Tes modèles pour la musique c'étaient Britney Spears, les L5 (on te pardonne), Lhasa, Céline Dion et la Callas. Point commun de toutes à leur manière : des chanteuses à voix, comme toi. Est-ce que tu comptes faire une série de concerts à Las Vegas du coup et/ou te raser la tête ?
Camélia Jordana : Ni l’un, ni l’autre.

Ah... Mais t'écoutes encore les artistes pré-citées ?
Britney oui, ça m’arrive de l'écouter encore. I'm A Slave 4 U, je trouve qu’elle est géniale cette chanson. Womanizer et Gimme More c’était vachement bien mais y en a pas énormément. Les L5, Toutes les femmes de ta vie, c’est avec énormément de bonheur que je les écoute et que je chante ce trucs à tue-tête. J’écoutais pas Lhasa quand j’avais 10 ans : elle ne faisait pas encore de disques. Je ne l'ai découverte que lorsque je suis arrivée à Paris et je continue toujours.

La Llorona, j’imagine que c’est un album que tu as beaucoup écouté.
Ouais, mais pas le plus souvent. Celui que j’écoutais beaucoup, c’était son dernier qu’elle a sorti avec les Barr Brothers : un bijou.

Pour les chanteuses, on voit de qui tu te rapproches. Et les comédiennes ? Vers quelle sensibilité ?
«Je me rapproche», ça, je sais pas : c’est au public de le dire. En tout cas, moi, dans la nouvelle génération, les comédiennes qui me touchent beaucoup sont Karidja Touré, Joséphine Japy et Adèle Exarchopoulos. Pour les garçons, ce serait Rod Paradot ou Stéphane Bak. Cette génération me parle beaucoup.

LE-BRIOJouer avec des mecs comme Daniel Auteuil (42 ans de carrière) et Yvan Attal (32 ans dans le cinéma), en cela, est-ce que c'est facile d'être vue comme la petite nouvelle sur et en dehors du plateau ?
J’avoue que la question ne s’est pas posée comme ça. Avec Yvan, on a une relation très fraternelle d’amour pur, et ça dès l’instant où l'on s’est rencontrés et qu’on a parlé. Du coup, c’était trop chouette d’avoir un nouveau frérot dans la vie. Avec Daniel, j’étais très impressionnée et en même temps très excitée à l’idée de travailler avec lui. Quand on s’est rencontrés, on s’est salués, il a salué Yvan, ils ont fait une vanne, ils ont explosé de rire tous les deux et ils se sont checkés. Je me suis dit «bon ben OK voilà, si c’est ça le mood, tout va bien, quoi».

Tu n’avais pas de soucis à t’adapter à ce nouveau métier de comédienne ?
C’est mon dixième tournage quand même !

Oui mais en tant que premier rôle, ce n’est que ton second depuis Chercher la femme.
Certes mais, ça fait cinq ou six ans que j’ai la chance d’être sur des plateaux de cinéma. Ce qu’il y avait de nouveau ici, c’était l’investissement qui m’était demandé et le temps pour me préparer, étant donné que j’avais le film sur les épaules. Mais après, ma place sur le plateau et mes repères étaient les mêmes que sur les autres films.

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Effectivement, ça fait près de cinq ans que t’es hyperactive, à te balader entre le cinéma et la musique. D’où vient ce besoin ?
J’ai la chance d’être assez gourmande, curieuse et d’avoir des gens autour de moi qui accueillent ce désir là. Tant que les gens me proposent des bons projets, c’est pas à 25 ans que je vais dire «c’est l’heure de me reposer» ! (Rires) Même si j’ai vraiment besoin de repos. Un peu comme tout le monde, je pense. J’ai toujours cette frustration de pas avoir eu mon bac, de ne pas avoir étudié, même si j’y reviendrai un jour lorsque j’aurai le temps. Mais en attendant, je compense avec ce désir de toujours aller de l’avant.

