Lothar
Révélés au public à travers deux formations symbolisant cet éternel «renouveau de la pop française», Benoît (chanteur de Grand Blanc) et Nathan (ingénieur du son de Bagarre, Grand Blanc, Pépite) ont visiblement décidé de remettre en jeu leur réputation et leurs acquis en formant un nouveau groupe : Lothar, en référence au nom donné par les météorologistes européens à la première des deux tempêtes de fin décembre 1999. Ça tombe bien, leur musique est particulièrement intense, aux frontières de la pop et de la techno.
À quoi ça ressemble ? Benoît et Nathan s’éclatent à mélanger les genres, à tenter l’impossible, et ça s’entend, au point de s’offrir un mix entre Brassens et Arnaud Rebotini sur Le Diable au corps. Une idée complètement ringarde chez n’importe qui mais qui prend tout son sens chez eux.
Potentiel de séduction : À 60%, Lothar ne sera peut-être que l’énième dernière sensation pop issue de la capitale. Mais ça laisse quand même 40% de chances de percer dans le reste de la France. Ce qui n’est pas rien.

Lauren Auder
Lauren Auder n’a que 19 ans, est né à Watford mais a grandi en France et dit s’inspirer du travail mené par le compositeur Maurice Duruflé. Voilà les informations de base que vous devez savoir sur ce jeune Anglais, aujourd’hui installé à Londres. Le reste, on vous conseille de le découvrir à l’écoute de The Baptist, son premier et unique single pour le moment.
À quoi ça ressemble ? Lorsqu’on a entendu pour la première fois Lauren Auder à la rédaction, notre réaction fut : «C’est beau ça ! On dirait du King Krule avec plein d’orchestrations !». Hasard ou non : le Britannique est lui aussi signé chez les Américains de True Panthers Sound.
Potentiel de séduction : True Panthers Sound, c’est donc King Krule, mais aussi London O’Connor, Tobias Jesso Jr. ou Abra. Autant dire qu’on ne se fait pas trop de la bile sur l’avenir de Lauren Auder.

Nelick
Nelick n'a longtemps été que le backeur de Lord Esperanza, aux côtés duquel il a ouvert pour le concert de Keith Ape, ou le mec en première partie de Columbine. À 21 ans, les choses ont pourtant pris une toute autre ampleur pour lui ces dernières semaines, notamment grâce à sa KiwiBunnyTape, tout juste sortie. Soit dix titres parfaitement éclatés, entre cloud rap, groove, pop bubblegum et hip-hop de kicker. Et ça marche : Ocean 2077 a même été vu plus d’1,7 millions de fois sur YouTube. À l’heure où les stats permettent de bâtir des carrières, on peut vous dire que ça compte !
À quoi ça ne ressemble pas ? À toute la nouvelle scène rap francophone, toujours plus éclatée et toujours plus imprévisible grâce à la créativité d’artistes tels que Nelick. Sans barreaux, ni barrières, ni frontières, comme disaient les gars du 113.
Potentiel de séduction : Compte tenu de la cote de popularité du rap actuellement, mais aussi de son entourage (Lord Esperanza et Columbine, donc), Nelick a au moins 77% de chances de se faire une place dans le circuit. De toute façon, l’écoute d’un titre comme 10 Décembre n’offre qu’une option : mettre du respect sur son nom.

Starchild & The New Romantic
Il y a des moments tristes dans la vie, et le fait de ne plus attendre grand-chose d’un artiste jadis adoré en fait partie. Voilà, les choses sont dites : les dernières sorties de Janet Jackson, Prince ou Michael Jackson n’avaient provoqué ni frissons, ni émoi, tout juste un vague «Tiens, un nouvel album ?», lâché d’un air las. Que les amateurs de new jack, de go-go ou tout simplement de funk se rassurent : Bryndon Cook débarque avec un premier projet solo (Language, enregistré sous le pseudonyme Starchild & The New Romantic, en référence à l’alter ego de George Clinton) et compte bien offrir une nouvelle vie à ces différents genres musicaux, rarement aussi bien mélangés et redéfinis que dans des morceaux tels que Language.
À quoi ça ressemble ? On l'a dit, à l'écoute de son premier album (à paraître le 23 février), on entend aussi bien Prince que Michael Jackson. Mais que dire également des disques de Sade ou, plus récemment, de GoldLink, qui ont probablement dû traumatiser ce jeune homme de 24 ans désormais basé à Brooklyn.
Potentiel de séduction : Découvert par Patrick Wimberly de Chairlift, signé chez Ghostly International, guitariste de Solange, pote de Blood Orange (avec qui il a même monté un duo, VeilHymn), Starchild n’est d’ores et déjà plus un «jeune qui pousse». Sans démesure aucune, on tient tout simplement là l’une des révélations de 2018.

