Chaton
«Et même au bord de la faillite, je continue d’écrire des poésies.» Il faut un sacré culot pour assumer une telle phrase, chanté avec détachement et sous Autotune. Et clairement, Chaton n’en manque pas. Ni de courage, d’ailleurs. Ces quinze dernières années, le Français (Simon, dans le civil) a composé et réalisé des disques pour Yannick Noah ou Jenifer, a été soutenu par La Souterraine pour son projet solo et a été largement mis en avant sur des médias défricheurs comme Radio Nova. Malgré ça, la France est jusqu’ici passée à côté de son travail. Soyons sûrs que Poésies, son premier single, amène à cet étonnant chevelu la reconnaissance qu’il mérite.
À quoi ça ressemble ? : On réclame beaucoup d’imagination. Il faudrait par exemple envisager un morceau de Christophe réinterprété par PNL sur des instruments anciens. Il faudrait visualiser un rythme de reggae à la Bob Marley, mais revisité avec moins d’opportunisme qu’un Paul Simon ou un Bernard Lavilliers. Chaton, lui, incarne à lui seul ces étranges combinaisons, les interprète avec intelligence et sans grand respect des canons de la pop française.
Potentiel de séduction : Possible, son premier album, arrive en mars prochain chez Arista, une sous-division de Sony Music. Autant dire que Chaton est entre les mains d’un label qui sait promouvoir les jeunes artistes et les amener là où on ne les attend pas forcément. Alb ou Peter Peter peuvent en témoigner.

Ryder The Eagle
Adrien Cassignol, c'est l'ancien batteur de Las Aves et The Dodoz. C'est désormais la tête-pensante de Ryder The Eagle et l'auteur d'un premier EP enregistré seul et en trois jours dans le studio Shelter à Londres. À 28 ans, ce multi-instrumentiste semble donc plus que jamais prêt à s’assumer. Même si, il le dit : «Je suis Ryder The Eagle et je ne sais pas qui je suis. Un sale crooner. Un biker qui a la bougeotte. Un amoureux dévoué.» Chez Brain, on préfère simplement y voir un songwriter sensible, une figure cinématographie à la Clarence Worley dans True Romance.
À quoi ça ressemble ? : Qu'il se la joue crooner sensible sur Die On My Bike ou qu'il développe des harmonies synthétiques sur It's All About Music (les deux gros temps forts de son EP), Ryder The Eagle fait systématiquement penser à Julian Casablancas, la drogue et le look dépravé en moins - en gros un Julian Casablancas qui aurait privilégié la nonchalance à la démesure et qui aurait compris qu’il avait atteint l’excellence avec Phrazes For The Young.
Potentiel de séduction : On ne sait pas si ce Toulousain d’origine vivra son rêve américain, lui qui semble fantasmer (dans ses clips et ses morceaux) le pays d’Adam Green (son idole), mais on est sûr à 81,5% (la précision est importante !) que sa musique est faite pour nous accompagner. En voyage, notamment, tant ses singles s’entendent avec une romance beat, avec des histoires de routes, d’horizons et de tranches de vie à s’inventer au gré des rencontres.

XXX
À l'instar de Yaeji, le duo XXX prouve que le hip-hop se porte visiblement très bien en Corée du Sud. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le producteur FRNK et le rappeur Kim Ximya ne font pas de mystère quant à cette effervescence et à la liberté qui guide leur premier EP, Kyomi : «Le hip-hop coréen, précisent-ils dans une interview à theculturetrip.com, a une certaine facilité à absorber les bons éléments provenant du hip-hop américain et à les réinterpréter dans quelque chose de grande qualité.» Reste simplement à savoir s'ils doivent leur pseudo au tas de films porno qu'ils se sont matés à l’adolescence ou à une éventuelle obsession pour le film du même nom avec Vin Diesel - c'est une chute foireuse, OK, mais c'est la seule que j'avais.
À quoi ça ne ressemble pas ? : Au modèle américain, justement : à chacun de ses titres, XXX produit un hip-hop très sombre, transcendé par quelques inclinaisons électroniques et des textes plus agressifs qu'un mec bourré refoulé à la sortie d'une boîte. FRNK et Kim Ximya, eux, n'ont aucune chance d'être tenus à l’écart. Il suffit d’écouter Flight Attendant pour comprendre que l’on tient ici le son de demain.
Potentiel de séduction : Vous avez bien lu le dernier paragraphe ? Alors vous savez à quel point on croit aux hymnes déjantés de ces Sud-Coréens.

