Cette liste recoupe tous les metteurs en scène prometteurs qui n’ont plus rien fait au ciné depuis des lustres ou dont les DCP n’ont pas atteint nos salles en 4 ans. Malgré leur statut fondateur, nous ne prendrons pas l’exemple d’une Antonia Bird ou d’un Satoshi Kon qui ne peuvent plus tourner pour cause de mort. Attention, nous avons pris quelques petits raccourcis et en cela, nous nous attarderons aussi sur des cas à part en hors-série (certains de nos rookies ne sont pas tous de première fraîcheur) ou sur un ou deux réals qui n’ont tout simplement rien produit de pertinent après leurs débuts alléchants.

742067-julia-leigh-la-realisatrice-de-950x0-3_1Julia Leigh

Dernier méfait : Sleeping Beauty
Durée de l’hibernation : 6 ans
Pourquoi on l’attend ?
Écrivaine australienne qui n’avait à l’époque que deux livres à sa besace, Leigh avait réussi dés son premier métrage à choquer son monde avec Sleeping Beauty. Véritable « caillou dans une chaussure » comme le dirait Lars Von Trier, l’oeuvre avait fait parler d’elle tant pour sa maîtrise formelle sidérante pour un coup essai que pour l’interdiction aberrante aux moins de 16 ans pour, je cite, « incitation à la prostitution ». En grande gueule qui ne se laisse pas faire, Leigh rétorqua qu’un film tel que Pretty Woman était le vrai danger. Depuis ce coup d’éclat (sélection à Cannes aux côtés d’Almodovar ou les Dardenne, excusez du peu), la réalisatrice est retournée à son premier amour, la littérature : son livre autobiographique Avalanche est sorti cette année. En espérant qu’il ne s’agit que d’une parenthèse.

alcraig_terranceCraig Brewer

Dernier méfait : Footlose
Durée de l’hibernation : 6 ans le 21 décembre
Pourquoi on l’attend ?
Ceux qui ont vu Hustle & Flow ou Black Snake Moan en 2005 et 2006 ou l’ont découvert en DVD juste après se souviennent de la claque et savent très bien que Brewer vaut mieux que le remake formaté sur lequel il a achevé son périple au ciné. Faute de gros succès dans les salles, Brewer s’est tourné vers la télé dans une suite de pilotes avortés par la FOX (Boomerang ou Urban Cowboy) ou en filmant ou écrivant pour les copains : réal sur quelques épisodes d’Empire pour les potos Howard et Henson ou petite main sur un premier jet du Tarzan de David Yates. Mélomane et très fin sociologue, Brewer avait réussi dans ses deux premiers grands films à peindre la communauté afro-américaine d’une manière totalement inédite, pleine de nuances et de contradictions. Chaque acteur y donnait la performance d’une vie, la mise en scène était au cordeau et l’écriture d’une émotion sans pareille, portée par des morceaux de bravoure musicaux inoubliables. Espérons une éclaircie pour ses projets, si ce n’est un vrai film consistant.

2010_never_let_me_go_005Mark Romanek

Dernier méfait : Never let me go
Durée de l’hibernation : 7 ans
Pourquoi on l’attend ?
Réalisateur de clips cultes (Hurt de Johnny Cash pour ne citer que lui), Mark Romanek est un homme de peu de films comme d’autres artistes de notre liste. Mais le peu dont il est l’auteur gagne une aura culte grandissante au fil des ans pour plusieurs raisons, reliée ou non à la qualité intrinsèque des oeuvres : Photo obsession reste un des rôles dramatiques les plus marquants de Robin Williams et Never let me go fut tourné avec les jeunes comédiens les plus talentueux de l'Hollywood actuel tels qu’Andrew Garfield ou Carey Mulligan. Ajoutons à cela que ce dernier fut écrit et co-produit par le très talentueux Alex Garland, scénariste des meilleurs Danny Boyle et aujourd’hui hype grâce à son Ex-Machina. Pote de Fincher et de Gondry, croisons les doigts pour que les projets futurs de cet esthète trouvent bientôt le chemin des salles obscures.
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Lee Chang-dong

Dernier méfait : Poetry
Durée de l’hibernation : 7 ans
Pourquoi on l’attend ?
Comme Romanek, Lee Chang-dong n’est pas un jeune rookie (63 ans bien frappés) mais sa carrière s’apparente à celle d’un jeune réal. En seulement cinq oeuvres, adoubé déjà comme un maître malgré ses films relativement récents, il a su s’imposer comme un des chefs de fil de la Nouvelle Vague coréenne avec Bong Joon-ho mais il faut remonter à une époque où Nicolas Sarkozy était encore président pour trouver son dernier opus. Il faut dire que l’artiste cumule des casquettes qui l’ont bien freiné ces derniers temps. Outre ses talents d’écrivain multi supports, Lee Chang-dong fut par exemple ministre de la culture éclair de 2003 à 2004, expliquant en partie la rareté de son oeuvre. Cet été, son projet Burning est entré officiellement en production. Souhaitons ensemble que les étoiles s’alignent encore pour que l’oeuvre soit diffusée courant 2018-2019. En attendant, jetez-vous sur Oasis, son chef d'oeuvre de 2002.