Claire Laffut
Qu’attendre d’une jeune fille d’à peine 22 ans qui a déjà posé plusieurs fois en couverture de magazines, qui a créé une marque de tatouages éphémères, qui s'est fait un petit nom avec ses peintures, qui a déjà collaboré avec les marques Alexander Wang ou Chloé et qui a joué dans les clips de Keren Ann ou Kekra ? Eh bien, l’attachant et fragile Vérité par exemple, premier extrait d’un cinq titres impeccable, tubesque et pop.
À quoi ça ne ressemble pas ? À Angèle, l’autre grande sensation belge de ces derniers mois. Ici, la pop se veut moins catchy, plus sensible et mélancolique que boostée par les codes du hip-hop et du R'n'B.
Potentiel de séduction : Vu son CV, on ne doute pas une seconde que Claire Laffut possède le carnet d'adresse idéal pour l'aider à se faire un nom rapidement au sein de la scène musicale francophone. Certains appelleront ça du piston. Nous, on dit que ce ne serait que justice !

Stefflon Don
Little Simz l'a prouvé avant elle : les rappeuses n'ont rien à envier à leurs homologues masculins en Angleterre. Ça n'enlève rien au talent de Stefflon Don, jeune MC de 25 ans flinguée au hip-hop, au R'n'B et au dancehall. Pas un hasard quand on a grandi à Birmingham, que l'on a pas mal voyagé (notamment à Rotterdam, où ses parents s'installent alors qu'elle n'a que 6 ans, avant de rejoindre Londres) et qu'on est exposée à ce que le rap a de plus intransigeant : Foxy Brown et Missy Elliott pour le côté girly, Skepta et Stormzy pour le côté rentre-dedans. Depuis lors, l’Anglaise a notamment travaillé dans un salon de coiffure, fait le buzz avec sa reprise de Lock Arff du groupe de grime Section Boyz et posé des couplets aux côtés de Lethal Bizzle, Jeremih, French Montana ou Cho. Bref, l’avenir du rap anglais lui appartient.
À quoi ça ressemble ? À Missy Elliott, forcément, mais aussi à Lil Kim, Nicki Minaj et toutes ces rappeuses qui la fascinent pour leur façon de parler crûment. «Elles n’ont pas peur de dire ce qu’elles pensent, précisait-elle à Fact Magazine. À chaque fois qu’elles apparaissent sur un titre, elles le dominent. C’est ce que j’aime.»
Potentiel de séduction : Soutenue par Skepta, DJ Khaled et Jeremih, et signée chez Sony, Stefflon Don a, au minimum, 70% de chances de se faire un nom sur la scène rap mondiale. De gré ou de force, tant elle semble déterminée : «Je veux être la numéro un, annonçait-elle à i-D. Je veux que mes morceaux dominent les charts. Je veux être aussi connue qu’Adele». On est prévenu.

Mou
En un EP (Full Sentimental), ce Nantais d’adoption offre à ses refrains resplendissants et innocents toute la classe qu'il convient. D’où l’impression, délicieuse, d’entendre des épopées pop épiques mais jouées au ralenti, à moins de 70 bpm. C’est produit par La Brousse, c’est bourré de surréalisme ou de mélancolie, et c’est voué à rester dans la tête un petit moment. Du moins, le temps d’entendre d’autres morceaux de son répertoire.
À quoi ça ne ressemble pas ? Dans un communiqué de presse, son label, Futur Records, n’y va pas par quatre chemins, affirmant que «ce grand corps tatoué manie avec une pointe d'humour les codes du rap et de la chanson française», mariant «le sens de l'absurde de Brigitte Fontaine et l'authenticité de Fabe». On veut bien croire qu’il s’agit là d’influences revendiquées, mais Mou tient finalement plus de Mild High Club pour cette façon de chanter des slows torrides et chancelants, sur lesquels on se prend à danser de façon lascive.
Potentiel de séduction : 80% s’il bénéficie du même soutien qu’un mec comme Eddy De Pretto. 40% s’il ne parvient pas à dépasser le cercle fermé de l’industrie musicale. Et ce, même s’il a mis sa plus belle chemise pour nous – les vrais comprendront !

