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"Hans était un gentil gars et un trou du cul arrogant" — c'est en ces termes touchants que Conny de Beauclair, videur de la mythique discothèque viennoise U4, parle de Falco, né Hans Hölzel. Il y a 20 ans jour pour jour, l'unique rockstar qu'ait générée l'Autriche depuis Mozart s'éteignait dans un accident de voiture, après une existence d'excès de tout, comme toute rockstar qui se respecte. Sa carrière commence à la fin des années 70 ; Falco est alors bassiste du groupe mi-rock mi-glam mi-anar Drahdiwaberl, et se fait remarquer non seulement pour ses excentricités vestimentaires (sur scène, il aime par dessus tout porter des costumes de créateurs protégés par des housses en plastique), mais aussi pour sa chanson Ganz Wien (... ist heut auf Heroin), littéralement : Tout Vienne (... Est Sous Héroïne De Nos Jours), qu'il chante en solo pour meubler les blancs dans le set. C'est ce solo qui convainc le producteur Markus Spiegel de signer Falco sur son label.

En 1982, Der Kommissar connait un succès mondial et devient la deuxième chanson germanophone de l'Histoire, après Autobahn de Kraftwerk, à entrer dans les charts américains. Trois ans plus tard, après un deuxième album aux ventes mitigées, le manager de Falco le persuade à l'issue d'une longue guerre des nerfs d'enregistrer Rock Me Amadeus, dans l'espoir de surfer sur la vague du film de Milos Forman sorti en 1984. Mais Falco trouve la chanson "complètement débile" et conchie le projet dans sa globalité : s'approprier une légende de Salzbourg en tant que Viennois, n'importe quoi ! Ce n'est qu'in extremis qu'il finit par se laisser convaincre, la veille de l'enregistrement, avec la promesse suivante : "On essaye, et si ça ne donne rien, on jettera le résultat". Un résultat qui finira quelques mois plus tard en première place des charts US. 20 ans avant Eminem, il est le premier Blanc à coiffer le classement avec un rap. Sa réaction quand il apprend la nouvelle : "Un truc comme ça, j'y arriverai plus jamais. Maintenant tout est fini". Dès lors, le Viennois coké demeurera inflexible : invité par Richard Branson à signer chez Virgin, Falco prend un malin plaisir à faire exprès de rater trois fois son avion jusqu'à ce que la maison de disque américaine perde patience. Il refuse également un duo avec Madonna, malgré les supplications désespérées de son manager, à qui il fait cette réponse sans appel : "Qu'est-ce que tu veux que j'aille chanter avec celle-là ? J'ai pas envie".

Un an avant sa mort, dans une longue interview accordée au magazine Musikexpress, il raconte le plus naturellement du monde la genèse de sa chanson Der Mann mit dem Koks (L'Homme À La Coke), une version dance trash d'un vieux classique de cabaret berlinois qu'il sort en 1995 sous un pseudonyme après plusieurs années d'échecs commerciaux : "J'étais assis sur ma terrasse et je tirais au fusil de chasse sur des nains de jardin, quand j'ai eu un appel de George Glueck qui me disait qu'il avait une chanson que j'étais le seul à pouvoir chanter... Je déteste les nains de jardin, vraiment. C'est comme ça que m'est venue l'idée pour la vidéo de Der Mann mit dem Koks". Jusque dans la mort, il aura porté son arrogance en étendard ; sa tombe, dans le cimetière central de Vienne, se passe de commentaires :

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