Michael Jackson – The Way You Make Me Feel

Ce clip légendaire de Michael Jackson a peut-être séduit les masses en 1987, mais 31 ans après, c’est plus trop la même ambiance. Le petit Michael fait ici dans le parfait tuto harcèlement de rue, en mode tout-ce-ki-faut-pas faire. Il commence par suivre une meuf dans une rue déserte en pleine nuit, avec fumée et bidons retournés pour petit climat anxiogène. Déterminé, il trottine derrière elle, rameute des potes et la colle comme un gros relou, bien qu’elle lui signifie clairement par son langage corporel qu’elle n’est pas intéressée. Rien à carrer, le King of Pop revient sans cesse à la charge entre deux moonwalks et chopage de burnes. Elle est seule, ils sont douze. Et ils se marrent bien. La jeune femme apeurée réussit à se réfugier dans une ruelle sombre mais pas de bol, c’est une impasse. Elle parvient on ne sait comment à leur échapper et retrouve trois copines. Eux sont toujours douze. Et là, subitement, elle commence à se détendre. Ça l’amuse en fait, la coquine, de se faire harceler par un gang de mecs, dont un MJ déchaîné, qui traverse des portières de voiture et fait des sauts de cabris pour arriver à ses fins. Elle fait des sourires, nous laissant entendre qu’à force d’insister, et avec le renfort de tout un groupe, un homme peut pécho une femme parce que «No means yes». Le tout finit par un baiser bien consenti devant une bouche à incendie qui explose. Métaphore ?

 Pokora – Alexandrie, Alexandra

 Pokora qui reprend Claude François, on se dit que la punition est déjà suffisante. On a tort. Car sous ses airs de minet inoffensif, Matou n’a rien à envier à son idole Michael en matière de harcèlement de rue. Tandis qu’il cruise sur South Beach avec ses potes et fait des chorés ridicules dans sa décapotable, il repère une meuf en mini short-haut-de-bikini qui se promène sur le front de mer. Ni une, ni deux, les garçons bondissent hors de la caisse, grimaçant d’envie, se mordent le poing, se ramassent à en faire choir leur smoothie et se signent en mode «doux Jésus», tellement qu’elle est trop bonne la meuf. Elle, ça l’amuse, parce que bon c’est une meuf t’as vu. Visiblement émoustillée, elle continue son chemin en roulant du boule et se retourne en leur lançant des œillades. Après une rapide session danse sous les cocotiers, le gang de harceleurs de rue poursuit son objectif. On retrouve Matt le bras autour de la taille d’une autre femme, qui était tranquillement en train de bouquiner sur un banc. Ses acolytes le rejoignent en toute délicatesse, la bousculent tranquillou-c’est-pour-rire et lui arrachent son bouquin des mains. Elle a l’air saoulée, mais bon que faire ? Ils sont cinq. Heureusement, le dancefloor et le placement de produits les appellent et ils se cassent.

All-4-One – I Swear

Rayon harcèlement de rue, on retrouve également les All-4-One, qui, comme leur nom l’indique, sont quatre. Ce tube de 1994, censé être une déclaration d’amour sirupeuse à souhait, est illustré par un clip qui montre bien que le boys band R'n'B a un petit souci pour discerner drague et agression. Après avoir aperçu une fille qui déambule dans la rue, les Tous-Pour-Quatre la poursuivent, lui tapotent l’épaule, sans son consentement bien sûr. Elle en repousse un, ils l’encerclent, la coursent, semblent l’entreprendre (Boire un verre ? Donner son numéro ? L’adresse du commissariat le plus proche ? Un plan touze ? On ne comprend pas bien…). Elle rigole, dodeline de la tête, et esquisse quelques pas de danse avec eux parce qu’ils sont cools, au fond. Il y en a carrément un qui s’agenouille en pleine rue et la supplie. Comment résister ? Par miracle, un bus arrive et elle saute dedans, laissant le groupe en plan. Ils sont dég’ et lui font coucou. Ils auront plus de chatte la prochaine fois, on l’espère.

Mötley Crüe - Girls Girls Girls

Ils ont des perfectos, elles ont des strings. Ils ont de grosses motos, elles ont des grosses barres de pole dance. Eux sont des rockstars et sont à la maison dans tous les strip-clubs de L.A. Le clip montre les quatre comparses métalleux enfourcher leur bécane pour écumer toutes les boîtes glauques du coin, où les femmes ne sont rien que des morceaux de viande. Ils font la course comme des teubés, cheveux au vent, avant d’aller se rincer l’œil, tripoter deux ou trois meufs au passage, voire carrément se ruer sur elles en toute impunité quand elles performent. Elles, se tortillent à moitié à oilp' sur scène et déroulent toutes les caricatures de la strip-teaseuse : regard lubrique, moue lascive, danse sur chaise ou en intérieur de cage. C’est ça le rock n’roll, le vrai.

Red Hot Chili Peppers – Aeroplane

Ça, il y en avait du monde pour headbanger sur Aeroplane à la fête de la musique de Ballan-Miré en 1996, en beuglant et balançant sa tignasse dans tous les sens (voire en vomissant dedans). À l’époque, personne ne s’offusquait du clip bien sexiste des rockeurs californiens featuring toute une ribambelle de femmes potiches. Le pitch ? Le groupe joue torse poil sur une scène, vêtu de sortes de bas de pyjamas en velours dégueu, avec : des danseuses en combis dorées qui se trémoussent devant et derrière eux, des filles en justaucorps argentés sur des balançoires au-dessus d’eux, des nageuses synchronisées dans une piscine devant eux qui font de battements et des rosaces dans l’eau, une meuf en combi dorée qui fait une grosse bulle nonchalante avec son chewing-gum avant qu’il ne lui éclate au visage et d’autres nanas en combi dorée, hilares, avec des genres de panneaux de Formule 1 / raquettes de ping-pong dans les mains. Il est clair qu’elles ne servent à rien, à part faire les vases et flirtouiller avec les rockstars pour bien les mettre en valeur.

