Ça se binge : The Punisher
On n'est pas là pour vous la faire à l'envers, ni y aller par quatre chemins : jusqu'alors, les séries de superhéros diffusées sur Netflix nous faisaient bien chier, et semblaient avant tout destinées à des adolescents stupides à qui il faut bien vendre un peu de fantaisie et d’intransigeance, qu’importe si elle est aussi lisse que savamment marketée. Il y avait malgré tout une exception : Daredevil, dont la troisième saison est prévue pour 2018. Il y en a désormais deux. Issue également de la galaxie Marvel, The Punisher fait elle aussi des merveilles et pose sur la table de solides arguments : une évidente capacité à allier les codes du blockbuster (gros flingues, grosses bastons, gros rock) et du jeu vidéo à une mise en scène soignée, un certain talent à se réapproprier les traumatismes inhérents à tous les superhéros (le désir de vengeance, l’impossibilité du deuil, la méfiance du gouvernement…) pour mieux les emmener ailleurs et éviter de tomber dans la psychologie digne d’une émission de France Télévisions.

La force de The Punisher, c'est aussi de s'appuyer sur des figures bien connues du paysage sériel (la série est réalisée par Steve Lightfoot, showrunner d’Hannibal, et interprétée par par John Bernthal, vu dans The Walking Dead) et ne pas avoir transformé l’un des superhéros les plus sombres du catalogue Marvel en un simple gadget esthétique. Ici, c’est à un gros dur que l’on à affaire, un mec bestial, à la testostérone exacerbée et à la haine antigouvernementale assumée. En treize épisodes, parfois très éloignés de l’univers original (Ebon Moss-Bachrach est ici bien plus complexe, Billy Russo est un ancien marine au lieu d'être un mafieux, etc.), The Punisher dresse ainsi une critique assez bien ficelée des États-Unis d’aujourd’hui. Une Amérique en guerre, au sein même de son territoire, et dont Le Punisher pourrait bien être l’auteur du coup fatal. Memento Mori («Souviens-toi que tu vas mourir» en latin), tel est d’ailleurs le titre du dernier épisode de la saison 1.

Le trailer qui fait le buzz : Black Mirror, saison 4
Il s'agit des premières images de l'épisode 4 (Arkange, réalisé par Jodie Foster), centré sur le quotidien d'une mère qui, terrifiée à l'idée de perdre son enfant, choisit d'implanter un système de surveillance dans la petite tête blonde de sa fille. «Pour protéger son enfant, il faut le contrôler», dit d'ailleurs le trailer de cette saison 4, dont on ne connaît pas encore la date de diffusion. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elle comportera six épisodes et que les nouvelles technologies risquent de présenter une nouvelle fois leur versant le plus redoutable.  

L’info qui pourrait ressembler à un hoax :
Jeff Bezos est-il plus fort que le roi des Sept Couronnes ? C'est la question que l'on peut se poser depuis l'annonce du rachat des droits télé du Seigneur des Anneaux par la poule aux œufs d'or du PDG américain, Amazon. Produite en collaboration avec New Line Cinema (filiale de Warner Bros), HarperCollins (éditeur américain du Seigneur des Anneaux) et les ayants droit de Tolkien, cette adaptation annonce une véritable révolution. Du moins chez Amazon, qui en avait visiblement assez de ses séries d'auteur (Transparent, Mozart in the Jungle ou encore The Man in the High Castle) et qui se met ici en quête d'un phénomène populaire à la Game Of Thrones. Avec un budget prévisionnel de 150 millions par saison, le géant de Seattle se donne en tout cas les moyens de ridiculiser les dragons d'une reine prête à donner sa fleur à un membre de sa famille – oui Daenerys, celle-ci est pour toi !

