oliveA tous les adolescents qui vont au bahut avec les fessiers contractés, concentrés sur leur vision périphérique. A tous les jeunes gens qui ont perdu leur innocence et qui jamais plus ne tourneront le dos à qui que ce soit. A tous ceux pour qui un bol d'olive n'est plus un apéritif mais le souvenir traumatisant d'un index trop entreprenant à la sortie du self un mardi à 13h28. Nous comprenons votre désarroi et votre douleur. Bien installé dans le panthéon des meilleures tortures entre enfants, au même titre que la torsion du téton et le coup de pied dans les bouliches, le jeu de l'olive est depuis une semaine montré du doigt (pardon). Et les adultes de redécouvrir que l'école est un avant-goût de la prison.
C'est le 16 janvier que tout a basculé. Un lycéen de 18 ans est condamné à 35 heures de TIG en Meurthe-et-Moselle pour avoir mis une olive à son camarade.  Une pénalisation sans précédent dans l'histoire du doigt dans les fesses "pour rigoler". Face au fait-divers, l'opinion publique s'émeut, les associations de parents incriminent le Palmashow, les médias lancent des appels à témoins et les émissions intellectuelles comme Touche pas à mon Poste ouvrent le débat que la France n'attendait pas : faut-il interdire le jeu de l'olive ? Alors, comme à chaque étape importante de nos vies, nous nous sommes tourné vers le grand Claude Lévi-Strauss, qui se serait bien entendu posé cette question : "Y a-t-il une universalité du jeu du doigt dans le cul ?". Nous sommes donc allé fouiner du côté des autres civilisations. 

Chez les Anglo-Saxons, on parle de "vérifier l'huile" ("checking the oil"). Le geste est surtout connu pour être un coup de vice chez les lutteurs, les combattants MMA et les catcheurs lors des confrontations au sol. L'idée étant de briser la garde de l'adversaire par un finger surprise. Aux USA, plusieurs arrestations ont déjà eu lieu pour sanctionner des comportements anti-sportifs de ce genre. En 2010 en Californie, un combattant a été accusé d'agression sexuelle par son partenaire d'entraînement pour avoir "vérifier sa jauge d'huile". En 2006, un autre lutteur avait été condamné pour viol après avoir utilisé cette perfide technique sur six de ses concurrents. Le coup bas est tellement pratiqué que le directeur exécutif de l'Association Nationale des Coachs de Lutte (NWCA) a tenu à rappeler : " Ce n'est jamais acceptable d'insérer des doigts dans l'anus de son opposant, quelque soit la durée de l'acte". Simple, basique.  

BoonGa

En Asie, le doigt dans le cul est un art millénaire. Au pays du soleil levant, c'est même une discipline à part entière : le "Kancho" (littéralement le "lavement"). Et l'olive nipponne est bien plus codifiée que chez nous. Il faut joindre les deux mains et tendre les indexs, comme si vous mimiez un revolver, et crier "Kan-cho" lorsque vous entrez à l'intérieur de votre cible. Insistez-bien sur le "choooo" pour mieux l'humilier. Une blague ultra-populaire, pour petits et grands, que l'on retrouve dans des animes comme Naruto. Nos amis japonais ne raffolant pas toujours du contact humain, il existe même des  accessoires trop kawaii pour pouvoir pénétrer sans s'abîmer les phalanges. Si vous préférez le virtuel, le jeu Boong-ga Boong-ga vous permettra d'en mettre un petit à un yakuza sur borne d'arcade, chose à ne JAMAIS faire IRL. 

super-dong-chimLa pratique est très bien acceptée là-bas. Seule critique récente du Kancho : l'émission télé Nanmon Kaiketsu, sorte de Sans Aucun Doute local, qui a dénoncé en 2006 le kancho comme pouvant être une cause des agressions sexuelles récurrentes dans les trains du pays. On pourrait se dire que c'est encore une des lubies étranges de nos amis japonais, peut-être un peu trop irradiés par quelques bombes A et des centrales nucléaires qui pètent. Sauf que le jeu est également répandu à Taïwan sous le nom de "qiannián sha" et en Corée du Sud sous le nom de "ddong chim". D'ailleurs, en Corée, il existe une statue à la gloire de l'olive. Là-bas, le doigt dans le cul est une transgression de l'autorité acceptable : les enfants peuvent tenter leur chance face aux adultes. Pour preuve, lisez ce blog d'un enseignant expatrié en Corée où il explique que l'objectif numéro 1 de sa classe est de réussir à le doigter.

Enfin, on ne pouvait pas terminer notre tour du monde de l'olive sans passer par l'Amérique du Sud.  C'est encore une fois dans le sport que les doigts sentent l'odeur du scandale. Dans le football, on a les mains libres et on est créatif. Il y a un peu plus de deux mois, Rodrigo Bladasso da Costa, défenseur du club brésilien de Ponte Preta a pris un carton rouge pour avoir exploré un peu trop loin le short de son vis-à-vis.  Un incident du même genre avait déjà éclaboussé les quarts de finale de la Copa America 2015 : Gonzalo Jara était littéralement rentré dans Cavani. Après une enquête très fouillée, il avait écopé de trois matchs d'exclusion pour acte immoral. En France, l'attaquant argentin Lavezzi avait fait la même chose à son coéquipier Matuidi lorsqu'il était au PSG. A ce niveau de fréquence, c'est à se demander s'ils ne l'apprennent pas dans les centres de formation.  Attention, dans le Ju-Jitsu brésilien, le doigt dans l'anus est toléré par les règles. Pensez-y avant de choisir vos cours d'arts martiaux.