«J'vous laisse entre fils de putes, faire vos trucs de fils de putes», Ichon, tu as la rime un peu dure contre les médias qui, pour toi, se contentent de relayer des artistes qui se relaient déjà tout seul. Alors parce que je te trouve extrêmement rude avec maman, je te propose de réparer cette erreur en faisant un petit saut dans le passé. Rencontre en 2001 avec le Yann de tes 11 ans, celui qui faisait du freestyle dans sa chambre de Montreuil, pour une interview «Quand je serai célèbre».
Ichon :
Oh putain, trop bien… Je suis trop content, sérieux, tu me fais trop plaisir !

Première question : Tu t’appelles Yann, mais est-ce que ce sera aussi ton nom de scène ? 
Non… Enfin si, je crois qu’à cet âge-là, on commençait déjà à m’appeler Yannichon. Mais moi, perso, j’avais pas de nom de scène - tout simplement parce qu’à 11 ans, je ne pensais pas du tout à faire des concerts. J’aimais l’idée de la scène, parce que j’aimais être mis en valeur, j'adorais avoir l’attention sur moi, etc… Mais moi, la célébrité, ça m’intéressait pas. Ce que je voulais, c’était être dans l’ombre et faire beaucoup d’argent !

Tu es en classe de 6ème cette année ; est-ce que le rap, c’est pas un peu vénère pour un kid de ton âge ?
J’avoue, je suis en 6ème, j’ai même pas redoublé ! (Rires) Non. Non, parce que moi, d’abord, j’écoute pas que du rap…

…Oui, je sais que tu écoutes du Corneille, pas vrai ? 
(Rires) Mais oui, à fond. Après, OK, j’écoute du Disiz La Peste, mais franchement, c’est pas du rap énervé. Booba, je ne connaissais même pas encore à l’époque. Non, en vrai c’est mon père qui trouvait ça trop vénère...

…Eh bien justement, ils en pensent quoi du rap, tes parents ?
(Rires) En vrai, mes parents - surtout ma mère -, ils sont à la cool avec le rap ! Le problème, c’était plutôt que j’écoute Skyrock. Genre je dormais avec Skyrock, mon père, il entendait Difool, ça parlait de cul, il n'aimait pas ça. Lui, clairement, il préférait qu’on écoute «Générations» ou «Ado FM», tu vois ? 

OK, et si le rap ne marche pas, tu feras quoi comme métier ?
À l’époque, honnêtement, tu sais ce que je me dis ? Carrément ? «Le rap, c’est pour les tapettes ; moi, je veux faire de l’argent, du business». Peu importe le métier, tant que ça rapporte. 

Corneille, Disiz La Peste… C’est quoi les autres artistes que tu écoutes le plus dans ton Walkman ?  
Secteur Ä ! En gros, à l ‘époque, ma mère faisait du footing et elle avait un Walkman parfait qui ne sautait pas, tu vois le délire ? Du coup, quand je lui volais son truc, souvent, il y avait encore la cassette du Secteur Ä, et je l’ai écoutée de ouf ! Elle nous a même emmenés au concert avec mes frères. 

C’est quoi tes rêves de featuring ?
C’est con, mais je crois que même à l’époque, je n’avais pas de rêves de featuring. Je voulais tout niquer tout seul ! (Rires). J’ai toujours voulu tout niquer tout seul. Après, aujourd’hui, en vrai je fais des collaborations. Je travaille avec des gens que j’aime bien. Je m’en fous de savoir s'ils sont connus ou pas. Je bosse avec Syz (Myth Syzer, ndlr), Loveni, des gens de mon entourage, que j’ai connus grâce à la vie - pas grâce à la musique. 

Justement, à propos de ton entourage, connais-tu des gamins qui rappent autour de toi à Montreuil ? Mais des Bons Gamins, attention.  
Non, j’habite tout seul à 11 ans ! (Rires) Non, plus sérieusement, il n’y a personne qui rappe dans mon quartier. Les Bon Gamin, ils étaient à Paris, dans le 12ème. À 11 ans, je suis tout seul… (Il prend un temps de réflexion). Mais attends, mon blaze je m’en rappelle, ça y est ! Je voulais m’appeler Calimero. (Rires). Putain, en vrai on m’appelait Yannichon pour les nichons, la blague trop nulle, quoi. Je me revois dans ma chambre à faire l’un des mes premiers raps et je disais, «Mon blaze, Calimero». (Rires)