TH Da Freak
Un bon petit activiste ! Voilà comment on pourrait définir ce Bordelais, membre du collectif Flippin’ Freaks, organisateur de concerts, indépendantiste, clippeur et auteur d’un album injustement méconnu. C’était en 2016, ça s’appelait The Freak, ça avait été entièrement enregistré dans sa chambre et ça sonnait comme l'un des albums slacker et indie-rock de l'année - ce qui aurait dû être le cas, si les journalistes avaient décollé leurs oreilles de la gueule de Ty Segall et consorts. Coup de bol : le label Howlin Banana s’apprête à rééditer pour la première fois en vinyle ce disque, parfaite bande-son de cette jeunesse chère à Larry Clark.
À quoi ça ressemble ? Pas de grandes innovations dans la musique de TH Da Freak, il faut bien l’avouer, mais une certaine facilité à mettre en son des mélodies de glandeurs, selon une grammaire similaire à celle autrefois utilisée par Pavement, Beck ou, plus récemment, Mikal Cronin et Mac DeMarco.
Potentiel de séduction : Trop ancrées dans les 90's, époque où les Américains popularisaient cette façon à la fois branleuse et méticuleusement pop d'envisager le rock, les mélodies de TH Da Freak n'ont que peu de chances d'atteindre un large public. Un peu comme tout ce qui sort sur Howlin Banana, finalement, l'un de ces labels qui, chose rare en France, mériterait pourtant un prix pour la qualité de son catalogue.

Baba Stiltz 
Depuis la Suède, Baba Stiltz, 22 ans, possède déjà un sacré CV : il a étudié pendant six ans à la Royal Swedish Ballet School, il a grandi dans le même complexe que Yung Lean, a côtoyé tout le gratin du hip-hop suédois et est désormais signé sur Studio Barnhus, le label branché d'Axel Boman. Ça pose un homme, et la carrière qui peut en découler.
À quoi ça ressemble ? À un bon euphorisant ! Écouter Can’t Help It, c’est entendre par exemple une mélodie qui laisse place à l’imagination et qui reste le produit dopant en vente libre le plus efficace actuellement.
Potentiel de séduction : Le mec a déjà fait une Boiler Room en Australie. A-t-on vraiment besoin d’en dire plus pour le moment ?

Ravyn Lenae
Diplômée de l'école d'Art de Chicago l'été dernier, Ravyn Lenae est de ces artistes que l'on peut facilement définir comme soul, tant sa musique est riche en âme, en profondeur et en sincérité. En interview, l'Américaine dit d'ailleurs composer sans intention, simplement pour libérer ses émotions, s'abandonner à ses rêves ou à sa mélancolie, et travailler son imagination. Ce qu’elle a eu tout le temps de faire l’année dernière, lors d’une tournée américaine aux côtés de Noname. Sympa !
À quoi ça ne ressemble pas ? Instinctivement, on sera tenté de la rapprocher de Solange ou de Kelela, mais Ravyn Lenae mérite mieux que d'être rattachée à ces deux grandes figures de la soul. Il suffit d’ailleurs d’écouter le tendre et sensuel Sticky et la petite bombe Free Room, nourrie à la house music (on est à Chicago, rappelez-vous !), pour comprendre que l’Américaine a d’autres volontés que de s’enfermer dans une étiquette bien définie.
Potentiel de séduction : En mars 2017, le magazine Rolling Stone met Ravyn Lenae dans sa liste des dix artistes à suivre. On n'est donc pas les premiers sur ce coup, mais on confirme : l’Américaine est taillée pour les sommets. À 19 ans, on peut même parler de prodige, non ?