232738_fullJuan José Campanella

Dernier méfait : Dans ses yeux
Durée de l’hibernation : 8 ans
Pourquoi on l’attend ?
Ce réalisateur est la preuve que rien n’est acquis, même après un Oscar du meilleur film étranger. Depuis l’explosion internationale de Dans ses yeux, Campanella a vu la sortie de son film d’animation Underdogs conduite uniquement en VOD trois ans après sa sortie. En dépit du succès populaire de ses films en Argentine, le réalisateur n’a pas réussi à s’imposer de nouveau avec une oeuvre fédératrice au-delà des frontières nationales. Dans ses yeux était en soi une oeuvre somme qui se suffisait à elle-même, assez dense pour le spectateur expérimenté (le plan séquence monstrueux du stade) comme l’amateur des mélos du dimanche soir avec sa fresque émotionnelle épique. En espérant le revoir très vite malgré nos œillères médiatiques nationales qui ne peuvent pas admettre qu’un auteur avec un grand A face un film d’animation après un drame en boudoir. 395064158a6c73a002781f79b2a54fd4

Lucky McKee

Dernier méfait : Blood Money
Durée de l’hibernation : 2 mois
Pourquoi on l’attend ?
Bon là on triche un peu : le dernier film de ce metteur en scène est sorti en octobre dernier. Ce n’est pas une excuse car Blood Money n’est ni sorti en DVD ou en salles chez nous. À la décharge des distributeurs, des producteurs et des exploitants, le film semble vraiment mauvais mais il s’agit ici d’une simple reconnaissance politique. Ses trois derniers films, The Woods, All Cheerleaders Die et The Woman ne sont pas sortis aussi au cinéma. Autrement dit depuis 2002, date de son masterpiece May. Depuis, McKee a du mal à retrouver la virtuosité qui l’habitait au début mais reste un des réals indépendants du cinéma de genre à suivre et soutenir de très près. Que les problèmes de prod et de distribution s’éloignent enfin de lui et permettent d’accoucher d’oeuvres propres et personnelles. abandonedpic1big_53c7effd187e1

Nacho Cerda

Dernier méfait : Abandonnée
Durée de l’hibernation : 10 ans
Pourquoi on l’attend ?
Auteur de la mythique Trilogie de la mort (Aftermath en 1994, les vrais savent), Nacho Cerdà a tout bonnement disparu depuis la sorti de son premier film d’horreur Abandonnée en 2007. Son seul documentaire Coffin of Light reste quasiment introuvable sur le net et le peu d’interviews qu’on a de lui ne laissent entrevoir aucun chantier de neuf à l’horizon. Le seul signe tangible demeure son annonce à la tête d’une adaptation de Je suis Legion en 2011 qui semble rester lettre morte. Alors que des Jaume Balagueró enchainent des films plus ou moins inégaux, il reste de bon ton de se souvenir des passages terrifiants d’Abandonnée ou de la poésie métaphysique vénéneuse de Genesis qui restent parmi les oeuvres les plus extrêmes et influentes que le cinéma hispanique ait produit depuis très longtemps. 1bff3a50adf5e60b8d4b80336e0a25ff

Benh Zeitlin

Dernier méfait : Les Bêtes du sud sauvage
Durée de l’hibernation : 5 ans
Pourquoi on l’attend ?
Auréolé à seulement 30 ans d’une Caméra d’Or, de prix à Deauville ou Sundance ainsi que quatre putains de nominations aux Oscars 2013, la carrière de Benh Zeitlin semblait déjà écrite, lancée sur les chapeaux de roues avec Les Bêtes du sud sauvage. Ajoutons à cela une critique unanime sur la prestation de la jeune Quvenzhané Wallis et c’est le home-run. Peut-être était-ce trop ? Le vertige du « premier album » comme on le dirait dans le musique ? À ce titre, sa seule participation notée à un film remonte en 2015 sur Mediterranea de Jonas Carpignano où il a travaillé sur la BO. Appelez ça comme vous voulez, toujours est-il qu’on attend avec impatience le deuxième film de ce prodige américain.
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Jonathan Glazer

