie l'info, annonçant que la chaîne The CW aurait d'ores et déjà commandé le reboot de la série américaine. Enrichie ici d'un nouveau pitch, raconté par la chaîne : «Ce reboot mordant, drôle et féministe, de la série originale se concentre sur trois sœurs dans une cité universitaire qui découvrent qu'elles sont sorcières. Entre vaincre des démons, renverser le patriarcat et maintenir les liens familiaux, une sorcière a toujours du pain sur la planche.»
Un obstacle, malgré tout : le mécontentement d'Holly Marie Combs (aka Piper Halliwell), visiblement opposée à ce projet et à tout ce qui pourrait dénaturer ce que les trois sorcières et les scénaristes de l'époque ont construit de 1998 à 2006 : «Je vous explique un truc. À moins que vous ne nous demandiez de bosser sur le scénario comme Brad Kern le faisait chaque semaine, ne pensez même pas à profiter de notre dur labeur. Charmed appartient à nous quatre, à notre grand nombre de scénaristes, à notre équipe et en grande majorité aux fans. Pour info, vous n'arriverez pas à les tromper en obtenant les droits de la série. Donc bye.»

L’interview du mois 2.0 
Dans une interview au magazine Deadline, Michael Haneke (doublement palmé à Cannes pour Le ruban blanc et Amour), a avoué travailler actuellement sur une série dystopique : «Après dix téléfilms et douze films, j’avais envie, pour une fois, de raconter une histoire plus longue.» Dans la foulée, le réalisateur autrichien précise que sa série racontera «Les aventures d’un groupe de jeunes gens dans un futur pas si éloigné. Durant un vol, ils sont amenés à effectuer un atterrissage d’urgence loin de chez eux et sont confrontés pour la première fois au véritable visage de leur pays d’origine». Ça ne battra certainement pas des records d’audience mais ça a le mérite d’intriguer.

Lena Waithe, girl power !
Septembre 2017, Los Angeles, 69ème cérémonie des Emmy Awards. Voici le moment choisi par Lena Waithe pour entrer dans l'Histoire et devenir la première femme noire à être nommée et à remporter un prix dans la catégorie «Meilleur scénario d'une série comique». C'était pour Master Of None, la série d'Aziz Ansari, dans laquelle elle joue (le personnage de Denise, c’est elle !) et pour laquelle elle a consacré une partie de sa créativité débordante. Une partie seulement, car Lena Waithe revient sur les petits écrans cette année avec The Chi, qui l’impose définitivement comme l’une des nouvelles voix importantes de la télévision US.

Pourtant, l’Américaine le jure : elle ne fait que raconter sa vie et ses expériences quotidiennes au sein de ses scénarios. Pas sûr que cela soit vrai concernant Bones, série à laquelle elle a consacré douze ans de sa vie, mais cela prend tout son sens lorsqu’on se penche sur The Chi, chronique du quotidien d’Afro-Américains du sud de Chicago. «On voit souvent des histoires de femmes, mais jamais de femmes de couleur queer. Et je pense que nous avons besoin de ça !», revendiquait-elle au Guardian récemment. Avant de conclure : «La maman noire en colère avec la Bible à ses côtés, ce n'est pas mon histoire».

 
L'histoire de Lena Waithe (oui, la transition est facile), c'est celle d'une jeune Noire de Chicago qui a grandi avec la télévision, rêvant d'y avoir un rôle à jouer et de pouvoir poser à son tour un regard sur sa ville, trop souvent décrite comme violente, nihiliste et dangereuse à son goût. Dans The Chi, on croise ainsi des hommes devant répondre de leurs actes criminels, des gamins qui découvrent pour la première fois la drôle de sensation provoquée par des afflux sanguins dans le pénis, des gars sérieux qui ne rêvent que d'ouvrir leur restaurant et des hommes un peu dépassés par leur quotidien – la vie d’une société, en quelque sorte, racontée ici sans romantisme ni sensationnalisme.
 

Le son à écouter
Parce que l’un des groupes pop les plus impressionnants de la décennie 2010 ne pouvait que finir par rencontrer l’une des séries pop les plus marquantes de ces dernières années.

La vidéo à voir
Oui, on en a déjà parlé, et alors ? Les dix ans du premier épisode de Breaking Bad, ça se fête ! Et AMC le sait et le fait mieux que quiconque avec cette vidéo compilant en une minute les cinq saisons de la série culte.