Et sur quel label rêves-tu de signer ? 
Je n'en ai aucune idée à l’époque ! En vrai, Loveni, il savait, lui. Il savait très bien où il allait. Moi déjà, je ne suis pas un digger, je ne regarde pas les trucs… Moi, ce que je fais à l’époque, c'est que je ne regarde que ce qui passe sur MTV - je regarde les clips en boucle, en boucle, en boucle. Mon petit frère regardait les dessins animés, moi je regardais les clips. Mes potes  jouaient à la console, moi je regardais les clips, tu vois ce que je veux dire ? J’avais une vraie passion pour la musique. (Il réfléchit) Et pour les Bad Boys aussi ! Les P. Diddy (aka Puff Daddy), Ma$e, Loon, tout ça. Ils étaient en bande, ils avaient des grosses caisses, ils avaient la classe pour moi à l’époque. Je ne connaissais pas grand chose, quoi ! 

Et ta première scène ? 
Je ne savais pas laquelle ç'allait être, mais je savais que j’allais tout niquer ! (Rires) Je te jure, je me disais que si je faisais une scène, ç'allait être la meilleure, laisse tomber. Le ciel ou rien, quoi !

Tu vas faire des clips tout mignons avec des boules de rêve et du Dom Pérignon, toi aussi ?
Les belles caisses, les belles bouteilles, à l’américaine, quoi ! (Rires) Mais, par contre, toujours avec une histoire de coeur !

Justement, est-ce que comme beaucoup de rappeurs qui se respectent, tu auras une femme et plusieurs tasspés ?
(Rires) Non, moi j’étais amoureux. Tout le temps amoureux, mais de toutes ! À 11 ans pour le coup, en 6ème, j’étais dans la même école qu’en primaire. Donc j’avais déjà mon crew, on était déjà en place, tu vois ! Du coup, je serrais des 4ème et tout ! (Rires) J’aimais les femmes, je suis sorti avec toutes les meufs avec qui il fallait sortir… Même si c’était deux jours, parce qu’après, elle me larguaient ! (Rires)

Ta première couv' de magazine, tu l’encadreras ou tu t’en feras du PQ ? 
Je l’encadre, ouais ! Faut pas déconner. (Rires)

Et avec ton premier million de dollars, tu feras quoi ?
Alors ça, je me le suis dit un peu plus tard, à l’époque de Bon Gamin en gros. À cette époque, j'avais vu à la télé que c'était pas si compliqué de faire fabriquer une île, et je m’étais surtout mis dans le crâne que ça ne coûtait pas si cher que ça. (Rires) Du coup, moi, je voulais construire l’île «Bon Gamin» parce qu’avec mes potes, on allait tous êtres millionnaires et donc tous miser un peu de thunes dessus ! L’île Bon Gamin quoi, notre terre à nous ! 

Dernière question, à quoi ressemblera Yann à 27 ans ? 
27 ans ? Il est vieux de ouf, Yann ! (RiresNon, plus sérieusement, c’est plutôt à 17 ans que je me suis fixé des objectifs dans la musique, et honnêtement, je les ai tous remplis. De ouf, même. Tous mes rêves d’il y a dix ans, je les ai réalisés : habiter dans un petit loft cool, faire du son, faire des concerts, connaître pleins de gens, être dans des magazines, passer à la radio… C’est fait tout ça, maintenant il faut step up, ça y est c’est parti !

C'est à dire, c'est quoi la prochaine étape ? 
Je me casse de Paris ! Je ne quitte pas la France pour autant - c’est fini l’Amérique, je n'ai plus de rêve américain. Pour la musique, je veux apprendre à jouer plein d’instruments, je veux avoir mon propre studio dans ma cave. Sinon, je veux vivre à la campagne, avoir une meuf, faire pousser mes fruits et mes légumes, jouer du piano tous les jours et écrire tous les jours. Ah, et j’ouvre un resto avec mon petit frère aussi. C’est plus réaliste que quand j’avais onze ans. Parce que tu sais quoi, maintenant, je ne suis plus un gosse, je sais qui je suis, je sais où je vais et je suis très bien comme ça.  

++ Le nouvel album d'Ichon, Il suffit de le faire, est disponible ici depuis le 24 novembre dernier.
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