J'ai eu la chance de voir le film avant sa sortie. Bon, on en fait quoi de ce film ? On le classe où ?
Félix Moati : C'est à la fois une comédie romantique et un conte pour enfants. Il y a du fantastique qui traverse le tout, aussi, avec les animaux ; un truc des contes de Perrault. Mais bon, c'est surtout une comédie familiale.

Il y a un truc à la Wes Anderson. Ou à la Judd Apatow...
Dans le sens d'une comédie qui n'oublie pas la tendresse, c'est vrai.

Et ce que je trouve génial, c'est que ce côté hors norme, inclassable, se retrouve dans le casting. Mais pas seulement dans ce film. Dans toute votre filmographie.
Antony est très doué pour composer des troupes d'acteurs. Il sait ce qui va marcher avec qui. Qui aura la même musique. Il sait aussi faire tourner les acteurs ensemble.

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Je pense qu'il n'y a rien de plus abstrait que la direction d'acteur pour un néophyte.
Il sait parler le langage de chacun. Déceler ses peurs et ses envies. Diriger un acteur, c'est d'abord savoir le regarder.

Si le réalisateur voit que ça va marcher entre vous, est-ce que toi, tu le sens aussi quand on te présente le casting ?
En tout cas, j'avais très envie de tourner avec chacun d'eux.

Tu es souvent pris dans des rôles un peu candides. Alors que tes propos montrent beaucoup de profondeur.
Je suis plus que candide. J'interroge. Je ne comprends pas trop la vie. Comme tout le monde, je pense... J'interroge l'épaisseur de la vie. Je n'ai pas de réponse, et je pense que ça se voit à l'écran.

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Dans tes films, on voit des gens en marge.
Qui essaient de faire comme tout le monde, mais qui n'y arrivent pas. C'est encore plus vrai dans Gaspard. Il sait qu'il n'est pas normal et il va finir par l'accepter grâce à l'amour. Par le personnage le plus normal du film.

Le frère est aussi très ancré dans la réalité, non ?
C'est le plus barré de tous. Justement parce qu'il trouve tout ça normal.

 
Tu viens de tourner Deux fils (avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella et Anaïs Demoustier). Ça s'est bien passé ?
Neuf semaines de tournage, et là, je suis en plein montage... C'est du labeur. Au cœur de la matière. Je suis loin d'avoir fini, il y a encore beaucoup de travail, mais en tout cas, c'est le film que j'avais envie de faire.

Je suis fasciné par ton regard. Non, vraiment, il me fascine un peu. Je pense qu'en fait, tu as mille ans.
J'ai très vite été entouré d'adultes. J'étais le plus petit chez moi, alors j'avais l'habitude d'écouter les conversations à table... Et puis, j'ai commencé à travailler jeune, dans un monde d'adultes. À avoir une autonomie financière jeune, aussi.

Quand on est le plus jeune dans un monde d'adultes, pas facile de se faire remarquer, non ?
Je faisais tout pour qu'on m'écoute ! Je montais sur les tables. Je jetais des bananes par terre. En fait, j'ai les gens à l'usure.

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Dans une interview, tu disais qu'il fallait savoir pourquoi on fait ce métier. Mais on ne t'a pas demandé pourquoi tu le faisais...
Oui, j'étais content qu'on ne me le demande pas ! (Rires) Antony Cordier parle souvent d'intégrité. Pour moi, l'intégrité, c'est faire des films pour ses désirs. Moi, je fais des films parce que je suis cinéphile. Les films m'aident à vivre. J'en fais pour faire pareil pour les autres. Pour envoyer des messages : «Vous n'êtes pas seuls».

Tes films aident les autres. Ils t'aident aussi ?
Oui. Passer par la fiction pour comprendre le réel, ça marche très bien. Ce que fait très bien Gaspard, d'ailleurs. Prendre la fiction pour parler du réel, c'est toute l'élégance d'Antony.

Tu as des propos analytiques, et tu évoques souvent la psychanalyse... C'est aussi ta démarche pour appréhender un rôle ?
Non - c'est de l'ordre du corps. En fait, tout ce qui compte, c'est de savoir comment ton personnage marche. Comment il est au sol. Je ne vais pas faire chier les spectateurs avec de la psycho ; mais Gaspard, par exemple, il n'est pas vraiment au sol. Il survole un peu. Il n'est pas très ancré. Être acteur, c'est juste un rapport à la gravité.

Crédit photos : Jeannick Gravelines et Agat Films.