Saint DX
Apes & Horses était de ces groupes français touchés par la classe. Apes & Horses n'est plus et c'est très triste. Heureusement, Aurélien Hamm, la moitié de la formation parisienne, déborde toujours autant d'idées et a eu la bonne intuition de revenir avec un nouveau projet, toujours signé chez les fidèles de Cracki Records et nommé Saint DX en hommage «au synthétiseur Yamaha DX7 et à la synthèse FM qui inonde la musique et l’esprit des années 80-90». Ok, mais concrètement, ça donne quoi ? Ça donne un premier morceau de plus de six minutes, Regrets, partagé entre le français et l'anglais, entre le calme et l’envie de siestes crapuleuses.
À quoi ça ressemble ? : À l’opposé de ce qu’il pouvait proposer avec son ancien groupe. Aurélien Hamm a le mérite ici d’aller fouiner dans les recoins des discographies d’Éric Serra, de Sébastien Tellier, de Sade ou de Ryuichi Sakamoto. Un sacré bordel, donc, pour un résultat amicalement pop.
Potentiel de séduction : On l'a dit, Saint DX est signé chez Cracki Records (Agar Agar, Isaac Delusion, L'Impératrice...). On estime donc à 90% son succès auprès des amateurs de pop sensible et des lecteurs de médias parisiens branchouilles qui risquent de s'amouracher de ses compositions. Spoiler : c'est déjà le cas !

Okay Kaya
Certains ont découvert son visage dans l'excellent Thelma de Joachim Trier, sorti en novembre dernier, mais les plus finauds savent que Kaya Wilkins (aka Okay Kaya) est avant tout une songwriter d'exception, née dans le New-Jersey, élevée au son de Cypress Hill, d’Aretha Franklin ou de Satyricon, et capable de reprendre Keep On Pushin de Curtis Mayfield avec un minimalisme et une vulnérabilité à faire fondre le cœur de tout le monde. Même celui des durs à cuire.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À toutes ces actrices-chanteuses qui tentent de se la jouer artiste totale et cherchent à nous faire croire qu'elles ressentent le besoin de poser leurs voix derrière le micro depuis toute petite au nom d’une créativité qu’elles seules semblent déceler. Okay Kaya est d’une autre classe, et c’est précisément ce qui nous évitera d’avoir envie de se pendre en lisant ses futures interviews.
Potentiel de séduction : Elle a fait fondre les cœurs de Jamie XX (avec qui elle collabore, notamment sur la musique pour le ballet Tree of Codes), Rodaidh McDonald (son producteur, mais aussi celui de King Krule ou Adele) ou encore Leon Bridges et Tobias Jesso Jr., dont elle assure les premières parties. La France a donc 80% de chances d’entendre parler de cette Américano-Norvégienne dans les prochains mois. Qu’elle le veuille ou non, d’ailleurs.

Lonely Band
En 2014, on découvrait un crooner à la voix pesante et aux textes romantiques le temps d'un morceau cool mais pas excitant au point de se vanter de cette découverte sur les réseaux (oui, parce que c’est comme ça que ça marche aujourd’hui, non ?). Trois ans plus tard, on tend une oreille à son premier album, True Lovers, et on s'étonne de faire face à un disque aussi accompli, plus rock parfois mais surtout plus maîtrisé — «singulier» comme disent les journalistes en manque d’inspiration.
À quoi ça ressemble ? : La bio est très claire à ce sujet : Lonely Band a «le swing d’un crooner funambule façon Marvin Gaye, et la fragilité nerveuse de Jeff Buckley». La musique d’un «vrai romantique», en quelque sorte.
Potentiel de séduction : Lonely Band fait partie de la même bande de potes que Bonnie Banane, Jazzy Bazz et Jimmy Whoo. Soit tout un tas d’artistes talentueux, encore majoritairement invisibles chez le grand public, mais dont on est persuadé qu’il ne manque pas grand-chose pour qu'ils y parviennent.

Lëster
«I wish I never cried in front of your eyes», chante Lëster dans son dernier single, Suf. C'est fou, mais on est incapable de lui faire la promesse, tant ce jeune Français de 22 ans, DJ, producteur ET acteur (il est l'une des révélations de 120 BPM de Campillo) met en son des mélodies qui, on vous le disait déjà en juin dernier, semblent aptes à «ensorceler un bloc de glace».
À quoi ça ressemble ? : À Miss Kittin, Arnaud Rebotini, Léonie Pernet ou encore Aloïse Sauvage, tous ces artistes avec lesquels il a joué lors de la soirée Act Up à 120 BPM à Paris. Bon, il y a bien un goût commun pour les partouzes musicales et un certain talent pour bâtir une pop électronique sur les fondations de la techno, mais ça ne suffit pas à inscrire Lëster dans une tendance précise.
Potentiel de séduction : 50% ! Lëster est peut-être trop DIY pour les médias généralistes, sa reprise de Moi Lolita peut-être trop barrée, ses soirées Coucou! sans doute trop confidentielles pour faire du Français autre chose qu'une curiosité (pour l'instant). Chez Brain, ça ne nous empêche toutefois pas de croire au potentiel de ce touche-à-tout prêt à réinventer les dancefloors hexagonaux.

