Sophie-Marie Larrouy, c'est Saint-Exupéry en boîte échangiste. Une écriture simple, presque candide, qui ne te parle pas seulement d'un renard qui veut être apprivoisé, mais aussi de date Tinder, de terrorisme, de solitude (beaucoup), de déménagement et de sexe. Sophie-Marie décrit nos nouvelles guerres. Celles de l'intime. Du quotidien. Parfois un rien. Parfois trop. En fait, il s'agirait plutôt d'un récit initiatique. Toutes ces étapes qui jalonnent nos vies. Comme on ne nous demande plus d'aller tuer un ours à mains nues pour devenir un homme ou une femme, nos rites s'étalent. Se diluent. Ils se feraient presque oublier si des gens comme Sophie-Marie ne nous rappelaient pas qu'ils sont incontournables.

La cour de récré, le boulot, l'amour, le sexe, le foyer... Toutes ces sociétés que nous côtoyons au fur et à mesure, parfois simultanément. Toutes ces sociétés dans lesquelles nous sommes nous-mêmes et quelqu'un d'autre à la fois. Toutes ces personnalités que nous construisons, non par conviction, mais par adaptation. Cette schizophrénie insoutenable qui, un jour, sans crier gare, devient notre personnalité. Cette unicité que nous partageons tous.

Vous retrouvez Sophie-Marie adolescente, presque enfant aux premières pages. Vous la quitterez aujourd'hui, presque demain. Une vie traversée en quelques dizaines de pages. Une intimité partagée. Je préfère vous prévenir, en refermant le livre, vous aurez envie de lui écrire pour lui dire que vous l'aimez. En tout cas, c'est ce que j'ai fait.

Surtout quand Sophie-Marie Larrouy offre l'une des plus belles catharsis qu'on ait lue. Dix pages d'un chapitre intitulé Honorer les morts, pour parler du 13 novembre 2015 (le chapitre suivant s'appelle Empoigner son orgasme pour vous donner une idée des enchaînements). L'écriture honnête et directe est parfaite. L'emphase, c'est pour ceux qui veulent entrer dans l'Histoire. C'est pour ceux qui veulent voler la vedette aux morts. Sophie-Marie respecte les morts. Elle leur parle avec des mots simples. Elle susurre l'injustice d'être encore en vie. Elle le murmure avec pudeur, mais c'est un cri qu'on entend. «Nous, on n'est pas en train d'être morts, eux, si.» Voilà, que dire de plus ?

Les adultes et leurs gros ego parlent avec de multiples circonvolutions. Parce qu'ils parlent pour être écoutés. Sophie-Marie parle juste pour dire des choses. Et on l'écoute. 

9782081386303_LartDeLaGuerre2_Couv_HD

Ce que ce livre dit de notre époque.
Sophie-Marie Larrouy ne décrit pas notre époque. Elle la peint avec son cœur. Elle s'en fait l'écho subjectif. Elle ne cherche pas à embrasser la globalité, à parler aux noms de tous. Elle n'est que sa voix. Et bizarrement, nous n'aurions pas dit autre chose. Elle dit la solitude. Celle de vivre dans son seul corps, avec ses seuls yeux pour voir le monde. Elle crie l'absurde. Ce monde trop grand pour nos possibilités, mais trop petits pour nos désirs. En 2250, quand un historien voudra comprendre le début du XXIème siècle, il ne faudra pas lire les livres de ceux qui ont gagné les guerres, il faudra lire Sophie-Marie Larrouy. Parce qu'on ne sait pas si elle a gagné, mais en tout cas, elle a fait la guerre.

Incipit
C'est mon anniversaire et j'avais oublié.

Excipit et explicit
Merci à toi et à tous les gens qui veillent sur toi.

Vous avez aimé, vous aimerez...
Le Petit Prince, L'Amour, la Mort, de Philippe Katerine, Siddhartha d'Hermann Hesse, La Plaisanterie de Kundera, La Blessure, la Vraie de François Bégaudeau, À Bout de Souffle de Godard, le féminisme, la liberté, rire et baiser.

++ L'Art de la guerre 2, de Sophie-Marie Larrouy, éd. Flammarion, 223 p., 19 €