UTO
Neysa et Émile, récemment signés sur Pain Surprises, semblent être le genre d'artistes prêts à passer leur vie avec leur Mac et leurs disques de Beach House ou de Portishead. Personnellement, on n'a rien contre, tant ces bagages leurs suffisent visiblement à mettre en son une pop planante, portée par des empreints au trip-hop et des refrains lancinants aptes à faire voyager les plus casaniers d’entre nous.
À quoi ça ressemble ? : UTO n'a pas encore la discographie de Portishead ou de Beach House, mais force est de constater qu’ils ont des points communs : le savoir-faire mélodique, le sens du tube et le goût des voix aiguës, presque ensorcelantes.
Potentiel de séduction : Sachant l’attente autour de chaque sortie de Pain Surprises au sein de la sphère indie, on dirait 75%. Mais la côte pourrait rapidement grimper : après tout, il suffit que les fans de Johnny entendent les cris de loup-garou placés au cœur du tubesque The Beast pour qu’ils rendent leur animal préféré plus hype que jamais.

Yaeji
Yaeji est une touche-à-tout, une infidèle à tout dogme. «D’un morceau à l’autre, j’essaie toujours de faire des choses différentes, nouvelles et excitantes pour moi, disait-elle récemment aux Inrocks. Le style n’a pas besoin d’être défini, il s’exprime par lui‑même si le travail est fait honnêtement.» Pas étonnant donc d’entendre l’Américaine, basée entre New-York et Séoul, s'essayer autant au DJing qu'au rap, citer autant Burial que Flying Lotus et Missy Elliott en influences. Pas étonnant non plus de constater que son deuxième EP (EP2, tout juste paru) refuse de choisir entre les genres : c'est du hip-hop, certes, mais qui ne semble rêver que de digressions house et de tubes pop.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À tous ces artistes de K-pop et J-pop que l'on écoute avec curiosité («exotisme» diront les plus tendancieux) en se disant que, de toute façon, ça ne sera jamais aussi bien que ce que l’on peut produire en France ou dans les pays anglo-saxons. Là, on tient une vraie artiste, capable de rapper en anglais et en coréen sans jamais paraître ringarde, et toujours en jouant les coudées franches avec ses contemporains.
Potentiel de séduction : À l’heure où l'on boucle cet article, France Inter vient de lui accorder un portrait. On estime donc à 80% les chances de Yaeji d’être chroniquée par André Manoukian, d'être écoutée par des gens qui ne font leur course que dans des biocoops et qui, habituellement, «n'aiment pas le rap, mais là franchement il y a une profondeur de son qui me plaît». 

Ichon
Rap ou chanson, en solo ou avec Bon Gamin (aux côtés de Loveni et Myth Syzer), Ichon est l'un de ces artistes qui a appris à croire dans la singularité de sa musique et qui ne joue surtout pas sur le registre de la fausse modestie. Quand il dit «Je ne suis qu’un homme», c’est vrai. Quand il dit «J'suis un champion, j'rappe bien mieux qu'tout l'monde», ça l’est également. On tient pour preuve ses différentes mixtapes où son flow, toujours très varié, nourrit l’identité sonore d’un univers de plus en plus observé.
À quoi ça ressemble ? : À du rap de bons gamins. Soit un hip-hop fait pour chiller et qui refuse de s’enfermer dans une définition ou dans le confort étriqué de sons qui colleraient avec la tendance.
Potentiel de séduction : 70% ! Depuis l’époque des soirées Can i kick it ? au croisement des années 2000 et 2010, Ichon ne cesse de se remettre en question. C’est simple, il n’est jamais là où on l’attend. Et ça paye : que ce soit avec sa dernière mixtape (Il Suffit de le Faire) ou avec les petits tubes pop présents sur le dernier projet de Myth Syzer, le natif de Montreuil a toutes les chances de tutoyer les sommets dans les prochaines semaines.