En fait, tu ne penses pas à privilégier un domaine plutôt qu’un autre mais à élargir tes horizons. J’ai lu que tu voulais même devenir romancière.
Oui, j’aimerais bien écrire des bouquins. J’aimerais bien écrire des articles, j’aimerais bien faire de la radio, faire de la photographie, j’aimerais apprendre à mixer, j’aimerais réaliser des films, faire des arts plastiques etc. Tout ce qui se rapproche de près ou de loin à l’Art m’intéresse vraiment. J’aimerais bien avoir un festival aussi. C’est marrant parce que quand j’en parle, on dirait que je suis un petit OVNI mais il y en a plein des gens qui ont des choses à dire et à faire. Seulement, je pense avoir plus de visibilité que la majorité de ces personnes. Et pas que dans notre pays, au passage. Une Kate Tempest, elle est aussi hyperactive si ce n’est plus : elle a déjà son festival et le même âge que moi. (Ladite Kate a en réalité la trentaine passée : Camélia se met la pression, ndlr) En Angleterre, y a des mecs comme Kojey Radical qui font tout tout seul. Moi, j’ai la chance d’avoir une super méga équipe autour de moi.

Donc on récapitule : interprète, comédienne, actrice, pianiste, parolière. Y a-t-il une casquette qui te saoule ?
Chef d’équipe. En fait, c’est pas que ça me saoule. Y'a rien qui me saoule dans mon métier.

Même pas le studio ? Ça peut être long.
Ah non, pas le studio. C’est le plus rigolo pour moi. Non, ce qui est difficile en effet, c’est la gestion d’une équipe et de s’assurer qu’à chaque fois, on va dans le même sens, en sachant que c’est quand même des gens qui sont dévoués à vous-même, votre projet et donc votre vie. En gros, c’est des gens qui se dévouent à ta vie. Ce qui est quand même un concept, même si c’est moins binaire que ça évidemment. Au delà de ça, ça reste le partage de quelque chose d’assez intime, finalement. C’est du management d’être le leader d’un projet comme un réalisateur. C’est à la fois ce qu’il y a de plus excitant et de plus fatiguant.

Donc la réalisation, ce ne serait pas plus souhaité que ça, au final...
Si parce qu’à la réal', t’as un premier assistant ! (Rires) J’adorerais : c’est un vrai rêve.

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Justement, revenons-en au film. Tu as fait la Nouvelle Star, qui est un concours où l'on doit placer sa voix. Ton personnage de Neïla passe des concours aussi pour faire entendre la sienne. Question à deux balles : est-ce que le film ne parle pas un petit peu de toi, en réalité ?
Pas vraiment, parce que Neïla est moi n'avons pas la même histoire. Elle vient d’un milieu social qui n’est pas le mien. Moi, je suis une bourgeoise à côté. J’ai grandi dans une maison avec une piscine, avec un jardin, je faisais tous les sports possibles et imaginables et j’allais au piano, au solfège et à la chorale. Neïla a grandi dans une tour à Créteil et elle pousse du coude pour se faire une place dans un milieu dont elle n’est pas originaire et dont elle n’a pas les codes. Donc on se ressemble assez peu à cet endroit là. Maintenant, je pense qu’on se ressemble dans la ténacité. (Rires) Lorsqu’on a un but, un objectif, on ne le lâche pas. C’est quelque chose à laquelle je tiens pour mes projets. Elle aussi va jusqu’au bout et s’en donne les moyens.

J’avais entendu dire qu’à l’époque de Calamity Jane, ce qui t’avais plu dans la chanson, c’est d’abord l’histoire, pas le personnage de Calamity Jane en soi. Lorsque tu lis un scénario, est-ce que tu appliques ce même critère que pour un texte de chanson ?
En fait, maintenant, mes textes, je les écris. Donc j’avoue que je ne me pose pas la question comme ça. Après, les scénarios sur lesquels je m’engage, déjà ça ne dépend pas que de moi : c’est un réalisateur qui décide de m’attribuer un rôle ou non avec un directeur de casting que j’ai vu et avec qui j’ai travaillé avant normalement. Après ça, quand on décide de m’attribuer un rôle parce que j’ai manifesté un intérêt pour le projet, c’est parce que le temps que je prends pour faire un film, c’est du temps que je prends sur mon projet musical sur lequel je suis leader. Généralement, ces films viennent défendre un propos et ça raconte des choses que je tiens à porter et à défendre aussi en musique. Oui, là, c’est sûr que j’essaie de rester cohérente.

Est-ce que tu te coupes totalement de la musique quand tu joues ?
Non, je travaille en musique mes rôles. J’ai des morceaux qui sont attribués pour des séquences, pour une intention, pour me mettre dans un mood, un climat qui m’accompagne. Le point commun avec la musique finalement, c’est que quand je monte sur scène, je cherche à être dans un certain état, même si je n’y arrive pas toujours. Et avec le cinéma, c’est ce que j’ai appris sur le tournage d’Yvan : peu importe la séquence, y'a un état à trouver.

