Joey Starr se livre. Une diatribe. Une logorrhée. Il parle comme il chante. Droit au but. Pas de détours. Pas de faux-semblants non plus. Une honnêteté comme en sont capables seuls ceux qui n'ont pas d'ego ou qui en ont trop. Soyons clairs, Joey Starr se range parmi les seconds. Parmi les Oscar Wilde ou les Jean-Jacques Rousseau.

On n'y cache rien, ni la prison, ni les excès. La paternité peu glorieuse surtout, mais infiniment tendre. Elle est partout dans ce livre. À se demander s'il n'a pas été écrit pour les enfants du chanteur. Et les dernières phrases sonnent comme un testament. Joey Starr est tellement entier qu'il ne peut pas avoir tort. Ni raison d'ailleurs. Il ne dit pas le vrai - il est vrai. Il n'argumente pas. Il établit les choses telles qu'il les voit. Qu'il les sent. On ne débat qu'avec les opinions rationnelles. Ici, pas d'opinion. Le cerveau n'a rien à voir avec tout ça. Ce sont les tripes qui parlent. Les couilles. Le corps entier. Joey Starr est instinctif. Le jaguar est un animal sauvage. Car l'homme revendique sa liberté. La vraie liberté, celle qui ne souffre d'aucun compromis. La liberté est absolue ou elle n'est pas. Télé, cinéma, musique... Depardieu, Maïwenn, Farran... «Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.» Voilà comment Joey Starr aurait pu commencer son livre. Mais ces mots sont ceux de Jean-Jacques Rousseau en ouverture de ses Confessions. Trop lyriques, trop ampoulés encore pour Joey Starr. On sent que la simplicité est un gage d'honnêteté. Que les circonvolutions cachent toujours quelque chose. Joey Starr envoie un livre comme une salve. On la prend plein buffet. Mais on en sort encore plus vivant.

JOEYSTARR_DEMAIN

Ce que ce livre dit de notre époque.
Pas anodin peut-être que ce livre sorte aujourd'hui. Au-delà du besoin de se livrer et peut-être d'un besoin d'argent, il y a surtout un besoin de vérité. Alors que Tom Villa cartonne avec sa série Sans mensonges. Qu'une campagne présidentielle de grand déballement vient de se terminer. Que Weinstein a ouvert les vannes de la catharsis féminine. Enfin. Panama Papers, Paradise Papers... Jérémy Ferrari. No filter, no make up. Besoin de vrai comme d'une respiration après une longue, trop longue apnée.

Incipit
Ce soir, avant qu'on ne commence à travailler, Joey Starr a un urgent besoin d'aller faire le plein de sa voiture, un cabriolet Mercedes 1964 qui nécessite beaucoup d'attention et que Joey Starr bichonne depuis des années.

Excipit et explicit
Peut-être qu'ils se souviendront de moi ?

Vous avez aimé, vous aimerez
Jean-Jacques Rousseau, Oscar Wilde, le So Film #20 spécial Gérard Depardieu, le punk, le rock et peut-être le rap, Étienne de la Boétie, vous balader à poil à l'Élysée, boire du rhum, crier, hurler et s'arrêter pour écouter.

++ Le monde de demain, Joey Starr avec Philippe Manoeuvre, éd. Cherche midi, 178 p., 17 €