Maroon 5 – Wake Up Call

On retrouve le leader de Maroon 5 et ce qui semble être sa copine dans une voiture en pleine rupture, à base de «you lied to me» et «that’s probably my fault anyway». Flashback. Adam Levine découvre sa meuf au pieu avec un autre, pète complètement un plomb et le bute. Le reste du scénario consiste en une pseudo cavale avec sa girlfriend avec qui il élabore une stratégie pour se débarrasser du corps. Logiquement, on retrouve tous les clichés sexistes du film d’action. «Tu m’appartiens», «tu baises ailleurs = je zigouille le mec», des meufs bâillonnées sur un yacht avec les yeux qui disent «j’aime bien en fait», et d’autres meufs bâillonnées dans un coffre de voiture qui ont l’air bien bien consentantes. Le tout entrecoupé d’images de strip-clubs avec une bonne dose de fesses et de chair suintante, où les filles se touchent les seins et se roulent à moitié des pelles parce que les femmes sont toutes des playmates ou des James Bond-girls chaudasses, et une bimbo en bikini avec un drapeau américain, ce qui n’a absolument aucun sens. Adam finit quand même derrière les barreaux, et dans sa cellule, et rêve de coït avec sa dulcinée.   

Avril Lavigne – Girlfriend

Pas besoin d’être un mec pour être sexiste. Avril Lavigne nous le prouve avec brio et cette belle ode à la jalousie féminine. La chanteuse ne cesse de répéter à un mec qu’[elle] «want to be (his) girlfriend» et pour ça, elle est prête à tout. Surtout à harceler et à agresser la copine du mec en question, ambiance sororité. On retrouve plusieurs Avril, l’une nerdy et con-con qui sort avec ce qu’on veut faire passer pour le beau gosse du siècle, l’autre, cheveux noirs, T-shirt rayés de l’Indien boutique trop badass, qui compte bien le lui voler. Et comme elle n’a rien d’autre à foutre, la Avril rebelle a décidé de pourrir le samedi aprèm' du couple au parc d’attractions. En termes d’humiliation, tout y passe : baston d’auto-tamponneuses, intrusion dans un photomaton et éjection de la meuf, chapardage de churros, bisou volé sur la joue du mec devant sa copine, envoi de balle dans la tronche au mini-golf (et ça fait bien rigoler les copines), intimidations… La pauvre Avril gentille soupire, fulmine, tombe dans l’eau, roule par terre et finit la gueule dans des chiottes préfabriquées. Avril, blonde désormais, enfin seule avec le tombeur de ces dames en profite pour se frotter contre lui et lui gratouiller le torse. Lui, ne dit rien, il a l’air réjoui du mâle dominant qui regarde des clones se battre pour lui, et qui a réussi le tour de force d’incarner le rôle clé d’un clip dans lequel il n’est pourtant que peu visible.  

 Eric Prydz – Call On Me 

Hormis une prod' totalement inaudible, ce hit de 2004 est la parfaite illustration du «male gaze». Il suffit d’un seul homme dans un cours d’aérobic pour que tout tourne autour de lui. Il en a de la chance, le monsieur, il est tombé pile le jour du cours de Cindy avec ses copines en justaucorps-strings. La question de sa présence dans cet espace largement féminin ne se pose pas une seconde et il semble absolument naturel qu’autour de lui, des filles à moitié dénudées se dandinent avec pour seul objectif d’attirer son attention. Il n’échappera à personne que les élèves, toutes ultra-libidineuses, sont plus là pour le titiller que pour faire des squats. Mais si l’intrus a pu s’incruster dans cette séance a priori non-mixte, c’est notamment parce que - attention spoiler - la prof le kiffe grave. Tous les ingrédients du porno sont là : simulacres de copulation, sueur, culs, gros plans, bouches ouvertes, essuyage de chatte avec serviette - car oui mesdames, on transpire de là aussi. À la fin, le petit chanceux pécho la prof, qui n’attendait que ça. Ça donne envie de s’abonner au Club Med Gym.

BB Brunes – Dis-moi

Comme vous le savez, le rap est la musique la plus sexiste qui existe. La preuve en est avec ce clip de BB Brunes, crew hip-hop de MC prépubères de Paris-centre, qui n’hésite pas à jouer de sa street credibility pour pécho des jeunes femmes de manière peu catholique. En plein ghetto, les trois jouvenceaux zonent dans une ruelle étroite. Et là, à l’autre bout de l’allée, surgissent comme-par-hasard trois filles au regard de braise et à la frange faussement sauvage. Ça minaude, ça tape des poses, ça miaule. Comme elles n’ont pas froid aux yeux (elles viennent du ghetto aussi), elles s’approchent du trio de cailleras et les allument sec avant de les laisser en plan. Ben ouais, c’est ça les meufs. On ne parle même pas des paroles, à la hauteur des clichés misogynes ressassés par tous les rappeurs avec machisme et possessivité moyenâgeuse («je suis fou de toi, Houna, quand tu ne m'appartiens pas»), apologie de la violence sexiste («une légère envie de violence quand elle relace ses bas»), objectivation des femmes («les voyeurs en redemandent, moi, je ne veux que Houna») et allusions sexuelles émoustillantes («quand je fais sautiller sa frange, ses cris se tirent dans les graves» et «la plus belle des plus belles jambes et de la place pour trois»). Comment ne pas succomber à ces invitations au triolisme débridé avec trois puceaux du ter-ter pour le prix d’un ?