Dernier méfait : Under the skin
Durée de l’hibernation : 4 ans
Pourquoi on l’attend ?
Parce qu’en seulement 3 films, Jonathan Glazer s’est révélé comme un des réalisateurs les plus importants de notre époque. Parce qu’il est le mec derrière les clips cultes de Virtual Insanity de Jamiroquai, Karmacoma de Massive Attack et Karma Police de Radiohead. Parce que Sexy Beast était déjà transpercé d’instants surréalistes qui brisaient les codes du film de gangster. Parce que Birth contient l’une des interprétations définitives de Kidman. Parce qu’Under The Skin est déjà considéré comme un des meilleurs films du XXIème siècle. En soit c’est déjà énorme et on peut mourir tranquille avec un CV pareil. Seulement, lorsqu’il devient impossible pour un cinéphile chevronné de réfuter les comparaisons flatteuses faites avec Kubrick ou Nicolas Roeg, on espère une suite à ces grandes oeuvres d’ici 2020.

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Myroslav Slaboshpytskyi

Dernier méfait : The Tribe
Durée de l’hibernation : 3 ans
Pourquoi on l’attend ?
On triche là aussi : nous n’en sommes pas encore à 4 ans mais depuis The Tribe, nous n’avons plus eu de nouvelles de ce réalisateur au nom imprononçable. Faisant forte impression à Cannes et sur la critique de l’époque, The Tribe convoquait avec brio ses références ouvertement expérimentales (Gaspar Noé, Béla Tarr, Alan Clarke) pour servir une oeuvre muette, faite d’images et de bruits. Créant la controverse tant pour sa représentation de la surdité que ses méthodes d’actorat borderlines, The Tribe impressionnait par sa maîtrise au point de devenir le plus gros succès du cinéma ukrainien. Aller Myroslav, un peu de courage : on se retrousse les manches et on transforme l’essai d’ici deux ans, ok ? gallo

En hors catégorie et en vrac :

Commençons par le plus choquant : Sam Raimi. Quand on est l’un des instigateurs du genre super-héros au cinéma et qu’on arrive pas à boucler son prochain film depuis Le Monde fantastique d’Oz (2013), c’est qu’il y a un problème. Probablement l’un des plus grands formalistes de tous les temps, l’oeuvre de Sam Raimi influence déjà des générations de metteurs en scène depuis les années 80. En cela, il est loin d’être un rookie et n’entrait pas dans la sélection seule mais méritait ce petit rappel précieux : la séquence du train dans Spider-Man 2 reste un sommet de réal encore inégalé en 2017. Citons avec lui le facétieux Don Coscarelli, aussi barré que Raimi et qui n’a plus rien réalisé depuis le génial John dies at the end en 2012. Artisan du cinéma bis comme le papa d’Evil Dead, on peut toujours se consoler avec la saga Phantasm qu’il nous lègue ou l’indispensable Bubba Ho-tep.
Leur voisin néo-zélandais ne semble pas plus productif : depuis 2014 et le passable Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées, Peter Jackson n’a rien réalisé. Pas même une pub ou un court-métrage. Assis sur les millions de ses trilogies de fantasy à succès et sans projet annoncé (malgré une suite de Tintin à laquelle on croit à peine), Jackson s’est peut-être émoussé, fatigué de se battre avec les studios. Mais prions, simplement prions, que comme George Miller, il se repose pour mieux revenir.
Partons maintenant vers l’indépendant avec Spike Jonze. Her est sorti en 2013 et depuis, à part quelques clips sympathiques pour Kanye West ou Arcade Fire, le prodige d’Adaptation se fait désirer. Espaçant de 4 à 6 ans ses projets, gageons qu’il soit entré depuis peu en écriture de son long-métrage suivant ou du moins son ébauche. Moins brumeux, Leos Carax semble toucher au but avec ce qui semble être la fin de la pré-production de son musical Annette, plus de cinq ans après Holy Motors, un film qui a marqué son temps. Idem en France pour Céline Sciamma dont la plume a été (enfin) adoubée cette année aux Césars pour Ma vie de Courgette mais dont le dernier coup de poing derrière la caméra, Bande de filles, remonte à 2014. Avec beaucoup moins d’espoir mais quand même une tonne de love, on rêve, on souhaite, on espère, que dis-je, on soupire que Vincent Gallo donne une suite aux cultes Buffalo 66 et The Brown Bunny qui ont chacun secoué la sphère cinéphile, pour les bonnes comme les mauvaises raisons. Plus aperçu sur les écrans depuis La Légende de Kaspar Hauser et avec une dernière réalisation uniquement diffusée à Venise en 2010 (Promises Written in Water), Gallo semble devenu un ermite asocial et misanthrope, préférant prendre une retraite bien méritée au grand dam des cinévores.