Quiconque s'est déjà promené dans une ville allemande en prêtant attention à autre chose qu'aux devantures de bars vantant des pintes à prix cassés aura remarqué que, ça et là, sur les trottoirs, se trouvent des pavés de laiton. Sur ces pavés, que l'on appelle Stolpersteine (littéralement : pierres sur lesquelles on trébuche), sont gravés les noms et les dates de naissance de victimes du national-socialisme. Le projet, initié en 1992 par l'artiste Gunter Demnig dans la ville de Cologne (où fut perpétrée en 1940 la première déportation massive de Roms et de Sinté), s'étend à nombre d'autres villes allemandes dans les années qui suivent ; il en existe aujourd'hui environ 53000 à travers tout le pays (et près de 10000 supplémentaires dans d'autres pays d'Europe).

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Un Stolperstein dans une rue de Berlin

Il y a trois semaines, des artistes du collectif berlinois Rocco und seine Brüder se sont rendus au siège de l'AfD (parti conservateur à tendance populiste et nationaliste) dans la Schillerstraße à Berlin, et ont entrepris la pose de Stolpersteine honorant la mémoire de criminels de guerre nazis devant l'entrée du bâtiment. Vêtus de gilets jaunes et bleus de travail, les faux ouvriers ont tranquillement sécurisé le périmètre, posé les pavés puis monté un petit stand flanqué de tapis portant le message "L'identité a besoin du souvenir". Le tout en plein jour, oklm, au son d'une petite chaîne stéréo qui diffusait des chants patriotiques. Abandonnant les lieux, les artistes ont observé de loin les réactions des passants à la lecture des pavés ornés d'horreurs telles que : "En souvenir de la 1ère division de montagne de la Wehrmacht dite 'Edelweiß'. Les 21 et 22 septembre 1943, une partie de la division Edelweiß a fusillé 5200 soldats de la division italienne Acqui qui s'étaient rendus sur l'île grecque de Céphalonie". Un petit tour de génie documenté en vidéo ci-dessus. Détail bonus grande saveur : la vidéo a été mise en ligne sous le nom d'utilisateur Alexander Gauland, le dirigeant de l'AfD que l'on voit déclarer très sereinement au début du film : "Oui, nous avons dû composer avec les crimes perpétrés pendant douze années de notre histoire, mais aucun autre peuple en Europe n'a autant dû se démener avec une histoire fausse que le peuple allemand. On ne peut plus nous reprocher ces douze années, notre identité actuelle n'a plus rien à voir avec elle ! Et c'est pourquoi nous avons le droit non seulement de nous réapproprier notre pays, mais aussi notre passé. Si les Français sont, à raison, fiers de leur empereur, et les Anglais fiers de Nelson et Churchill, nous avons le droit d'être fiers des performances de notre armée dans les deux guerres mondiales".

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