Voyou
Si Entreprise est une maison de confiance (on ne les remerciera jamais assez pour Moodoïd, Fishbach ou Grand Blanc), Thibaud Vanhooland l'est également. Ces dernières années, on l'a notamment vu officier au sein de différentes formations nantaises (Pégase, Rhum for Pauline, Elephanz). Un peu comme s'il lui avait fallu traîner sa trompette et sa basse un peu partout avant d'assumer son goût pour l'écriture (en français) et l'électro-pop, sensible et rêveuse. «Et roulez, roulez pourvu que jamais rien ne vous arrête...», chante-il sur Seul sur ton tandem.
À quoi ça ressemble ? : En Interview, Voyou reconnaît les influences de Polnareff, Brigitte Fontaine, William Sheller ou Michel Fugain. Inutile de préciser que l’on est en terrain connu (et conquis) avec ce jeune homme moderne, épris de pop et prêt à sceller un pacte entre les vieilles gloires de la variété et les nouvelles figures de la scène française.
Potentiel de séduction : Présent aux dernières Transmusicales de Rennes, Voyou s'est certainement assuré la meilleure publicité pour son premier EP, à paraître le 26 janvier prochain. Chez Entreprise, donc.

Baba Stiltz
À l'écoute de ses morceaux, impossible de deviner que Baby Stiltz vient de Suède, et c'est très bien comme ça. Non pas que l'on ait quelque chose contre les Scandinaves, c'est simplement qu'il est toujours réjouissant de constater à quel point une nouvelle génération d'artistes semble évoluer sans réelle attache, en puisant ses influences ça et là, selon les algorithmes de Spotify ou de YouTube.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À propos d'un nouvel artiste, on dit souvent (avec beaucoup d’enthousiasme et peut-être un peu d’hypocrisie) ne jamais avoir entendu quelque chose de similaire. C’est souvent faux, on vous l’accorde, mais pas vraiment dans le cas de Baba Stiltz. Pitchfork a beau évoquer Drake (notamment pour ce chant langoureux), le label Studio Barnhus coupe court à toute spéculation en décrivant son dernier cinq titres (Is Everything) comme un mélange de «techno glaciale, de soul, de R'n'B actuel et de funk futuriste». Oui oui, c’est possible : Baby en apporte même la preuve en à peine trois minutes et trente secondes.
Potentiel de séduction : 35% si Baby Stiltz reste cantonné au paysage suédois ; 70% s'il réussi à suivre la même hype que Yung Lean ; 99,99% s'il parvient à se faire repérer par Drake – ce à quoi il ne dirait pas non, disons-le franchement.

03 Greedo
03 Greedo habite dans le quarier de Watts à Los Angeles, fait partie des Crips et est de ces rappeurs tatoués, un de ces MC’s avec un uzi dessiné sous la bouche histoire de rappeler à tout le monde qu'il lâche des balles à chaque fois qu'il pose son flow derrière le mic. Autant dire que le Californien n’est pas là pour faire rire les oiseaux et chanter les abeilles : c’est un mec qui a pas mal bourlingué au sein des États-Unis (Sacramento, Atlanta), qui a un tympan artificiel, une jambe en métal, qui s’est fait plusieurs fois tirer dessus et qui n’hésite pas à en parler ouvertement dans ses textes. Peut-être parce que ça renforce sa street cred. Peut-être aussi parce qu’il ne connaît que ce mode de vie et que, parfois, rien n’est plus important que de représenter les siens.
À quoi ça ressemble ? : En rappant des histoires très sombres et très glauques sur des mélodies qui ont tout pour devenir des tubes (exceptée l’exposition médiatique), 03 Greedo s’inscrit forcément dans la tendance du rap floridien (Kodak Black, notamment), tout en allant titiller sur leurs terrains des mecs aussi différents que Future ou 50 Cent, période Get Rich Or Die Tryin’.
Potentiel de séduction : 50% ! D’un côté, parce que son public (très mixte, malgré des propos très crus) ne cesse de s’élargir du côté des États-Unis. De l’autre, parce que la réalité du hip-hop est telle actuellement que l’on ne s’étonnerait pas qu’un rappeur plus jeune émerge et lui vole la vedette.

Photo de Une : Rumi Baum.