Bad Gyal
Alba Farelo (dit Bad Gyal) a 20 ans, travaille dans un sous-sol de Barcelone, chante aussi bien en catalan qu'en espagnol, pose avec le maillot du PSG dans un de ses clips, cumule plus de 17 millions de vues sur sa chaîne YouTube et collabore en ce moment avec Dubbel Dutch, producteur derrière le succès de Popcaan. Ça fait beaucoup d’infos, on est d’accord, mais ça ne dit pas l’essentiel : le groove avec lequel elle adapte en espagnol le Work de Rihanna et Drake sur Pai. L’occasion pour elle de poser un pied dans le reggaeton pour mieux flirter avec le dancehall et tenir la comparaison avec les stars du genre, celles que Bad Gyal admire depuis l’adolescence : Vybz Kartel, T.O.K. ou Popcaan, bien entendu.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À tous ces groupes français, fans de reggae et probablement membres de l’amicale des joueurs de djembé, dont les albums provoquent le même malaise que celui ressenti à la vue d’un tatouage tribal.
Potentiel de séduction : Si Kali Uchis a réussi à se faire un nom auprès du grand public et du music business (Tyler, The Creator, Snoop Dogg), aucune raison pour que Bad Gyal n’ait pas au moins 60% de chances d’y arriver à son tour.

Ojard
En septembre dernier, c'est via La Souterraine et Contours que l'on tombait sur ce projet solo de Maxime Daoud, trente ans et bassiste au sein de Forever Pavot, Ricky Hollywood ou Adrien Soleiman, son frère. Aujourd’hui, on remercie sincèrement les deux labels français, tant son premier album colle parfaitement à la définition donnée par le Larousse à son titre, Euphonie : «la qualité des sons agréables à entendre ou aisés à prononcer». Euphonie, enregistré en live dans l'appartement-studio d'un de ses potes, c'est exactement ça : un disque minimaliste, poétique et qui n'a rien à envier aux envolées instrumentales d'un film français ressurgi des sixties.
À quoi ça ressemble ? : À un fascinant mélange entre François De Roubaix, The Durutti Column et la library music. C’est dire si Ojard ne vous veut que du bien.
Potentiel de séduction : 49% ! À moins que le monde ne se renverse, on voit mal ces ritournelles composées à la guitare et au piano se faire une place au sein des charts français. Le nom des titres (Sans craindre le vent et le vertige ; Quelle histoire, là-bas, attend sa fin ?) paraît lui aussi trop mystérieux pour l’époque. Mais le succès récent de Forever Pavot prouve à lui seul que ces instrumentations graciles et ces mélodies électro-acoustiques peuvent apporter bien plus que de simples bouffées nostalgiques.

SASSY 009
Sassy 009, c'est un trio originaire d'Oslo, ce qui peut vouloir tout et rien dire à l'heure où une nouvelle génération (mondiale, visiblement) pratique la confusion des genres musicaux. À l'écoute du premier EP de Teodora, Sunniva et Johanna (Do You Mind), la Norvège a pourtant son importance : on l'entend à chaque note glaciale de Are You Leaving, on la perçoit nettement moins apaisante à l’écoute de Pretty Baby, on la rêve aussi, pure et angéliques, comme les voix de ces trois amies d'enfance.
À quoi ça ne ressemble pas ? : Jusqu’ici, Sassy 009 a toujours refusé d’évoquer ou de faire allusion à ses influences. Par respect, on se contentera donc de dire que leur musique ne ressemble à rien. Si ce n’est à Sassy 009, bien sûr.
Potentiel de séduction : 0,09% ? Écoutez l’EP, jetez un œil aux éloges balancés par les détenteurs du bon goût anglo-saxon (The Fader, Pitchfork) et vous comprendrez qu’il est préférable de retourner l’équation et de croire à 90% aux chances de ces jeunes demoiselles.

Angèle
Aux antipodes du simple exercice de style et au-dessus de tout soupçon de paresse créative, Angèle s’est longtemps contentée de publier des reprises ça et là sur YouTube (Bruxelles, My Mistake Were Made For You). C’était souvent très intime, et c’était toujours très beau. Avec ses propres compositions, la Belge fait encore mieux. À l’image de La Loi de Murphy, véritable tube en puissance, chanté à la fois en anglais et français.
À quoi ça ne se ressemble pas ? : Même si Angèle partage avec lui un certain sens de la dérision et du second degré. Même si elle traîne peu ou prou dans le même milieu (cf. son morceau avec Caballero & JeanJass, Ma Story) et qu’elle ne rechigne jamais à évoquer le sujet, ce serait une erreur de la rapprocher systématiquement du hip-hop de son grand frère, Roméo Elvis.
Potentiel de séduction : 95% ! Dix jours après sa mise en ligne, le clip de La Loi de Murphy dépassait déjà le million de vues. Un exploit pour un premier morceau davantage ancré dans le registre de la «chanson» que dans le hip-hop. Mais qui s'explique aisément quand on sait qu'Angèle assure actuellement les premières parties de Damso et Ibeyi, qu’elle enchaîne les vidéos rigolotes sur les réseaux et qu’elle possède visiblement un vrai savoir-faire mélodique.