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Est-ce que tu as un exemple en ce qui concerne Le Brio d’une chanson ou d’une scène qui aurait pu enrichir ton procédé ? Par exemple, la première scène où Mazard interpelle Neïla : comment t’es-tu mise en colère ?
Ça, c’est la direction d’Yvan. En plus, cette scène était plus sur la deuxième partie du tournage. J’essaie de réfléchir à un morceau qui aurait pu m’inspirer pour une séquence. (Elle jette ses yeux sur l’affiche du film à côté de nous, concentrée.) Je crois que j’ai écouté Nick Drake pour obtenir les moments de solitude de Neïla.

Où elle mange les fameux nachos au fromage.
Ouais, voilà, les séquences nachos. (Rires)

Autre aspect banal à restituer : les dialogues. En général, le phrasé des «jeunes de cités» sont très caricaturaux et très durs à retranscrire au cinéma, justement. Comment avez-vous fait ? Est-ce que vous êtes restés collés au texte ou est-ce que vous avez brodé durant les répétitions ?
En fait, pour tout le reste du film, je ne dis pas qu’on a été à la virgule près mais on est restés très proches du scénario. Parce que déjà, c’était un très bon scénario et c’est très rare d’arriver avec un très bon scénario sur le tournage. Tout fonctionne : à la lecture comme sur le plateau. Pour les dialogues, entre Neïla et ses copains à Créteil, c’était assez proche de ce qui était écrit. C’est vrai qu’avec les comédiens, on s’est retrouvés à devoir ajouter quelques détails mais ça restait somme toute assez naturel. Très proche du langage de notre génération, qu’on vienne de Paris, de Toulon, de banlieue ou de Corrèze.

Est-ce que le stress avant une prise est comparable à celui précédant la scène ?
Moi, j’ai de la chance : je ne suis pas tracqueuse et comme j’avais une confiance aveugle en Yvan, j’étais pas très stressée sur le tournage ! Comme le dit Yvan en avant-première et lors des interviews, il fait aux comédiens sur son plateau en tant que réalisateur ce que lui en tant que comédien aimerait qu’un réalisateur lui fasse : mettre en confiance le plus possible. À la fin,  le comédien s’autorisera des choses et ne se sentira pas jugé, ni par une caméra, ni par un réalisateur, ni par un premier assistant mise en scène, ni par une équipe technique autour. On cherche, on trouve et on y va. 

Je reviens à ce mélange des supports. Est-ce que tu as envie de varier de genre, que ce soit au cinéma ou dans la musique ?
Oui. Comme le dit Yvan, Le Brio est une "dramédie". En ce moment, je suis en tournage pour un film d’époque qui n’a rien à voir avec une comédie ou quoique ce soit. Avant cela, j’ai fait une comédie mais qui se retrouve plus être une comédie sociale. On me propose d’autres films très variés qui sont historiques, musicaux, de résistance ou de guerre.

Est-ce tu as déjà collaboré sur du rap ? Je ne m’en rappelle plus.
Oui, là il y a un duo qui est sorti avec Lomepal. (Danse sur l’album FLIP, ndlr) On a travaillé chez lui puis en studio.

Petit à petit trèèèès doucement, le rap est en train de s’institutionnaliser en France. Est-ce que tu veux participer à ce mouvement ?
Ça fait trois ans que je n’écoute que du hip-hop. Dans mon prochain album, je pense que ça se sentira. Je serai vraiment influencée par tout ce nouveau courant, même si je suis incapable de qualifier ma musique... (Rires) Je me contente de la faire. Tout ce que je peux dire, c’est que le projet ne porte pas mon nom : il s’appelle LOST, et pour l’occasion, j’ai eu la chance de passer derrière la caméra pour réaliser trois clips. (Rires) Je me marre, je suis capitaine et c’est extrêmement plaisant.

++ Le Brio d’Yvan Attal avec Camélia Jordana et Daniel Auteuil sortira ce mercredi 22 novembre.
++ Son dernier EP LOST est disponible depuis le 6 octobre.
++ Elle sera le 17 novembre aux Nuits Zébrées de Nova au Zénith Sud de Montpellier, le 24 novembre au Casino de Paris dans le cadre des inRocks Festival, le 29 novembre à la Gaité Lyrique au concert de Lomepal et le 3 décembre à la Philarmonie de Paris pour La Route Chante, un concert hommage à Lhasa