Le cliffhanger inattendu : Apu des Simpson, un personnage raciste ?
C'est en tout cas l'argument de départ de The Problem With Apu, un documentaire réalisé par l'humoriste Hari Kondabolu qui y révèle toute l'ambiguïté du personnage pour les Indo-Américains. D'abord enthousiaste à l'idée d'avoir enfin un personnage indien dans une série populaire, l'Américain a très vite déchanté quand il a compris qu'Apu était le seul à le représenter à la télévision. De manière caricaturale, forcément. Et ce n’est visiblement pas le seul : dans le documentaire, Aziz Ansari, Aasif Mandvi ou encore Hasan Minhaj révèlent eux aussi le malaise qu’ils éprouvent à la vue de ce personnage, qu’ils aiment, trouvent drôle, mais qui a pu leur faire du tort dans la vie de tous les jours. Et la vision des Maghrébins dans la plupart des films français du début des années 1990, on en parle ?

Le blooper du mois :
Depuis l'ultime épisode de Serge le Mytho en juin dernier, on était sans nouvelles du plus grand et génial mythomane de la scène française, aperçu pour la première fois dans Bloqués, la série de Gringe et Orelsan. On se console donc un peu avec le making-of de la série, où l'on comprend que Jonathan Cohen passe son temps à improviser dans les rues de Paris, face à des producteurs et réalisateurs conquis.

Que deviens-tu Lucy Lawless ?
Instant confession : oui, Xena La Guerrière fait partie des premières séries que je suivais avec régularité. Par la force des choses, avant tout : diffusée à l'époque le dimanche après-midi sur TF1 - ce moment où tu ne sais jamais quoi faire, si ce n'est squatter dans le canapé avec tes parents, la Game Boy allumée -, cette série en partie produite par Sam Raimi m’a accompagné à la fin des années 1990. Autant dire il y a un bail. Si bien que j’ai fini par me demander ce que pouvait bien foutre aujourd’hui son interprète principale, Lucy Lawless. Sans surprise, rien de bien excitant : suite à sa mort dans la série en 2001, l'Américaine disparaît des plateaux, puis enchaîne les navets. Sam Raimi lui offre bien une apparition dans Spider-Man, Larry David et Greg Daniels (toujours dans les bons coups) lui proposent bien d'apparaître dans leurs séries respectives (Curb Your Enthusiasm et Parks and Recreation), elle renforce bien sa côte de popularité au sein de la communauté geek avec une apparition en 2005 dans Battlescar Galactica ou en 2010 en obtenant le rôle de Lucretia dans Spartacus, mais il faut bien reconnaître que c'est assez faible...
Et ce n'est pas le rôle de Ruby Knowby dans les deux premières saisons de Ash vs. Evil Dead (la troisième arrive le 25 février sur Starz) qui risque de changer la donne. Heureusement pour Lucy Lawless, un remake de Xena La Guerrière pourrait voir le jour. C’est en tout cas ce qu’elle laissait récemment entendre au site Den Of Geek : «Je suis actuellement en train de pitcher ça justement... Les fans veulent vraiment [ce retour] et j'ai rencontré des gens qui ont réussi à faire des choses grâce au financement participatif, Kickstarter et autres. Alors je me dis : "Pourquoi ne le ferions-nous pas ?"».

WTF : le remake de Quatre mariages et un enterrement
Et le plus dingue dans tout cas, c'est qu'il sera réalisé par Mindy Kaling, aka Kelly Kapoor, aka la «basanée et exotique chargée du service clientèle» dans The Office. Pour cela, elle sera assistée de Matt Warburton, son collaborateur au sein de The Mindy Project, et Richard Curtis, scénariste du film original. Reste à savoir qui seront les Andie MacDowell, Hugh Grant ou Kristin Scott Thomas de demain !  

La punchline du mois :
«Je suis une pansexuelle polyamoureuse et sexuellement positive». Ou comment Nola, Brooklyn girl accomplie et héroïne de la série de Spike Lee pour Netflix (She’s Gotta Have It), adresse la meilleure réponse possible à ceux qui tentent encore en 2017 de ranger les gens et leurs orientations sexuelles dans des cases bien définies.

