Avant de parler de ton spectacle, il faut qu’on parle d’un truc que j’ai lu sur ton Wikipédia. T’es ceinture noire de judo ?
Jérémy Ferrari : Oui, et je passe actuellement mon troisième dan de jiu-jitsu.

Pourquoi les arts martiaux ?
Je n’ai pas intellectualisé le truc. Mon père faisait du judo. J’ai été élevé dans ce truc de dire «un garçon doit savoir se défendre». Au début, j’ai commencé par le kung-fu, mais le club dans mon quartier était tout le temps détruit. Je suis passé au judo. Et puis, en arrivant à Paris, je me suis mis au jiu-jitsu, plus complet. J’adore ça. Ça m’a surement aidé, parce que je suis hyper-sensible. Il y a un contrôle de soi, mais bon, j’en fais depuis que j’ai six ans. Alors pour moi, c’est juste normal. Le jiu-jitsu, c’est la base de toutes les techniques. Pieds, poings, au sol… Tout. Les mecs qui font du krav-maga ou du K1, ils ont tous commencé avec du jiu-jitsu. C’est l’art martial des samouraïs. Quand ils désarmaient leur adversaire, ils jetaient leur arme pour finir à égalité aux poings. C’était le jiu-jitsu. Je fais aussi du jiu-jitsu brésilien avec mon prof. Et de la boxe.

Du coup, t’es un samouraï ?
Non, c’est l’abnégation. Je ne suis pas prêt à mourir pour un maître sans demander pourquoi.

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Avec cette maîtrise des arts martiaux, on se demande pourquoi tu n’as pas mis un Ippon à Christine Angot.
Justement, il faut savoir quel type d’adversaire tu as en face de toi. Je me suis déjà emporté sur un plateau télé, quand on parlait de choses qui me tiennent à cœur, mais pas quand on parle de moi. Là, Christine, elle essaie de m’attaquer moi, de façon infondée. Elle avoue qu’elle ne connaît pas mon travail et qu’elle part d’un mauvais a priori. Peut-être parce que j’ai égratigné certains de ses amis. Donc, ça ne me touche pas. Pour remporter un débat, il suffit de ne pas s’énerver. Moi, je suis droit dans mes bottes. Je ne suis pas parfait. Je suis capable de dire que j’ai changé d’avis depuis des déclarations dans des interviews passées. Bon, elle est très amie avec BHL, peut-être qu’elle voulait le défendre.

Souvent, dans cette émission, l’invité s’emporte parce que son ego est touché. Tu as su mettre ton ego de côté.
Franchement, ça aurait été très facile de la mettre mal. Quand je lui demande de citer ses sources, elle ne répond pas. Elle me dit que mes citations ne sont pas de simples vannes, alors qu’elles sont tirées de mon premier livre. Elle ne prépare pas ses interviews. Ça aurait été facile d’appuyer dessus et de la coincer, mais à quoi bon ? Et puis, c’est un vieux truc qui me suit. On m’a souvent reproché ma nonchalance quand je parle de racisme ou d’homophobie ou d’antisémitisme. Mais si je me permets de déconner dessus, c’est parce que je sais que ne le suis pas. Et je ne pense pas une seconde que les gens vont croire que je le suis. Je sais que les spectateurs sont intelligents, qu’ils captent le second degré. Je ne sais pas si Christine prend ses téléspectateurs pour des gens intelligents. Quand je vois les milliers et milliers de messages que j’ai reçu après, et pas un seul négatif, je me dis que non.

On présente souvent ton humour comme un humour noir. Moi, je dirai plutôt que tu es l’Élise Lucet de l’humour. Ça te va ?
Je ne connais pas tout le travail d’Élise Lucet, donc je ne peux pas dire. Et puis, à la base, je n’aime pas trop les comparaisons.

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En tout cas, on sent une dose de travail énorme derrière tes spectacles.
Oui, il y a plein de raisons à cela. D’abord, une partie personnelle : l’envie de me cultiver. Et comme je n’ai pas de concentration, il me faut une motivation. Faire un spectacle en est une bonne. Et après, c’est parce que je me suis aperçu que la provocation c’est bien si ce n’est pas gratuit. Et je pousse le truc encore plus loin en apportant sur scène des documents confidentiels, que même les journalistes ne publient pas. Aujourd’hui, le pouvoir c’est le savoir. Et les puissants ne veulent pas partager le pouvoir. C’est pour ça qu’ils disent de ne pas lire. Qu’ils disent que c’est compliqué. C’est la fameuse phrase d’Hugo : «Ce qui est intelligent est intelligible». On ment aux gens sur la complexité de l’information. Le pire, c’est qu’elle n’est pas cachée, elle est juste noyée.

Ce que tu dis sur scène, si c’est Médiapart qui le sort, Plenel se fait menacer. Tu ne reçois jamais de menaces ?
Ça arrive, bien sûr. Ça fait partie du jeu. Quand tu emmerdes les gens, c’est le jeu. Les pressions, ça ne marche pas avec moi. Au contraire, ça m’énerve encore plus, alors ils finissent par arrêter. Et puis, comme je suis un personnage public, avec des gens qui me suivent, c’est plus difficile. Il faut questionner les informations et l’Histoire. Parce que ce sont toujours les gagnants qui écrivent l’Histoire. C’est intéressant d’écouter les perdants. Il faut écouter tout le monde. Mais je n’accuse jamais personne : je donne juste les faits.

Multiplier les sources. S’en tenir aux faits. C’est ce qu’on apprend en école de journalisme.
Eh bien, ils devraient y retourner alors.

Tu as quitté l’école tôt, alors qu’aujourd’hui, tu te cultives en autodidacte. Qu’est-ce qui manque à l’école pour nourrir la curiosité des gamins comme toi ?
Ma structure intellectuelle n’est pas faite pour l’école. Certains profs ont su m’intéresser en m’apprenant autrement. J’avais toujours l’impression qu’on ne devait pas réfléchir, pas poser de questions. Moi, j’ai besoin qu’on m’explique ce qu’on apprend, mais aussi pourquoi on l’apprend.

Un apprentissage passif, finalement, ce n’est naturel pour aucun gamin.
L’Éducation Nationale est un peu austère. Les enfants ont besoin d’être stimulés. Après, chacun à une manière propre d’apprendre. L’école manque de souplesse, mais chaque gamin à ses techniques d’apprentissage. Un de mes meilleurs amis était nul dans les petites classes. Mais après, il a trouvé ce qui lui correspondait à l’université. Il est docteur en sciences cognitives et il a un master de philosophie.

Ton prochain spectacle parlera de la santé. C’est un gros dossier.
Pas plus que la géopolitique. Pour avoir des histoires à raconter, il faut aller là où il y a de l’argent. Et avec les armes, la santé est le domaine qui rapporte le plus. La question que je me pose, c’est : est-ce pour le capitalisme l’intérêt n’est pas qu’on soit malade ou mort ?

Ça rappelle le livre Utopies Réalistes.
Oui, on ne laisse pas assez la parole aux scientifiques en général.

Du coup, tu vois qui pour ce spectacle ?
Pour l’instant, je reste très général. Je vois tout le monde : des médecins généralistes, des nutritionnistes, des psy… Et après, je verrai où je me pose.

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++ Jérémy Ferrari joue à la salle Pleyel du 15 au 17 décembre pour son spectacle Vends 2 pièces à Beyrouth.
++ Son livre, Happy Hour à Mossoul, est publié chez Michel Lafon depuis le 12 octobre.