Lewis Of Man
Ce jeune Parisien aurait pu se contenter de multiplier les remixes sur le web. Après tout, ceux réalisés pour The Pirouettes et Lana Del Rey avaient tout pour séduire. Mais Lewis OfMan, batteur de formation, a plus d’ambition que ça. Il y a quelques semaines, il a donc sorti Yo Bene, un premier EP fait de choses simples (Un amour au Super U, Le métro et le bus) et de petits tubes electronica qui donnent envie de se faire des bisous dans le coup.
À quoi ça ressemble ? : Lewis OfMan dit s'inspirer des bandes originales de films italiens des années 70, mais c'est bien à Polo & Pan, en plus mélancolique et en moins estival, que l'on pense à l'écoute de titres comme Flash.
Potentiel de séduction : Les débuts de Lewis OfMan, on ne va pas se mentir, sont assez timides. Ça ne nous empêche pas de croire que ce mec a au moins 70% de chances d'aller titiller les fans de L'Impératrice ou de Polo & Pan histoire leur prouver que leurs groupes préférés ne sont pas les seuls à savoir composer des ritournelles pop que l'on a envie d'écouter sous le soleil, enlacé dans les bras de l'être aimé. Et puis, il faut le dire, quelqu’un qui «rêve de cheveux dans le vent» ne peut foncièrement pas être quelqu’un de mauvais.

Billie Eilish
Je ne sais pas vous, mais moi, à quinze ans, je végétais tel un noctambule hypnotisé devant Call Of Duty, cherchais à ridiculiser mes potes sur PES ou FIFA et tentais tant bien que mal de combler mes premières montées d'hormones. Billie Eilish, elle, accumule déjà les millions de vue sur YouTube, publie un premier EP amicalement pop (Don’t Smile At Me), signe la bande-originale de la série Netflix 13 Reasons Why, dépasse aisément le cap des 100 millions d’écoutes sur Spotify et se choppe des interviews dans des magazines aussi prestigieux que I-D. Tristesse vie !
À quoi ça ressemble ? : À six ans, lors d'un concours, Bellie Eilish chante Happiness is a Warm Gun des Beatles, mais l'Américaine doit bien plus à des artistes qui lui sont contemporaines. Charlie XCX, notamment, avec qui elle pose régulièrement sur Instagram. Oui, parce que la miss a aussi des amis stars, de DJ Khaled à James Corden.
Potentiel de séduction : L’Américaine est aujourd’hui signée chez Interscope Records et a d’ores et déjà sa page Wikipédia. On estime donc à 99,9% sa capacité à imposer son nom auprès du grand public. 

Aloïse Sauvage
Ces derniers mois, la Française pratique l’art du grand écart, ce qui est toujours intriguant mais un peu risqué. Pas dans son cas : qu’on la voit en meneuse d’AG dans 120 Battements Par Minute, qu’elle se lance dans des vidéos de breakdance ou qu’elle pratique la danse acrobatique, Aloïse Sauvage fascine à chaque fois. Aucune raison, donc, pour que cela ne soit pas le cas avec sa musique, à situer dans un fascinant entre-deux : le rap et la chanson, l’anglais et le français, la douceur du flow et la noirceur des paroles.
À quoi ça ne ressemble pas ? : À toutes ces personnes surdouées dans tout ce qu’elles entreprennent, mais incapables de véhiculer autre chose que de la haine au sein de leur entourage. Elle, c’est différent. «Elle est brillante, drôle, sincère, puis tu as l’impression de la connaître depuis toujours». Bon, c’est son attachée de presse qui le dit, mais aucune raison de ne pas la croire pour le coup.
Potentiel de séduction : Les labels et les tourneurs qui se l’arrachent déjà, la première partie d’Eddy Pretto à venir le 27 novembre, la puissance d’Ailleurs Higher et Aphone ou sa présence aux Bars en Trans à Rennes début décembre : Aloïse Sauvage a tout pour connaître le même enthousiasme critique et populaire que celui provoqué récemment par Fishbach ou Juliette Armanet. Ça, on en est sûr à 100%.