L’interview du mois :
Elle est de Jake Johnson, alias Nick Miller dans New Girl, qui explique dans une interview à TVLine avoir permis à sa série de bénéficier d’une saison 7 (de 8 épisodes, tous se déroulant un an après la saison 6) et de dire dignement adieu aux fans : «J’étais parmi les acteurs qui ont écrit à la chaîne pour en demander plus : “Je ne pense pas que vous nous avez donné suffisamment de temps pour finir la série de la bonne manière. J’apprécierais – et je pense que les fans aussi – faire de véritables adieux à ces personnages”. J’ai travaillé sur beaucoup de projets, certains ont des fans, d’autres n’en n’ont pas. Être dans une série qui tient vraiment à cœur à des gens, c’est spécial.»

Dan Harmon, génie incompris de la comédie US :
Il y a des mecs qui, malgré tout leur talent, semblent condamnés à rester méconnus auprès du grand public. Sans que l’on ne sache réellement expliquer pourquoi, Dan Harmon fait partie de cette catégorie. OK, l’Américain a pas mal bossé sur des projets de seconde zone (pour ne pas dire ratés, pour certains) depuis la fin des années 1990, mais il semble avoir clairement relevé le niveau ces dernières années. Il y avait bien quelques signes avant-coureurs (le pilote de Heat Vision and Vision avec Owen Wilson et Jack Black en 1999, certains spectacles pour Jack Black ou Sarah Silverman, l'écriture du numéro d'ouverture de Hugh Jackman pour les Oscars 2009, pour lequel il a d'ailleurs remporté un Emmy Award), mais il y a surtout l’élément déclencheur, le projet qui a tout changé : Community, série qu'il a créé en 2009 et dont il fut lamentablement viré - faute d’audience - en 2012…
Forcément, la saison 4 fut un échec («Tomber sur ses épisodes, c'est comme zoner sur Instagram et tomber sur des photos de votre nana en train de se faire un million d'autres mecs», disait-il alors, avec, toujours, le sens de la formule). Les saisons 5 et 6 n’ont pas forcément mieux marché du point de vue l’audimat, mais elles sont toutefois l’œuvre de ce génie de l’humour US, rappelé par NBC tel un héros sur qui l'on compte pour redresser la barre. Après tout, on parle quand même d'un scénariste qui, à travers Community, a su mettre en place la meilleure bromance depuis Joey et Chandler («Troy and Abed in the morning»), à traiter avec humour des réalités d'un community college américain, à rendre cool le paintball et à transformer une série en un objet profondément pop. Un exploit qu’il vient d’ailleurs de renouveler avec Rick & Morty, dont la troisième saison vient de s’achever. Là encore, Dan Harmon frappe juste et, à défaut de toucher le grand public (en même temps, la série est diffusée sur Adult Swim…), parvient à créer un vrai univers et une véritable fanbase autour de sa série.

Après tout, comment ne pas tomber amoureux des aventures fantastiques de ce grand-père alcoolique et de son petit-fils trouillard, de ces scénarios sans cesse surprenants et débordant d'imagination, de ces multiples références à la pop culture et de ces dialogues où les punchlines se comptent au kilo ? Surtout : comment ne pas se prendre de passion pour un scénariste tel que Dan Harmon, un homme capable de monter publiquement au créneau contre les propos sexistes de certains fans de Rick & Morty ? À l’heure où les plus grandes figures de l’industrie hollywoodienne tombent une par une sous les coups du hasthag #balancetonporc, ce n’est peut-être pas rien.

La photo qui rend nostalgique :
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La vidéo à voir :
La saison 2 de Stranger Things a été une énorme claque (à l ‘exception de ce cliffhanger final, facile et prévisible quand on sait qu’une saison 3 est en préparation) dont on ne se remet pas vraiment remis. Cette vidéo est donc l’occasion de prolonger un peu plus le plaisir, et de redécouvrir les (trop ?) nombreuses références faites par les frères Duffer aux productions cinématographiques des années 80.