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Dans la première moitié du XXème siècle, les pin-up étaient des êtres fantasmatiques issues de l’imagination lubrique de quelques illustrateurs. On les retrouvait sur les couvertures des magazines pulp, compilées dans des calendriers ou encore peintes sur la carlingue des avions des G.I. Si les dessins étaient parfois basés sur des photographies prises en studio, les modèles ne s’exposaient pas directement. Celui qui a changé la donne, c’est Tom Kelley, surnommé le « parrain des pin-up ». Il a propulsé nombre d'actrices, mannequins et de starlettes au rang d’icône et donné un coup de fouet à la libido d'une amérique coincée.

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C’est un shooting en 1948 avec une comédienne sans le sou de 22 ans qui va bouleverser sa vie. La belle galérienne se fait appeler Marilyn Monroe. A l'époque sous contrat avec la Fox, elle a fait une apparition avec les Marx Brothers et a décroché un second rôle dans Quand la Ville Dort de John Huston. Bien que craignant pour sa carrière, elle accepte de poser langoureusement nue sur du velours rouge pour 50$ seulement. «  Je n'avais plus le moindre cent pour me payer un morceau de pain et régler mon loyer » expliqua-t-elle plus tard, sommée de se justifier par la presse américaine. Jusqu’ici, Tom Kelley avait surtout posé son objectif sur le gotha de Manhattan avant de s’occuper des photos promotionnelles d’acteurs et d'actrices (dont Greta Garbo et Clark Gable, excusez du peu). Avec ces images de la pulpeuse fausse blonde pour le calendrier Golden Dreams,  il entre dans la légende. Le grand romancier Norman Mailer, dans sa biographie de Norma Jeane Baker (le vrai nom de Marilyn), jugera les photos "belles à couper le souffle". Hugh Hefner, lui, utilisera une des photos de la série pour le premier numéro de Playboy en 1953 qui, grâce au cliché, se vendra à plus de 50.000 copies et obtiendra une popularité éclair. A la suite de ce coup d'éclat, Kelley se spécialise dans la création de sex-symbols en photographiant notamment la vedette du burlesque Evelyn West ou la sulfureuse actrice Mamie Van Doren

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La méthode Tom Kelley, c'est de mettre en confiance les modèles. Son secret : il amène  systématiquement sa femme sur les lieux de shootings. On est donc pas face à un pervers pépère mais à un artiste avisé qui soigne ses compositions. L'évolution de son style est le reflet de l'inconscient collectif américain : classique à l'après-guerre, rococo dans les fifties et plus exhubérant à partir des années 60. Si la pin-up nous apparaît aujourd'hui comme le symbole d'un âge paternaliste où les hommes se rinçaient l'oeil sur une femme-objet dominée en faisant des cercles de fumée avec leurs cigares, les clichés de Kelley ont au contraire participé à la révolution sexuelle outre-Atlantique en s'attaquant à la pudibonderie ambiante. Le photographe s'est aussi efforcé tout au long de sa carrière de jouer avec le cadre de la photo érotique, injectant tantôt de l'humour, tantôt de l'étrange dans ses portraits. Un supplément d'âme qui fait la différence.

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Pour découvrir l'oeuvre du jovial moustachu dans un beau livre relié et tout et tout, sobrement intitulé Tom Kelley's studio, ça se passe . Sinon, fouinez sur les internets et allez regarder son travail avec  David Bowie, ça vaut le détour.

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